acte : Dans le cirque étincelant . Messaline murmure : J'ai peur et le
rideau tombe. Dans ces pages, une transformation du motif d ’Hélion se fait souvent entendre. De pareilles scènes n’ont pas besoin de musique pour les accompagner. 11 est vrai que celle de Monsieur de Lara en est si peu !
J’ai déjà dit, au cours de cette analyse, quelle était l’exacte valeur des inspirations de M. Isidore de Lara. J’insiste encore, avant de terminer, sur leur constante vulgarité et sur leur fadasse monotonie. Dans toute cette partition écrite, depuis la première jusqu’à la dernière note, uniquement en vue de l’effet à produire sur le public, — et cela par les moyens musicaux et scéniques les plus bas, — on ne rencontre pas une phrase, même la plus mauvaise, vraiment personnelle. L’œuvre entière est cuisinée avec les rogatons de musiciens de toutes les catégories. L’harmonie de M. de Lara est d’une platitude égale à celle do la mélodie. L’instrumentation la plupart du temps est enfantine. L auteur abuse des solos de tous les instruments possibles depuis le celesta jusqu’au tambour. Parfois, pourtant, mais rari liantes, hélas! on trouve certains effets assez heureux, par exemple l’imitation des rugissements des lions, au second et au quatrième actes. Ce qu il faut mettre à l’actif de l’auteur, c’est la façon vraiment très habile dont il écrit pour les voix. Tout pour et par le chanteur, semble être la devise de M. de Lara. Il ne faut pas s’étonner après cela, si ceux-ci aiment un opéra qui leur rapporte des applaudissements obtenus sans peine. Messaline est le piototvpe de 1 œuvre du riche amateur. La sévérité pour des compositions semblables est de toute justice ; elles empoisonnent le goût du public et c est faire œuvre de salubrité artistique que de protester énergiquement contre elles.
ceHdrillon
(Opéra-Comique. Mai 1899.)
Après avoir, dans Esclarmonde , — dont certaines pages, pourtant, ont une réelle valeur, — sinpé, sur un livrât légendaire, les procédés wagnériens, Monsieur Massenet, quelques années ensuite, fabriqua la Naoarraise, dans le but unique de lutter contre le succès de Ccivalleria Rusiicana , en copiant la coupe et la brutalité de celte œuvre italienne. Peu de temps après, l’auteur de Manon , toujours très attentif à suivre la destinée des ouvrages de ses confrères, s’aperçut que le grand record du succès était alors détenu, dans le vieux et le nouveau monde, par une partition allemande, un simple conte de fées, Hœnsel et Gretel. Aussitôt, dans cet esprit qui possède, avant tout, un réel talent d’assimilation, germa la pensée d'une pièce française identique et Cendrillon fut... confectionnée.
Les analogies entre Cendrillon et Hœnsel sont frappantes. Je me contenterai d’en relever seulement quelques-unes. Dans l’adorable conte d’Humperdipck, les deux rôles principaux, — dont un travesti, — sont tenus par des femmes. Monsieur Massenet n’a pas manqué de confier, également à un travesti, l’un des héros de sa féerie. Dans Hœnsel , les deux enfants s’endorment en murmurant une prière, qui est l'un des passages les plus applaudis de l’ouvrage ; pour sa Cendrillon , le musicien voulut, à toute force, une prière à deux voix et une fin d’acte, où, tout comme Hænsel et Gretel, Cendrillon et le Prince Charmant, s’endorment l’un près de l’autre. Dans Hœnsel, les anges descendent du ciel pour protéger le sommeil des enfants ; dans Cendrillon, ce sont des fées, des esprits, toute une phalange de petites femmes, plus ou moins déshabillées, qui veillent sur les jeunes amoureux.
Et qu’on ne vienne pas dire que ces ressemblances sont amenées par l’essence même des deux contes. En effet, aucun point de contact n’existe entre eux. Les analogies que je viens de relever sont imputables, uniquement. au compositeur français. Pourtant, si Hœnsel et Gretel et Cen drillon possèdent quelques ressemblances, évidemment cherchées et voulues, un abîme n’en sépare pas moins ces deux pièces. La première est une pure œuvre d’art, conçue en dehors de toute préoccupation ; la seconde n’est qu’un produit commercial du genre des Pilules du Diable, du Pied de Mouton et de la Poudre de Perlinpinpin, destiné à extraire les gros sous du bon public, à l’aide de trucs, de décors et de luxueux costumes.
Ce qui séduit dans Hœnsel et Gretel , c’est le charme de naïveté, de bonne foi, d’honnêteté artistique qui s’en dégage. L’intrigue, essentiellement simple, est restée, dans la partition, ce qu’elle est dans la légende populaire et, sans porter atteinte à cette adorable simplicité, Humperdinck a écrit une œuvre petite par le sujet, mais grande par l’inspiration et la réalisation technique.
Le conte de Cendrillon , l’un des plus jolis de Charles Perrault, offre, tel qu'il est, tous les éléments lyriques nécessaires à un musicien pour créer une belle œuvre. Il faut croire que Monsieur Massenet, peut-être avec raison, se défiait de ses seules forces puisqu’il a appelé à son aide une foule d’épisodes qui n’ont rien à voir avec la vraie Cendrillon . La bonne fée si simple de Ch. Perrault ne se reconnaîtrait pas sous le costume éblouissant et fantastique de la fée de Monsieur Massenet et elle resterait justement stupéfaite de se voir logée dans un chêne aux branches articulées, peuplées de femmes affriolantes et de fleurs magiques. Le père de Cendrillon, brave homme, un peu faible de caractère, est devenu, de par la volonté de Monsieur Massenet, une véritable ganache d’opérette, un Laurent XVII quelconque, moins amusant, néanmoins, que celui de la Mascotte . Quant au Prince Charmant, aimable adolescent aux impressions franches et neuves, qui s’éprend subitement des charmes de la jolie inconnue, il a été travesti en un jeune homme schopenhauërien , miné par la désespérance et l’ennui de vivre. Enfin, Cendrillon elle-même ne ressemble que de très loin à la touchante héroïne de Perrault. Dans la féerie qui nous occupe, on retrouve bien les personnages du conte qui berça jadis notre enfance, mais c’est tout. Il a suffi que le chantre de Thaïs et autres demoisélles de même vertu y touchât pour que l’exquis parfum qui s’en dégageait s’évaporât aussitôt.
La féerie de Monsieur Massenet est divisée en 4 actes et 6 tableaux. Sur ces six tableaux, il y en a deux qui sont complètement inutiles ; je dirai même plus : ils n’ont rien à voir avec le conte de Perrault.