‹ Consonnances et dissonancesChapitre 17 sur 60 · CENDRILLON · texte numérisé non relu

CENDRILLON

Le premier tableau se déroule chez Mme de la Haltière, belle-mère de Cendrillon. Nous assistons à l’émoi des domestiques, tourmentés par cette femme acariâtre ; à la tristesse du faible Pandolfe, père de Cendrillon ; au départ de Mme de la Haltière et de ses filles pour le bal de la Cour ; à la mélancolie de Cendrillon restée seule auprès du foyer ; à l’arrivée de la fée et à la transformation de Cendrillon en une jeune fille magnifiquement vêtue.

La première scène entre les domestiques et entre ceux-ci et Pandolfe est assez amusantesinon très personnelle. Monsieur Massenets y est quelque peu souvenu de Falstaff , de Verdi, et de Sancho , de Dalcroze, deux œuvres de haute valeur, celles-là. Ce ne sera pas la seule fois qu’il le fera. Les lamentations de Pandolfe sont ternes et sans intérêt. Le thème de Mraô de la Haltière, exposé déjà dans le prélude, éclate ff à l’orchestre, et la marâtre de Cendrillon fait son entrée, suivie de ses deux filles. Les conseils de la mère, sur un rythme de menuet, ne manquent pas d un certain entrain ; par contre, la scène avec les fournisseurs est franchement ennuyeuse et la phrase de Pandolfe : Ma Lucette Je pars sans t'avoir dit adieu ... d’une sentimentalité bébête destinée à faire pâmer d aise toutes les petites pensionnaires au goût perverti ou plutôt pas encore formé.

Le musicien se relève dans la fin, bien conduite, de cette scène. L ensemble : De la race , de la prestance , a de la gaieté, et l’exclamation de Pandolfe : On va l'enfermer , elle est folle, est dun bon comique.

L’entrée de Cendrillon nous fait tomber dans d’insupportables fadeurs mélodiques, dans des banalités écœurantes. Exceptons, pourtant, le délicieux passage d’orchestre où les flûtes et les cordes con sordini bercent le sommeil de la petite Culcendron, comme l’appelle Perrault. Il y a là quelques mesures ravissantes et je les signale avec plaisir. La fée apparaît un peu plus tard, et sa venue est le signal d un déluge de vocalises qui nous ramènent aux mauvais jours de la Fanchonnette et autres œuvres ejusdem farinœ. Monsieur Massenet a essayé, vainement, de déguiser le vide de ses pensées sous le couvert des difficultés vocales ; il u’y est pas parvenu.

Le second tableau nous transporte au palais du Roi. Le Prince Charmrnt, assis dans un fauteuil, est absorbé par ses pensers mélancoliques, tandis qu’un luth, une viole d’amour et une flûte de cristal déroulent un conçoit d’une distinction pénétrante. En écoutant l’air du Prince Charmant, l’incurable ennui qui le dévore gagne aussi les spectateurs. Signalons, pages 151, m. 1, 2, 3, dans la scène entre le prince, le surintendant des plaisirs, les médecins et les ministres, deux mesures de belle tenue. Les fervents des Maîtres Chanteurs les salueront comme de vieilles connaissances fourvoyées, là, par hasard. Les différents airs de ballet que l’on rencontre ensuite sont, eux, véritablement exquis. Nous y retrouvons le musicien délicat et élégant que fut, jadis, Monsieur Massenet. L’entrée de Cendrillon

fait courir dans le bal un murmure d’admiration exprimé par un ensemble à 12/8 qui serait tout à fait à sa place dans une opérette. Je voudrais pouvoir signaler quelque chose dans le duo entre le Prince Charmant et Cendrillon, mais avec la meilleure volonté je ne trouve pas la plus petite fleur à cueillir dans cet aride désert mélodique, si ce n’est pourtant, page 201, une vague réminiscence d'Esclarmonde. C’est toujours cela. Minuit sonne ; Cendrillon s’enfuit.

Le 3e tableau nous ramène chez Mme de la Hallière. Cendrillon est rentrée, mais, en s’enfuyant, elle a perdu sa pantoulle de vair et elle s’inquiète de ce que va dire sa marraine. Dans l’air où Cendrillon raconte sa fuite, le musicien a tout mis en œuvre pour raccrocher les applaudissements. Rires, pleurs, carillon sur la chanson populaire : Ah! vous diraisje, maman ..., c’est une salade extraordinaire, un déluge de notes sur des paroles vaines, mais le résultat artistique est nul, car, pas une fois, on n’v trouve un seul cri vrai de passion, de joie ou de douleur. Voici Mmc de la Haltière qui, suivie de son mari et de ses filles, revient, à son tour, du bal. L’air de la marâtre : Lorsqu'on a plus de vingt quartiers est amusant et bien rendu. C’est, avec la scène suivante où Mrae de la Haltière et ses filles racontent à Cendrillon l’arrivée de l’inconnue au bal, une des rares bonnes choses de cette partition si déplorablement vide. Quand Cendrillon apprend, d’après les dires de sa belle-mère, que le Prince Charmant aurait traité l'inconnue de drôlesse, elle manque de s’évanouir. Resté seul avec sa fille, Pandolfe lui demande pardon de s’être remarié et d’avoir quitté, pour venir à la ville, leur vieille maison de campagne. Le duo entre le père et la fille est d’une inspiration qui tombe constamment dans la sensiblerie mais n’atteint jamais à la sensibilité vraie. Comme esthétique, cela équivaut, à peu près, au duo des Hirondelles de Mignon. Pandolfe se retire. Cendrillon, désespérée, se décide à mourir. A partir de ce moment nous entrons en pleine fantaisie et la féerie de Monsieur Massenet n’a plus rien à voir avec le conte de Perrault, sauf au dénouement. Cendrillon dit adieu au buis béni, à ses tourterelles, au vieux fauteuil. C’est une véritable manie qu’ont les héroïnes de Monsieur Massenet de dire toujours adieu à une partie quelconque du mobilier. Dans Manon , nous avons les adieux à la petite table, dans Sapho, les adieux à la lampe, dans Cendrillon , c’est maintenant les adieux au fauteuil. On se demande, avec une certaine inquiétude, à quel objet familier Monsieur Massenet dira adieu dans sa nouvelle œuvre ?

Cendrillon s’enfuit delà maison et court implorer sa marraine qui habite un chêne enchanté. De son côté, le Prince Charmant vient, lui aussi, conter ses peines à la fce. Sur l’ordre de cette dernière une branche s’abaisse de façon à ce que les amoureux ne puissent s’apercevoir. Ils se mettent à causer sans se reconnaître et Cendrillon, touchée du tourment du jeune inconnu, demande à sa marraine de la faire souffrir, afin de racheter le cœur meurtri

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