QUATRE POÈMES
d'après 1' “intermezzo 39 d'Henri Heine musique de iYI. é.-H. i^OPAf^TZ
M. J G. Ropartz, le distingué directeur du Conservatoire de Nancy, est non seulement un musicien de la plus haute valeur, mais aussi un littérateur de talent. 11 y a quelques années il publiait, en collaboration avec un autre poète, M. Hirsch, une traduction, qui fut remarquée, de l’ Intermezzo, , d’Henri Heine. Depuis M. Ropartz a mis en musique certaines pièces de ce recueil.
En s’attaquant au grand poète que Schumann traduisit en des œuvres impérissables, M. Ropartz risquait de se faire taxer de témérité. En tout cas cette témérité fut heureuse puisque nous lui devons une suite d’adorables lieder qui, bien que conçus dans une forme très différente de ceux de l’auteur de Faust et de Manfred , méritent, néanmoins, de leur être comparés pour la justesse et l’intensité de l’expression musicale. A côté des lieder du maître de Zwickau ceux de M. Ropartz ne pâlissent pas. Quel plus bel éloge pourrait-on en faire?
Les Quatre Poèmes, d9après l} Intermezzo, d'Henri Heine sont précédés d’un prélude et suivis d’un postlude; ils sont construits sur un thème unique auquel d’ingénieuses transformations apportent, sans cesse, un nouvel intérêt.
Le leitmotiv, inscrit en épigraphe, en tête de la première page et de la dernière, est composé de quatre notes (la, sol, la, mi). Il symbolise l’idée de Désespoir et de Fatalité qui domine dans ces poésies d’Henri Heine. Ces notes, véritable Dies irœ de l’Amour, s’affirment dès la première mesure du prélude. Jusqu’à la fin du recueil elles résonnent, lugubres et endeuillées, chantant les espoirs déçus et les bonheurs défunts.
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Le Prélude, tout empreint d'une mélancolie profonde, est d’un beau caractère. Le leitmotio y reçoit, p. 2, m. 5, une première modification : il est traité en diminution, à la basse, et persiste tel jusqu a la fin du morceau, pendant qu’une phrase d’un sentiment pénétrant se développe à la partie haute.
Le N° I, d'une délicate poésie, a été rendu par M. Ropartz d’une façon exquise. Le thème initial réapparaît, p. 3, m. 1 et suivantes, ayant subi une gracieuse modification rythmique. Il revient aussi sous sa forme principale et sous sa forme diminuée. Celle-ci fournit, au chant comme à l’accompagnement, la péroraison du lied.
Les cinq premières pages du N° II sont, elles aussi, tout à fait remarquables. 11 y a surtout un fragment de phrase : . les violettes si /rai¬
dies d'habitude, qui me ravit. Au point de vue strictement mélodique, le l'iu lento qui termine le lied me parait d une inspiration moins originale. 11 importe de signaler, dans ce numéro, deux importantes transformations du leitmotiv. La première se rencontre p. 8, m. 1 ; la seconde, très intéressante, p. 11, m. 11, à la basse.
Le n° III me semble le chef d’œuvre du recueil.
Ceux qui, parmi les morts d’amour,
Ont péri par le suicide,
Sont enterrés au carrefour.
Là, s’épanouit et réside Une fleur bleue, étrange fleur,
Aussi rare que sa couleur.
Aucun nom ne l’a désignée,
C’est la fleur de Pâme damnée.
Pendant la nuit, au carrefour,
Je soupire dans le silence,
Au clair de lune se balance La fleur des damnés de l’Amour.
Sur ces vers, Ropartz a écrit une mélopée poignante Qui serre le cœur, L accompagnement contraste avec les précédents par sa simplicité. Seul, le leitmotiv, enveloppé de courts arpèges, en fait tous les frais, sous sa forme primitive. Tout l’effet réside dans l'émotion qui se dégage delà mélodie et dans l’alternance des mesures à 2/2 et à 1/2.
Le Nu IV n’est pas indigne des N°» 1 et II, mais il a le tort d’arriver après l’admirable page que je viens de signaler.
Le Postlude ne contient que quelques mesures. Le thème y est encore habilement traité.
L’intéressante personnalité artistique de M. Ropartz s’affirme dans ce recueil où la beauté des idées se trouve rehaussée par une facture pleine de maîtrise.
Tous ceux que touchent peu les productions marchandes des Massenct et des Thomé se délecteront aux Poèmes de M. Ropartz.