‹ Consonnances et dissonancesChapitre 30 sur 60 · C. M. B. de Weber · texte numérisé non relu

C. M. B. de Weber

Dresde, le 17 Xbre 1824.

J’ai hésité à publier ici la lettre suivante, car elle n’émane pas d’un musicien. Elle a été, en effet, envoyée par Scribe à Martainville. Mais comme c’est à propos du Maçon , d’Auber s je la donne néanmoins.

Monsieur,

A la campagne où je suis, dans ce moment, j’ai reçu hier votre article sur notre opéra du Maçon , et quoique n’ayant pas l’honneur d’être connu de vous je ne puis résister au désir de vous adresser mes remerciements et de vous témoigner combien j’ai été touché de vos éloges. ^ ous avouer à quel point j y ai été semsible est peut-être peu modeste, mais j’aime mieux vous paraître orgueilleux que de passer pouf ingrat.

Pour achever ma profession de foi, je vous dirai que, de tous les journalistes, vous avez été toujours celui dont j’ai le plus ambitionné les suffrages, car, n’ayant avec vous aucune relation, aucune liaison d’affaire ni de plaisir, j’ai toujours dû avoir confiance en vos critiques comme en \03 éloges. Aussi n ais-je (sic) jamais appelé de vos jugements, et si j'ose vous remercier aujourd’hui qu’il me sont favorables, c’est par un petit mouvement de vanité que vous excuserez sans doute. Etre appelé homme d esprit, par vous, Monsieur, qui vous } connaissez mieux que personne, il y a de quoi être fier, et je vais serrer votre article dans mon secrétaire comme d’autres y serrent leur titre de noblesse.

Agréez, Monsieur, la haute considération de votre tout dévoué et reconnais-

Cette lettre prouve, une fois de plus, l’autorité dont jouissait, sous la Restauration, le directeur du Drapeau Iîlanc.

La collection Labouchère contient deux pages manuscrites d’un Laudate de Lesueur, un fragment de l’original de la Sonate pour piano et violon op. 60 de Dussek et treize mesures autographes de Rossini.

De l'auteur de Guillaume Tell et du Barbier, la Bibliothèque de Nantes possède aussi les curieuses lignes suivantes :

Mon cher Calegavi

Voici les instructions pour la petite sérénade chez le baron Salomon Rotschild.

Un domestique de chez Rotschild viendra vers les sept heures vous prendre a 1 Théâtre-Italien (où vous l’attendrez), vous vous rendrez chez Rotschild, où vous jouerez une fantaisie pour premier morceau ; après vous jouerez la mienne, et vous aurez soin de faire prévenir la société que c’est une nouvelle composition de Rossini, sans rien dire de plus. Si jamais on voulait vous faire un cadeau d’argent, vous refuserez et vous vous garderez bien de dire que c’est moi qui vous ai envoyé dans cette maison, parce que ceci est un secret jusqu’à nouvel ordre. J’ai donné des ordres pour qu on vous rafraîchisse les lèvres. Je vous attends ce soir après la petite sérénade pour me rendre compte de tout. Il est inutile de dire que vous jouerez pour le plaisir de la société tant que cela lui fera plaisir, et vous aurez soin de ne pas rester inutilement et de vous

retirer en bon ordre.

Votre dévoué,

G. Rossini.

Samedi.

Cette lettre est écrite en un italien mélangé de patois. Aussi est-elle cl une traduction particulièrement difficile.

Richard Wagner est représenté par cette courte lettre :

Très honoré Monsieur,

Auriez-vous la grande bonté de vouloir bien me renseigner par une ligne si M. de Balaco a reçu de ma part, par la poste, mes dernier écrits pour être présentés au théâtre, ce que vous pourriez apprendre par une simple demande.

Je suis surpris de ne pas avoir reçu un accusé de réception de ma lettre de la part de M. de Balaco.

Soyez assez bon pour excuser ce nouvel embarras et croyez à la plus grande considération avec laquelle je reste,

Votre dévoué Richard Wagner.

Lucerne, 18 juillet 1857.

AUTOGRAPHES DE MUSICIENS

Une lettre plus intéressante est celle que je reproduis ci-dessous. Elle est due à Liszt.

Honoré Monsieur,

En réponse à votre lettre, il m’est agréable de vous assurer que je vous aiderai clans vos efforts autant qu’il dépend de moi, rendant un juste hommage à votre talent et à votre activité. Je n’éprouve donc aucun scrupule pour approuver sans restriction les représentations projetées de Tannhœuser au Krollstheater, sous votre direction , à supposer, comme vous me 1 écrivez, que vous ayez à votre disposition les ressources nécessaires et que vous puissiez fournir à Wagner les garanties musicales et morales en bonne conscience.

Je reçois à l’instant de Berlin une lettre dont la signature est complètement illisible, dans laquelle on me prie de prendre la direction de Tannhœuser avec la troupe de Leipsig au Friedrichwilhelmtheater de la Aille..

Quelque flatteuse que puisse être cette demande, les circonstances et des considérations personnelles ne me permettent pas d accepter.

Je vous en avertis pour que vous ne vous laissiez pas induire en erreur par des racontars venant d’ailleurs, et que vous ayez la certitude complète que je n'accepte pas la proposition qu’on m’a faite.

En ce qui concerne les représentations des opéras de Wagner a 1 Opéra Royal, vous saurez par Wagner lui même qu’il m’a complètement chargé de cette affaire.

Jusqu’à présent je n'ai rien appris de Berlin à ce sujet, mais si plus tard, l'intendance royale se décidait à m’appeler à Berlin, je suis bien résolu à donner mes préférences à Lohengrin et à proposer d’abord ce chef-d’œuvre magnifique

et grandiose. ,

Aussitôt que vos pourparlers à propos de la représentation de Tannhœuser ou Krollstheater auront abouti, je vous serai obligé de me l’écrire parce que plusieurs amis de Wagner se sont adressés à moi pour être renseignes a ce sujet.

Avec une considération spéciale,

(«A nmi fl m’All O

F. Liszt.

Weymar, 24 avril 1859.

La lettre à la signature illisible est datée du bureau du théâtre Hermann Wilhelm (Leipsigerstrasse, 42). Dans une réponse à M. Hellmundt, je conseille à ce dernier de s’entendre avec vous pour la représentation de Tannhœuser au Friedrichwilhelmtheater de la ville.

Cette lettre, écrite en allemand, ne porte pas de suscription.

Berlioz, Meyerbeer, Mendelsshonn, Hérold, Halévy, Donizetti, Bellini, Auber, Paganini, Zimmermann, sont aussi représentés dans la collection Labouchère. Mais leurs lettres noffrent aucun intérêt qui les rende dignes d’être reproduites.

L’illustre général Mellinet a légué aussi à la Bibliothèque de sa ville natale la plus grande partie des lettres intéressantes qu’il a reçues pendant sa longue et glorieuse carrière. Le général Mellinet aimait passionément la musique et il a grandement contribué à la réorganisation des musiques militaires. Les trois lettres suivantes font partie de sa collection.

Les deux premières sont de Gounod :

Mon cher général,

J’ai besoin, pour l’exécution du chœur des soldats de Faust, d’une quinzaine de musiciens militaires. J’ai pensé que votre obligeance, non moins que votre autorité, pourrait me faciliter cette combinaison, et je viens me recommander* à vous pour savoir si elle est possible. Carvalho la désire autant que moi et compte comme moi sur le concours artistique que vous nous avez accoutumés à attendre de vous.

Bien sincèrement à vous.

Ch. Gounod.

17, ru 2 La Rochefoucauld.

Vendredi 19 Mai 65. St-Gloud.

Mon cher et excellent général,

Je viens vous demander comme un service personnel, votre protection pour on brave garçon, le sergent Mir, du 2e grenadiers de la garde, qui est mon professeur d’escrime, que j’aime beaucoup, et qui aspire à remplacer, comme professeur d’escrime au Conservatoire de musique, le professeur Grisier, récemment décédé. Si votre précieux intérêt et votre puissante recommandation lui étaient assurés, il vous en serait, ainsi que moi, particulièrement reconnaissant.

Recevez, mon cher général, l’assurance de mes sentiments les plus affectueux et dévoués.

Ch. Gounod.

A une lettre du général, recommandant le peintre Gérome, candidat à l’Académie des Beaux-Arts, M. Ambroise Thomas répondait le mot suivant :

Mon général,

Le vif intérêt que vous portez à M. Gérome ajoute encore à la sympathie que m'inspiraient déjà sa personne et son talent.

Si, pour une raison que je vous dirai bientôt et que vous admettrez, je l’espère, jo n’ose vous faire ici une promesse formelle, votre recommandation, croyez-le bien, me restera présente pendant la lutte, qui, dit-on, sera chaude.

Je vous remercie de votre affectueuse lettre et vous prie, cher général, de croire toujours à mon bien sincère attachement.

Ambroise Thomas.

22 novembre 1860.

AUTOGRAPHES DE MUSICIENS

La lettre suivante, signée Carvalho, est d’un intérêt plus direct au point de vue musical :

Mon cher général,

Je m’en souviens, le morceau que vous m'avez si gracieusement adressé a été répété dans YEnlècement. Je ne sais plus quelle circonstance la fait supprimer. Peut-être l’impossibilité pour le ténor de le chanter convenablement ! Rassurez-vous, il ne sera pas perdu ; nous préparons, en ce moment, — tout bas, tout bas, — un autre chef-d’œuvre du grand maître, votre ami, Il Jlauto mcigico , dans lequel nous placerons le morceau tant aimé.

Grand merci, maître et cher général, de tout l’intérêt que vous savez si bien témoigner aux arts et à leurs victimes. Vos encouragements calment les blessures que font ceux dont la mission cependant est de nous protéger.

Gardez-nous vos précieuses sympathies et nous ferons encore et quand même quelques belles choses.

A vous, cher général, avec mon plus profond dévouement, 1 expression de ma considération la plus distinguée.

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