LE FILS DE L ETOILE
son époux en le priant de n'aimer qu’elle seule. Sous ce cri éperdu s affirme, lancé par les violons et la trompette, un motif chromatique caractérisant la Jalousie . Il alterne avec celui de la Pureté qui, modifié quelque peu, soutient la supplication passionnée de Séphora. Bar-Kokeba la relève avec douceur. Il reproche à Lilith d avoir suscité une querelle et lui dit d'implorer son pardon. Celle-ci, pour toute réponse, laisse tomber une de ses bagues et ordonne au Fils de l’Etoile de la ramasser. Il ne répond pas d’abord, mais une nouvelle injonction de la femme le fait obéir servilement. Il se courbe, ramasse l’anneau, puis se met à couvrir de frénétiques baisers les beaux bras nus de l’enchanteresse. A cette vue, Séphora défaille. Les thèmes du Rire de Lilith . du Héros , de la Pureté et de la Volupté , sous sa dernière forme, commentent ce passage svmbolique où la puissance du désir triomphe de la fierté de l’homme.
Akiba survient. Il maudit
La femelle par qui le Fils du ciel succombe,
Au geste nu d’un bras.
et déclare à Bar-Kokeba qu elle a été suscitée par les forces mauvaises pour la honte d’Israël et la perte du Sauveur. Cette apostrophe, qui se déroule sur les motifs du Héros , de la Foi, des Imprécatrices et de la Volupté paraît un peu longue : elle ralentit la scène. L’intérêt musical et dramatique reprend avec l’orgueilleuse réponse de Bar-Kokeba qui impose silence au vieillard. A Y allegro de la p. 193, motif Héroïque en valeurs très diminuées ; ensuite thème du Sauveur, pendant toute la réponse du b ils de l’Etoile. Akiba le menace alors de lui arracher le pouvoir comme Samuel jadis à Saül. Nouvelle transformation du leitmotiv de la Foi, Le thème de la Volupté reparaît ensuite à l’orchestre. Lilith se plaint qu'on 1 insulte et fait parade de son amour. « Si vraiment tu l’aimes, lui dit alors Akiba, tente une épreuve. Rends-toi au camp romain et, Judith nouvelle, rapporte-nous la tète de l’Imperator ». Le Pontife arrache à Bar-Kokeba son glaive et le jette aux pieds de la courtisane. A 1 allegro de la p. 193, le motif des Prestiges subit une modification. Même page, m. 9, 10, apparait aux trompettes et aux cors un thème qui va jouer dorénavant un grand rôle : celui du Meurtre . Lilith repousse dédaigneusement l’héroïque proposition d’Akiba; seul, F amour lui importe et elle appelle à elle Bar- Kokeba. « Akiba tend vers celui-ci des bras où la menace supplie. Un instant le b ils de 1 Etoile hésite. Mais Lilith le regarde dans les yeux, l’enveloppe de son voile et l’emmène ». Un délicieux motif, spécial aux Filles de Magdala , se trouve p. 194, m. 8 et suiv. Il est issu de celui de la Volupté qu’on réentend, lui aussi, à plusieurs reprises. Le thème Héroïque , p. 195, m. 8 et suiv., affecte une forme nouvelle, sous laquelle
son allure brillante et martiale paraît comme éteinte. Une fois encore, tandis que le thème de la Foi se fait réentendre, Akiba maudit l'enchanteresse. Séphora se précipite alors sur le glaive abandonné à terre et, le soulevant triomphalement, elle s'écrie pendant que retentissent les caractéristiques accords du Meurtre :
Ce que lu n’oses pas, femme, je le ferai î
Elle ira au camp romain et tuera l lmperator. Une telle action d’éclat montrera à Bar-Kokeba quelle est la femme qui l’aime véritablement. Le thème du Meurtre prédomine à l’orchestre ; on retrouve aussi ceux du Héros et de la Pureté , ce dernier légèrement modifié. Attirons l’attention sur une phrase de Séphora, d’une expression admirable : Et quand f aurai frappé d'une main vengeresse, qui servira, maintenant, de motif de Vengeance. 11 faut remarquer que ce thème est apparenté à celui des Prestiges. En eiïet, l’action héroïque de Séphora ne sera qu’une vaine illusion.
Cependant, sur la terrasse, Lilith enlace Bar-Kokeba qui, pourtant, fait un mouvement vers sa femme quand il la voit prête à partir. Il veut l’appeler, mais Lilith sc fait plus câline, et elle l’enserre plus étroitement en murmurant de voluptueuses paroles. Séphora, qui avait eu un moment d’espoir, s’éloigne tristement suivie d’une vieille servante, en murmurant :
Dieu! Pour l'amour du lys, pardonnez à l’étoile
Tout ce passage peut compter parmi les plus remarquables de l’œuvre. Les thèmes du Meurtre , de la Pureté , de la Volupté , sous différentes formes, et de Y Espoir, forment les éléments symphoniques de cette belle cène .
Le troisième acte est divisé en trois tableaux : le premier se déroule aux abords de la ville d’Endor, près du Temple d’Astaroth, dont la porte ouverte permet de distinguer, à travers de bleuâtres vapeurs d’encens, des formes fugitives. C’est la nuit.
Un prélude d’un caractère étrange et mystérieux précède le lever du rideau. Il est constitué par deux thèmes : le premier, qui paraît devoir être appliqué aux Forces occultes se rencontre p. 205, m. 1 et suiv.; le second que le cor anglais et les trompettes en sons bouchés lancent au 12/8 de la p. 206, symbolise lâ Nuit, «la grande nuit qui régna la première», la nuit, mère des Mensonges et des Illusions Le thème du Héros, en augmentation, se fait réentendre ainsi que ceux de la Magie et des Imprécatrices. Celui des Prestiges subit p. 208, m. 10, 11, aux trombones, une modification considérable. Devant le Temple d’Astaroth, Beltis et les prêtresses s’inquiètent des victoires de Bar-Kokeba. A l’orchestre, persistent les thèmes des Forces occultes et de la Nuit , puis vient, au 4/4 de la p. 211, un fort
• le fils de l'étoile
curieu< enchaînement du motif des Prestiges et de celui du Héros. Le thème de Home retentit aussi. Brusquement, surgit celui de la Volupté . Lilith arrive. Elle confie à Beltis le projet de Séphora et lui ordonne de venir à son encontre. Thèmes du Hères , de la Nuit , du Meurtre , de la Volupté et de la Pureté , celui ci sous deux formes, ITine déjà entendue, l’autre en valeurs augmentées, au rfuasi lento de la p. 213. À /’ allegro moderato de la p. 214, nouvelle transformation du motif des Prestiges qui servira, à la page suivante, pour l'incantation de Beltis. Même page, au poco animato , superposition de ce thème lancé par la petite flûte et les flûtes, et de celui de la Pureté chanté par le quatuor et les trompettes sur des gammes chromatiques, ascendantes des violoncelles. Sur l’ordre de Beltis, les prêtresses disparaissent. Elle même, « dépouillée de son appareil démoniaque, n est plus qu'une très vieille femme assise sur les marches du Temple. »
Séphora arrive, suivie de la servante tenant une lanterne à la main -et portant un sac sur l’épaule. Le leitmotiv de la Pureté se fait entendre à 4/2, en sa forme augmentée. Séphora est épuisée de fatigue, mais le froid du glaive qu’elle sent contre son cœur lui indique son devoir. Une nouvelle forme du thème du Meurtre se trouve p. 218, m. 10, 11. La servante demande à Beltis le chemin qui mène au camp romain. Pour une aumône, celle ci l’indique volontiers puis, demeurée en arrière, elle étend la main vers les deux femmes en faisant des gestes cabalistiques. Un invincible besoin de sommeil s’empare de Séphora et de la suivante. Beltis leur conseille de dormir, promettant de les éveiller avant le lever du jour. La femme de Bar-Kokeba s’assied sur une pierre, puis elle se laisse aller, peu à peu, dans les bras de la servante et elle s’assoupit en murmurant la belle phrase de Vengeance . Avec les thèmes de Rome , du Meurtre , des Forces occultes et de la Nuit, deux autres motifs non encore entendus, ceux-là, forment le tissu symphonique de la scène. L'un, celui de Y Enchantement, est susurré p. 219, m. 8, 9, 10, par les hautbois et les clarinettes ; l'autre, constitué par un enchaînement d’accords parfaits descendant chromatiquement, caractérise le Sommeil magique .
(( Les prêtresses, comme des spectres transparents, émanent du Temple et des murs en psalmodiant leurs incantations. » Alors Beltis, penchée sur Séphora endormie, s’écrie, sur le motif de la Vengeance :
Gomme un parfum croirait éclore En un fier lys ensanglanté Qu’en rêve d’action sa vaine volonté Se réalise et s’évapore.
Comme d’une forme irréelle,
Un manteau garderait le pli.
Sans avoir lien fait qu’elle se rappelle Avoir tout accompli.
« Le fond du décor devient peu à peu transparent. On voit s'ébaucher des lueurs d armes, des couleurs d’étoffes parmi des llam beaux qui vacillent. Les prêtresses reculent, Beltis disparait la dernière. Seules, les apparences de Séphora et de la servante sont en scène, endormies. »
Nous assistons, alors, au rêve de Séphora. « ^e fond du théâtre, derrière une brume légère, s’illumine splendidement. C est la tente du général romain Juli Severus, tente si vaste et si opulente d’un luxe barbare et militaire, qu’on dirait une salle énorme dans le palais de quelque César guerrier. Des deux côtés, au premier plan, subsistent des morceaux de rocher : sur l’un Séphora et la servante sont endormies, leurs visages invisibles tournés vers l’Illusion. »
Et maintenant, c'est le ballet où le compositeur a fait un usage presque constant des modalités grecques. Un motif, personnel à 1 ’lmperator, apparu pour la première fois, p. 233, m. 7, revient ensuite à plusieurs reprises. Les passages les plus remarquables de cet important divertissement sont le pas des légionnaires, p. 231. au rythme très caractéristique la danse des joueuses de flûte , p. 238, et particulièrement le quasi lento qui commence à la p. 243, où la flûte, soutenue par les harpes, déroule un original motif; enfin, le chant du poète , magnifique et ample mélodie dans le mode hypodorien que le saxophone fait entendre sur un dessin persistant des harpes. A /’ allegro de la p. 261, transformation du thème de Ylmperator. P. 262, m. 1 et 2, transformation en valeurs augmentées et à 5/4, du chant du poète et superposition de cette mélodie au motif du général romain. Julius Severus choisit la plus belle des danseuses et ordonne à tous de quitter la tente. Le thème du pas des légionnaires reparaît, décroît peu à peu et meurt sur la résonance d’une simple trompette qui le fait entendre tout au loin. L’effet est délicieux. Julius Severus reste seul avec la femme qu'il a retenue. La tente, maintenant, est plus qu'à moitié envahie par l’ombre; elle n’est plus éclairée que par les flambeaux qui brûlent sur la table de l’orgie. « Séphora entre. Elle va, la démarche lente, le regard fixe, vers Julius Severus qui ne la voit point. Elle a peur, elle frissonne. Lorsqu’elle est tout près de rimperator, elle touche le glaive. À ce moment, Severus se retourne. Elle lui sourit. Julius Severus, ébloui par la beauté de Séphora congédie la danseuse. Il demande à Séphora qui elle est. Elle lui répond qu’elle est fille d’une race royale ; qu’au bruit des exploits de Severus elle n’a pu s’empêcher d’avoir l’esprit troublé, le cœur ému et qu’elic est venue, malgré la longueur du chemin, pour connaître l’illustre Imperator. Et, au fond de son âme, Séphora est déchirée de ses affreux mensonges, mais il le faut. Severus, éperdu, l'attire vers lui, mais la sentant résistante, il lui verse à boire; il boit aussi ; elle ne boit point, elle jette la coupe, mais elle le fait boire encore. Coquetteries désespérées de Séphora. »
le fils de l’étoile
Cette scène mimée est commentée par un nouveau leiémotic, celui de la Luxure qui apparaît p. 2(16, m 16 et suiv., — il subit, p. 268, m. 6 et suiv., une déformation, — et par les thèmes du Meurtre et de la Pureté qui, sous l’une de ses transformations, s’unit à celui de la Luxure p. 267, m. 14, 15.
« Severus attire Séphora vers le l;t. Elle a peur à cause des flambeaux. Il consent à les éteindre. Coup sur coup, il vide plusieurs coupes. Il est, bientôt, complètement ivre. Il chancelle en s’efforçant d’entraîner Séphora sur le lit et il tombe, la tète deriière la table. » Le motif de iAixure se présente sous une forme nouvelle p. 271 au 9/8; ceux de Y Imperator , de la Pureté et du Meurtre reviennent continuellement. Page 274, au 2/4. le thème de Y Imperator est ramené sous une nouvelle forme qui lui donne comme un aspect titubant. Au quasi lento de la p 274, retour du thème de Y Enchantement. Le moment fatal est arrivé. Le leitmotiv de la Pureté gémit à la clarinette basse. « Séphora lutte cruellement contre sa faiblesse, contre sa pitié. N’importe, c’est la nécessité. Elle est debout contre le lit et la table ; elle n’ose pas frapper sous la lumière, ni voir son crime après. Elle lève à la droite le glaive qui reluit sous la clarté, le baisse avec force.» Le thème du Meurtre rugit en un tutti formidable suivi aussitôt de celui de Y Enchantement, rappelant, comme tout à l’heure, que ce qui se passe est en dehors de la réalité. « Séphora a renversé le dernier flambeau et c’est maintenant la complète obscurité. De la gauche, au cri sans doute, la vieille servante, lentement, s’avance, en levant la lanterne vers la table. Séphora la prend par la main en frissonnant, la fait s’approcher puis elle se penche derrière la table. Les deux femmes s’en vont silencieusement. On devine que Séphora tient par les cheveux une tête coupée. » Cette fin de la pantomime est accompagnée par les thèmes des Forces occultes , du Sommeil et du Meurtre, cette fois pianissimo et en valeurs augmentées.
Progressivement, reparaît le décor du premier tableau de cet acte. Séphora et la servante sont toujours endormies sur le rocher. La phrase de Vengeance, en augmentation, murmure au cor et à la harpe, et le motif des Forces Occultes rampe aux sarussophone et aux bassons. Séphora s’éveille, croyant avoir cédé au sommeil après avoir commis le meurtre. Tout là bas, le thème de Rome est lancé par les trompettes. La femme de Bar-Kokeba. se hâte de fuir, suivie de la servante portant dans le sac ce quelle croit être un sinistre fardeau. Réapparition des motifs des Prestiges , du Meurtre et de la Pureté. A l’intérieur du Temple recommence la psalmodie des prêtresses. On réenlend le thème du Rire de Reltis (’). Le rideau tombe lentement.
(1) La réduction piano et chant ne contient pas ce rappel.
Cet acte, d'une conception dramatique très originale, n’est pas moins curieux au point de vue musical. Au moyen de l’instrumentation, M. Camille Erlanger est arrivé à donner avec une grande intensité, une impression de rêve, d’illusion, d’irréalité.
Un très bel interlude sépare le 3e et le 4° acte. « L’orchestre dit la fuite de Séphora dans les ténèbres, le long des routes inconnues, avec la tète sanglante, et la poursuite des Romains. Un instant, brisée, elle tombe et s’endort. Mais elle se réveille vite, toujours poursuivie, mais victorieuse. Pantelante d’effroi, cependant, elle apporte à son époux le triomphe et en obtiendra lamour. Mais il semble qu'une puissance démoniaque, une puissance de luxure, un charme de câlinerie mortelle luttent contre l’amour conjugal et l’amour de la Patrie qui se dévouèrent jusqu'à l’assassinat. » Les thèmes qui constituent la base symphonique de cet interlude, magnifiquement traité, sont ceux du Meurtre et de la Pureté. Signalons au 3/8 de la p. 281 la superposition de deux formes de ce dernier motif, en valeurs augmentées, aux trombones, et, sous l’un de ses aspects les plus fréquents, aux bois, aux trompettes et aux cordes, — de Rome , de la Luxure , de Ylmperator qui, p. 283, m. 15, subit une transformation, — de Y Enchantement et de la Volupté .
Les rideaux s’écartent sur une cour dans le palais de Bar-Kokeba. o A droite, dans une pénombre où ne brillent que languissamment les lueurs dernières d’une fête, les filles de Magdala, dansantes et chantantes, près de Bar-Kokeba et de Lilith, couple enlacé dans plus d'obscurité. C’est après une longue ivresse qui se prolonge. » Les suites de neuvième, qui attirent l’attention, dès le début de cet acte, donnent bien l’impression de lassitude et d’énervement d’une nuit d’épuisantes débauches. Après quelques mesures à 5/4, accompagnant les danses, le célesta, les violoncelles et le cor font entendre le thème lascif des Filles de Magdala. Ce motif constitue, en partie, le chœur de femmes, d’une si pénétrante langueur, qui vient ensuite. Une très importante dérivation du leitmotiv de la Volupté se trouve au 4/4 de la p. 291. A la page suivante, au changement de ton, le même thème reprend une forme déjà signalée. Le thème du Héros revient aussi. Lilith murmure à son amant de voluptueuses paroles. L’Elu du Seigneur, le Sauveur d’Israël, sous les caresses de cette femme, oublie sa mission aussi bien que l’épouse fidèle. Bar-Kokeba nedemande plus qu’à mourir sous les baisers de Lilith. Dans toutes ces pages, une sensation troublante de chaude luxure monte des sonorités orchestrales oit se croisent le leitmotiv de la Volupté, sous diverses transformations, et le thème Héroïque qui, maintenant, a perdu son allure victorieuse et semble sans force, épuisé, éteint. Parmi les passages les plus remarquables il faut citer l’enveloppante phrase de Lilith :
D’une heure lente aussi l’heure lente est suivie.
Le seul bonheur de vivre est l’oubli de la vie.
le fils de l’étoile
délicieusement accompagnée par le cor, les harpes et les cordes eon sordini , et celle de Bar-Kokeba :
Si proche de la mort est ma douce agonie.
Que je t’aime sans écouter.
Akiba entre. 11 contemple avec une douleur terrible le Fils de l’Etoile vautré sur la prétresse de Bélial et d’Astarté. Du fond, s’avance alors, en cortège désolé, des groupes de prêtres, de lévites qui emportent les Tables de la Loi, de guerriers. Akiba leur crie d’abandonner le palais du Roi, habité, maintenant, par les prostituées. Bar-Kokeba ne prête aucune attention aux reproches du vieux Pontife et aux anathèmes des Juifs. Il ne voit, il n’entend que Lilith et il continue de prononcer avec elle des chants de désir et d’amour. Le motif d 'Israël revient, p. 300, en marche funèbre, interrompant les danses des filles de Magdala. 11 accompagne les cris de douleur d’Akiba et du peuple dans les pages suivantes, où l’on retrouve aussi Je thème de la Détresse. Page 303, m. 2, 3, 4, réapparition d’une forme des leit motive de la Volupté et du Héros .
'J ’out à coup, des acclamations d’allégresse arrêtent l’exode des Hébreux. Le thème du Meurtre sonne à l’orchestre, suivi de la superposition des deux formes de celui de la Pureté , signalées tout à l’heure dans l’interlude. Séphora entre en brandissant le glaive. Le leitmotiv de la Foi chante triomphalement à l’harmonie et au quatuor. Ceux du Meurtre et de Rome se font aussi réentendre. Devant tous, la fille d’Akiba déclare que sa faible main a servi l’Eternel et que son époux va enfin connaître quelle est la femme qui l’aime vraiment. Thèmes de la Pureté et du Meurtre. Pendant que l’orchestre ramène l’une des formes de la Volupté , Lilith et les Magdaléennes se dressent avec un grand cri impudent et la courtisane, s’adressant à Séphora, lui fait remarquer quelle n’a pas de sang sur les mains. Le thème des Prestiges apparaît ici, profondément modifié. Lilith clame son triomphe : sa sœur Beltis a trompé l’épouse et elle, elle a vaincu le mari ! La phrase de la Pureté subit, p. 315, à X allegretto moderato, une importante transformation qui lui donne comme une allure lasse et découragée. Cependant Bar-Kokeba se soulève sur la couche; il semble sortir d’une léthargie. Le thème Héroïque reparaît. Lilith interpelle encore Séphora :
Oh ! La mauvaise ménagère Qui crut acheter au marché Quelque mets rare et recherché Et n’en rapporte qu’une pierre !
puis, arrachant le sac des mains de la servante, elle le jette au milieu des Israélites. Un caillou s’en échappe et roule sur le sol avec un bruit sourd- Le thème de la Volupté plane victorieux à l’orchestre. Consternation de la foule. Séphora défaille dans les bras de ses femmes.
Et voici que, tout là-bas, des trompettes font retentir les airs du motif de Rome. Alors Lilith, dans un accès de joie farouche, annonce l’arrivée des maîtres d’Israël et prédit leur définitive victoire. Les thèmes de Rome et de Y Imperator, ce dernier sous une très intéressante transformation apparue, p. 317, m. 4, reviennent à chaque instant. Mais Lilith a jeté le masque trop tôt. Bar-Kokeba se redresse tout à fait. « Il est chancelant et hagard, avec l’air de sortir d’un mauvais songe ». Il se demande s’il a dormi ; peu à peu il se reprend, sa conduite lui apparaît dans toute son horreur et il chasse Lilith et les Magdalécnnes. La plus grande partie du chant de Bar-Kokeba est soutenue par le thème du Héros sous deux trans formations : la première p. 318 au 3/4, la seconde p. 320, au 9/8. Le motif des Imprécatrices fait de fréquents retours. Celui de la Pureté reparaît avec les mots : Et je reçois le tps. Page 232, m. 4, transformation du motif de la Volupté en sextolets. Au pin vivo de la p. 324. nouvelle forme de celui des Imprécatrices .
Bar-Kokeba se rapproche humblement de Séphora et lui demande pardon. L'épouse fidèle, avec une grâce auguste, s'incline vers le mari repentant et. lentement, le baise au front. Il se relève transfiguré. Ce duo, d'un grand intérêt musical, se déroule sur les thèmes delà Pureté , du Héros et du Sauveur , traités avec la plus riche variété, présentés sous des aspects qui les renouvellent constamment. Deux modifications du leitmotiv de la Pureté, l’une à l 'allegro moderato de la p. 325, l'autre au molto moderato de la p. 332. ainsi qu'une transformation du thème Héroïque , p. 326, m. 15, 16, sont surtout à signaler. Le motif de la Jalousie revient p. 333. Sous le rapport purement vocal, le 4/4 de Bar- Kokeba : Quand sous le sitq ne de l’Etoile, commenté par les motifs du Sauveur et de la Pureté et l'imploration du Prophète, p. 330, 331,332, sous lequel ce dernier thème déroule sa chaste mélodie, me paraissent les points culminants de ce duo.
Cependant les trompettes, plus près, lancent le motif de llome, alternant avec la transformation de celui de Y Imperator . Bar-Kokeba reprend le glaive que Séphora avait conservé à sa ceinture — une dernière fois se fait entendre le motif du Meurtre — puis il entonne une sorte de chant de guerre basé sur le thème du Héros. Séphora tombe dans les bras de son mari pendant que chante éperdument le motif de la Pureté. Le Fils de l’Etoile se précipite l’épée haute au-devant des Romains. 'Ions le suivent.
Lilith et les filles de Magdala rentrent peu à peu. La prêtresse éclate d’une joie féroce. Le leitmotiv propre à son rire vibre au 12/8 de la p. 341. Lilith ne craint pas que Bar-Kokeba remporte la victoire :
Sa splendeur n’est plus, sa vigueur est morte
On ne peut plus vaincre quand on m’aima.
Sous cette phrase expressive la trompette ramène le thème héroïque . A la fin, retour de celui de la Volupté . Là-bas montent des bruits de combat acharné ; des cris retentissent. Debout, sur la terrasse. Lilith domine le champ de bataille. A l’orchestre alterne une des transformations du thème du Héros . et celui de Y Imperator en sa dernière formé. Lilith invoque Rome et souhaite son triomphe « sur le Jéhovah du Juif odieux ». Thème de Rome . Les rideaux se ferment.
Un long entr'acte décrit , symphoniqueinent, le combat désespéré où le peuple hébreu va trouver son écrasement final. Dans cette page, d’un éclat foudroyant, la sonorité atteint aux limites extrêmes. La chose paraît toute naturelle quand on songe qu’il s'agit de la catastrophe suprême où viennent s’abîmer les derniers espoirs d’une race. Mais ce terrible déchaînement de tous les instruments demeure, il est bon de le faire remarquer, constamment musical. Nous n’y trouvons pas, comme chez certains compositeurs qu’il est inutile de nommer, du bruit pour bruit. Les principaux leit motive de l’œuvre s'amalgament, s’unissent, se combattent pour former un ensemble véritablement grandiose. L’analyse, sèche et froide, ne peut rendre l’impression produite par ce fragment d’une rare puissance.
11 est bon toutefois, de donner quelques points de repère. Au Poe o largo de \a. p. 350, les trombones font entendre, légèrement modifiée, la phrase : Sur le dieu de Jacoh , nos dieux l'ont emporté . Le thème du Héros retentit plusieurs fois, puis la Magie , p. 352, m. 2, et p. 355, m. 3, revient, transformée. Page 351, m. 9, superposition des motifs de la Jalousie et de la Foi . Au 3/4 de la p. 353, autre superposition : celle des deux formes de la Pureté ; plus loin réapparaissent les thèmes de la Volupté , de Rome , de Y Imperator et du Héros. Au 4/4 de la p. 357. alternant avec ce dernier thème lancé par les trombones, puis par les trompettes, l’hymne du second acte est chantée par l’harmonie et le quatuor. La phrase : Sur le dieu de Jacoh, revient encore. Enfin, au 4/2 de la p. 361, le large thème du Temple , proclamé par l’harmonie et les cordes, est coupé par celui de la Magie qui revient, transformé, aux altos.
Le cinquième et dernier acte se passe, comme le premier, dans les ruines du Temple de Jérusalem, par une nuit obscure. Les Hébreux sont vaincus, leur défaite s’achève en déroute. Des fuyards, des blessés, des vieillards, des femmes traversent la scène en se lamentant, en poussant des cris de désespoir. Retour des thèmes d'Israël , de la Détresse , du Héros , du Sauveur , de la Pureté , des Fils d'Hiram. Ceux-ci, découragés, jettent leurs équerres, leurs truelles et leurs compas dans les ruines du Temple. Appuyé sur une haute crosse, coiffé de l’éphob, Akiba arrive pendant que retentit à la clarinette basse le thème de la Foi. Puis les cuivres ramènent pianissimo l’Hymne du second acte, rythmé, cette fois, en marche funèbre. Venant de la gauche, des lévites entrent à leur tour.
(( portant sur une seule civière de branchages, où s'enroulent des serpents inertes, deux morts blêmes dont la poitrine et le front saignent. C’est Bar Kokeba et Séphora. On a mis sur l’épouse un lys rompu ; le glaive brisé, joint en forme d’étoile, est sur la poitrine de l’époux. Les lévites gravissent la ruine. Us déposent la civière mortuaire devant Akiba. » Sur un signe de ce dernier, ils s'éloignent. Les motifs du Héros, de la Paretc , diversement modifiés, et du Sauveur soulignent cette scène muette. « Cependant, sous les mains d’Akiba qui se penche, les deux époux, lentement, remuent, ouvrent les yeux, se reconnaissent, reconnaissent aussi les ruines où ils se sont vus pour la première fois. » Alors, tandis que le motif du Sauveur scintille aux violons con sordtni , dans le registre aigu, que celui du Héros lui répond aux trompettes en sons bouchés et que celui de la Pureté se déroule au violon solo, Séphora et Bar* Kokeba échangent quelques mots. Puis, tendrement enlacés, ils unissent leurs voix pour reprendre, à l’unisson, en valeurs augmentées, une des dernières phrases du duo de l’acte précédent. Ils meurent. Au ciel, l’étoile qui brillait encore faiblement s’éteint tout à fait ; sur la terre, le lys qui s’épanouissait toujours, s’effeuille, Akiba baise au front le mort et la morte. Retour de l’hymne du second acte sous une nouvelle forme et du thème Héroïque fragmentairement et en augmentation.
Akiba, seul devant les cadavres de ceux qui lui furent chers, se prend à méditer. Ici tout s’achève. L’étoile et le lys ne sont plus qu’une seule cendre. Ce monologue, d’une grande majesté, se déroule sur le motif de la Foi , de Y Hymne, puis du Sauveur , de la Pureté , du Héros , tous en valeurs augmentées. Le vieillard entre dans sa demeure, sous les ruines. 11 en ressort avec le chandelier à sept branches qu’il dresse, tout allumé, dans les ténèbres et il interroge Iaveh. Que veut il faire des hommes? Est-ce la fin de la plus vieille humanité? Que Dieu manifeste donc sa volonté ! Un vent de tempête éteint les sept flammes du flambeau pendant que le thème de la Foi se fait entendre pour la dernière fois. Ensuite retours successifs des motifs du Temple, de la Magie , des Imprécatrices , sous certaines de ses formes, et de la phrase: Sur le dieu de Jacob ... Akiba jette le flambeau. « Alors, apparaissent, lumineuses et magiques, sur le haut des ruines, Lilith et Beltis enlacées et rieuses. » Le thème des Faux l)ieux sonne victorieux, à l’orchestre. Akiba a vu les enchanteresses. Il regagne lentement son abri en murmurant amèrement :
Il ne reste plus rien que l’éternel mensonge Et l’éternelle volupté.
<( Des voix qui sortent des profondeurs, entre les écroulements, » invoquent, sur une transformation du motif des Faux Dieux , Baal, Moloch et Astarté. « Des décombres s’érige partout une nuée rampante de formes