MÉPHISTOPHÉLÈS
est tenue, Méphistodisparaît. Le scherzo vocal battu à un temps est, dans sa plus grande partie, un enfantillage sans valeur qui appelle la coupure. La Psalmodie finale ( Andante religioso 3/4), qui offre de nombreuses modulations de mi bémol majeur en sol majeur, de sol majeur en la majeur, de la majeur en ré bémol majeur, de ré bémol majeur en mi bémol majeur, et qui, commencée sur un simple accompagnement d’orgue, s’achève dans un tutti d’un fulgurant effet, clôt dignement ce prologue, l une des parties les plus originales de tout l’opéra.
Le premier acte, intitulé : Le Dimanche de Pâques , se divise en deux tableaux. Au premier, nous sommes à Francfort, et nous assistons à la kermesse. De nombreux promeneurs sortent de la ville par groupes; la scène est remplie d’une populace animée qui va et vient en chantant. Par instants, les cloches lancent une joyeuse sonnerie. Au lever du rideau le vague murmure de la foule est simulé à l’orchestre par un roulement de grosse caisse et par un léger froissement de cymbales. Citons comme un des morceaux les mieux réussis la danse avec accompagnement de chœurs, intitulé : VObertas. C’est une valse au rythme populaire et entraînant. Faust et Wagner entrent en scène et s’entretiennent. Dans la partie de Wagner, il y a, — curieuse rencontre, — un bout de phrase qui est la reproduction identique du commencement des couplets de Siébel : Faites-lui mes aveux. Le récit de Faust: Quand ton premier rayon vient nous sourire, et la phrase de Wagner, en ré bémol majeur : C'est l'heure des fantômes , sont aussi à remarquer.
Méphistophélès apparaît déguisé en moine gris. Dans Goethe, il se montre pour la première fois sous la forme d’un chien barbet. Comme il eût été assez difficile de faire accepter ainsi Méphisto au public, Boïto a été obligé de dénaturer un peu le poème allemand. C’est un des rares endroits où il se soit permis de le faire. Faust remarque le moine et s’inquiète de la persistance qu’il met à le suivre. Wagner tranquillise son maître et l’entraîne. Dans le lointain, le chœur reprend le motif de VObertas; la nuit tombe tout tà fait, et, au moyen d’un rapide changement à vue, nous nous trouvons transportés dans le cabinet du docteur.
Faust entre, le moine gris le suit et se cache dans l’alcôve. Le futur amant de Marguerite chante un fort bel air (fa majeur 3/4), puis il se plonge dans une profonde méditation. Tout à coup, un hurlement qui sort de l’alcôve le tire de sa rêverie ; le moine se débarrasse de son froc et apparaît en Méphistophélès.
— Qui es-tu? interroge Faust. Méphisto lui répond par des couplets extrêmement curieux, et qui sont une véritable trouvaille. Ces couplets (fa mineur, avec de nombreuses alternances de rythmes), ont une allure infer-
nale et sauvage fort en situation. Sorte de profession de foi nihiliste, ils caractérisent bien le rôle ; les voici •
Moi t je suis l’esprit qui nie Tout : Le Ciel, l'Astre et la Fleur,
Et j’attache mon génie A troubler le Créateur.
Je veux le Néant, j’appelle La Ruine universelle :
Et mon ciel à moi,
Ma force et ma loi Que le Bien parfois m’envie L’Atmosphcre de ma vie.
Tu les nommes, toi,
Alors que la peur te ronge,
Tu les nommes le Mensonge,
Le Péché, la Mort, le Mal !
Je ris en jetant ce mot infernal :
« Non ! » — Je tente et je mords, je détruis, je persifle,
Je siffle ! î
Et il siftle violemment en mettant les doigts entre les lèvres :
J’aime les séjours funèbres Du grand tout : Obscurité î Je suis l’enfant des Ténèbres,
L’ennemi de la clarté !
Et si jamais la Lumière M’osait déclarer la guerre,
Je serais vainqueur.
Et le ciel pris d’épouvante Frémirait d’horreur.
Sur la ruine fumante Régnerait bientôt la Mort et le Mal ,
Je ris en jetant ce mot infernal :
« Non î »> — Je tente et je mords, je détruis, je persifle.
Je siffle ! !
Méphistophélès propose à Faust le pacte. Ce dernier l’accepte après avoir soupiré un délicieux cantabile : Si je connais par toi l'oubli des jours moroses. Méphistophélès et Faust chantent ensuite un allegretto d’une -allure fort commune. L’esprit du mal enveloppe le docteur dans son man teau, et ils s’envolent dans les airs pendant que le rideau tombe sur un tutti général dans lequel on distingue, dit par les trombones, le motif de la phrase : Vois, dans ces plis ce manteau nous enlace.
L’acte suivant se passe dans le jardin de Marthe. Ici il faudrait pouvoir oublier la magnifique scène d’amour de Gounod qui est et restera un chefd’œuvre. Il est vrai que M. Boïto n’a point essayé de lutter avec le maître