L APOLLON! DI
a eu un fils, c est celui de son mari, — un étranger, — qui succéderait sur le trône d’Athènes à la fille d’Ereckthée ? Cela ne sera pas. ïl frappera Ion au milieu de la fête. Kréousa l’arrête. Il est un moyen plus sûr : le poison. Et elle lui tend 1 anneau que Pallas donna jadis à son aïeul, anneau qui contient une goutte du sang empoisonné de Gorgô. Le vieillard le prend: elle sera obéi. Deux accords, qui ne sont pas sans rappeler ceux du Tarnhelm, de la Tétralogie, résonnent au Lento de la p. 1(12. Ils caractérisent 1 Anneau. Page 165, retour du thème d’ Apollon sous une transformation.
Le vieillard se retire. De légers nuages emplissent peu à peu la scène. Kréousa se livre à la joie de la vengeance. Elle dédie au souvenir de son enfant le meurtre d’ion, pure et innocente victime. Pourtant la pensée de celui-ci la fait hésiter. La jeunesse de Ion, sa beauté, lui évoquent le fils qu elle a perdu. Tout à coup l’horreur de son forfait lui apparaît. Elle rappelle le vieillard, mais il est trop tard. Elle supplie alors Apollon de sauver Ion. Maintenant elle ne veut plus qu’il meure ! Tout le monologue de la reine est énergiquement rendu. Çà et là, à l’orchestre, reparaissent les motifs de YOrigine divine , à' Apollon et de Y Anneau.
Tout à coup, un éclair fend les nuages et Apollon apparait dans toute sa splendeur. Les nuées sont devenues subitement éclatantes comme une merde feu. Kréousa, émerveillée, se relève lentement. Les femmes de la reine rentrent et chantent un charmant petit chœur. Kréousa est toujours en extase devant le dieu rutilant de lumière et qu elle seule aperçoit. Puis elle se pâme dans les bras de ses suivantes qui l’entraînent. Le dieu vainqueur reste seul en scène, immobile comme une statue. Il tourne lentement sur lui-même, s élevant au-dessus du sol et disparaît entraînant les nuages avec lui. Le tissu symphonique de ces pages est formé en majeure partie par les motifs d’ Apollon et de Y Origine divine.
Les nuages une fois dissipés, on se trouve sous la tente où a lieu le festin. Les chœurs chantent l’hymne a Apollon : Io Pœan, puis commence un ballet-pantomime dont certains passages ne manquent pas d’intérêt. Les chœurs des nymphes ont une jolie couleur. Pendant le ballet, Ion reste impassible et songeur. Un sombre pressentiment l’agite. Quand le vieillard entre dans la salle, les accords de Y Anneau retentissent. Tout à coup, Ion interrompt les danses et se met à invoquer Loxias. Réapparition du leitmotiv du Temple. Au fond de latente l’orgie éclate et, peu à peu, devient générale. Le chœur à 5/4, C et 3/2 alternés : Mêlons pour Zeus et Phoïbos... est original. A l’accompagnement, revient le thème de la «Ane. Le vieillard s’approche d’ion et, comme vieux serviteur de Xouthos, il lui tend une coupe et l’invite à boire. Ion accepte le breuvage et, levant le cratère, il implore encore Apollon en lui demandant de lui rendre sa mère. Page 235, m. 11 et 12, motif de Y Anneau ; page 237, dernière mesure,
superposition de ceux du Temple et d'Apollon. Ion verse à terre, en 1 honneur du dieu, une partie du contenu de la coupe. Alors, dans le rayon lumineux, apparaît un vol de colombes blanches. Elles s’approchent de la liqueur répandue et Ion leur adresse de tendres paroles. Tout à coup, l’une d'elles, qui vient de tremper son bec dans le liquide, tombe raide morte ; les autres s’envolent. Grande émotion parmi les convives.
Qui de vous a voulu me vouer à la tombe ? interroge Ion. Les assistants accusent le vieillard. Celui ci ne fait aucune difficulté pour reconnaître qu’il est l’auteur du crime; de plus il déclare que personne ne l’y a poussé. Mais des sacrificateurs reconnaissent à son doigt l’anneau de la reine. C’est elle la coupable, c’est elle qu’il faut punir et non pas celui qui lui a servi d'instrument aveugle. Les prêtres tendent un glaive à Ion. C’est à lui de frapper Kréousa. Le jeune homme hésite d'abord, mais la foule l’entraine.
Page 246, m. 3,4, on trouve une transformation du motif d'Apollon. qui revient encore p. 249, 251, 252, sous d autres formes. Le thème de V Amour se fait entendre p. 251, 252. Les dernières pages sont, en partie, construites sur un motif de Colère qui apparaît p. 230, m. 1, 2.
Le troisième acte est, lui aussi, divisé en deux tableaux. Le premier se passe sous une petite tente où Kréousa repose, ayant auprès d’elle ses femmes. Une introduction assez importante précède ce tableau. Un nouveau thème, spécial au Sommeil de la reine, y fait son apparition p. 261. m. 5, 6, 7, 8.
Quand le rideau se lève, on réentend le thème d'Apollon. Kréousa se réveille lentement, encore oppressée par l’horreur d’un songe. Ses suivantes essaient de la calmer par un délicieux petit chœur. Dans le lointain, retentissent des cris de mort. Kréousa tombe à genoux et implore ardemment Apollon. Les femmes conseillent à Kréousa de se réfugier auprès de l’autel du dieu. Avant de partir, la reine, transfigurée, adresse à Athènâ, une invocation d’une belle et large déclamation. A l'orchestre, retour du thème de l' Origine divine. Kréousa et ses suivantes s'enfuient vers le Temple. Le décorse meut, représentant le chemin parcouru par les fugitives. Pendant ce temps, se déroule un morceau d'orchestre bâti sur un nouveau thème, celui de la Fuite, entendu pour la première fois p. 280, m. 17. 18. et sur ceux d'Apollon et du Sommeil.
Le sanctuaire apparaît dans toute sa majesté, alors qu éclate le thème du Temple.
Kréousa se dirige vers la statue du dieu et l’entoure de ses bras. Brusquement, les portes s’ouvrent. Les prêtres et Ion, le glaive à la main, font irruption dans le temple. Kréousa se met sous la protection d’Apollon et elle défend à Ion d’avancer. Elle et lui se mettent alors à discuter sur la légitimité du meurtre qu’elle avait ordonné au vieillard d’accomplir. Ces
l’apolloxide
pages, un peu froides, font longueur. A l’orchestre, passent les thèmes de 1 Origine divine , d Apollon, du Temple et de X outhos. La reine reste toujours près de la statue de Loxias. Ion n’ose approcher, malgré les exhortations des sacrificateurs qui le poussent à frapper.
Page 308, m. 5, 6, la Pitié , qui vient d entrer dans l’âme du jeune homme, est soulignée par une phrase expressive qui n’est pas sans rappeler le motif d Amotu , de 1 Anneau du Aibclung. Au moment où les prêtres vont porter la main sur Kréousa, elle s’évanouit.
La grotte de la Pythonisse s’éclaire subitement et la prophétesse s’avance, tandis que retentit le motif de 1 Oracle. Elle dit à Ion de jeter son épée et de respecter le temple, et elle ordonne aux prêtres et aux femmes de sortir. La Pythonisse contemple un instant Kréousa en silence, pendant que revient le thème de Pitié, puis s’adressant à Ion, elle lui déclare qu’il doit quitter Pythô les mains pures. Elle lui remet ensuite la corbeille dans laquelle il fut jadis abandonné sur les marches du temple. Qu'il espère et continue à chercher sa mère. La prophétesse disparaît dans son antre.
Le récit de la sibylle est d'une belle venue. La phrase : Les yeux à peine ouverts au jour qui nous éclaire, est d une grande tendresse. Page 317. retour des thèmes du Temple et de ï Oracle. Ce dernier subit une transfor ination p, 318, à l’ allegro vivo.
Nous arrivons maintenant à la scène de la reconnaissance. Perdue dans le souvenir de son enfant, Kréousa se rappelle les ornements quelle avait brodés sur les langes et le collier, aux serpents d’or, qu’elle avait passé «à son cou. O surprise! en cherchant dans la corbeille. Ion reconnaît les objets désignés par la reine. Il s’élance vers elle, lui tend les langes, le collier, et la mère et le fils tombent dans les bras l’un de l’autre. Le compositeur a traduit toute cette scène avec une éloquente simplicité. Les pluases de Ion et de Kréousa ont toutes une expression touchante, notamment le Lento : Vous que j' avais filé de mes mains, d doux langes. Le thème de l’amour maternel reparaît deux fois p. 325; celui d'Apollon. p. 32<, 328 ; celui du Désir, p. 329. Le cri de joie de la reine contemplant son fils est d’un bel élan. La mère et l’enfant laissent échapper leur joie. I)e temps en temps reparaît le motif d'Apollon.
Des cris se font entendre au dehors. C’est Xouthos qui revient. Les suivantes rentrent dans le temple, tout éplorées, mais la reine leur crie quelle a retrouvé son fils. Une transformation du motif d’Apollon se rencontre p. 310, m. 10, 11. Ion a hâte de voir son père pour lui annoncer la bonne nouvelle. Kréousa lui apprend alors que Xouthos ne lui est rien et elle lui révèle le secret de sa naissance. Les thèmes d'Apollon et de V Origine divine se font entendre encore. De légers nuages descendent sur la scène ; des voix mystérieuses murmurent les mots : Apollonide Ion ! Les Muses apparaissent dans une nuée éclatante. Ion, en un chant d un
grand caractère, se laisse aller à son ravissement. Le fond de la scène s'ouvre et Athéna, telle quelle sera plus tard à l’époque de sa splendeur, apparaît avec ses merveilleux monuments. Des chœurs invisibles prophétisent la gloire d’ion. Kréousa conduit son fils vers la statue d’Apollon et, prenant la couronne qui se trouve sur la tête du dieu, elle la pose sur celle du jeune homme respectueusement incliné.
Toute cette fin est d’une allure pleine de majesté. Un thème, celui de Y Enthousiasme, surgit p. 348, au Molto moderato . Il concourt avec celui de Y Origine divine à raccompagnement du début du final. Le motif d’ Apollon retentit une dernière fois, quand Kréousa couronne Ion.
L’Apollonide est l’œuvre d’un artiste probe et sincère. On y sent constamment la noble influence de Gluck et de Wagner, sans pourtant qu’on puisse reprocher à l’auteur une imitation servile. Si les idées musicales de Servais ne sont pas marquées au coin d’une originalité frappante, si elles ne dénotent pas une personnalité très accusée, du moins sont-elles toujours parfaitement appropriées aux sentiments qu’elles sont chargées de traduire. Dans toute cette partition, il n’y a pas une vulgarité à regretter.
^ Elle garde constamment une belle distinction L’oubli dans lequel on laisse YApollonide , est un véritable déni de justice. Constatons-le sans nous étonner. Lorsqu’il s’agit de musique, ce sont aux œuvres médiocres que vont les sympathies des directeurs et du public.