DE LA MER
(Théâtre Lyrique Flamand : Anvers. — Novembre 1901) (Théâtre de la Monnaie : Bruxelles. — Octobre 1902)
Après Princesse <1' Auberge, dont le succès ne fut pas seulement particulierà la Belgique, mais s’affirma aussi sur un grand nombre de scènes françaises, M. Jan Bloclcx écrivit un nouvel ouvrage dont les destinées furent moins heureuses. Thyl Eiilenspiegel, desservi par un livret décousu, ne réussit pas à obtenir, malgré quelques beaux passages, plus qu'un modeste succès d estime. M. Jan Blockx vient de prendre une éclatante revanche avec la Fiancée de la Mer. La fortune de cette partition, jouée d abord en flamand au i héûtre Lyrique d’Anvers, puis eu français à la Monnaie de Bruxelles, est en train de dépasser celle de Princesse d’A.ubenje. Deux villes de France, Lille et Rouen, ont joué, jusqu’ici, le der nier drame de M. Blockx. 11 est à souhaiter que beaucoup d’autres théâtres suivent cet exemple.
Foncée de la Mer n est pas un de ces chefs-d’œuvre qui marquent une date dans l’histoire de la musique, mais c’est une partition honnêtement pensée, sincèrement écrite, solidement bâtie par un compositeur respectueux de son art.
A cette heure où des opéras italiens de dernier ordre, sans stvle, sans idées, comme les Messaline, les Fœdora, les Z aza, envahissent nos théâtres et pervertissent le goût du public, on est heureux de saluer une œuvre saine et forte comme La Fiancée de la Mer.
Lo livret sur lequel M. Jan Blockx a écrit lu Fiancée de la Mer est de M. Nestor de Tière, qui lui avait déjà donné celui de Princesse d’ Auberge. La traduction du texte flamand est due à M. Lagye. Ce poème n’offre rien de particulièrement original. L'intrigue qui en fait le fond a été souvent traitée mais, simple et liumiino, elle est favorable aux développements musicaux et c'est ce qui importe avant tout.
Le décor du premier acte représente un petit port de refuge de la côte flamande. Au fond, un phare dont la lueur perce le brouillard d’une matinée de juin. Un court prélude présente l’un*des thèmes principaux de la partition. Confié au cor anglais et à la clarinette basse sur un accompagnement ondulant des violoncelles et des altos, ce motif, p. 1 m. 1 et suivantes, symbolise la Mer sombre, la Mer farouche, la Mer mangeuse d’hommes, il se fait entendre deux fois et, quand le rideau se lève, il retentit encore.
Seul dans sa barque, un jeune marin, Arry, chante une vieille ballade populaire dans les pays flamands : De twee Konings Kinderen ( Les deux enfants de roi), d’une délicieuse et prenante tristesse. Arrive Kerlin l’amoureuse d’Arrv. De grand matin, elle a quitté la maison de son père, le patron Wulf qui, jadis, a recueilli et élevé Arry resté orphelin. Les deux jeunes gens n’ont pas encore fait à Wulf l’aveu de leur tendresse. Et pourtant, aujourd'hui, a lieu le départ des barques pour les côtes d’Islande : dans quelques instants Arry prendra la mer pour trois mois. Kerlin est toute triste ; Arry la rassure. Tous les deux s’agenouillent devant une Vierge placée dans une encoignure de maison et se jurent une mutuelle fidélité. Quand Wulf viendra tout à l’heure, Arry lui demandera la main de sa fille.
Cette scène est bien rendue dans une teinte mélancolique qui s’harmonise de la façon la plus heureuse avec ce paysage maritime des côtes de la mer du Nord. A l 'allegro appassionato de la p. 9 se trouve, au chant et à l’or chestre, le motif propre à Kerlin, ou plus exactement à son amour. Une courte phrase de clarinette basse, répétée par le cor anglais, précède la simple et naïve prière des deux amants, où passe comme un écho lointain de Mireille. A l’abcompagnement de ce morceau le thème à! Amour de Kerlin subit p. 15 m. 4, 5, une première transformation. Sur la demande de la jeune fille, le marin achève la ballade. 11 est bon de remarquer que, chaque fois,M. Blockx a soigneusement varié l'accompagnement des trois couplets. Le Serment de fidélité de Kerlin est souligné, p. 20 m. 7 et suivantes, par une série d'accords très caractéristiques confiés aux trombones, aux clarinettes et aux bassons. Les jeunes gens s’éloignent, alors que la mélodie de la ballade revient en style fugué, commencée par les