LA FIANCÉE DK LA MER
maintenant, c’est la misère. Un important et beau prélude précède cet acte. Il expose, d abord, p. 66 m. 1 et suivantes, par les voix du cor anglais et de la clarinette basse, et superposée au thème de la Brusquerie qui gronde aux violoncelles, aux contre basses et aux timbales, une phrase propre à Gudule, mère de Kerlin, et qui exprime sa Douleur. A citer ensuite, p. 68 m. 6 et suivantes, aux violoncelles, un mélancolique motif qui nous confie l’état psychologique de Kerlin dont l’amour s’est en quelque sorte im matérialisé. Ces différents thèmes alternent les uns avec les autres jusqu a la fin du prélude. Le motif de la Mer réparait p. 72 m. 7 et 8, et p. 73 m. 1 et 2.
Kerlin achève tristement de travailler à un filet; Gudule met du bois dans le feu ; Wulf, tout en bourrant sa pipe, essaie de raisonner sa fille. La mère vient à la rescousse. Tout espoir de voir jamais Arry revenir est perdu maintenant : il faut que Kerlin se décide. Kerdée l’a demandée en mariage; en l’acceptant, elle sauvera ses parents de la misère. A l’heure actuelle, ils sont accablés de dettes et ils ne peuvent continuer à accepter l’aide de Kerdée s’il ne devient pas leur gendre. Cette scène est soutenue a l’orchestre par les motifs de la Brusquerie et de la Douleur et par celui de Kerdée, qui revient sous une forme modifiée p. 70 m. 4, 5. Les deux vieux sortent. Kerlin restée seule suspend son travail et son esprit se perd en une sombre rêverie, pendant que le quatuor en sourdines redit la mélodie de la ballade des Enfants de Roi , dont la jeune fille murmure aussi un court fragment. Kerdée entre. 11 la supplie de céder à ses vœux. Non ! Elle veut attendre encore, car elle n’a pas perdu tout espoir. Tout à coup, on entend une voix lointaine qui signale une voile au large. Kerlin s’élance au dehors Si c’était Arry ! Au point de vue vocal, il importe de signaler le cantabile de Kerdée, p. 85, 86, 87, dont certains passages sont fort expressivement traduits et l'allégro de Kerlin : Je souffre , hélas !... La base symphonique de ces pages est formée principalement par les thèmes de Kerdée et de Y Amour de Kerlin. Celui de la Mer revient p. 90 et 91. Cette seconde fois, par suite de l’instrumentation confiée aux bois et aux violons, il revêt un nouvel aspect. Ici, c’est la mer calme, la mer bienveillante. P. 88, m. 16 et suivantes et p. 89 m. 5 et suivantes le hautbois déroule, quand Kerlin constate la tendre bonté de Kerdée, une phrase déjà chantée par ce dernier au 1er acte p. 37. Le cor anglais ramène p. 89 m. 14 et suivantes le motif du Départ.
Djovita qui, un instant auparavant, était apparue, au dehors, dans l’embrasure de la fenêtre, se dresse devant Kerdée qui se prépare à suivre Kerlin. La pêcheuse de crevettes pénètre dans la maison. Kerdée reste et pour se donner une contenance allume sa pipe. A l’entrée de Djovita, p. 93 m. 6 et 7, le quatuor esquisse le motif qui caractérise sa Jalousie. Même page m. 8 et suivantes, il faut remarquer un renversement du
thème de la Mer . Djovita fait la coquette avec le jeune marin. Pour le séduire, elle entonne, sur un banal compliment de celui-ci touchant sa voix, la vieille chanson populaire, tout à fait charmante, dont, au premier acte, elle avait fredonné quelques mesures. Et comme Kerdée s’émerveille : Si j'étais ta femme , lui dit-elle, je ne chanterais que pour toi . Cet aveu brutal rappelle le pêcheur à la réalité. A ce moment s’élève au dehors la voix de Morik chantant le refrain lancé, à l’acte précédent, par une jeune fille: Danse l Danse! Voici mon bel amant !... Kerdée s’empresse de sortir. Son leitmoiio revient plusieurs fois dans la fin de cette scène. Djovita, après le départ de Kerdée, se sent prise de fureur contre Kerlin. La première idée du crime commence à germer dans sa tête : Perdre la raison , c est perdre aussi la vie ! Le thème de la Jalousie retentit dans sa forme principale, p. 104, m. 11, L?, et p. 115 m. 2, 3.
Morik passe la tête par l’une des fenêtres. Il sait que son approche a mis en fuite Kerdée qu’il jalouse et il est tout joyeux, lui si sombre d’ordinaire. D’ailleurs, il a une autre cause de joie. Il a trouvé sur la grève une cassette pleine de bijoux.. Il les montre à Djovita émerveillée et se met à les lui essayer. La jeune fille se laisse faire. Mais quand le coureur de grèves lui propose de l’épouser et, devenant plus entreprenant veut l’embrasser, elle lui donne un vigoureux soufflet. Djovita n’est pas femme à se vendre pour un trésor, et puis elle aime Kerdée, c’est lui qu’elle veut. Morik la supplie; elle éclate de rire. Cette scène, écrite en partie sur un piquant scherzando à 3/8, contient de jolis détails d’instrumentation. Le motif de la Haine se retrouve p. 106 m. 9, 10. Celui de la Sournoiserie, subit, au quatuor, une intéressante modification p. 109 m.3 et suivantes. Un nouveau thème soulignant le Désir qui mord le rôdeur à la vue de la brune fille apparait au hautbois et à l’alto p. 110 m. 20, 21 et revient plusieurs fois ensuite. Enfin, p. 115 m. 3 et suivantes, quand Djovita repousse Morik l’orchestre ramène en valeurs diminuées une phrase de la pêcheuse de crevettes au 1er acte : Mon cœur n'est pas à prendre.
Sur ces entrefaites arrivent plusieurs jeunes filles chargées de paquets. Kerlin les suit, toujours perdue dans ses tristes pensées. A la vue de Djovita, parée de bijoux, toutes s’exclament et, quand elles apprennent que ces richesses appartiennent à Morik, elles se mettent à agacer ce dernier sur le même motif qu’au premier acte. Morik se fâche. Il retire les bijoux à Djovita et part rageusement. Les pêcheuses annoncent à Kerlin qu’elle a été choisie pour représenter la Madone dans la procession qui doit avoir lieu le jour de la fête de la bénédiction de la Mer. Kerlin tressaille. La bénédiction de la Mer! C’était la date fixée pour son mariage et Arry n’est pas là ! Les jeunes filles déploient la robe d’un rouge sombre, le manteau bleu, toutes les parties du costume devant vêtir celle qui remplira le personnage de la Vierge. Signalons en passant, p. 131, m. 8 et suivantes,