‹ Consonnances et dissonancesChapitre 53 sur 60 · LA FIANCÉE DE LA MER · texte numérisé non relu

LA FIANCÉE DE LA MER

une phrase qui offre une analogie avec certain motif de Princesse d’ Auberge ^On essaie le costume à Kerlin ; elle se laisse faire en murmurant à part, pendant que reparaissent les accords du Serment: Sainte Vierge , nous avions jure de nous aimer toujours ! Pour distraire Kerlin, ses compagnes demandent à Djovita de chanter. Une idée infernale germe alors dans le cerveau de la pêcheuse de crevettes et elle commence une ballade narrant l’histoire d’une fiancée qui, ayant perdu son amant à la mer, se console bientôt et en épouse un autre. Mais, la nuit de ses noces, elle voit en rêve le mort étendu auprès d’elle. Cette ballade, écrite dans le mode éolien, est l’une des meilleures inspirations de l’œuvre. Le dernier couplet, au lieu d’être chanté, est simplement déclamé pendant que le motif est déroulé par le violoncelle solo.

Kerlin, vivement impressionnée, rejette le manteau et le diadème. Ses amies se retirent. Anéantie, la jeune fille implore la Vierge. Elle n’est pas parjure, elle ne veut pas l’être. Retour p. 143 m. 17, 18 des accords du Serment et p. 144 au 3/4 de la ballade des Enfants de Roi , chantée par les violoncelles. Kerlin, hallucinée, croit entendre au loin la voix du bienaimé. Non, il n’est pas mort! Sûrement, il reviendra! Wulf et Gudule rentrent, l’air mécontent. Le père a vu Kerdée qui lui a appris que Kerlin se refuse toujours à prendre une décision. Cela ne peut être ; il faut qu’elle dise oui. A chacune des sollicitations de Wulf, Kerlin répond simplement: Arvy eut mon serment . Et les accords caractéristiques de celui ci résonnent chaque fois à l’orchestre. Wulf, peu à peu, s’emporte et, dans un moment de fureur, il jette brutalement sa fille sur le sol. Les motifs de la Douleur et t de la Brusquerie , superposés, ceux de la Mer et de Kerdée , ce dernier quelque peu transformé, reparaissent dans ces pages. Au cantabile de la p. 155, revient, à la flûte et au quatuor, le motif psychologique de Kerlin, signalé au prélude de cet acte. Wulf lève le pied pour frapper Kerlin. Gudule l’arrête. L’enfant se rapproche de son père qui finit par se calmer. Je voudrais, lui dit elle, mais cest impossible. Sur ces paroles le violon solo déroule un développement, en valeurs diminuées, du thème psychologique. Gudule essaie encore de convaincre sa fille. Wulf, après lu1 avoir demandé pardon de sa brutalité, déclare la laisser libre; il se résigne à mourir comme un gueux. Il y a là quelques phrases empreintes d’une grande tristesse; elles sont naturellement soutenues par le motif de la Douleur. Kerdée arrive pendant que son thème réparait encore transformé. Mon Arny bien aimé \ murmure la jeune fille. A l’une des fenêtres du fond, on aperçoit la tête de Djovita menaçante. Kerlin, prise d’une réso lution subite, s’avance vers le pêcheur et lui tend la main. Djovita recule comme si elle avait reçu un coup au cœur. Wulf et Gudule, tout joyeux, s’élancent vers leur enfant qui tombe sur une chaise en murmurant toujours: Mon Arry bien aimé! Au dehors s’élève la voix de Djovita. Elle chante

à nouveau la sombre ballade de Y Infidèle. Kerlin se met à trembler. Ses beaux yeux s’assombrissent. Elle arrache ses mains de celles de Kerdée et s’accroche désespérément à son père et à sa mère. Son visage devient effrayant ; elle se frappe le front, pousse un cri d’allégresse et se met à rire aux éclats en appelant Arry. Le motif d' Amour de celui-ci revient p. 166 ; même page m. 14, 15 et p. 167 m. 1 et suivantes, les violons le superposent au thème de la ballade des Enfants de Roi , chanté par le hautbois, et, en imitation, par les seconds violons. Kerlin se met à murmurer la première strophe de cette ballade puis elle éclate de nouveau d’un rire de folie. Elle croit voir son fiancé accourir. Le rideau tombe, alors que les deux thème d 9 Amour s’unissent, celui de Kerlin chanté par les cors et les violoncelles, celui d Arry par les violons et que les trompettes ramènent la Ballade des Enfants de Roi .

Au troisième acte, nous nous trouvons transportés au bord de la mer, sur les dunes toutes veloutées de mousses marines. A gauche, une estacade décorée de drapeaux et d’oriflammes s’avance de biais dans les flots. Le prélude de ce dernier acte est d’un caractère très sombre. Au début, les motifs de la Sournoiserie de Morik et de la Jalousie de Djovita alternent à plusieurs reprises. Les accords du Serment se font réentendre p. 174, m. 1 2, suivis aussitôt du thème de la Haine , puis un nouveau motif, spécial à V Amour do Djovita, est exposé par le hautbois et l’alto, même page, m. 6 et 7. Enfin, p. 175 et 176, la phrase de Kerdée reparaît transformée. Le prélude se termine par le motif de la Mer.

Ab lever du rideau, Kerdée contemple tristement l’horizon ; dans un coin, Mo-ik l'observe. Le marin se retourne et aperçoit le coureur dégrèves. 11 l’interpelle et lui défend de le suivre, sinon il aura à faire à lui. Morik s'éloigne la menace à la bouche. Le thème de la Haine subit p. 179, m. 1 et 2, une modification en valeurs diminuées. Sous sa forme primitive, il se superpose p. 181, m. 10, 11, 12, à celui de la Sournoiserie . Survient Djovita. Elle fait à Kerdée l’aveu de l’amour qui la consume ; elle lui appartient corps et âme. Aujourd’hui que Kerlin a perdu la raison, elle ose espérer que le pêcheur répondra à sa passion. Mais celui-ci entend rester, quand même, fidèle à son infortunée fiancée. Eli bien, s’il ne veut pas de Djovita pour femme, qu’il la prenne au moins comme maîtresse. Kerdée reste insensible à cette proposition ; il s’éloigne tandis que la jeune fille se jette à terre le front dans ses mains. La scène est remarquablement traitée. Les supplications de Djovita sont rendues avec une grande intensité d’expression. Le cantabile des pages 182, 188. 181, soutenu par un bel accompagnement où apparaît aux hautbois et aux violons une transformation du motif de Djovita est surtout à citer. Une autre modification du même thème se rencontre p. 189, m. 1, 2, 3 ; celui de la Jalousie reparaît p. 193.

Des enfants passent en chantant à l’unisson un chœur d’un beau sentiment

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