‹ Consonnances et dissonancesChapitre 54 sur 60 · LA FIANCÉE DE LA MER · texte numérisé non relu

LA FIANCÉE DE LA MER

en l'honneur de Saint Pierre, patron des matelots. Au loin, dans les dunes, on entend la voix de Kerlin qui exhale un mélancolique refrain: A V Océan ic suis fiancée... dit elle. Djovi ta redresse la tète ; le thème de la Jalousie éclate à l'orchestre en valeurs augmentées. Si Kerlin disparaissait, Kerdée ne repousserait peut-être pas l’amour de la pêcheuse de crevettes. La pauvre folle arrive tressant une couronne de fleurs. Dans ses divagations, elle identifie Arry avec la mer. L’accompagnement ramène plusieurs fois le motif de la phrase: A V Océan je suis fiancée. Djovita s’avance vers Kerlin. L’idée infernale est enfin éclose dans son esprit. Oui , ion Arry habite la mer, lui souffle-t-elle à l’oreille, cest là qu'il vit sous les flots rerts . Il t'appelle , il te tend les bras , o a donc le rejoindre... Et lui prenant la main, elle l’entraîne doucement vers le rivage. Le thème d’amour à' Arry reparaît p. 200 et 201 ; celui de la Mer se retrouve p. 202, m. 6, 7, et transformé p. 203, m. 3 et 4. Même page, revient la ballade des Enfants de Roi qui. à la page suivante, alterne avec le thème d! Amour dé Kerlin. Quand cette dernière s’arrête et revient sur ses pas, les cors et les violons, cette fois, ramènent les motifs de la ballade.

Kerlin se souvient que c’est aujourd’hui que l’on doit bénir la mer. A l’orchestre résonne, en sa forme principale, le thème de la Procession. Djovita ressaisit la jeune fille par le bras : Où donc sont tes serments ? Depuis longtemps, tu devrais avoir rejoint ton Arry ! Et trois fois elle traite de parjure la malheureuse.

La Mer gronde p. 205, m. 7, 8 et 203, m. 3 et 1. Alors, tandis que les bois lancent fortissimo, son amoureux motif, Kerlin bondit sur Djovita et la prend à la gorge. A ce moment accourt Kerdée. Il sépare les deux jeunes filles. La folle se rapproche du jeune homme comme une enfant apeurée. Mais Kerdée a compris le lâche dessein de la pêcheuse de crevettes ; il l’accable de reproches. En vain Djovita se traîne à ses pieds et lui crie son amour, le marin la repousse et lui déclare qu’il la hait désormais. Les motifs de V Amour et de la Jalousie de Djovita commentent cette scène ainsi que celui de Kerdée dont une dramatique transformation apparaît p. 209. m. 9 et suivantes aux violoncelles et aux altos. Le thème de la ballade de l’Infidèle (2e acte) se retrouve à Y allegro de la p. 208 et p. 209.

Morik qui, pendant toute cette scène, s’était tenu caché dans un repli de la dune, se rapproche. A l’orchestre passent ses deux motifs ainsi que celui du refrain : Danse î Danse ! Il raille Djovita puis il lui propose de la Venger. Un mot, et il tue Kerdée. Mais c’est Kerlin que la pêcheuse veut frapper. Soit, Morik la précipitera dans la mer; après Djovita sera sienne. Ces pages vigoureusement déclamées sont accompagnées par des transformations du thème de Kerdée, p. 215, m. 14, 15, du Désir, p. 210, m, 10 et par des retours de ceux de la Haine , de la Jalousie et de la Mer ,

Le thème de la Procession murmure de nouveau à l’orchestre. Kerlin rentre en scène les cheveux dénoués ; elle répand des fleurs sur le passage du cortège qui défile dans le fond. La jeune fille invoque la Vierge, puis le souvenir d’Arry s’empare de son esprit. Le thème religieux se maintient toujours à l’orchestre. Quand la Procession a disparu, Djovita se dresse devant Kerlin et, pendant que gronde le thème de la Mer , elle indique du doigt les flots à la folle: Là, sa voix f appelle. La malheureuse, après avoir contemplé un instant l’Océan, s’en rapproche pas à pas. Dans son hallucination elle se figure qu’Arry lui tend les bras et elle se jette dans l’abîme, juste au moment où Kerdée, inquiet, accourt. Dans cette scène tragique reviennent les motifs de la Procession , de la phrase: A l'Océan je suis fiancée , de Y Amour de Kerlin, de la ballade des Enfants de Roi qui, p. 234, m. 1 et suivantes s’unit à celui de Y Amour d’Arry. Le thème de la Mer subit p. 235, m. G, une très intéressante transformation.

Kerdée veut s’élancer au secours de Kerlin. Djovita lui barre le chemin et s’attache à lui. Le motif à! Amour de cette dernière alterne avec la forme modifiée du thème de la Mer , signalée tout à l’heure. Morik, pris de rage, sépare Djovita du pécheur et, fou de jalousie, il frappe la jeune fille. A l’orchestre rugit le thème de la Haine. Cependant Kerdée s’est précipité dans les flots. La foule arrive et parmi elle Wulf et Gtidule. Retour du thème de la Douleur. Gudule relève la pêcheuse de crevettes qui s’accuse alors d’avoir poussé Kerlin au suicide. Le motif d' Amour de Djovita se fait entendre encore page 239. suivi presque aussitôt de celui de la Douleur. Tous encouragent Kerdée dans ses recherches, mais vains sont ses efforts; il revient seul tandis que les trombones avec sourdines, ramènent une dernière fois, gage suprême de la fidélité de Kerlin, les accords du Serment. La Procession a atteint, pendant ce temps, l’extrémité de la digue. Kerdée tend les bras vers le prêtre et lui demande de bénir la pauvre morte. Les cloches sonnent, l’encens monte, le canon tonne, d’un grand geste le prêtre bénit la mer à l'Orient et à l’Occident et le rideau tombe pendant que Djovita expire en murmurant le nom de Kerdéequi ne daigne pas lui jeter un regard.

La base symphonique de ces pages, d’un très puissant effet, est formée par le motif de la Procession , celui de la phrase : .4 l'Océan je suis fiancée , celui de la ballade du 1er acte chanté p. 245, dernière mesure et p. 24G par les violoncelles et les cors, le thème psychologique de Kerlin, qui reparaît aux trombones et à la trompette p. 2 17, m. 5, et celui de la Mer.

Basée, en certains endroits, comme on a pu le voir par ce qui précède, sur des thèmes populaires, cette partition possède une odeur de terroir très prononcée et ce n’est pas l’un de ses moindres mérites. Si elle ne contient

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