‹ Conspirateurs et gens de policeChapitre 2 sur 46 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

d'une pareille journée : le bourdon de Notre-Dame avait sonné le glas de notre première République. Jusqu'alors simple magistrat d'un peuple qui se croyait libre, Napoléon Bonaparte en devient le dictateur; maître absolu, désormais, de TÉtat, il absorbe en lui seul la Nation tout entière, et prétend façonner une âme nouvelle à la France qui ridolàtre. Oui certes, — à quoi bon le nier? — elle aima, toujours si crédule! aima jusqu'à Fadoration le Napoléon de 1802, ce victorieux qui se disait fatigué de, la victoire, le « héros pacificateur des continents et des mers », de la guerre civile et des haines religieuses. Il lui parut si grand qu'elle voulut se livrer, — toute : jamais on ne vit maîtresse s'abandonner, d'une plus voluptueuse démence, à des étreintes qui la devaient broyer.

Mais, dans le prosternement d'un peuple en délire, quelques révoltés demeurèrent debout. Gens de coups de main pour la plupart, ces jacobins et ces royalistes s'efforcèrent de combattre, voire d'assassiner, le César, fils parricide de la Révolution, le Cromwell plus cruel encore au droit divin des Rois que le puritain, justicier de son roi.... Attaqué sans merci, Bonaparte se défendit sans pitié. Alors s'engagea une implacable lutte, — duel émouvant, hasardeuse partie dont la France même, bientôt craintive et bâillonnée, formait le lamentable

Page 1