PRÉFACE VI
enjeu.... Tel sera le sujet d'une série d'études où nous chercherons à décrire cet acharné, brutal et ténébreux combat.
Celle qu'aujourd'hui nous présentons au public, le Complot des Libelles y raconte une curieuse entreprise, faite d'imprévu et de mystère, — manœuvre audacieuse dont la pensée dirigeante demeura longtemps une énigme. A peu près ignorée, même encore à présent, cette machination jacobine fut connue seulement de la police, qui redoutant un grand danger l'enveloppa d'un grand silence. Quelques phrases de Desmarets ou de Thibaudeau, des plaisanteries sur « l'attentat des pots de beurre », une page par trop mensongère du général Marbot, — voilà tout ce qu'en ont dévoilé les contemporains. Mais les dossiers qui la concernent abondent dans nos archives, et ces tombeaux qu'emplissent tant de choses vivantes ont livré leur secret. Les documents révélateurs sont intéressants; ils nous aident à bien comprendre l'àme étrange d'une étrange époque, et fournissent une ample matière à de pittoresques développements. D'ailleurs, précédant de quelques mois la conspiration de Georges Cadoudal, la tentative du € citoyen Jourdeuil » lui forme une sorte de prologue. C'est la petite pièce, avant la grande, — car ce prologue du drame formidable a l'apparence
vin PRÉFACE
d'une comédie d'intrigue, du plus bizarre des imbroglios. On dirait même, en les scènes initiales, d'une de ces bouffonnantes saynètes que fabriquait, alors, la verve d'un Radet ou d'un Desfontaines, les vieux maîtres du gros vaudeville.... Pourtant, l'extravagante aventure affola et mit aux prises Fouché, Dubois et leurs polices, compromit gravement Moreau et Bernadotte, irrita Bonaparte jusqu'à l'exaspération. Le dénouement en fut lugubre, et la farce politique se termina dans les cachots du Temple....
Tragi-comédie où s'agitent d'amusants personnages, le Complot des Libelles valait donc la peine d'être conté. Peut-être ses invraisemblables péripéties étonneront quelques lecteurs, — mais souvent l'Histoire, en sa vérité fabuleuse, n'est-elle pas le plus romanesque des romans?
Et maintenant qu'on nous permette de dire quelques mots sur la méthode et le procédé de mise en œuvre employés dans ces récits. Préférant la forme de la narration continue et dramatisée à celle d'une discussion purement didactique, nous nous sommes efforcé d'être vivant et de faire vivre. La peinture, le « rendu » d'un passé, pittoresque en son détail et sa couleur locale ; mais surtout la connaissance de sa moralité et de son < état d'âme », — tel a été,