DIXIÈME PIÈCE
Première instruction du directoire secret, adressée à chacun des agens militaires principaux.
Citoyen ,
Il n'en est pas des temps de crise, etc. (Lisez la sixième pièce depuis le commencement jusqu'à ces mots : « Qu'il serait capable de faire » s'il appercevait a sa tête des conducteurs di- » gnes de toute sa confiance.) »
Animés par de telles dispositions , nous avons été immédiatement conduits à jetter nos regards sur des hommes capables de nous seconder dans la plus glorieuse carrière. C'est vous, citoyens, qui , soit par une Suite de conduite et par des actes multipliés d'un civisme pur pendant tout le cours de la révolution, soit par des épreuves terribles dans les jours de persécution de tout ce qui fut patriote et vertueux; c'est vous sur qui ceux qui se sont constitués les premiers vengeurs de la patrie trahie , ont porté leurs vues pour transmettre leur première confiance , et vous déléguer les ; premières et principales divisions des opérations.
La portion du dépôt que le directoire secret de salut public vous communique est précieuse et importante. Sa garde exige beaucoup de- discrétion , de prudence , d'activité et d'amour pour le bien de tous : elle exige toutes les vertus d'hommes tels que le directoire vous a cru être.
Le directoire secret a pesé son organisation fondamentale , et celle de ses rapports avec vous , dans la balance de la sagesse et de la circonspection. Il a cru devoir créer des agens principaux auprès des différens corps armés, plaeés dans l'intérieur et a la circonférence de la commune de Paris , et il a tellement combiné leurs moyens de communication avec lui , que la correspondance sera presque directe , sans cependant que chacun de ces agens puisse connaître les membres du directoire.
La raison de cette précaution , etc. (Lisez la sixième pièce , page m 6 , depuis ces mots , jusqu'à ceux-ci : Le déconcert et la terrification des plus courageux citoyens.) ]
Ce sont là , républicains , etc. ( Lisez encore la sixième pièce, page 117, depuis ces mots, jusqu'à ceux-ci : Également inébranlables de douze hommes, au lieu desquels il faut lire : . Également inébranlables de plusieurs homme*. Lisez ensuite exactement jusqu'aux mots: Vous l'appercevriez dans tous ses actes*)
En même temps que nous nous sommes armes, etc. (Lisez dans la sixième pièce page 119, tout le paragraphe, sans aucun changement.)
Le directoire secret a poussé la prudence , etc. (Lisez tout le paragraphe, excepté qu'à deux endroits où il y a les douze agens , il faut lire les agent, et continuer jusqu a la fin , aux mots : Compromettre le sort de la liberté.)
Les mêmes précautions. (Lisez , dans la sixième pièce , pages 1 20 a 1 22 , depuis ces mots , jusqu'à ceux-ci : Fous avez à faire.)
Les articles III , I Y et V de l'organisation que nous tous ayons destinée, et qui précèdent cette instruction, tous l'indiquent.
« Former et diriger l'esprit public des soldats en général , et en particulier des corps et bataillons qui vous sont assignés*
» Stimuler et alimenter cet esprit public militaire; d'abord en facilitant la propagation des journaux et autres écrits populaires, ensuite en donnant lieu à d'habituels entretiens; et à de fréquentes discussions sur les droits du peuple, sur sa situation présente et sur la situation de l'armée. <**
» Tenir des notes du thermojnètre journalier de l'opinion , rendre compte dans ces notes des dispositions plus ou moins bennes , plus ou moin^
énergiques , de la masse des soldats. Signaler les individus que vous remarquerez les plus capables d'aider la marche du mouvement qu'il convient d'amener, indiquer le genre d'emploi ou la tâche révolutionnaire auxquels vous croiriez propre chacun de ces individus. Désigner les intrigans, les esclaves-, les tyranneaux subalternes, et rendre compte des entraves et des oppositions mises par eux au développement de l'énergie , à l'inspiration des bons principes et des idées régénératrices. »
Les articles VI , VU et VIII de la même organisation, déterminent les moyens par lesquels vous pourrez transmettre au directoire «écret ces notes , renseignemens ou rapports qu'il attend de vous.
» Vous les remettrez aux agens intermédiaire^ qui iront les recevoir directement de vos mains , de même qu'ils vous remettront les instructions ultérieures que le directoire secret se trouvera obligé de vous faire passer. »
Telle est , citoyen , dans ce premier moment , la détermination de votre tâche. Nous ne pouvons plus avoir à vpus présenter que quelques idées de détail que vous modifierez même au gré de votre prudence. #
En vous invitant à stimuler , alimenter et diriger l'esprit public militaire par des lectures et
par des discussions sur Les droits du peuple , sur sa situation actuelle et sur la situation de l'armée , vous sentirez qu'il est convenable pour l'intérêt de la chose , et 'pour votre intérêt à vous-même ^ que cela se fasse sans trop d'affectation. Il est possible que vous soyez le meneur dune grande quantité de braves, et que bientôt leur esprit devienne le vôtre , sans qu'eux-mêmes ils s'apeiV çoivent d'où cet esprit leur vient : il serait bien plus dangereux que leurs chefs , et tous ceux qui ont un intérêt contraire aux principes que nous voulons leur inculquer, s'aperçussent de quelque partie du rôle que vous remplirez auprès d'eux. Vous devrez donc vous observer soigneusement vous-même , et a Voir la plus grande attention à ne point vous déceler par aucun aveu ni confidence envers qui que ce soit; ce n'est point dans cette occâsion-ci qu'il est permis de donner une pleine satisfaction à l'amour propre. Sacrifions la gloriole de paraître , à l'avantage d'être et de faire réellement. Rien ne garantit de grands et de véritables succès , rien ne peut donner une meil* leure satisfaction intérieure , comme de se rendre compte à soi-même qu'on est l'instrument invisible par qui se meuvent de grands ressorts, nous rendons alors à notre génie et à notre discrétion un hommage mérité , bien supérieur à celui que s'attribuerait la jactance empressée de quiconque!
voudrait passer pour principal auteur dans une scène politique ; il sera assez temps de cueillir les applaudissemens de nos frères quand nous les aurons sauvés : or donc , il nous parait très-praticable que les agens principaux stimulent, alimentent et guident l'énergie du soldat, sans presque en avoir l'air ; car, puisqu'il ne s'agit que de fixer son attention sur la violation de tous les droits du peuple, et sur l'état cruel et déplorable où est maintenant réduit le citoyen et le soldat ; les entretiens habituels , les discussions fréquentes que nous disions que vous fassiez naître sur ce sujet important , peuvent s'engager par le seul moyen des journaux et autres écrits populaires , et il ne vous sera pas difficile de transmettre ces écrits, soit directement, soit indirectement, d'une manière sans conséquence , peu marquée et telle que vous puissiez n'être partout que comme simple observateur.
La dissémination des écrits étant donc le principal moyen sur lequel nous comptons , pour engager les discussions sérieuses dans l'habitude desquelles nous voulons entretenir le soldat , nous vous recommandons ce moyen. Le choix de ces t mêmes écrits ne vous sera pas difficile , et vous distinguerez aisément ceux frappés au bon coin. Au surplus , ce sera le directoire de salut public qui vous en fera passer, pour distribuer en suf-
fisante quantité : outre des écrits , tous autres moyens d'agir et de faire agir vous seront encore fournis quand il en sera besoin. Ceux des journaux , dont nous vous avons parlé , vous serviront en grande partie de boussole et d'instructions générales après celle-ci. Ils ont prêché jusqu'à présent nos principes et ceux de tous les vrais démo- • crates ; nous croyons quHls continueront , et que vous reconnaîtrez toujours dans leur doctrine notre doctrine : l'appuyer ou l'applaudir , voila presque où peut se réduire votre rôle ostensible ; et pour cela vous n'avez point à sortir du cercle des démonstrations qui ne peuvent faire voir' en vous que de simples acteurs , de simples auditeurs et assistons comme tous les autres. La partie des notes et rapports ne devant se foire qu'à huisclos, laisse encore votre mission ignorée. Cette dernière partie de votre mission lie nous engagerai pas dans aucune observation de détail ; sa marche d'exécution est assez précisée par l'article V du règlement d'organisation , et par ce que nous ayon§ dit plus haut dans cette instruction»
En vous disant que les journaux populaires, etc. (Lisez ce paragraphe jusqu'aux mots : L'élan des hommes kbres. Voyez , pièce sixième , page 1 26.) Or , autant il est nécessaire d'entretenir les esprits a une bonne chaleur, autant il serait inutile et même dangereux de les embraser trop vîte
jusqu à la suprême mesure. Nous sommes certains que l'opinion du peuple est faite , nous ne doutons pas davantage que celle de plusieurs bataillon* soit faite de même ; mais nous savons aussi qu'il est differens corps armes que l'influence de l'astuce et de la perfidie a maintenus jusqu'ici dans l'erreur. Il est donc essentiel , pour la plus grande surete du triomphe , que tous , citoyens et soldats , soient à la fins en même mesure. Donc il ne faut pas déterminer les uns vers le terme d'énergie qui doit immédiatement précéder le moment d'éclat , lorsque les autres resteraient à un élnignement considérable de cette disposition. Ainsi il fout nous laisser le temps de détromper au moins la majorité' de nos camarades , de les prémunir contre les insidieuses caresses d'un gouvernement qui veut s'en servir pour les opprimer les premiers et le peuple avec eux. Ainsi ce sera faire usage de sagesse que de*n 'échauffer les têtes des plus avancés dans l'instruction , que dans la progression exacte du thermomètre dont le point variant sera toujours indiqué par le directoire secret* *
Nous ne vous avons point encore offert le levier que nous regardons comme le plus puissant pour élever l'ame et le courage du soldat. Nous allons vous le donner : les hommes , c'est une vérité reconnue il y a long-temps , ne se meuvent forte-
mettt que pour leurs intérêts ; Yihtétèt génétetî se eompose 'de tous les intérêts particuliers. Ce sont donc ces derniers intéf ête qu'il faut satié&ife pour pouToir opérer le véritable bien commun ; et puisque ces mêmes intérêts sont le mobile le plus puissant pour faire agir tous les hommes, il résulte que lorsqu'on met en oeuvre ce grand moyen , on fait en même temps la chose la plus juste et la plus capable de garantir la certitude du succès. Parlons donc a l'intérêt du plus grand nombre , c'est-à-dire , soyons vertueux et équitables , et emparons-nous du moyen le [dus sûr pour réussir.
(Test pour l'intérêt du plus grand nombre qu'a été entreprise la révolution ; c'est pafee qu af aiit elle le plus grand nombre se trouvait dans la position dé mal-aise social , et qu'il voulut en changer pour se mettre mieux. L'intérêt du plus grand nombre fit adorer la révolution aussi longtemps qu'on eut l'espoir que s'opérerait en effet ce changement en mieux ; l'intérêt du plus grand nombre fit détester la révolution , depuis quort a vu ses derniers résultats n'offrir qu'un changement de mal en pire. C'est l'intérêt du plus grand nombre qui nous porte à commencer une autre révolution que nous Vtralons qui soit la dernière y et dont l'objet est de changer le pis en bien pat^feit. Prouvons au plus grand nombre la pèssibî-
lité de ce dernier changement. Faisons plus, donnons-lui-en la certitude , et nous verrons que son intérêt le déterminera a l'assurer par l'ascendant énergique et irrésistible de sa volonté et de sa fop:ce.
Il est deux rapports principaux sous lesquels on peut et on doit parler à l'intérêt et à lame des hommes qui ont défendu la patrie : leur intérêt applicable à leur sort présent, }eur intérêt applicable à leur sort à venir.
, N'est-ce point avec vérité que vous peindrez aux yeux du soldat sa situation présente dans un tableau où il sera représenté malheureux comme te peuple , nud comme lui , affamé comme lui , avili comme lui ? Je vois un infortuné revenant de la frontière. Dans quel état est-il? son seul aspect me ferait deviner que ceux qui gouvernent sont les meilleurs amis des despotes qu'il a combattus. Je le vois extraordinairement puni d'avoir fait mordre te poussière à leurs satellites. En effet, il est décharné, il a le teint bave, il tpmjbë de défaillance. Je l'interroge; il me dit quq l'état déplorable où je l'aperçois n'est point surprenant, d'après les causes qu'il m'explique : j'apprends que sa paie est plus vile que celle de la plus abjecte soldatesque allemande. Avec tr£ntç sous en assignats , et deux sous par jour en numéraire , il est impossible qu jl ne meurç
pas de faim. En total , il est plus maltraité que ce hotulan, cet esclave germanique, ce sbirre abruti et dégrade, presque dépouille du titre d'homme , et lequel fait partie des légions que
. François d'Autriche soudoie à-peu-près, et dont le chétif aspect m'inspirait tant de pitié au commencement de la révolution. Le soldat de mon pays non-seulement meurt de faim aujourd'hui, mais il est sans souliers, sans habits : il lui est impossible de faire blanchir sa chemise , parce que , cela coûte trente francs ; et où les prendrait il? Mais il n'en est pas quitte pour être privé de vètemens et de nourriture ; il faut qu'il soit encore chagriné , vexé , écrasé sous un amas de tortures qu'on décore du nom de discipline militaire , et c'est au fond une tyrannie beaucoup perfectionnée de ce quelle était sous les nobles ministres de Louis XVI. Le soldat y est beaucoup plus automate , beaucoup plus assujetti aux caprices des subalternes. Il n'y est plus qu'une machine servilement mouvante qui ne doit connaî-
, tre que le commandement. Le raisonnement, la parole, et même la pensée, kri sont interdits.. Encore ce ne sont pas ceux qui l'ont accompagné dans les périls de 1» guerre qui exercent sur lui un tyrannique empire; ce ne sont point les plus braves qui sont revêtus des grades; ce ne sont point ceux qui se sont te mieux distingués contre
\®m ks ennemis de la liberté qui sont récomrpensés par des honneurs : au contraire, ceux qui commandent maintenant sont pour la plupart des lâches, des intrigans, et même des contrerévolutionnaires : le vrai mérite militaire est voilé à l'oubli et à l'opprobre. Ainsi le défenseur de la patrie est adcablé sous toutes les calamités à la fois. Il nest pas vêtu, il n'est pas nourri , il est, sous la vergç cruelle de chefs méprisables qui nWt point combattu poux la république , qui la détestent , et avec elle ceux qui ont versé leur sang pour son triomphe» Si quelques exceptions aant faites • au dén uem e n t et aux privations de la masse des soldats , c'est dans une vue qui est le comble de la perfidie et de l'avilissement. On en afnorce quelques-uns pour mieux consolider l'esclavage cke tous. Ces distributions de tin , d'eaude-vie , que Ton fait h des bataillons dont le service est plus rapproche de la garde de la ville ejrtro^évçJutionnaire (Paris) , dont on redoute toujours les élans d'énergie pour la liberté : ce WajtemeiKt , beaucoup plus avantageux, splendtdè, mena T tkmt ■ on gratifie le» compagnies 4éirtç pDopo»e$ -imçttédiatemjent k la garde du $^mmm#tà i itQUt fifila eet le miel présenté $ft,botrt du bâton qui doit fustiger 1« peuple. Si, Us malheuiœu* qui ueçoivenfc. ces largesse»,
aveugle dont ils exigent bien qu elles soient le prix , on peut les regarder comme les vendeurs de la patrie et de la liberté.
Tel est à peu près le tableau trop véritable de la situation présente du soldat , que vous pouvez chercher k lui mettre souvent devant les yeux, vous devez rapprocher de ce premier tableau celui très-aisé a pressentir de sa situation future. Il ne sera pas , il s'en faut , plus riant.
Représentez-leur ce qui les attend en rentrant dans leurs foyers. Qu^y trouveront-ils? la misère profonde , plus profonde mille fois que celle qui a accablé leurs malheureux pères. La révolution leur avait promis un retour trop juste , trop lé* gitime de leurs glorieux exploits pour assurer son succès; la révolution leur avait promis des propriétés nationales , suffisantes pour fournir à ht subsistance de chacun deux. Avec ce bienfait digne de leurs travaux , ils devaient couler, dans une honérable retraite, un reste de vie trancpnlle et heureuse, former de nouvelles familles innombrables , élever une autre génération dans l'amour d'une patrie où ils auraient pu se flatter d'avoir eux-mêmes établi le bonheur, et redire mille fois avec une nouvelle joie , un nouvel attendrissement , à. leurs enfens émerveillés, par quel concours et quelle suite d'actes de courage ils étaient parvenus h. secouer le joug des oppres-
seurs et des riches , et a fonder leur indépendance, Au lieu de cela , que seront-ils ? Ces propriétés , qui leur avaient été promises et garanties solennellement par une foule de décrets , que sont-elles devenues? Elles avaient été portées à la consistance de la valeur d'un milliard effectif \ c'est-à-dire , à 3oo milliards d'atyourd'hw en assignats. Où sont les domaines de la république équivalens à cette somme ? On les a rdndus aux traîtres sur lesquels ils avaient été équitablement confisqués. Le défenseur de la patrie , en ' rentrant dans sa chaumière , ne devait plus la trouver dominée par le donjon de l'insolent gentillatre qui, avec tout le sol en sa possession, faisait travailler son père en esclave , le traitait comme tel a tous égards , ne le nourrissait pas a moitié , ne permettait pas qu'il fut vêtu. Le dé* fenseur de la patrie devait trouver sur les vastes possessions accaparées par cet ogre insatiable , sa part suffisante pour y recueillir sa subsistance. Point du tout , il trouvera ce monstre dévorateur plus furieux, plus impitoyable que jamais. Celuici verra dans le malheureux vieux soldat celui qui Ta combattu lorsqu'il était émigré , qui a vivement désiré sa perte entière , et qui est encore fâché qu'elle n'eût pas été effectuée. L'homme seigneurial le fera longuement repentir d'un tel «rime. L'ancien défenseur de la liberté passera
ses vieux joqrs dans un dur esclavage et sous une affreuse misère. Plus Croisse que ses pères , plus avili qu'eux , outragé par les infâmes expressions de gueux , ccmaille , populeuse , il faudra , comme Fa trop bien dit et prévu Fauteur d'un véritable journal du peuple : « Ramper sous l'insolente » domination des riches , être leurs forçats , tra- » vailler pour un vil salaire ,> depuis la première » jusqu'à la dernière heure; n'avoir que ses » sueurs pour humecter le demi morceau de » pain hoir/ desséche' aux ardeurs du soleil.... » Encore heureux ceux qui pourront ainsi pro- » longer leur existence ; le reste. ... ira mendier. » On verra les éclopés, les jambes de bois, » ceux qui auront la mâchoire ou les bras fra- » cassés , etc. , couvrir les rues et les chemins , se » traîner péniblement vers la porte de ceux qui » regorgent , présenter leur humiliante requête » à cent d'entré eux ; essuyer quatre-vingt-dix- » neuf refus avec des outrages , et recevoir k la » centième porte une obole , la millième partie » de ce qu'on vendra la portion du pain néces- » saire pour déjeuner. »
Tel est encore l'aperçu trop sensible et trop positif de la situation à venir de nos défenseurs , que vous devez faire tous vos efforts pour les ai- $er a l'apercevoir eux-mêmes.
Dites-leur ensuite qu'il m tient encore qa\
eux de détourner cette effroyable perspective ; qu'il ne s'agit pour cela que d'aider le peuple et 9es amis à reconquérir les droits de tous. A ceux k qui voufr pourrez parler arec confiance , et qm vous jugerez dans le cas de pouvoir précédentment propager ce que nous allons vous dire , vous pouvez même les assurer que dès le jour même où Us auront aidé lé peuple à reisaisir
sa puissance , rien ne leur manquera, plus :
ILS 8ERÛHT COMBIBS DE TOUTES LES CHOSES NÉ- CESSAIRES aux hommes. Dites-leur de plus que , dès le lendemain , laboudajcce y le sort le
PLt|S HEUREUX SERA ASSURÉ FOUR TOUTE LA VIE A
tocs les soldats. Ce ne seront plus des promelses éloignées et faciles a éluder que nous donnerons; ce sera la redite simultanée et immédiate.
Pour les mieux amener aux seules dispositions qui conviennent au peuple et k eux , faites les réfléchir k ce qu'ils sont et à ce qu'on relit faire d'eux; au motif pour lequel on les a attirés sous les murs de Farts; k V indigne usage que Ion paraît vouloir faire de leurs baïonnettes et de leurs bras , et au glorieux rôle contraire qu'ils peuvent remplir pour leur propre bonheur et pour celui de leurs concitoyens. Présentes-leur ces réflexions-, à peu près dans le sois qu'elles leur ont été offertes parle journaliste populaire que nous avons
déjà cité et dent nous emprunterons encore ici les expressions.
« Que font de nombreuses phalanges réunies » autour de la cité par excellence , de la ville de » la révolution, du berceau de la libellé P.... » Pourquoi y sont -elles appelées?... Ses habi- » tans sont-ils rebelles? s agit-il de les subju- » guer ?...,. Il n'est pas indifférent d'éclaircir » toutes ces questions.
» Ce n'est pas pour le véritable peuple que P les soldats de la liberté forment autour des » murs de Paris une enceinte formidable : ce )> véritable peuple , le peuple laborieux , le peu- » pie ouvrier.... y est maltraité, muselé, mé- » prisé , affamé ,• ruiné !... par le peuple d'agio- » teurs et de fripons.... Cette dernière espèce » de peuple y est donc bien en rébellion la plus » ouverte et la plus criminelle contre le bon peu- » pie ; mais est-ce pour subjuguer la partie op- » pressive et pour défendre la partie opprimée , » que nos guerriers offrent un triple rang de » baïonnettes dan* toute la circonférence de Pa- » ris? Non, c'est tout le contraire...,; on veut » feire servir leurs armes et leurs forces à acca- » Mer totalement l'opprimé sous le joug de lop- » presaeur, à maintenir celui-ci dans son odieuse » domination et le peuple dans sa chétive lan- » gueur ! Eh ! si c'était le peuple qu'on voulût
» défendre , il ne fondrait pas distraire ceux de » ses frères dont la destination est de combattre » ses ennemis extérieurs ; le peuple se suffirait » de reste à lui-même : mais c'est quand on veut » immoler la masse à une portion , qu'on a be~ » soin de secours étrangers.... ; c'est alors qu'on » croit les trouver dans les hommes que l'on dit » devoir être essentiellement obéissans....; c'est » quand le gouvernement et la caste perverse » qu'il protège exclusivement , ont perdu toute » honte ; c'est lorsque , sans pudeur et sans voile , » et par la plus infâme complicité , ils ont , avec » des réglemens atroces qu'ils osent appeler lois, » oonsacré les injustices en tout genre «, la misère » la plus épouvantable, l'esclavage le plus ré- » voilant ; c'est quand la mesure de leurs forfaits » est portée k un tel comble et à une telle évi- » dence , que la longue patience du peuple est » lassée , et que sa crédulité également n'y tient » plus!.... C'est alors qu'on jette les yeux sur » l'armée! ce sont les bras des punisseurs des » rois que l'on arme pour vouloir conserver , » pour vouloir perpétuer une telle oppression ! » c'est le gouvernement militaire qu'on établit » pour forcer le peuple à se soumettre à un ré- » gime où l'on prétend qu'il vive.... sans nour- » riture, sans habits, sans liberté... , et ce sont » les pères..., les époux... , les fils..., les frères...,
» les parens... , que Ton veut qui en imposent,
» qui frappent même , si le cas y écheoit , leurs
» enfans, leurs femmes, leurs pères , leurs frè-
» res, leurs amis , leurs parens!!! et ce sont les
» soldats du peuple, qui sont eux-mêmes peu*
» pie , que Ton oppose ainsi à une autre portion
» du peuple ; c'est par eux que Ton veut conso-
» lider cet état de servage , d'avilissement et de
» famine... mille fois pire que l'ancienne ser*
>> vitude contre laquelle on s'est insurgé avec
» tant de raison il y a six ans.
» Non , les soldats français ne seront point les
» vils satellites, les instrumens cruels et aveu-
» gles des ennemis du peuple et par conséquent
» des leurs. . . ; ce n'est que dans les occasions où
» l'autorité s'est rendue coupable et où elle a
» voulu le devenir encore , qu'elle «'est en-
» tourée de baïonnettes... Quand le pouvoir est
» juste , il est toujours assez fort de la force du
» peuple. Cf ws'était fortifié d'une armée avant
» le i4 juillet; on sait quels étaient ses desseins ,
» et de quelle somme de crimes il voulait s'as-
» surer l'impunité.... Serait-on coupable pour
» examiner si ceux qui l'imitent ne le font point
» parce qu'il y a exacte parité de motifs?
» Nos soldats se souviendront que cette ar-
» mée de C... , quoiqu'élevée à l'école de la
» discipline monarchique , s'est parfaitement
» bien conduite; elle s'est ressouvenue quelle » était du peuple ; les gardes françaises , baissant » leurs faisceaux devant les sans-culottes , c'est » là un eiemple qui passera a l'admiration de » tous les siècles
» Non , non , il lie sera point dit que les dé- » fenseurs de la république auront été moins » grands, moins magnanimes. II ne sera point » dit qu'ils auront tenu cet affreux langage! » Gouvernans ! usurpateurs de tous les droits du » peuple ! soyez paisibles , ne craignez rien ; mé- » prisez le cri unanime qu'élèvent contre vous » et ce peuple indigné et ses hardis tribuns : » fermez l'oreille a toutes les plaintes : foulez » aux pieds ses réclamations importunes contre » votre oppression , qu'après tout il est fait pour » supporter. Tyrans ! nous sommes vos soldats : » nous soutiendrons votre despotisme et tous vos » brigandages : nous écraserons, s'il le faut, . » nous foudroierons nos pères efcmos frères ! ! ! » nous éventrerons nos soeurs et nos mères ! ! ! )> nous exterminerons nos fils.... pour mainte- » nir votre domination insupportable et sans » exemple ! ! ! Nous devons vous aider à consoli- » der l'esclavage de la patrie ! nos propres fers » doivent être rivés par nos mains. .. .
» Non, non encore, il ne sera point dit que *> les défenseurs de la république auront con-
>> senti à n être qtte des machines mobiles , des >> pantins vivans , des marionnettes insensibles , » qui obéirent aveuglément à toute impulsion » de leurs conducteurs. Il ne sera point dit qu'ils » ne feront plus d'usagé de leur jugement, ou » que , Capté* par de fausses et de vaines ca- , » resses, par d'avilissantes distributions de & » qimtrs , ils auront aidé un gouvernement usur* «> pateur et oppressif k bronzer a jamais l'escla- » vage de 2^ millions de leurts compatriotes, y Et vous , citoyen , à qui nous adressons ces premières instructions , Après mus avoir insinué la Hwnière à peu près dont nous croyons qaé vous devait catéchiser *os frères armés, nous n'ajouterons rien pour vous pénétrer , vous, de l'esprit de nos principes et de l'extrême importance de la tache que nous nous imposons. Nous nfc dirons également rien de plus pour voua indth gteer les moyens de nous y seconder* Votre cèle ^ vos lumières, votre civisme, «ippléeront, etc. (Lise* la feirième pièce , pages 128 et 129 , depuis le* derniers met» c»«de*si)£ jusqu'à la fin )
ONZUiVB PIÈGE.