‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 2)Chapitre 21 sur 34 · SOI · texte numérisé non relu

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» minons même pas pourquoi il nous la donne , » cette eau-de-vie. Ecartons ces tristes sermo* )> neurs qui viennent nous dire que c'est pour » capter notre sèrvile obéissance , afin de donner » a la révolution un résultat tout opposé à celui * » en vue duquel elle a été entreprise. Ils disent xf que c'est pour nous porter à contenir le peuple, » qui voudrait reconquérir ses droits et les nô- » très, contre le gouvernement qui les a tous » usurpés. Us disent que c'est ensuite pour tra- » vailler spécialement contre nous ; que c'est pour » consolider et pour garantir la restitution , aux » émigrés et aux contre-révolutionnaires , de ». leurs biens légitimement confisqués, qui avaient » été affectés pour nos récompenses, et dont la » reprise et la restitution ont causé la perte des

» assignats et la ruine du peuple Ils disent

» qu'en soutenant le gouvernement dans de telles » opérations, après avoir concouru a la révolu- » tion , nous consommons la contre-révolution,

» puisque nous faisons tourner la révolution au » profit de ses ennemis; puisque nous les aidons » à rentrer dans des biens qui étaient devenus » les nôtres ; et auxquels , par conséquent , nous » "faisons plus que de renoncer nous-mêmes en » protégeant ceux qui nous les arrachent des » mains... . Voila tout ce que disent des gens qui » veulent être plus clairvoyans que les autres.

» Maïs , ne les écoutons pas. On nous donne de » Y eau-de-vie, voilà tout ce qu'il nous faut ! Op- » primons le peuple , nos familles et nous-mêmes, » ne voyons que nos ùhefs, n'écoutons que leur » voix; eux seule doivent diriger nos baïonnet- \ » tes. Npus ne sommes que des automates, des » brutes et des barbares incapables de réfléchir, » de sentir et de juger. Tête à droite, tête à gau* » che, voilà tout ce que nous devons connaître* » En joue, feu, nous ne devons pas demander » qu'est-ce qui est devant nous. »

Tel est , soldats de la république , le raisonnement atroce et de délire qu'on vous prête. Mais qu'il est heureux que ce raisonnement ne soit pa» k vôtre ! Non , vous ne serez pas les assassins de la patrie et vos propres bourreaux. Vous aimez le peuple comme il vous aime ; vous le protégeras constamment comme il vous protège. S'il était possible que vous vous oubliassiez vous-mêmes, que vous ne soutinssiez pas , que vous ne récla* massiez pas vos droits incontestables, le peuple les réclamerait, les soutiendrait pour vous. Vous avez dû déjà remarquer comme il n'est pas indift férent à votre sort , comme *sa fraternelle sollici~ tude en est constamment occupée. Ses soins envers vous, ses alarmes sur votre future destinée, sont l'image de la tendresse du père pour ses enfans! Eh ! n'eu sont-Us pas aussi la réalité ? Et

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celte mère affectueuse , la patrie, qui jamais ne vous perdit de vue ; qui , d'un œil inquiet et l'âme pleine d'amour, vous suivit toujours dans les chances dés hazards et de la gloire ; qui , lorsque la perversité tyrannique , plus forte que sa bienveillance , vous condamnait aux privations et aux mauvais traitemens en tous genres , vous payait le dernier tribut de son coeur, eh fondant en gémissemens sur votre 1 situation : cette mère tendre, ai- je dit, prend toujours le même intérêt à vous. Sans doute elle ne trouvera point de fils ingrats. Entendez ce qu'elle vous crie par la voix des écrivains populaires. Entendez-la encore dans les derniers accens de ces réunions patriotiques , dissoutes et proscrites principalement pour la, raison qu'elles rédamaient pour vous ce qui vous fut assuré dans les beaux jours de la république , en 93 ! La société du Panthéon se rendit bien œupaUe aux yeux du despotisme , lorsque , dans une adresse au conseil des 5oo , elle osait exprimer ces paroles :

a Ofi a altéré la fortune publique , en rendant indistinctement aux famille* des traîtres,., les demaines qui avaient été justement confisqués; on a livré , en quelqup sorte , la nation à la merci et au brigandage du commerce , et le riche seul a eu une patente^ privilégiée d'existence,

» Tous les décret* , émanés du corps législatif,

» se ressentait du système de la session précé- » dente ; ils augmentent les préventions et les » méfiances , au lieu de les diminuer. En établis- » sant des différences entre le numéraire métal- » lique et l'assignat, en fixant la proportion a » cent et cent cinquante capitaux pour un , tous

» l'avez vous-mêmes frappé de mort *

Le Panthéon! soldats de la patrie A ce

mot, à celui de Jacobins , ceux d'entre vous qui sont aliénés par les préventions que sème l'aristocratie , reculent frappés d'une certaine répugnance. Ceux qui apprécient mieux et. qui ne sont pas susceptibles d'égarement, savent que ces deux dénominations sont synonimes de celle de # meilleurs amis du peuple. Alors ceux-ci se demandent : Où sont-ils ces Jacobins et ces hommes du Panthéon P Rassurez- vous , amis, ils ne sont pas morts. Une troupe en retraite n 1 est point en déroute. Chacun travaille encore dans le secret pour le peuple des cités comme pour celui qui est sous les armes. Le Panthéon n'est pas seulement à Paris. Il est aussi dans les divers points de la république. Nous , le tribun de toute cette république ; nous , membre honoraire et affilié de toutes ces académies de. pur républicanisme ; nous, qui recueillons le résultat de leurs meilleurs travaux, il nous appartient de les faire connaître a nos frères , de leur montrer où sont leurs plus

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solides appuis. Guerriers! allez au nord; cherchez les véritables souteneurs de vos droits , dans ces climats où la température forme des génies plus profonds que brillans , plus perse véramment fermes que momentanément emportés , plus franchement zélateurs du bien que spirituellement capables d'en présenter a sa place la superficie. Allez , dans cette pité qui a tu naître le héros de la démocratie , et où votre tribun consomma un exil. A Arras , est aussi un Panthéon non moins plébéien que celui que l'absolu pouvoir jugea à propos de réduire en décombres dans la commune centrale. C'est là , soldats républicains , ou vous, où le peuple avez encore de courageux, d'énergiques amis. Lisez de suite ce qu'ils ont fait pour vous , et dites-nous s'ils ne vous servent pas , au moins d'intention , aussi bien que vous pourriez le faire vous-mêmes :

Adresse des patriotes dArras soussignés , au

conseil des cinq-cents.

« Législateurs !

» L'intention de la convention nationale en » rendant les décrets des 4 et 16 juin 93, iô » vendémiaire, 5 nivôse , 2 1 pluviôse , ?4 floréal p et i3 prairial de l'an a, était sans doute d'as- » surer aux parens des généreux défenseurs <fe » la patrie , des secours capables de subvenir aux

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» pressans besoins qu'ils éprouvent!... L'excès- » sive cherté des denrées, le discrédit total des » assignats avec lesquels on les paie , le défaut » de travail ou le modique salaire qu'ils en reti- » rerti, tout, doit vous prouver jusqu'à l'évi* » dence , que les sommes qu'on leur a accordées » jusqu'ici , sont , non-seulement insuffisantes , » mais encore bien loin d'atteindre le juste but

» qu'on s'était proposé! Législateurs! C'est

» à vous qu'il appartient de remédier a des abus » aussi funestes a l'humanité , que déshonorans

» pour la république; C'est à vous qu'est ré-

n servée la gloire d'exécuter des lois rendues na- » guère* , en faveur des braves et courageux » soldats de là liberté ! ... Un décret dit qu'il sera *> réservé pour 3oo millions de domaines natio- » naux ; lesquels devront être distribués par » parties, à chacun d'eux, lors de leur retour » définitif de l'armée ! v La résolution que vous » avez prise dernièrement, porte expressément » qu'il serait excepté de la vente de ces mêmes » biens , et mis en réserve , pour la valeur d'un » milliard effectif 1 . Ces dispositions sont bonnes » sans dontç , mais elles ne suffisent pas pour » rassurer, et nos soldats , et les amis de 1 égalité

*' Vn tnflKard effectif ! à 3oo* capitaux pour un , cours actuel, c'est 3op wHiards en assignats. «Cela vaut bien la peine de faire une réclamation. Mais . ou sont-ils les domaines nationaux mis en réserve pour cette somme ?

t> contre les oscillations des corps législatifs. Pour- » quoi ne pourrait-on pas ordonner , dès-k-pré* » sent, l'exécution de mesures aussi propres k » réeïicourager nos frères d'armes, qu'a leur faire » supporter gaîment , les fatigues et les dangers » de la guerre ? Pourquoi , en attendant leur re- » tour, leurs familles , presque toutes plongées i> dans la plus affreuse misère , ne j ouiraient-elles » pas du prix accordé k la valeur de leurs proches? » Pourquoi n'habiteraient-elles pas , ne cultive- » raient-elles pas ces terres , pour la possession »> desquelles tant de héros ont répandu et répan- » dent encore tous les jours leur sang sur les »^*frontières ?.. — - Législateurs ! Nous ne vous le » dissimulons pas , nous craignons qu'on ne pré- » tende encore les frustrer d'un avantage qui » leur a coûté si cher ! Faites donc taire les ca- » lomnies des ennemis de la république ! Hâtez- » vous de prouver aux démocrates , que les pro- » messes faites à nos guerriers né sont point » illusoires ! Ordonnez , sur le champ , la distri- » bution de cette partie dé propriété nationale » qu* vous 2ive% affectée k leur intrépidité ! Pro- » curez k leurs malheureux parens la satisfaction » de jouir d'avance des fruits de leur courage ! » Donnez-leur a tous , les moyens d'élever sur ces » empkcemens , des bâtiftiêns propres a les re- » ce voir ii ia fin de leurs glorieuses campagnes)

» Qu'ils n aient plus qu'a faire des vœul pour la » prospérité d'un état , dont ils auront si puis- » samment contribué a éterniser la gloire !

Suivent les signatures.

Soldats ! c'est le vrai peuple qui parle ainsi pour vous ; et ce n'est pas pour lui qu'on veut vous intéresser ! Ce n'est pas pour vous exciter a le servir qu'on vous accable de fausses caresses i et qu'on vous abreuve de liqueurs et d'etm-de-vie. Mais c'est pour vous déterminer à vous vendre contre lui , à un prix aussi vil. Qu'ils vous connaissent mal , les perfides qui veulent être vos corrupteurs. Ils vous jugent à leur mesure. Parce qu'ils ont déjà signé un pacte si honteux , ils estiment que vous pourriez descendre comme eux à l'avilissement de vous y soumettre. Non, non* Soyez toujours les hommes du peuple. Jurez sur vos sabres, de ne mourir que pour lui. Vous l'avez vu , vous le verrez encore : il est également prêt à mourir pour vous et avec vous. Je vous quitte aujourd'hui : sans cela je vous offrirais bien d'autres témoignages de ses vœux, à la suite et dans le sens du vœu des démocrates d'Arras. En remettant cette exposition à une autre fois , c'est toujours prévenir le despotisme que de tous côtés la voix de la liberté et de l'égalité , plane au dessus de tous les complots humanicides. Qu'il essaye encore aujourd'hui d'étouffer cette voix , avec l'é-

nergie de ceux qui en sont les organes !.. Instruits par le malheur; irrités par le ressouvenir des perfidies profondes , rafinées , multipliées , dont ils ont été les victimes ; prévenus sur ce qui leur arriverait en succombant ; ils sont tous en mesure de résistance contre de nouvelles entreprises , ils savent tout ce qu'ils doivent opposer d'artifice et de force contre ceux qui oseraient de nouveau leur livrer le combat. Eclairés a votre tour, magnanimes guerriers ! vous ne serez pas non plus les complices ni les dupes des partisans de l'oppression. Les dominateurs ont beau mettre en jeu toutes les ruses , aucune ne leur réussira. Ils emploient celle de renouveler souvent l'armée de l'intérieur; ils vous éloignent de nous, lorsqu'ils s'imaginent que , désabusés par nous , vous pouvez cesser de voir en nous des ennemis. Les colonnes qui nous tiennent en état de siège, sont à chaque instant relevées par d'autres colonnes. A quoi tout ce manège nous mènera-t-il ? À ce que toutes les armées françaises viendront successivement s'instruire à notre école , lire nos brûlans écrits et déchirer tour-à-tour le voile qui les empêchait de connaître la vérité , et d'apprécier les scélérats qui les trompent et nous trompent.

Gràçchus-Bàbeuf, tribun du peuple.

Paris, 10 germinal l'an 4 de la république.

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