PAR DES PATRIOTES DE
Du 1 4 juillet ^ du 10 août et du 1 3 vendémiaire .
Peuple que Fon caresse ou que l'on menace , que l'on élève ou que l'on avilit , selon les vues ambitieuses de ces hommes qui ne parlent de tes droits que pour les fouler aux pieds , de ta souveraineté que pour l'usurper , écoute de grandes vérités ; connais la cause de tous les maux quW t'a fait endurer depuis thermidor an II jusqu'en vendémiaire an IV.
Quelques abus , quelques actes arbitraires , inséparables d'une grande révolution, avaient empreint quelques taches sur les grands et glorieux événemens qu'avaient produits les premières années de la République. Corriger les abus , faire cesser tout gouvernement provisoire , donner au peuple une constitution qui lui garantisse ses droits et sa souveraineté , arracher le pouvoir des mains qui en abusaient , ôter tout espoir à la tyrannie de relever sa tête hideuse , voilà ce qu'aurait du opérer la révolution de thermidor , si l'intérêt du peuple , si le bonheiu' commun l'avaient préparée. Mais elle eut de funestes résultats, parce qu'elle était l'ouvrage du vice, de la
division , de la haine , de Fambition et de la vengeance ; elle tourna tout au bénéfice des royalistes ; elle a fini par entrainer dans le précipice les républicains purs et courageux , et ceux-là même dont on s'était servi pour l'opérer. Dèslors la calomnie distilla son poison; tout p atr iote , tout ami du peuple , tout fondateur de la liberté était ti'aité de fripon, de scélérat ^ de terroriste , de buveur de sang. Ces dénominations étaient devenues synonymes de républicains ; des journaux stipendiés en étaient les échos, des orateurs corrompus en souillaient la tribune du sénat. Dès-lors on organisa la famine , le meurtre, le discrédit des assignats , l'accaparement des marchandises ; on ne vit plus dans le peuple qui a fait la révolution , qu'une multitude d'hommes prêts à coiu*bcr la tête devant le million doré , qui se dit exclusivement le souverain ; on s'appitoya sur le sort des contre-révolutionnaires, qui se disaient tous victimes de la terreur ; on leur ouvrit les portes des prisons , que l'on remplit bien vite de républicains appelés terroristes , et on chassa ceux-ci de; toutes les places civiles et militaires pour les confier a des émigrés rentrés , a des nobles , a des prêtres réfractaires , tout-àcoup devenus patriotes par excellence. Aussitôt nos armifes furent désorganisées , des trahisons éclatèrent ; nos arsenaux , qui peu auparavant rcgor-
geaient de tout , furent vidés , nos flottes battues , livrées à lennemi , et notre marine anéantie. Il fallait écarter jusqu'à la surveillance, étouffer les réclamations ( droits imprescriptibles dun peuple libre ) : aussi les nouveaux tyrans se hâtèrent-ils de détruire les sociétés populaires , qui avaient été les sentinelles avancées de la révolution , et la terreur des Pitt et des Cobourg , parce qu'elles étaient des foyers d'instruction publique d'où partaient des étincelles qui électrisaient tous les cœurs et entretenaient l'enthousiasme de la liberté ; parce qu'elles opposaient une puissante digue à l'ambition et à l'intrigue ; parce qu'elles étaient toutes autant de phares qui avertissaient les pilotes des écueils où serait venu se briser le vaisseau de la liberté.
Que de moyens mis en usage pour opérer et consolider la contre-révolution ! que de décrets liberticides arrachés à la Convention par la faction de l'étranger ! que d'émigrés rentrés et rayés sous la qualification de cultivateurs et d'ouvriers ! que de prêtres réfrac taires tolérés et fanatisant librement ! Les biens des royalistes condamnés , qui offraient une hypothèque solide aux assignats, furent rendus à desparens aussi coupables qu'eux; de là, la ruine du crédit public. Une amnistie est offerte aux révoltés chouans et vendéens , ils Ja refusent , ils veulent traiter comme de puissance
à puissance. 0 comble de la scélératesse ! o honte de notre patrie ! Traiter la paix avec Charette , Stofflet , Comartin , Sapino , et tous les chefs des brigands insurgés ! les laisser armer ! les payer d'avoir déchiré le sein de la patrie, d'avoir égorgé des milliers de républicains , et , par condition secrète , leur promettre le rétablissement de l'autel et du trône ! Des mandataires du peuple , conclure un traité si flétrissant qui souillera les pages de l'histoire , et le sénat français ratifier la honte de la première nation du monde ! Ah î vous ne le croirez pas , races futures ! Tu ne le croirais pas toi-même, peuple français, si tu n'en avais été témoin. Et c'est après deux ans de triomphes complets que tes mandataires stipulent ta honte et couvrent d'un crêpe tes trophées ! c'est au moment que tes phalanges , couvertes de lauriers , venaient de planter l'arbre de la lilxirté au-delà du Rhin, sur le sommet des Alpes et des Pyrénées , et au fond des marais bataves , que Ion ratifie en ton nom des traités honteux avec les despotes de Berlin et de Madrid, que tu avais vaincus, et qui , sans la réaction thermidorienne , seraient venus , eux et leurs coalisés , demander la paix aux conditions que tu aurais voulu leur imposer ! <
Mais ne soyons pas surpris si les comiuis de gouvernonirnt étaient devenus la boîte (Jp Pan-
clore ; ils étaient peuples des Rovère , des Boissy , des Saladin , des Laumont , des Auguis , des Larivière , des Lanjuinais , desDumont, etc
tous royalistes bien prononce's , qui ne pouvaient s'acquitter envers les tyrans qu'ils servaient qu'en étouffant la liberté' , en remettant le peuple sous \e joug , et en égorgeant en masse les républicains les plus prononcés.
; Cependant le sang ne coulait pas encore assez abondamment sur les écliafauds ; alors on organisa sur tous les points de la République des hor- <les d'assassins sous le nom de compagnies dites de Jésus et du Soleil : on envoya les Boisset à Lyon et a Bourg ; les Cadroy , lés Chambon , les Mariette, les Isnard, àAix, à Marseille; et c'est à leur coupable voix que l'assassinat des patriotes fut mis h l'ordre du jour dans tout le Midi; c'est sous leurs bannières que les assassins marchent , enfoncent les portes des cachots , égorgent tout ce qui s'y trouve de patriotes; ils sortent les habits dégouttans de sang ; ils violent les domiciles , parcourent les rues , sabrent tout ce qu'ils connaissent prononcé pour la liberté : fenfant est égorgé sur le sein de sa mère , le mari dans les bras de sa femme, le vieillard auprès de son fils; elles eaux du Rhône, roulant des cadavres , vont se mêler aux flots de la Méditerranée, déjà teinte du sang des républicains. Et tant de scènes d'hor-
reur se sont prolongées sous les yeux d'hommestigres qui se disaient mandataires du peuple ! et la Convention , comprimée par des hommes vendus a For de rétranger, ou livrée à des femmes prostituées, a laissé , pendant dix mois , la France couverte de deuil et de carnage ! et elle n'a pas fait punir un assassin ! et Rovère avait l'impudeur de qualifier ces assassinats de justice populaire !....
Ce n'était pas assez de laisser l'impunité aux égorgeurs , de corrompre l'esprit public , d'abattre l'énergie , de comprimer l'enthousiasme de la liberté , de substituer a ces hymnes qui ont mené nos guerriers à la victoire, Içs chants homicides qui provoquaient les hécatombes des patriotes ; il fallait réduire le peuple au désespoir , en me lui donnant que deux onces de mauvais pain , pendant que Boissy venait dérisoirement à la tribune de la Convention annoncer que les subsistances étaient assurées. «Kpifl
Oui , sans doute , les subsistances ne it)Wr quaient pas pour le million doré qui se gorgeait de tout, lorsque le peuple manquait de tout; et périssait d'inanition .
En quelles^ mains sont placées tes destinées , peuple ir<'^nçais ! Les mêmes hommes qui t'pnt affamé , tralù , ruiné et égorgé , siègent encpre
jl^s^tpjftf^énat, lors(jae,uijeii|5au/iâ6&çr,,4>rQs-
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ciire et conduire à 1 echafaud ceux qui voulurent s'opposer à tant dcidëcrets populicides , arrachés par le perfide royalisme a la Convention , qui jamais ne fut plus opprimée que pendant la réaction thermidorienne. Oui , tu les as vus , ces jours de deuil et de scélératesse , ces fatales journées de germinal et de /5r«/r/«/ , oii tu fus traité de séditieux pour être venu à la barre de tes mandataires demander du pain et la constitution que tu avais librement , solennellement et unanimeinent acceptée.
Vous vous souvenez , courageux habitans des faubourgs , comme vous fûtes chassés , poursuivis par la bande dorée aux ordres des gouvemans, assiégés dans vos maisons , désarmés , embastillés y et les plus énergiques de vos frères jugés militairement j et trainés sur le même echafaud où coula le sang des seuls mandataires qui avaient eule courage d^élever la voix dans le sénat pour appuyer vos justes réclamations!.... Vous aviez juré , vertueux Gougeon , Romme , Dùroy , Soubrany , Bourbotte , Duc[uesnoy , de défendre les intérêts du peuple , de mourir pour lui et pour la liberté; vous avez tenu votre serment : voCt'e généreux dévouement a fait pâlir vos bourreatix ; il <a servi là chose publique ; il est^ravé dans le cOèur des républicains; il passera a la postérité, et ^ sera placé a côt^ de celui des Gracques , des
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Curtius et des Rëgulus. Tu ne te souviendras do ces affreuses journées , peuple français , que pour en Vouer les abominables auteurs a lexe'cration des races présentes et futures. Tu ne pourras oublier c|ue , pendant les quinze mois qui ont suivi thermidor an II , les gouvernans ont accumulé sur toi toutes les vexations , tous les maux que n'ont jamais endurés les esclaves sous le patriciat de Rome , les serfs sous les palatins de Pologne , ni même ces malheureux dont on fait un trafic honteux sur les rivages africains.
Les lâches ! ils criaient à la terreur , qui n'avait existé que contre le crime , ils en exerçaient une cruelle contre la vertu et le républicanisme ! . . . Les scélérats î ils disaient avoir abattu une tyrannie décem virale , et jamais tyrannie n'a plus pesé sur toi , peuple , que celle qu'ils ont exercée pendant quinze mois.... Les imposteurs! ils déversaient sur des hommes qui n'existaient plus , et que la postérité jugera , tous les maux dont euxmêmes t'accablaient. Inhabiles à continuer les grandes opérations de ceux qu'ils venaient de remplacer, ils brouillèrent et -désorganisèrent tout. Ils voulaient te faire regretter le régime monarchique ; mais le piège était trop grossier : lu savais bien mieux juger d'eux et des événemens ; tu savais bien que la misère qui te poignardait n était pas l'ouvrage de tes amis , mais des gou-
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vernans : tu étais convaincu 'que , pendant lesdeux premières années delà republique, tes droits étaient respectés , tes ennemis comprimés , l'industrie et les arts encouragés , tes arsenaux remplis , tes flottes bien équipées , tes pavillons flottans sur toutes les mers , tes quatorze armées partout victorieuses , la Vendée détruite , tes ennemis extérieurs en déroute , les despotes terrifiés sur leurs trônes chancelans et prêts à tomber à tes genoux , le crédit des assignats soutenu ; la cupidité des fermiers, des agioteurs, réfrénée; tes marchés approvisionnés , et l'abondance devenue le prix des innombrables sacrifices que tu avais faits pour* conquérir la liberté.
Qu'as-tu vu succéder a tant d'avantages ? Quel tableau déchirant t'a présenté la réaction thermidorienne ! Tes droits ont été méconnus , foulés aux pieds; tes amis, tes défenseurs , tes frères, calomniés, proscrits incarcérés, assassinés; le plus efîréné agiotage qui tue les républiques, substitué au commerce qui les vivifie ; tes flottes battues , vendues , livrées aux Anglais ; tes magasins, tes arsenaux , dépourvus ; la Vendée et la chouannerie réunissant leurs forces ; l'ardeur des soldats républicains paralysée; les braves qui les menaient à la victoire , chassés et remplacés par des nobles, des émigrés, des royalistes. Tu as vu 3o milliards d'assignats absorbés dans dix mois ;
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lé riche propriétaire , le gros marchand , Tagioteur , l'accapareur , se partager tes dépouilles j sucer ton sang goutte à goutte. Tu as vu la famine au milieu de Tabondance , Textréme misère à coté du luxe le plus déhonté ; la morale publique perdue; le /meurtre commandé , impuni ; le triomphe du crime sur la -vertu, la démocratie anéantie , les marches du trône relevées , et un nouveau Tarquin prêt à y monter. Enfin, la liberté périssait sans le courage de ces braves républicains tant calomniés , tant poursuivis , qui empêchèrent le massacre de la convention nationale , et sauvèrent la république dans les mémorables journées des 12 , i3 et i4 vendémiaire. Ces journées, cependant, n'ont pas produit des résultats décisifs pour le triomphe de la démocratie , puisque les conspirateurs n'ont pas été punis , qu'ils poursuivent leur système d'assassinat , d'agiotage , d'accaparement , d'avilissement du papier-monnaie , et qu'ils trouvent des protecteurs jusques dans le sénat. Mais elles n'ont pas été perdues pour toi , peuple français , ces journées mémorables , puisque le pouvoir a été arraché des mains impures qui avaient consommé tous les crimes , puisqu'elles ont rendu a leurs familles ceux des républicains qui avaient échappé a l'échafaud et aux poignards des bandes royales ; puisqu'elles vont donner un gouvernement dont
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la direction sera confiée a des hommes purs, à des républicains qui ont déjà travaillé pour le bonheur commun , et qui feront davantage s^ils s'investissent de la confiance des patriotes qui ne savent pas composer avec les principes ; s ils frappent impitoyablement les royalistes , les émigrés^ les prêtres réfractaires , qui ne cessent de conspirer contre le gouvernement républicain , s'ils prennent des moyens vigoureux pour faire approvisionner les marchés , pour faire baisser le prix des denrées ; et s ils ne laissent en place que des républicains purs , énergiques , éclairés , et qui seraient perdus avec eux si la contre- révolution s opérait.
Peuple magnanime , ton salut est dans ta sublime persévérance à te roidir contre tes oppresseurs : ne dédaigne pas de les surveiller. Les maux dont ils n'ont cessé d'accabler tes défenseurs , te les ont assez fait connaître , pour que leur astucieux civisme ne puisse plus désormais t en imposer. Prends ta majestueuse attitude , arme-toi de ta foudre vengeresse , écrases-en ces modernes Titans qui osent attenter à ta souveraineté : souviens-toi de tes triomphes ; et s'il te reste des périls à éviter, tu as encore des trophées à obtenir.