‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 3)Chapitre 3 sur 46 · II · texte numérisé non relu

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des esprits droits , durent ne'cessairement s'inte'resser au triomphe complet de \ ordre d égalité.

Mais parmi les partisans du système basé sur ae ivcuiI^lI l'cgoïsme , outre ceux que de vieux préjuges y at-

ce rapport , est bien moins l'efFct de la diversité de leur conformation , que de celle des circonstances dans lesquelles ils se sont trouves placés. Qui peut douter que beaucoup d'hommes igno rans ne l'eussent pas été , s'ils avaient eu l'occasion de s'instruire ? Le pâtre le plus grossier ne met-il pas dans la direction de ses travaux et dans la discussion de ses intérêts , autant de finesse d'esprit, qu'il en a fallu à Newton pour découvrir les lois de l'attraction? Tout dépend de l'objet vers lequel notre attention se dirige.

D'ailleurs, l'inégalité d'intelligence fût-elle aussi naturelle qu'on le prétend , il serait impossible d'y voir la source des différences de richesse et de puissance qui existent dans la société ; car il n'est point vrai que les biens et l'autorité y soient communément le partage du savoir et de la sagesse.

Mais est-ce bien des qualités dont nous venons de parler qu'il s'agit ? aucunement. L'égalité naturelle qu'on a en vue, est cette uniformité de besoins et de sentimcns qui naissent avec nous, ou se développent par le premier usage que nous faisons de nos sens et de nos organes.

Le besoin <lc se nourrir et celui de se reproduire ; l'amour de soi . la pitié; l'aptitude à sentir, à penser, à vouloir, à communiquer «es idées et comprendre celles de ses semblables , et à conformer ses actions à la règle; la haine de la contrainte et l'amour de la liberté, existent , à peu près au même degré , chez tous les hommes sains et bien constitués. Telle est la loi de la nature d'où émanent, pour tous les hommes , les mêmes droits naturels.

Aux yeux de quiconque se reconnaît composé de deux substance» de nature différente , une nouvelle raison en faveur de l'égalité naturelle se tire de la spiritualité du principe pensant ; ce principe, qui constitue à lui seul tout le moi humain, étant indivisible et pur , et dérivant toujours de la même source , est nécessairement égal dans tous les individus «le iwtrc espèce.

Il n'est pas douteux que l'inégalité des forces physiques ne puisse

tachaient, il y en avait qui aspiraient à conserver, et d'autres qui voulaient conquérir les jouissances exclusives et la pre'cminence. Ceux-ci , dénués de toute vertu, affichèrent lamour de 1 égalité, et pa-

troubler , au moins moraentaDemcnt, la jouissance de l'cgaliti^ naturelle ; ce fut probablement pour obvier à ce mal qu'on eut recours aux conventions , et que la société civile fut instituée.

Faute de prévoyance , on s'est précipité dans un malheur plus grand que celui qu'on avait voulu prévenir. L'égalité établie par la nature et avouée par la raison , a été violée dans la société par une suite de ces mêmes conventions qui furent destinées à la maintenir. Aux inconvéniens passagers, produits par Finégalité des forces physiques , ont été substitués d'autres inconvéniens plus funestes , plus perraanens et plus inévitables , par l'inégalité conventionnelle de richesse et de puissance. Ainsi , par une étrange métamorphose , les plus sots , les pkis vicieux , les plus faibles et les moins nombreux sont parvenus à surcharger de pénibles devoirs et à priver de la liberté naturelle , la masse des plus forts > des plus vertueux et des plus instruits.

De l'inégale répartition des biens et du pouvoir naissent tous les d ésordres dont se plaignent avec raison les neuf dixièmes des habitans des pays civilisés. De là viennent pour eux les p rivations, les souffrances , les humiliations et l'esclavage. De là vient aussi cette inégalité de lumières , que, par des motifs intéressés, on attribue faussement à l'inégalité exagérée des esprits.

C'est donc à resserrer dans de justes bornes la richesse et la puissance des individus , que doivent tendre les institutions d'une véritable société ; la puissance , en soumettant également tous les citoyens à la loi émanée de tous ; la richesse , en ordonnant les choses de manière que chacun ait assez, et que personne n'ait rien de trop. Voilà en quoi consiste l'égalité dont on parle dans cet ouvrage.

A la vérité , au point où en sont les choses , cette égalité se réduit à peu près à celle des richesses, qui forment, presque à elles seules aujourd'hui , le prix de la puissance, aussi bien aux yeux de ceux qui commandent , qu'aux yeux de ceux qui obéissent.

rurent en afFectionner les amis sincères , tant qu'ils puisent se flatter d'en empêcher rétablissement, ^% de faire tom^ner a leur profit la fermentation ge% nérale qu'ils avaient eux-mêmes provoquée.

Depuis les premiers jours de la révolution, les Efforts et proamis de l'égalité , c est-a-dire de la justice , s étaient de légriiS!^ * efforcés d'en préparer le triomphe , en s'opposant de loin aux vues des partis qui en étaient les en- \ nemis. Sous l'assemblée constituante, ils combat- 1 tirent l'injuste distinction des citoyens en actifs { et non actifs, la contribution du marc d'argent exigée pour condition d'éligibilité a la représentation nationale , le veto royal et la loi martiale ; ils tonnèrent à la fois contre les royalistes déclarés et contre ceux qui se cachaient sous un vernis [ de patriotisme ; proposèrent l'impôt progressif; ; s'opposèrent a la réhabilitation du roi, après son ï retour forcé de Varennes ; soutinrent le courage '. des patriotes près de s'évanouir après le massacre \ du Champ-de-Mars , et démêlèrent les complots ï aristocratiques de ceux qui demandaient préma- \ turément la république : sous la première législature , ils dénoncèrent le renvoi des militaires \ patriotes; firent voir le piège caché sous la décla- l ration de guerre li l'Autriche ; firent décerner des [ çpm^oni>es aux soldats suisses de Château- Vieux ; \ démasquèrent la dissimulation de la cour, les l crimes des ministres , les trahisons de Narbopnc I a.

ùt la marche tortueuse de la Gironde ; et conservèrent le feu sacré que les puissans et les riches voulaient étouffer par la calomnie et par la persécution.

Ce fut surtout après le lo août 1-792, que les hommes que je viens de désigner conçurent les plus flatteuses espérances , et redoublèrent d'efforts pour assurer le triomphe de leur cause sublime. Au mérite des conceptions de Jean -Jacques, ils ajoutèrent la hardiesse de l'application a une société de vingt-cinq millions d'hommes. A la même époque , la lutte entre les amis de l'égalité et les partisans de l'ordre d'égoïsme devint plus caractérisée et plus animée. Le projet de gouverner sous des formes républicaines en apparence, l'état institué comme sous la monarchie , fut publiquement soutenu ; ceux qui dans les crises politiques craignent de perdre lem^s jouissances s'y rallièrent; et , comme la même crainte les avait attachés au royalisme , ils donnèrent lieu d'accuser les coryphées d'une semblable république , de conspirer pour le ré tablissement du trône ^Tels étaient alors Son triomphe, jg nombrc ct Ic crédit des amis sincères del'éga-

I II y €n avait qui étaient effectivement devouc's à la cause royale ; d'autres s'accommodaient également de tous les régimes par lesquels ils espéraient conserver la considération et le pouvoir. L'intérêt que les uns et les autres prirent à la vie du roi , traduit devant la convention, donna un grand poids à l'inculpation de royalisme dirigée contre eux.

litë , que les poignards de raristocratie n'avaient pas encore moissonnés ; telle était Tactivité que l'espérance d un prochain adoucissement entretenait dans la multitude, et telle était la force de ceux qui, aspirant a remplacer les anciens grands, se faisaient les apôtres hypocrites de l'égalité qu'ils abhorraient, que les partisans de l'ordre d'égoïsme furent attaqués , vaincus et forcés au silence : c'est la ce qui produisit les divisions de la convention nationale , avant le 3 1 mai 1793 , et la guerre civile qui suivit cette mémorable journée.

De la victoire du i o août résultèrent immédiatement quelques progrès de la cause populaire : peu de jours après la chute du trône , Texercice des droits politiques fut rendu à tous les citoyens; tous furent déclarés éligibles aux fonctions publiques , et il fut solennellement reconnu que nulle constitution ne peut être imposée au peuple sans son consentement. En même temps, le mariage fut légalement débarrassé de cette désespérante indissolubilité, qui le rend souvent aussi contraire au bonheur des individus et des familles que funeste aux mœurs et a la lilxîrté. C'est un fait digne d'observation que Taccroissemcnt ou la diminution de l'énergie nationale pour la défense de la révolution , selon que les lois semblaient favoriser l'égalité ou s'en éloigner. La classe labo-

rieuse et si injustement me'prisee , a enfante tant de prodiges de dévouement et de vertu ; presque tout le reste a constamment entravé la régénération publique.

Aristocrates Nul doute quc lordre d e'goïsme ou d'aristocraventirn natio- ^^^ * n cùt daus la couventiou nationale de nomnaïc, avant le lyYewL et adroits défenseurs : les preuves en sont

01 mai 1793. ■*

dans les astucieuses harangues et dans les écrits des Vergniaud , des Guadet , des Rabaud , des Brissot, des Gorsas, des Condor cet, des Lanjuinais , des Louvet , des Barbaroux , et de tant d'autres de la même couleur ; dans leurs transactions ^vec la cour; dans leurs perpétuelles invectives contre tout ami de légalité ; dans la haine qu ils vouèrent aux véritables directeurs de l'insurrection du 10 août; dans leurs liaisons avec Narbonne , Dumouriez , Custine , et autres généraux infidèles ; dans leur constante opposition à rétablissement de l'impôt progressif ^ ; dans l'intérêt qu'ils prodiguèrent au roi , traduit au tribunal de la nation ; dans lem^s mesures hostiles contre les partisans de la démocratie ; dans l'eiOfroi qu'ils

1 L'ariâtocratie ou pouvoir souverain exercé par une partie de la nation sur le tout, est une suite inévitable de l'inégalité consacrée par l'ordre d'égoïsme.

2 L'impôt progressif diffère de l'impôt proportionnel, en ce qtre le rapport de celui-ci au revenu, quelque élevé qu'il soit,, est toujours le même, tandis que dans celui-là ce rapport croît avec le superflu. L'impôt progressif empêche les grandes fortunes et

, ménage les petites.

s'efForcèrent d'inspirer aux riches et aux hommes corrompus ; dans les brandons de la discorde secoués par eux sur la France entière; et dans leur opiniâtre persévérance à faire consacrer par les lois leurs principes anti-populaires '.

Il s'agissait de donner une constitution a la république naissante ; le besoin d'une autorité régulière se faisait généralement sentir, et on pensait assez communément qu'une bonne distribution des pouvoirs suffirait seule pour assurer au peuple les bienfaits de l'égalité et de la liberté , après lesquels il soupirait.

Cependant les plus clairvoyans parmi les amis Les amis de

kr'l-M.' . • M. ... •> 1 l'égalité n'ap-

1 égalité ne partageaient pas cette manière de prouvent pas

penser. Ouoicru'on en ait dit, les aristocrates de la '^"^ ^'"^ ^'o*^-

1 V 1 7 cupe d une

convention étaient plus pressés de travailler à constitution. cette constitution que les amis de l'égalité, qui, étant bien moins nombreux , sentaient que , sans un événement propre a effrayer leurs adTcrsaires, non seulement on ne pouvait obtenir une réforme dans les élémens civils de la société , mais il était même impossible d'établir une organisa-

» La libcrtd d'une nation rdsulte : i» de l'c^galitd que les lois font régner daas les conditions et dans les jouissances des citoyens ; 2«> de la plus grande extension donnée à rexercice de leurs droits politiques. Le projet du premier comitd de constitution de la convention nationale, composé presque en totalité de girondins, en négligeant absolument la première condition , livrait le peuple à l'influence des riches , des oisifs et des intrigans, par le développement qu'il semblait donner à la seconde.

tion fondée sur l'égalité des droits politiques. Cet empressement des aristocrates était donc une branche de la vaste conspiration contre les droits naturels des hommes , et il fallait en éloigner les principaux instigateurs , avant que Ton put Compter sur la réussite des efforts dune poignée de gens de bien.

» Cette faction fut appelée girondine parce qu'elle reconnaissait pour chefs presque tous les députes du département de la Gironde à l'assemblée législative et à la convention.

Lorsque la première déclaration des droits fut proclam e'e par l'assemble'e constituante , l'application franche et entière des principes d'e'quité naturelle dont quelques-uns y étaient consacre's , répugnait déjà aux hommes dgare's par une fausse science ou corrompus par les vices de la civilisation ; ils méditaient dès-lors comment ils éluderaient ces principes , tout en paraissant y applaudir.

Ce fut là l'origine des factions qui, sous les trois premières assemblées nationales , s'efforcèrent d'arrêter l'élan du peuple français vers son affranchissement total , et de fixer la révolution aux systèmes politiques qu'ils jugeaient les plus favorables à leurs passions ou les plus conformes à leurs doctrines. Elles nuisirent à l'établissement de la liberté , beaucoup plus que l'opposition ouverte des castes privilégiées, parce qu'elles trompèrent le peuple en empruntant le langage du patriotisme.

A la fin de l'assemblée constituante , l'esprit de ces factions y était prédominant , et le parti qui demeura fidèle à la cause publique y eût été inaperçu , s'il ne s'était pas fait remarquer par l'énergie de ses réclamations. C'est à cet esprit qu'il faut attribuer les pas rétrogrades et les contradictions de cette assemblée.

Au mépris de l'égalité des di'oits qui avait été décrétée , des millions de citoyens furent privés du droit de suffrage et d'éligibilité. Une loi de sang fut opposée aux plaintes qu'excitait le malaise du peuple et la marche équivoque du législateur. Celui-ci s'obstina , en dépit du bon sens et du vœu national , à replacer le dépôt de la constitution entre les mains de ce roi qui venait de s'en déclarer

du3i mai 1793'

On conspira contre les nombreux conspirateurs conspiration qui s'étaient introduits dans les principales auto-

ouvertcment l'ennemi, et dont il augmenta alors la puissance au lieu de la restreindre ; il fit couler au Champ-de-Mars le sang des citoyens qui s'apprêtaient à solliciter une décision contraire; il força le peuple à recourir à la violence pour obtenir une justice qu'un simple de'cret eût alors paisiblement opérée ; il porta atteinte au droit de s'assembler , et voulut enchaîner à jamais la nation au char de l'aristocratie.

Le mépris re'el que l'assemblée constituante eut pour la masse du peuple , lui inspira ces rne'nagcmens , avec lesquels elle sapa d'une main timide le pouvoir royal dont elle voulut, tout en l'ëbre'chant, se faire un rempart contre l'efiervescence démocratique. De là vint aussi sa négligence à profiter de l'enthousiasme populaire et des fautes de la cour , pour anéantir la monarchie ou pour la resserrer dans des limites qui eussent pu en faire à peu près une republique vc'ritable.

Tels sont les motifs des méfiances qui s'élevèrent contre les Lameth , contre La Fayette , contre la minorité de la noblesse et contre plusieurs membres marquans du tiers-ètat. Les mêmes vues furent partagées parce fameux Mirabeau que l'extrême corruption de ses mœurs porta à se faire , à beaux deniers comptant , le champion de la monarchie qu'il venait de combattre.

Mais l'amour du luxe , la soif de l'or et le désir de briller et de dominer n'étaient pas le partage exclusif de la noblesse. Il y avait , entre elle et la classe immense des hommes laborieux , une autr/c classe nombreuse de roturiers qui brillaient par les richesses , pai* la politesse des manières, par la finesse de l'esprit, par le babil, par le relâchement des mœurs et par l'irréligion. Celle-ci dédaignait aussi la masse du peuple, se croyait faite pour la maîtriser, se prétendait la partie saine de la nation , et ajoutait la souplesse et la jalousie aux vice» des nobles qu'elle aspirait à remplacer.

Cette classe se composait en grande partie d'avocats , de procureurs , de médecins , d(; banfjuiers , de riches marchands , de bourgeois opulens et d'hommes de lettres faisant de la science un trafic et un moyen de parvenir. Avide , vaine et remuante , elle se lirra aux premiers mouvemens de la révolution et y fit participer

rites de la république : on conspira pour la défense des droits imprescriptibles de riiumanitd ,

la multitude que le besoin et le de'faut d'instruction mettaient dans sa dt^pendance. Ses membres , maîtres en beaucoup de lieux des tribunes aux harangues et des administrations, parvinrent, par les suffrages de leurs amis , à l'assemblée le'gislative et à la convention , où ils formèrent le noyau de la faction girondine.

En gênerai les girondins ne voulaient pas de l'ancien régime dans toute sa laideur ; mais ils ne voulaient pas non plus que le nouveau allât jusqu'à les confondre avec ce qu'ils appelaient le bas peuple, et les dépouillât de cette supériorité qui leur était si profitable. Que la France fût gouvernée monarchiquement ou rëpublicaineraent , au fond , ils ne s'en inquiétaient guère , pourvu qu'eux et les leurs demeurassent les possesseurs et les dispensateurs des faveurs qui émanent de là puissance , et qucf la souveraineté du peuple ne fût , en réalité , qu'un mot heureusement inventé , pour mieux assurer la soumission et l'obéissance du public aux lois par eux imaginées et exécutées.

Aussi les vit-on , sous l'assemblée législative , combattre et favoriser tour à tour les intérêts particuliers de Louis XVI , selon que celui-ci prétendait suivre les plans de ses anciens courtisans ou se conduire d'après les conseils de cette faction. Les vues personnelles de ses chefs, dans les négociations secrètes qu'ils entamèrent avec le roi , dans les conseils officieux qu'ils lui donnèrent à l'effet d'affermir son pouvoir , furent prouvées par pièces écrites et par témoins. Des girondins notables dans leur parti , n'ont pas craint de déposer dans leurs Mémoires l'aveu de leur attachement à la monarchie, et du désir qu'ils eurent de la rétabHr quand elle n'existait plus.

C'est , ce me semble , une erreur grossière de croire que les girondins étaient de vrais amis de la liberté ou de francs républicains. S'ils l'avaient été, se seraient- ils tant acharnés à dénigrer età poursuivre cette municipalité parisienne du lo août, à laquelle fut principalement du le triomphe de cette journée ? eussent-ils songé , pendant que le combat durait encore , à refroidir , sous prétexte de rétablir l'ordre , l'enthousiasme populaire qu'il était si important d'entretenir et d'accroître ? eussent-ils tant déclamé

contre l'orgueil et lavarice cjiii la désolent ; et , tandis que les aristocrates que la convention rencontre ces exe'cutions terribles mais îrrt^parablcs des 2 et 3 septembre , évidemment re'solues dans l'intention d'affermir la re'volution , et suites déplorables des hostilités patentes et cachées des ennemis de la liberté , et des dangers graves et imminens dont le peuple français était alors menacé ? eussent-ils converti le sanctuaire des lois en une arène de gladiateurs par leurs violentes et calomnieuses accusations , intentées contre ceux qui avaient le plus concouru à soutenir le courage du peuple? eussent-ils effrayé les riches , semé la division et parlé de fédéraliser la France , au moment où la plus parfaite unité lui était nécessaire pour repousser la coalition armée des rois? eussent-ils, môme après leur expulsion de la convention , élevé autel contre autel , allumé la guerre civile , et cherché à armer les départemens contre cette commune de Paris à laquelle en voulait principalement l'ennemi étranger? eussent -ils, enfin, pu ignorer que le moyen unique de bronzer la révolution et d'éterniser la liberté , le bonheur et la paix , était de seconder le peuple , de satisfaire les vœux secrets de tant de millions d'opprimés , et de répandre également les bienfaits de la société sur chacun de ses membres?

Malheureuse Gironde ! ce ne fut pas non plus sans raison qu'on t'attribua le dessein de relever le trône. N'y avait-il pas quelques royalistes parmi ces girondins qui se battirent à Lyon contre la république , sous les ordres d'un officier du roi , et reçurent dans leurs rangs les émigrés qu'ils tirèrent de prison ou qui accoururent en foule dans cette ville révoltée? N'y avait-il pas quelques royalistes parmi ces autres girondins qui livrèrent Toulon à l'ennemi et y rétablirent le même jour le gouvernement royal ?

L'esprit servile de la Gironde parait à découvert dans la proposition qu'elle soutint avec opiniâtreté , de soumettre à la ratification des assemblées primaires le jugement contre Louis. Vainement prétendit-elle qu'elle rendait , par-là , hommage à la souveraineté du peuple , puisqu'il s'agissait d'un acte judiciaire et nullement d'une loi. Pouvait-elle se flatter de graver dans le cœur des Français la haine de la royauté , sur quoi devait reposer la république , en introduisant, en faveur du roi captif, un privilège si nouveau?

fermait dans son sein , donnaient le signal de la proscription générale des amis de 1 égalité , appelés par eux anarchistes , le peuple de Paris porta l'effroi dans lame des députés infidèles , et

Comment ne craignait-elle pas rl'cxposer la France ù des longueurs et à des déchiremens qui eussent pu creuser le tombeau de la liberté ? Un tel exemple d'irre'solution , de crainte et de respect servile pour un trône en poussière était- il un bon moyen de renforcer dans Famé des citoyens le courage et la vertu qui leur étaient si nécessaires pour échapper aux violences et aux pièges des ennemis de la révolution ? est-ce en tergiversant qu'on élève les caractères? est-ce en tremblant qu'on brise les chaînes des nations ? Sr Ton veut à tout prix voir des républicains dans les girondins, il faut, au moins, avouer que leur conduite fut absurde , et que s'ils désiraient une république , elle était telle , que l'oppression qu'elle eût fait peser sur le peuple , lui aurait bientôt fait regretter l'ancienne servitude.

Malheureuse Gironde î jouet de ta vanité , tu ne sus être ni franchement royaliste , ni positivement républicaine ; tu nous fis d'autant plus de mal , que tu couvris tes fautes des apparences du patriotisme et de la modération , et que tu rendis urgente et nécessaire cette sévérité qui sauva d'abord la république , mais qui fournit ensuite tant d'auxiliaires à ceux par qui elle a été successivement démantelée et détruite.

Malheureuse Gironde ! en combattant les hommes sincèrement voués au bonheur du peuple , tu les livras sans défense aux pervers qui les immolèrent au 9 thermidor ; n'écoutant que les conseils de la vengeance , tu provoquas après cette époque le massacre des républicains ; et ton esprit aristocratique cre'a la constitution de l'an III , à laquelle nous dûmes la tyrannie de Buonaparte qui fut en grande partie ton ouvrage. Que d'autres vantent l'éloquence des girondins, nous ne pouvons faire leur éloge, sous aucun rapport , parce que nous sommes convaincus que leur influence a été une des causes les plus actives de la décadence de la révolution, de la chute de la république et de la perte de la liberté.

les força * à livrer a la justice nationale les chefs de leur complot. La liberté de la convention fut violée pour sauver celle du peuple ; le pouvoir des mandataires fut comprimé pour faire respecter la souveraineté nationale dont la majorité d'entre eux se jouait impudemment.

A défaut des écrits , des discours et des faits qui prouvent la réalité de cette trame , on la reconnaîtrait facilement dans la coalition de presque tous les riches contre la révolution du 3i mai 1 793 , et dans la rapidité avec laquelle se propagèrent depuis les vérités démocratiques.

Il ne faut pas croire que les révolutionnaires fran- Di^morrutic çais aient attaché a la démocratie qu'ils deman- cequcc'csi. daient le sens qu'y attachaient les anciens. Personne ne s'avisa en France d'appeler le peuple entier à délibérer sur les actes de gouvernement. Pour eux la démocratie est V ordre public dans lequel V égalité * et les bonnes mœurs mettent le peuple à m^éme d'exercer utilement la puissance législative. \

Les événemens postérieurs ont, je crois, suffi- PcUt nomWc

d'amis sincères

samment prouvé que les démocrates ne lurent de légii.tô am jamais nombreux dans la convention nationale; " J^""''"*^'"" il s en fallut beaucoup que l'insurrection du 3 1 mai eût transmis la suprême influence aux seuls amis sincères de l'égalité : ses faux et intéressés défenseurs parurent triompher avec elle; mais,

« Le 3i mai 1798 et jour» suivans.

destructeurs actifs à leur profit, ils se jetèrent dans le système qu'ils avaient combattu , quand il fallut rëcdifier pour le peuple.

Parmi les hommes qui brillèrent dans l'arène révolutionnaire , il en est qui , dès le commencement, se prononcèrent pour TafFranchissement re'el du peuple français. Marat, Maximilien Robespierre et Saint-Just figurent glorieusement avec quelques autres dans la liste honorable des défenseurs de Tcgalité. Marat et Robespierre attaquèrent de front le système anti-populaire ; qui pre'valut dans rassemblée constituante ; dirigèrent , avant et après le i o août , les démarches des patriotes : arrivés à la convention , ils y furent en butte a la haine et aux calomnies du parti de legoïsme cju'ils confondirent; s'élevèrent dans le jugement du roi a la plus haute philosophie , et em'ent une grande part aux événemens du 3i mai et jours suivans », dont les faux amis de l'égalité détruisirent enfin l'heureuse influence.

ï La France dut à la politique raisonnable et vigoureuse qui suivit CCS e've'nemens , cet élan généreux et universel , qui lui fit écraser en peu de temps les factieux de l'inte'ricur et les armées des rois coalisés contre la liberté , auxquelles les vues aristocratiques et la conduite équivoque de la Gironde préparaient un triomphe assuré.

Ce fut là un effet du courage et de la fermeté des montagnards, opposés aux girondins dans la convention nationale : à cette époque la Montagne était composée des vrais amis de l'égalité et de ceux qui , pour des vues personnelles , en affichaient les principes.

icrre.

Avant la chute de la faction girondine , Robes- Déclaration pierre croyait que la convention , dominée par ^^ RohL elle , était dans Fimpossibilitë d enfanter de bon- 1"'' nés lois ; il pensait d'ailleurs que , dans les circonstances critiques de ce temps-là, le premier soin des mandataires du peuple devait être d'ane'antir les nombreux ennemis cp.ii , au-dedans et au-dehors , menaçaient Texistence de la république : mais , voyant que les Girondins étaient presses de consacrer par la législation leurs principes aristocratiques, il opposa a leiu'S projets sa Déclaration des droits , dans laquelle ses intentions populaires paraissent à découvert. En rapprochant les doctrines politifjues renfermées dans cet écrit et dans les discours que Robespierre prononça dans les derniers temps de sa vie , de la pureté de ses mœurs, de son dévouement , de son courage , de sa modestie et de son rare désintéressement , on est forcé de rendre un éclatant hommage à une si haute sagesse , et on ne peut que détester la perversité ou déplorer rincompréhensible aveuglement de ceux qui ourdirent et consomimcrent son assassinat i .

« On a tant calomnie^ cet illustre martyr de rt5gaHté , qu'il est du devoir de tout c'crivain honn^'te de consacrer sa plume à en venger la mémoire ; je ne saurais mieux le faire qu'en transcrivant ici «on projet de d(iclaration des droits : cette pièce remarquable jette le plus grand jour sur le véritable but que se proposaient Ica hommes , si furieusement proscrits depuis la mo/. t de ce cclcbro

Constitution Cependant la constitution de 1793, rédigée a la 'le 1793. ^^i^ ç|ç rinsurrection du 3 1 mai par la partie de

législateur. On y admirera la définition du droit de propriété , qui cesse d'être au nombre des droits principaux , pour faire place à celui de pourvoir à la conservation de l'existence ; les limites posées à ce même droit de propriété ; l'institution de l'impôt progressif; le concours de tous à la formation de la loi; l'extirpation de la misère ; l'instruction assurée à tous les citoyens ; et le droit de résistance à l'oppression, déterminé de manière à devenir un obstacle insurmontable à l'arbitraire des agens publics et à la tyrannie même des lois.

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