DÉCLARATION
DES DROITS DE L'hOMME ET DU CITOYEN , PROPOSEE PAR MAXIMIIIEN ROBESPIERRE.
<j Les représentans du peuple Français réunis en convention na- •n tionale , reconnaissant que les lois humaines qui ne découlent n point des lois éternelles de la justice , ne sont que des attentats » de l'ignorance et du despotisme contre l'humanité ; convaincus » que l'oubli et le mépris des droits naturels de l'homme sont les » seules causes des crimes et des malheurs du monde , ont résolu ft d'exposer , dans une déclaration solennelle , ces droits sacrés et » inaliénables , afin que tous les citoyens , pouvant comparer sans w cesse les actes du gouvernement avec le but de toute institution » sociale , ne se laissent jamais opprimer et avilir par la tyrannie ; » afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa « liberté et de son bonheur , le magistrat la règle de ses devoirs , » le législateur l'objet de sa mission.
ft En conséquence, la convention nationale proclame, à la face v> de l'univers et sous les yeux du législateur immortel , la déclara- » tien suivante des droits de l'homme et du citoyen. »
Article i"".
Le but de toute association politique est le maintien des droits naturels et imprescriptibles de l'homme , et le développement de toutes ses facultés.
la convention qu'on appelait alors la MoQitagne^ ne répondit pas complètement aux vœux des amis de
Art. 2.
Les principaux droits de l'homme sont ceux de pourvoir à la conservation de l'existence et la liberté.
Art. 3.
Ces droits appartiennent e'galement à tous les hommes , quelle que soit la difFerence de leurs forces physiques et morales.
L'égalité des droits est établie par la nature ; la société , loin d'y porter atteinte, ne fait que la garantir contre l'abus de la force qui la rend illusoire.
La liberté est le pouvoir qui appartient à riioranie , d'exercer à son gré toutes ses facultés; elle a la justice pour règle, les droits d'autrui pour bornes, la nature pour principe, et la loi pour sauvegarde.
Art. 5.
Le droit de s'assembler paisiblement , le droit de manifester ses opinions , soit par la voie de la presse , soit de toute autre manière, sont des conséquences si nécessaires du principe de la liberté de l'homme , que la nécessité de les énoncer suppose ou la présence , ou le souvenir récent du despotisme.
Art. g.
La propriété est le droit qu'a chaque citoyen de jouir et de disposer à son gré de la portion de bien qui lui est garantie par la loi.
Ait. 7.
Le droit de propriété est borné comme tous les autres par l'obligation de respecter les droits d'autrui.
rhumanite. On regrette d'y trouver les vieilles et désespérantes idées sur le droit de propriété. A.U
^ Art. 8.
Il ne peutprdjudicier ni à la sùretc, ni à la liberté , ni à l'existence , ni à la propriété de nos semblables.
Art. 9.
Tout trafic qui viole ce principe est essentiellement illicite et immoral.
Art. 10.
La socie'të est oblige'e de pourvoir à la subsistance de tous ses membres , soit en leur procurant du travail , soit en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler.
Art. II.
Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire , sont une dette de celui qui possède le superflu. Il appartient à la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être acquittée.
Art. 12.
Les citoyens , dont les revenus n'excèdent point ce qui est nécessaire à leur subsistance , sont dispensés de contribuer aux dépenses publiques ; les autres doivent les supporter progressivement selon rétendue de leur fortune.
Art. i3.
La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique, et mettre l'instruction à la portée de tous les citoyens.
Art. i4.
Xe peuple est le souverain ; le gouvernement est son ouvrage et jsa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis.
Le peuple peut , quand il lui plait , changer son gouvernement et révoquer ses mandataires.
surplus , les droits politiques des citoyens y sont clairement ënonce's et fortement garantis , Tins-
Art. i5.
La loi est l'expression libre et solennelle de la volonté du peuple.
Art. i6.
La loi doit être égale pour tous.
Art. 17.
La loi ne peut défendre que ce qui est nuisible à la société; elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile.
Toute loi qui viole les droits imprescriptibles de l'homme , est essentiellement injuste et tyra unique ; elle n'est point une loi.
Art. ig.
Dans tout état libre , la loi doit surtout défendre la liberté publique et individuelle contre l'autorité de ceux qui gouvernent.
Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible est vicieuse.
Art. 20.
Aucune portion du peuple ne peut exercer la puissance du peuple entier ; mais le vœu qu'elle exprime doit être respecté comme le vœu d'une portion du peuple , qui doit concourir à former la volonté générale. Chaque section du souverain assemblé doit jouir du droit d'exprimer sa volonté avec une entière liberté ; elle est essentiellement indépendante de toutes les autorités constituées, et maîtresse de régler sa police et ses délibérations.
Art. 21.
Tous les citoyens sont admissibles à toutes les fonctions publiques , tans aucune autre distinction que celle des vertus et des talcns, sans aucun autre titre que la coniiance du peuple.
traction de tous y est placée parmi les devoirs de la société ; les changemens favorables au peuple
Art. 22.
Tous les citoyens ont un droit égal de concourir à la nomination des mandataires du peuple et à la formation de la loi.
Pour que ces droits ne soient point illusoires et l'égalité chimérique , la société doit salarier les fonctionnaires publics, et faire en sorte que les citoyens qui vivent de leur travail, puissent assister aux assemblées publiques où la loi les appelle , sans compromettre leur existence ni celle de leur famille.
Art. 24.
Tout citoyen doit obéir religieusement aux magistrats et aux agens du gouvernement, lorsqu'ils sont les organes ou les exécuteurs de la loi.
Art. 25.
Mdis tout acte contre la liberté , contre la sûreté ou contre la propriété d'un homme , exercé par qui que ce soit , même au nom de la loi , hors des cas déterminés par elle et des formes qu'elle prescrit, est arbitraire et nul; le respect même de la loi défend de s'y soumettre ; et si on veut l'exécuter par la violence , il est peimis de le repousser par la force.
Art. 26.
Le droit de présenter des pétitions aux dépositaires de l'autorité publique appartient à tout individu. Ceux à qui elles sont adressées , doivent statuer sur les points qui en font l'objet ; mais ils ne peuvent jamais ni en interdire, ni en restreindre , ni en condamner l'exercice.
' Art. 27.
La résistance à l'oppression est la conséquence des autres droits de l'homme et du citoyen.
y sont faciles , et l'exercice de la souveraineté lui est assuré comme il ne le fut jamais.
Art. 28.
Il y a oppression contre le corps social, lorsqu'un seul de ses membres est opprime'.
Il y a oppression contre chaque membre du corps social , lorsque le corps social est opprime.
Art. 29.
Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple , l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple , le plus sacre des droits et le plus indispensable des devoirs.
Art. 3o.
\ Quand la garantie sociale manque à un citoyen , il rentre dans le droit naturel de défendre lui-même tous ses droits.
Art. 3i.
Dans l'un et l'autre cas , assujettir à des formes Idgales la résistance à l'oppression , est le dernier raffinement de la tyrannie.
Art. 32.
Les fonctions publiques ne peuvent être considêrdes comme des distinctions ni comme des rdcompenses , mais comme des devoirs publics.
Art. 33.
Les d(^lits des mandataires du peuple doivent être sdyèrcmcnt et facilement punis. Nul n'a le droit de se prt'tcndre plus inviolable que les autres citoyens.
Art. 3i,
Le peuple a le droit de connaitrc toutes les opérations de ses mandataires; ils doivent lui rendre un compte fidèle de leur gestion , et subir son jugement avec respect.
Est-ce 11 une prudente circonspection, commandée par Tattitude hostile des riches ameutés par les girondins ? est-ce à Finfluence des égoïstes dans les délibérations de la convention nationale, quon doit attribuer les ménagemens dont elle fit usage , et le voile sous lequel les députés , amis de l'égalité , furent obligés de cacher leiu-s vues ultérïeuies?
Quoi c|u'il en soit, il n est pas moins vrai que le d.roit de délibérer sur les lois, attribué au peuple, la soumission des mandataires du peuple à ses ordres , et \2i presque unanimité des voix à la-
Art. 35.
Les hommes de tous les pays sont, frères , et les diffe'rens peuples doivent s'entr'aider selon leur pouvoir comme les citoyens du même état.
Art. 36.
Celui qui opprime une seule nation se de'clare l'ennemi de toutes.
Art. 37.
Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'homme , doivent être poursuivis partout , non comme des ennemis ordinaires , mais comme des assassins et comme des brigands rebelles.
Art. 38.
Les rois, les aristocrates, les tyrans, quels qu'ils soient , sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre qui est le genre humain , et contre le législateur de l'univers qui est la nature.
quelle la constitution de 1793 fut acceptée, la firent regarder, a juste titre, comme \e palladium de la liberté française ' .
Mais cruelques-uns de ceux qui avaient parti- 0'^ip"cctmo
11 j. A tiis du gouver-
cipë a la rédaction de cette constitution , appelée ncmcnt révolu-
, . . tionnaire.
depuis démocratique par lès patriotes , sentaient qu elle seide ne pouvait assurer aux Français le bonheur qu ils demandaient : ils pensaient que la réforme des mœurs doit précéder la jouissance de la liberté : ils savaient qu avant de conférer au peuple Fexercice de là souveraineté , il fallait rendre général Tamour de la vertu; substituer le désintéressement et la modestie à Tavarice , à la vanité et a lambition qui entretiennent entre les citoyens une guerre perpétuelle ; anéantir la contradiction établie par nos institutions entre les besoins et Tamour de Findépendance , et arracher aux ennemis naturels de Fégalité les moyens de tromper , d effrayer et de diviser : ils savaient que les mesures coactives et extraordinaires, indispensables pour opérer un si heureux et si grand changement , sont inconciliables avec les formes d une organisation régulière : ils savaient enfin, etlexpcrience n'a que trop justifié depuis leur manière tic voir , qu établir , sans ces préliminaires , Tordre constitutionnel des élections , c'est abandonner le pouvoir aux amis de tous les abus , et perdre à ja-
« Voyez cette constitution aux ptOccs justiûcativcfl sous le n» i .
mais l'occasion d'assurer la félicité pul:>liqiie i. Aussi , il la demande de 8000 envoyés du peuple , firent-ils remplacer jusqu'à la paix la constitution de 1793, par une forme d'autorité qui conservait a ceux qui avaient commencé ce grand ouvrage , le pouvoir de l'achever , et substituait à la fois aux chances d'une guerre ouverte contre les ennemis intérieurs de la liberté , des moyens prompts et légaux de les réduire à l'impuissance. Cette forme fut appelée gouvernement révolutionnaire , et eut pour directeurs les membres de ce comité de salut pulilic auquel l'humanité faillit devoir une rédemption complète. Ses prodiges. H cst impossiblc aux âmes honnêtes de ne pas reconnaître la profonde sagesse avec laquelle la nation française fut alors dirigée vers un état ou , rendue à l'égalité , elle eut pu jouir paisiblement d'une constitution libre. On ne saurait assez admirer la prudence avec laquelle d'illustres législateurs, mettant habilement à profit les revers et
ï Tant que les choses resteront comme elles sont, la forme politique la plus libre ne sera avantageuse qu'à ceux qui peuvent se passer de travailler. La masse des nations assujettie par le besoin à des travaux pénibles et continuels , ne pouvant ni s'instruire des affaires publiques , ni assister aux assemblées où elles se traitent , et dépendant des riches pour son existence , ceux-ci disposent Seuls des délibérations que des gouvernemens trompeurs ont adroitement l'air de demander au peuple. Est-il à présumer que ces honnêtes gens s'oublient? Que serait-ce, s'il s'agissait de leur demander leur propre abaissement ?
les victoires , surent inspirer a la grande majorité de la nation , Fabnégation la plus sublime , le mépris des richesses , des plaisirs et de la mort , et ramener à proclamer que tous les hofnmes ont un droit égal aux productions de la terre et de Vindustrie.
Et qui pourra effacer des pages de Thistoire cette étonnante métamorphose par laquelle tant d'hommes , naguère voluptueux , avides , légers et présomptueux , renoncèrent de bon coeur k mille jouissances factices , déposèrent à Fenvi leur superflu sur Fautel de la patrie , fondirent en foide sur les armées des rois , et se bornèrent a demander pour tout bien , du pain , du fer et l'égalité?
Ces faits attestés par une infinité d adresses , de rapports et de décrets , par les registres publics , par les annales de la France , par Fefîï oi non encore éteint des classes aristocratiques et par notre propre souvenir, répondent seuls aux mensonges , aux calomnies et aux sophismes par lesquels on s'est eiforcé de noircir cette brillante partie de l'histoire française. A quelles hautes destin nées un peuple auquel on avait su inspirer un si généreux dévouement , ne pouvait-il pas atteindre ! Quelles sages institutions la France et l'univers ne devaient-ils pas se promettre des conseils de ceux qui avaient présidé à d'aussi grands prodiges !
Depuis la promulgation de l'acte constitutionnel de 1 793 et du décret qui créa le gouvernement révolutionnaire , l'autorité et la législation devinrent tous les jours plus populaires. Un enthousiasme aussi saint que nouveau s'empara du peuple français ; d'innombrables armées se formèrent comme par enchantement ; la république ne fut plus qu'un vaste atelier de guerre ; la jeunesse, l'âge mùr et même la vieillesse rivalisèrent de patriotisme et de courage ; en peu de tems un ennemi redoutable fut repoussé des frontières qu'il avait envahies ou que la traliison lui avait livrées.
Dans l'intérieur, les factions furent comprimées ; tous les jours voyaient éclore des mesures législatives tendant à relever l'espoir de la classe nombreuse des malheureux , à encourager la vertu et à rétablir l'égalité. Le superflu fut consacré au mallicm^ et à la défense de la patrie. On pourvut , au moyen des réquisitions de denrées et de marchandises , des emprunts forcés , des taxes révolutionnaires et de l'immense générosité des bons citoyens , à la subsistance de quatorze cent mille guerriers , et du peuple dont les riches se proposaient de dompter par la famine l'audace républicaine.
L'établissement des magasins d'abondance , les lois contre les accaparemens , l'émission du principe qui attribue au peuple la propriété des den-
rëes de première ne'cessitc , les lois pour l'extinction de la mendicité , celles pour la distribution des secours nationaux , et la communauté qui régnait alors de fait parmi la généralité des Français, furent quelques uns des préliminaires d'un ordre nouveau, dont le plan est dessiné en caractères ineffaçables dans les fameux rapports du comité de salut public, et principalement dans ceux que Robespierre et Saint-Just prononcèrent à la tribune nationale '.
« Robespierre : Rapport du iS pliwiose an II : « Nous voulons » un ordre de choses où toutes les passions basses et cruelles » soient enchaîndes , toutes les passions bienfaisantes et gëné- » reuses dveillees par les lois; où l'ambition soit le de'sir de r> mériter la gloire et de servir la patrie ; où les distinctions ne » naissent que de l'égalité m^îrae ; où le citoyen soit soumis au ma- » gistrat, le magistrat au peuple, et le peuple à la justice; où la patrie »» assure le bien-être de chaque individu , et où chaque individu n jouisse avec orgueil de la prospérité et de la gloire de la pa- » trie; où toutes les âmes s'agrandissent par la communication » continuelle des sentimens républicains , et par le besoin de w mériter l'estime d'un grand peuj)le ; où les arts soient les n décorations de la liberté qui les ennoblit, le commerce la » source de la richesse publique et non seulement de l'opulence » monstrueuse de quelques maisons.
I) Nous voulons substituer dans notre pays la morale à l'é- •> goïsme ; la probité à l'honneur ; les principes aux usages ; les n devoirs aux bienséances ; l'empire de la raison à la tyrannie de n la mode; le mépris du vice au mépris du malheur; la fierté » à l'insolence; la grandeur d'ame à la vanité ; l'amour de la
* gl()ir<» à l'amour de l'argent ; les bonnes gens à la bonne comw pagnit; ; le mérite à l'intrigue : le génie au bel esprit ; la vérité
• à l'éclat ; le charme du bonheur aux ennui» de la volupté ; la
Mesures 1.5- Poiir bicH apprécier le gouvernement revoluiaveur de lé- tionnairccle la république française , il faut se démœll-s nati" pouiUcr (les préjugés enfantés parles systèmes ponuies. litiques qui ont précédé la révolution , et qui don-
nèrent en tout temps à la terre des malheurs et des crimes. La sagesse avec laquelle il prépara
« grandeur de l'homme à la petitesse des grands ; un peuple raa- « gnanime, puissant , heureux, à un peuple aimable , frivole et mi- » serable ; c'est-à-dire , toutes les vertus et tous les miracles de « la republique à tous les vices et à tous les ridicules de la mo- » narchie.
» Nous voulons , en un mot , remplir les vœux de la nature , i> accomplir les destins de l'humanitë , tenir les promesses de la » philosophie , absoudre la providence du long règne du crime » et de la tyrannie. Que la France jadis illustre parmi les pays T) esclaves , éclipsant la gloire de tous les peuples libres qui ont » existé, devienne le modèle des nations, l'effroi des oppres- » seurs , la consolation des opprime's , l'ornement de l'univers, et ï) qu'en scellant notre ouvrage de notre sang, nous puissions voir « au moins briller l'aurore de la félicite universelle.
» Le même. Discours du 7 prairial an JI : Ce qui constitue ï) la république, ce n'est ni la pompe des dénominations , ni la « victoire , ni la richesse , ni l'enthousiasme passager ; c'est la » sagesse des lois et surtout la bonté des mœurs ; c'est la pureté t) et la stabilité des maximes du gouvernement.
î> Saint-Just. Rapport du 8 ventôse an II : L'opulence est w dans les mains d'un assez grand nombre d'ennemis de la révow lution ; les besoins mettent le peuple qui travaille dans la dé- » pendance de ses ennemis. Concevez-vous qu'un empire puisse » exister, si les rapports civils aboutisent à ceux qui sont con- » traires à la forme du gouvernement ? Ceux qui font des révoluï) tions à demi , ne font que se creuser un tombeau. La révolution » nous conduit à reconnaître ce principe , que celui qui s'est w montré l'ennemi de son pays n'y peut être propriétaire. Il faut >) encore quelques coups de génie pour nous sauver.
( 39 ) un nouvel ordre dans la distribution des biens et des devoirs , ne saurait échapper aux regards des esprits droits. Ils ne se borneront pas li voir lexpression de la reconnaissance nationale dans la distribution des terres promises aux défenseurs
« Serait ce donc pour manager des jouissances à ses tyrans que fl le peuple verse son sang sur les frontières , et que toutes les fa- » milles portent le deuil de leurs enfans ? Vous reconnaîtrez ce n principe , que celui-là seul a des droits dans notre patrie , qui a w coopère à l'affranchir. Abolissez la mendicité qui dc'shonore un ■n t^tat libre : les propriétés des patriotes sont sacrées ; mais les w biens des conspirateurs sont là pour tous les malheureux. Les T> malheureux sont les puissances de la terre; ils ont le droit de n parler en maîtres aux gouvememens qui les négligent.
^ Et à la fin du même discours : Pour vous , détruisez le parti n rebelle ; bronzez la liberté ; vengez les patriotes victimes de w l'intrigue ; mettez le bon sens et la modestie à l'ordre du jour ; n ne souffrez point qu'il y ait un malheureux ni un pauvre dans « l'état : ce n'est qu'à ce prix que vous aurez fait une révolution » et une république véritable.
Le même. Rapport du i3 ventôse : Que l'Europe apprenne « que vous ne voulez plus un malheureux ni un oppresseur sur *• le territoire français ; que cet exemple fructifie sur la terre ; » qu'il y propage l'amour des vertus et le bonheur. Le bonheur n est une idée neuve en Europe.
Le même Saint-Just : Rapport du 25 ventôse an II : Si le n peuple aime la vertu, la frugalité; si l'effronterie disparaît » des visages ; si la pudeur rentre dans la cité , les contre- ré volu- » tkmnaires , les modérés et les fripons dans la poussière ; si , » terrible envers les ennemis de la révolution , on est aimant et » sensible envers un patriote ; si les fonctionnaires s'ensevelissent
• dans leur» cabinets pour s'y assujettir à faire le bien sans courir
• à la renommée, n'ayant pour témoin que leur cœur ; si vous % donnez des terreg à tous les malheureux \ si vous les âtez à » tous les scélérats ; je reconnais quo vous avei fait une révo-
• lution.
de la patrie, et dans le de'cret qui ordonnait la re'partition entre les malheureux , des biens des ennemis de la révolution qui devaient être expulses du territoire français. Ils verront dans la confiscation des biens des contre-révolutionnaires condamnes, non une mesuix fiscale, mais le vaste plan d'un reformateur. Et quand, après avoir considéré le soin avec lequel on propagea les sentimens de fraternité et de bienfaisance , l'habileté avec laquelle on sut changer nos idées de bonheur , et cette prudence qui alluma dans tous les cœurs un vertueux enthousiasme pour la défense de la patrie et de la liberté , ils se rappelleront le respect accordé aux mœurs simples et bonnes, la proscription des conquêtes et des superfluités , les grandes assemblées du peuple , les projets d'éducation commune, les Champs de Mars , les fêtes nationales ; cpand ils songeront à l'établissement de ce culte sublime qui , confondant les lois de la patrie avec les préceptes de la divinité , doublait les forces du législateur, et lui donnait les moyens d'éteindre en peu de tems toutes les superstitions et de réaliser tous les prodiges de l'égalité ; quand ils se souviendront qu'en s'emparant du commerce extériem*, la république avait coupé la racine de l'avidité la plus dévorante, et tari la source la plus féconde des besoins factices ; quand ils considéreront que par les ré-
quisitions , elle disposait de la plus grande partie des productions de l'agriculture et de l'industrie , et que les subsistances et le commerce formaient de j il deux grandes branches de l'administration publique, ils seront forces de s'ëcrier : Encore unjour, . et le bonheur et la liberté de tous étaient assurés par les institutions qitils ne cessèrent de demander !
Mais le destin en avait autrement ordonne' , et la Faction qui cause de l'égalité qui n'avait jamais obtenu d'aussi pièsur il V^~ çrrands succès , dut succomber encore une fois sous '•^'^^^''<*" *^f '^
o ' souveraineté,
les efforts réunis de toutes les passions anti-sociales, "«tertistes.
Ceux qui avaient eu la noble audace de se charger d'une si glorieuse entreprise, eurent a combattre à la fois les égaremens des hommes faibles et les intrigues de la mauvaise foi dont ils furent enfin les victimes.
Des gens crurent, et d'autres feignirent de croire que le gouvernement révolutionnaire , par lequel l'exercice des droits politiques des citoyens é tai t partiellement et momentanément suspendu , menaçait essentiellement la liberté de la nation : ceux-ci blessèrent la patrie plus par les sophismcs qui égarèrent une foule de bons citoyens , que parles trames qu'ils ourdirent contre les principaux directeurs de la réforme.
Par malheur, les esprits imbus des théories d'un ordre social libre et paisible, concevaient généra-
lemcnt avec peine la natiu^e d une autorité extraordinaire et nécessaire , par laquelle une nation peut être mise en pleine possession de la liberté, malgré la corruption qui est la suite de son ancien esclavage, et à travers les pièges et les hostilités des ennemis intérieurs et extérieurs conjurés contre elle.
La faction des Lcs faux amis de légalité qui en avaient pro-
egoïstes conque- ••11 1 ' H
rans réunie à la pagc Ics poucipcs daus la vuc dc se ménager locsassine leramis casiou dassouvir leur rapacité, pâlirent a Tapprode l'égalité. Dan- ^j^^ j^ * ^j, ^^ ^^^^ dcvait fléchir sous le niveau
tonistcs. ■'
et plier sous le joug de la morale. Les uns avaient abusé des grands pouvoirs exercés dans les départemens ou aux armées ; d'autres avaient cru à la transfusion des richesses en faveur des révolutionnaires , dont ils voulaient faire une classe de nouveaux privilégiés; d'autres étaient accusés d'avoir reçu de l'étranger le prix de leurs manœuvres criminelles ^
I Hébert et Danton dcmnèrent leur nom à deux factions qui , quoique également ennemies du gouvernement révolutionnaire qu'elles avaient aide à e'tablir, différaient essentiellement, et par le but auquel elles tendaient, et par le caractère des individus dont elles se composaient.
On ne comptait généralement dans les rangs des hëbertistes que des hommes laborieux, droits, francs, courageux, peu studieux , étrangers aux théories politiques , aimant la liberté par sentiment , enthousiastes de l'égalité et impatiens d'en jouir. Bons citoyens dans une république populaire assise , mauvais pilotes dans les tempêtes qui en précèdent l'établissement , il ne fut pas
Cette faction conspira aussi contre les provocateurs des institutions démocratiques. Elle succomba , et vit périr quelques-uns de ses chefs ; mais ceux qui leur survécurent , se ralliant à la voix de la justice nationale qui les menaçait, flattant les ennemis de la révolution de toutes les
difficile de les indisposer contre la prolongation de l'institution révolutionnaire , en la leur peignant comme une coupable atteinte portée à la souveraineté du peuple. On n*eut pas non plus beaucoup de peine à leur persuader que , pour tarir à jamais la source des superstitions et du pouvoir des prêtres, il fallait proscrire toutes les idées religieuses. Cependant de tels hommes , plu^ disposés à trancher les difficultés par des coups de main qu'à peser mûrement l'utilité et les conséquences d'une crise politique, avaient en vue le même résultat auquel tendaient les amis sages de l'égalité ; mais ils ne se formaient pas , comme ceux-ci , une idée bien nette ni des institutions par lesquelles on pouvait l'obtenir , ni de la route par laquelle il fallait y arriver. Ce n'est donc pas à eux qu'on doit imputer la funeste division , et les malheurs opérés par la faction à laquelle ils appartenaient. Une si grave responsabilité pèse toute entière sur les hommes influens qui , au nom du bien public , leur inspirèrent d'injustes soupçons, et dont on regrette de ne pas pouvoir excuser le criminel aveuglement.
Les dantonistcs n'ont pas droit à la même indulgence, parce que le caractère prédominant de cette faction était un mélange de vanité , d'intrigue , d'audace , de fausseté , de vénalité et de corruption. Ceux qu'elle reconnut pour ses chefs , professaient publiquement les maximes les plus opposées à la pureté de mœurs , sur laquelle le gouvernement français de cette épfKjuc entendait asseoir la république. Serviles imitateurs du débordement qui distinguait avant la révolution la cour et les classes privilégiées, ils' combattirent les grands d'autrefois pour se mettre à leur place , et •'élevèrent contre la religion , non pour affranchir les hommes du joug des préjugés et de la superstition , non pour enlever ù la tyrannie son auxiliaire le plus redoutable , mais pour se débarrasser
couleurs , soutenus par les patriotes e'garës a qui on faisait craindre la perte de la souveraineté populaire, et mettant adroitement en jeu la jalousie qu'excite le mérite , proclamèrent les hommages volontaires rendus à la vertu , comme les ca-
dc l'idée d'un juge incommode , pour se livrer plus tranquillement à la fougue de leurs basses passions , et pour effacer de l'esprit humain les idées consolatrices de justice , de probité et de vertu. Les dantonistes considéraient la révolution comme un jeu de hasard , dans lequel la victoire demeure au plus rusé et au plus fripon ; ils souriaient de pitié aux mots de désintéressement , de vertu , d'égalité, et prétendaient ouvertement qu'aux révolutionnaires devaient > au bout du 'Compte , appartenir tous les avantages de fortune et de puissance dont avaient joui les nobles de l'ancien régime. Aussi , beaucoup de ceux qui grossissaient leurs rangs , n'ont-ils pas craint depuis d'emprunter les couleurs les plus opposées , de flatter toutes les tyrannies et de se livrer aux plus abjectes menées, pour acquérir la fortune et retenir une ombre de pouvoir.
De dangereuses machinations furent ourdies par les meneurs de ces factions , et ce ne fut pas sans de graves raisons que le gouvernement révolutionnaire les accusa d'agir de concert avec les cabinets étrangers , ligués contre la république française.
Quoiqu'il en soit des rapports secrets des chefs, il n'est pas moins vrai que les deux factions travaillèrent à tout bouleverser, et qu'elles applaudirent et concoururent aux tragiques événemens du 9 thermidor. Cependant ce fut dans des vues absolument différentes : les dantonistes voulurent se débarrasser de l'égalité qu'ils haïssaient et de l'austérité républicaine qui les gênait , tandis que les hébertistes crurent follement que l'égalité et la république allaient être par là délivrées et affermies. L'erreur de ceux-ci ne fut pas longue; détrompés insensiblement, ils se réunirent bientôt aux hommes dont ils avaient naguère condamné la conduite , et partagèrent la proscription dans laquelle tous les cœurs honnêtes furent enveloppés par cette faction de boue qui , par sa révoltante immoralité , tendait sans cesse à se confondre avec les partisans du despotisme.
ractères d'une insupportable tyrannie , et parvinrent, à l'aide des calomnies les plus absm^des^ à faire assassiner , le 9 thermidor de l'an II , les de'pute's à qui le peuple français devait la plupart des progrès qu'il avait faits dans la conquête de ses droits^.
ï Certains membres de la convention nationale , connus par les malversations dont ils s'e'taient souilles dans leurs missions, paraissent avoir été les principaux instigateurs de cette déplorable journée. Effrayés par le supplice des conspirateurs et par les maximes austères du gouvernement , ils alarmèrent aisément leurs pareils , et ranimèrent par leurs clameurs la confiance et l'audace des ennemis de l'égalité.
Mille motifs différens d'intérêt , de jalousie , de vanité , d'aristocratie et de vengeance grossirent l'orage qui fondit ce jour-là sur la république ; on les reconnaît à l'absurdité des accusations , aux contradictions des accusateurs , et à l'acharnement avec lequel on proscrivit tous ceux qui se mirent en devoir de défendre le républicain Robespierre.
Les vues secrètes de ses prescripteurs étaient déguisées sous l'imputation vague de tyrannie. Mais un tyran sans trésors , sans soldats , sans autres amis que les ennemis des tyrans ; un tyran qui , loin de flatter bassement la multitude en secondant ses caprices , eut souvent le courage de la détourner , au risque de lui déplaire , des plans séducteurs que d'autres lui présentaient, n'est-il pas un être de raison? c'est, disait-on , le tyran de l'opinion.... Oh ! pour le coup , le procès est jugé.... La tyrannie de Robespierre ne fut donc autre chose que le pouvoir de ses sages conseils et l'influence de sa vertu,... Il fut le tyran des médians. j
Et comment prouvâtes-vous sa tyrannie , vous qui, après sa mort , ne sûtes que vous cntre-déchircr et nous perdre. Tandis que les uns l'accusaient d'avoir immolé Danton , d'autres lui reprochaient d'avoir voulu le sauver ; ceux cpii , la veille encore, l'appelaient le Caton de la France, ou le comparaient à Orphée civilisant les peuples sauvage» , dressent son acte d'accusation ; ici on lui ira-
( 46 ) Lavrriuostap- Dcpuls , tout a ctc pcrclu. Pour justifier leur
polcc vice et ty- . . . , , , ,
rannic. criiiie , ceux qui avaient coopère aux evenemens
de cette journée , durent changer en chefs d'accusation , les principes , la conduite et les vertus de leurs victimes. Les prédicateurs interesses de démocratie et les anciens partisans de laristocratie se trouvèrent d'accord. Quelques voix qui rappelèrent les doctrines et les institutions de l'e'-
pute les fautes de quelques députes en mission , là on se plaint des poursuites qu'il veut diriger contre eux. Vous le disiez riche à plusieurs millions , et la France l'appelle encore l'incorruptible; et il est bien connu que la vente de tout ce qu'on lui trouva , ne produisit pas au delà de 460 livres en nurac'raire. Vous le disiez dépourvu de connaissances et de jugement, tout en prétendant qu'il vous avait soumis pendant quinze mois à sa domination. Tandis que vous l'appeliez cruel, d'autres lui reprochaient d'avoir prolonge les jours des soixante-treize Girondins détenus. Vous parlez encore de sa farouche ambition , mais vous ne dites pas à l'univers abusé par vos récits mensongers, que sans ses trop héroïques conseils , les magistrats de Paris , à la tête de la majorité des sections et des canonniers , vous eussent inflige la correction que vous méritiez. Semblables à des écoliers ameutés contre leur maître, vous l'injuriiez sur son lit de mort , et vous souffriez qu'on envenimât à coups de canif ses blessures saignantes.
Pvien n'égale le délire de ces comités qui , sur les traces des plus furieux aristocrates de l'ancienne Rome , armèrent le peuple contre ses défenseurs , en les lui peignant sous les traits d'ambitieux, conspirant pour rétablir le trône , ou aspirant à y monter ; de ces comités qui , le 10 thermidor , n'eurent pas honte de déclarer à la convention qu'elle devait son triomphe aux mensonges , par lesquels ils avaient trompé les bons et simples habitans du faubourg Antoine. «Peut-être vous ne le croiriez pas , « disait le rapporteur des comités de salut public et de sûreté générale , « sur le bureau de la maison » commune où se tenait la séance contre-révolutionnaire , était un
( 47 ) galite , furent rcgai^dces comme les cris impm^s de l'anarcliic , du brigandage et du terrorisme. Ceux qui avaient été salutairement comprimes , s'emparèrent de Tautorité ; et , pour se venger de rimmiliation à laquelle ils avaient été réduits, ils enveloppèrent dans une longue et sanglante proscription , avec les amis sincères de l'égalité , ceux qui lavaient préchée par intérêt , et ceux-là
« sceau neuf, n'ayant pour empreinte qu'une fleur de lys ; et de'jà t» dans la nuit , deux individus s'e'taient presente's au Temple pour en
» demander les habitans Je dois dire ici un trait qui marque
» bien l'état de l'esprit public : des émissaires secrets avaient voulu » le corrompre dans le faubourg Antoine ; mais aussitôt que les rei> présentans du peuple ont parlé des signes de royalisme trouvés à ï) la commune , les sections républicaines n'ont fait entendre que « des cris d'indignation. »>
Robespierre veut confondre ses accusateurs, on le bâillonne ; Saint- Just est jeté dans les fers , aux premiers mots d'un discours qu'on l'empêche de prononcer ; on arrête Couthon parce qu'il veut s'opposer à l'injustice; Lebas est proscrit pour cela seul qu'il déclare ne pas vouloir partager l'infamie d'un décret inique ; le frère de Robespierre veut le défendre , et est aussi frappé d'un décret d'arrestation : tous subirent le lendemain le martyre ; et David qui avait dit à Robespierre : Je boirai la ciguë avec toi, soufiîrit un long emprisonnement , et ne dut la vie qu'à la vaine célébrité de peintre dont il jouissait.
Pour les immoler plus promptement, vous vouî fites des titres des alarmes de la commune et de leur présence à ses dernières délibérations. Mais , outre que l'on vous soupçonne de leur avoir tendu un piège en ouvrant vous-mêmes leurs prisons, leurs vues et les vôtres ; ce qu'ils avaient fait , ce que vous fîtes ; les biens que nous promettaient les temps qui précédèrent leur mort , et la foule des maux qui l'ont suivie, prouvent à l'évidence que jamais insurrection ne fut plus sainte, ni résistance plus impérieusement commandée.
( 48 ) même qui , par trahison , par jalousie ou par ayeuglement, avaient tant coopéré à la contrerévolution du 9 thermidor.
Le "ouvcrnc- ^^^ ^P^ ^^ gouvememcnt révolutionnaire fut nunircvoiution- paggg' entrc Ics maiiis dcs égoïstcs , il devint un
naire devient un '^ ^
iiéau public, 'véritable fléau public. Son action prompte et terrible , que la vertu de ses directeurs et leurs intentions toutes populaires pouvaient seules rendre légitime , ne fut plus qu une affreuse tyrannie par son objet et par sa forme : elle démoralisa tout; elle rappela le luxe , les mœurs efféminées et le brigandage ; elle dissipa le domaine public , dénatura les principes de la révolution , et livra aux poignards de ses ennemie tous ceux qui lavaient défendue avec sincérité et désintéressement.
C'était au maintien de l'inégalité et a l'établissement de l'aristocratie que tendaient évidemment, a cette époque, les efforts du parti dominant. Après avoir enlevé au peuple l'espoir d'une législation équitable , et l'avoir plongé dans l'incertitude et dans le découragement, ils songeaient à lui arracher jusqu'aux faibles restes de sa souveraineté.
Les amis de Autaut Ics amis de légalité avaient désiré,
l'égalité deman- avautlc Q thcrmidor, que le sfouvernement révoludent la constitu- «^ ' j. o
tion de 1793 et tiomiairc fut maintenu dans toute sa pureté i ,
I Pour détourner le peuple de toute idée de reforme , le dégoûter de Vexercice de ses droits et lui rendre odieux ses vrais amis , les
(fe)
autant en souhaitèrent-ils /depuis, la chute , afinqu il fut remplace par la constitution de 1 793 , contre laquelle étaient dirigées les manœuvres de
aristocrates anciens et nouveaux se sont attaclie's , par dessus tout , à le toucher par le tableau exagéré des emprisonnemens et des condamnations qui eurent lieu sous le gouvernement révolutionnaire antérieur au 9 thermidor; ils les ont pre'sente's comme ayant menacé indistinctement toutes les classes de la société; et, appliquant ensuite à un état fixe ce qui ne fut que la triste nécessité de l'état de passage , ils se sont efforcés de faire accroire que l'ordre d'égalité n'est autre chose qu'une suite interminable de violences , de massacres , de supplices , de haines et de vengeances.
Cependant un médiocre discernement suffît pour démêler dans ces déclamations la rage de parti qui les a dictées ; et, pour peu que l'on juge sans passion , on est forcé de convenir que l'amour de la patrie et le sentiment des devoirs les plus impérieux déterminèrent , après une trop longue et très funeste patience , les amis de l'égalité à user de sévérité envers ses incorrigibles ennemis.
La justice et la nécessité de l'institution révolutionnaire étant reconnues, il ne s'agit plus d'examiner jusqu'à quel point l'autorité qui la dirigeait , porta la rigueur dont elle fut forcée de faire usage; il importe seulement de savoir si elle répondit au but pour lequel elle avait été instituée. Elle devait établir le règne de l'égalité et des lois, et elle y travailla sans interruption jusqu'au 9 thermidor de l'an II , soit en réformant les mœurs et l'esprit des lois , soit en aplanissant les obstacles qu'on ne cessait d'élever à l'exécutlcm d'une si sublime entreprise.
Ces obstacles étaient dans l'opposition armée , dans la séduction et dans les conspirations toujours renaissantes, ourdies par un parti qui aimait mieux périr dans l'incendie qu*il allumait, que plier sa tète orgueilleuse sous le niveau de l'égalité et renoncer à SCS vicieuses habitudes. Avec de semblables ennemis, il ne s*agit pas de punir , mais d'anéantir.
Que l'on se souvienne de la rapidité avec laquelle se succédaient, depuis le commencement delà révolution, les complots aristocratiques contre la puissance du peuple : dès le moment ou la républi-
Faristocratie : désespérant du triomphe de le'galitë , ils désiraient mettre au moins le peuple en possession de ses droits politiques.
que fut proclamée et surtout depuis rinsurrection du 3i mai, il se manifesta parmi les opposans une fermentation si vive , si générale et si caractérisée , qu'on put , sans crainte de se tromper , reconnaître les ennemis de la réforme à leur conduite , à leurs habitudes et à leurs opinions.
Il y eut un temps où le danger public fut si imminent que le peuple eût pu sans injustice fondre sur la classe qu'il redoutait. Le gouvernement fit au nom du peuple ce que le peuple avait droit de faire , mais il le fit beaucoup plus utilement. Les choses en étaient au point qu'il fallait choisir entre l'anéantissement de quelques opposans et la perte infaillible des droits populaires. C'est le but qu'il faut envisager ; est-il juste? la sévérité nécessaire pour l'atteindre est un devoir douloureux, il est vrai , mais d'autant plus indispensable , qu'il n'y a pas d*araendement à espérer de l'orgueil irrité.
Prétendre ramener à la justice et à l'égalité , sans l'emploi de la rigueur, une nation dans laquelle il y a beaucoup d'hommes qui se sont fait des habitudes et des prétentions inconciliables avec le bien-être et les droits de tous, est un projet aussi chimérique que séduisant. Entreprendre une pareille réforme et s'arrêter à l'aspect de la fermeté qu'elle exige , c'est avouer son imprévoyance ; c'est sacrifier le salut de tous aux vices d*une petite partie ; c'est manquer de vertu.
L'antiquité fit-elle un crime à Lycurgue de la mort de quelques aristocrates lacédéraoniens ? reprocha-t-elle à Brutus la condamnation de ses enfans? A-ton blâmé la rigueur plus que révolutionnaire , par laquelle Moïse lui-même écrasa sans pitié tout ce qui s'opposait au succès de son institution? Ceux qui oppriment la terre sont-ils avares du sang du peuple souffrant , quand il s'indigne des maux qu'ils lui font endurer ?
Les révolutions sont les suites nécessaires des longues injustices ; elles punissent en un instant les forfaits de plusieurs siècles. Pourquoi ceux qui les redoutent , travaillent-ils sans cesse à en amener
Tel fut le motif du mouvement du 12 germinal de Fan ÏII , et de l'insurrection parisienne du i^"" prairial. Le mauvais succès de ces journées
de nouvelles ? Pourquoi ceux qui se plaisent à exagérer ce qu'ils appellent les excès de la révolution française, ne les prévinrent-ils pas par l'abandon volontaire de leurs iniques prétentions qui en furent les seules causes ?
On a beaucoup déclame au sujet des nombreuses arrestations ordonne'es sur des soupçons, et de la brièveté des procédures dirigées contre les accusés de conspiration.
A cet égard , il est à remarquer que , dans un teras où , les conspirations naissant de l'irritation vive des passions communes à un grand nombre d'hommes puissans et adroits , il est aisé aux conspirateurs de mûrir leurs projets sans en laisser percer aucun indice, il arrive que le danger public devient tout-à-coup évident, et que l'état est livré à un incendie général , avant qu'il soit possible d'acquérir contre qui que ce soit des preuves matérielle». Dans une semblable position où tout annonce l'existence d'un danger imminent, n'est-il pas prudent, n'est-il pas juste d'épargner au peuple les chances d'une guerre intérieure , en sévissant contre ceux que leurs passions , leurs habitudes et leurs intérêts placent évidemment hors du parti populaire? Alors le salut de tous dépend de la terreur inspirée aux médians, par la rapidité avec laquelle la foudre frappe quelques tètes orgueilleuses. Il ne tint, peut-être , qu'à un acte de sévérité de plus , que la cause du genre humain ne remportât en France un triomphe complet et dtcmel.
Mais ù quoi bon s'épuiser en raisonncmcns pour justifier la pensée et l'action du gouvernement révolutionnaire qui précéda le 9 thermidor de l'an II ? Les histigatcurs de cette funeste journée se sont pleinement acquittés de cette tâche par la foule de maux qu'ils attirèrent sur le peuple français : en vain invoquèrent-ils les lois de l'humanité q«i' ils profanèrent , en arrêtant violemment une action salutaire (jui touchait à sa fin, pour en coniraenccr une autre mille fois plus sanglante et plus terrible, au profit de l'immoralité, de rariitocratie et de la royauté.
redoubla la fureur des ennemis de la liberté , et augmenta de beaucoup le noml)re des bons citoyens , entasses dans les prisons ou e'gorgës sur toute la surface de la republique ' .
Les prisons <]c L cmprisonncmcnt gênerai des amis de la li-
Paris sont les ^ ^ ,
fuycrsdcscon&pi-berté ct Icurs fréquentes translations dune priglhtr ^ "^ ^'^ son à l'autre , leur procurèrent lavantage de se mieux connaître et de se lier plus étroitement. Les prisons de Paris , et particulièrement celles du Plessis et des Quatre -Nations , furent alors les foyers d'une grande fermentation révolutionnaire.
La se rencontrèrent les principaux acteurs de la conspiration dont je me suis proposé de décrire les événemens : Bedon 2 , Laujen de Do-
» Le mouvement du 13 germinal fut provoqué par les poursuites dirige'es contre Barrère,Biliaud-Varennes, Collot-d'Hcrbois et Vadier, membres des anciens comitcs de salut public et de sûreté générale , en haine de la fermeté avec laquelle ils avaient comprimé les ennemis de la révolution. La convention nationale fut par eux convaincue d'avoir ordonné et approuvé tous les actes qu'on leur reprochait ; mais la fureur des aristocrates qui formaient alors la majorité de cette assemblée était si aveugle , que sans avoir égard à leur justification , sans leur tenir aucun compte de la part qu'ils avaient malheureusement eue aux événemens de thermidor, et n'osant pas les faire juger sous les yeux du peuple de Paris , elle les condamna arbitrairement à la déportation.
En prairial , les citoyens dévoués au système politique de Robespierre, et ceux qu'on avait méchamment alarmés sur le maintien de la souveraineté du peuple, se trouvèrent ralliés à la constitution de 1793, dont ils demandaient unanimement l'exécution immédiate.
» Les noms écrits en italique sont , dans tout le cours de cet ou-
rimel, Bertrand , ex-maire de Lyon , Fcntenelle , Fillion, Hannac, Simon Duplay, Sombod, Claude Fiquet, Massart, Bouin, Moroj , Chintrard, Glartou,La Tilme , Félor , Golscain, Rivagre , Julien Des Armes , Laire de la Naitle , Babeuf, Germain , Buonarroti , les membres delà commission populaire d'Orange, ceux des tribunaux révolutionnaires d'Arras , Cambrai , Angers , Rennes et Brest , ceux des comités révolutionnaires de Paris , Nantes , Nevers et Moulins , et beaucoup d autres démocrates de tous les departemens , étaient de'tenus à la prison du Plessis, au mois de floréal, de l'an III.
De ces maisons de douleur jaillirent les étincelles électriques qui firent pâlir tant de fois la nouvelle tyrannie : je sais , a n'en pas douter , (|ue Tinsurrection du i^^ prairial an III fut en grande partie l'ouvrage de plusieurs citoyens détenus au Plessis , parmi lesquels on nommait plus particulièrement Leblanc , depuis commissaire du directoire à Saint-Domingue, et Claude Fiquet i.
vrage , le» anagrammes de ceux de» personne» ^'on croit encore en vie.
» La constitution de 1798 et du pain étaient , ce jour-là , les cri» de ralliement du peuple de Paris, justement inquiet pour ses droit» et pour »a subsistance. Quant aux premiers , les dangers qu'ils couraient n'estaient que trop réels , car c'était à l'uncantisscment de la
Ce fait incontestable , rapproche de l'acte imprimé qui fut le signal de l'insurrection, des demandes des insurgés et du caractère politique des députés qui les appuyèrent ^ , suffit pour effacer la tache de royalisme cpie des écrivains même patriotes se sont efforcés d'imprimer aux
constitution de 1798 , arrive peu de temps après , que tendaient visiblement les efforts du parti prépondérant de la convention.
A l'e'gard des subsistances , jamais les Parisiens n'avaient eprouvd une plus cruelle disette. Cependant la re'colte avait e'te' abondante , et les campagnes offraient la plus flatteuse apparence. D*où vint donc l'affreuse famine qui moissonna tant de citoyens ? de la marche rétrograde de la convention , de la ruse des aristocrates et de l'avarice des riches.
Il y avait long-temps que , pour déjouer les manœuvres criminelles secondées par l'avarice , il avait fallu taxer les denrées, forcer ceux qui en étaient détenteurs à garnir les marchés, et maintenir par la sévérité le cours du papier-monnaie à sa valeur nominale. Après le 9 thermidor , les réquisitions et les taxes ayant été tout-àcoup interdites et le papier-monnaie ayant été livré aux spéculations libres du commerce , le prix des choses nécessaires s'éleva si haut qu'à la fin on ne put s'approvisionner qu'avec du numéraire ; la foule des salariés qui en était dépourvue manqua de tout au sein de l'abondance.
Au plus fort des souffrances publiques , les gouvernans ne cessaient d'affirmer que les approvisionnemens étaient assurés -, ils semblaient promettre au peuple un avenir plus heureux, comme le prix de la funeste docilité qu'ils lui demandaient. C'est par les circonstances où on les établit, qu'on peut juger du mérite des institutions et des intentions des instituteurs.
« Goujon, Romme, Soubrany , Duroy , Duquesnoy, Bourbotte, Prieur de la Marne, Peyssard, Forestier, Albitte, etc., etc. Les six premiers furent horriblement immolés à la fureur des soi-disant honnêtes gens , qui prétendaient asseoir leur puissance sur les ruines de la liberté publique en faisant couler des fleuves de sang populaire.
principaux instigateurs de cette malheureuse journée , dans la vue d'épargner le sang des amis de l'égalité qui furent voués a la plus sanglante proscription ^ . Elle fut si générale et si furieuse cette proscription , que parmi les citoyens qui furent précipités par milliers dans les prisons de Paris , il y en avait beaucoup d'indifFérens et même d'opposés au triomphe du parti auquel on les accusait d'appartenir.
Un spectacle aussi touchant que nouveau em- Mœurs et ocbellit alors l'intérieur de ces prisons. Ceux que tdotcrdLnX l'aristocratie y avait plongés, vivaient frugalement dans la plus intime fraternité ; s'honoraient de leurs fers et de lem' pauvreté , suite de leur dévouement patriotique ; se livraient au travail et a l'étude , et ne s'entretenaient que des maux de la patrie et des moyens de les faire cesser. Les chants civiques dont ils faisaient tous à la fois retentir les airs , rassemblaient tous les soirs autour de ces tristes séjours , une foule de citoyens qu'y attirait la curiosité , ou l'analogie de lem's scntimens avec ceux des prisonniers.
Des hommes de cette trempe , brùlans de patriotisme , enflammés par la persécution et affermis
* Mes contemporains ne se mc'prcnnent sans doute pas sur la nature de ces insurrections. Mais la postéritt' qui lira les ëcrits , sans avoir vu les faits, doit ùlrn prévenue que les e'crivains périodiques et patriotes ont eu recours à cette rose toutes les fois que les tentatives des républicains ont échoué.
dans leurs sentimens communs par une longue et fréquente communication, durent se trouver naturellement disposes a tout entreprendre pour relever la révolution et atteindre enfin le but constant de leurs vœux. Aussi , les prisons de cette époque furent-elles les berceaux des conspirations démocratiques qui éclatèrent dans le cours de la troisième et de la quatrième année de la république.
Constitutioa L'immolation de la loi populaire fut enfin con-
de l'an III, ou / i ' ' \ t W * m.
de 1795. sommée par la commission a laquelle on avait hypocritement confié le soin de la mettre à exécution. Le projet d une constitution nouvelle , que cette commission proposa à la convention nationale , le 5 messidor de Tan III , fut pour les patriotes détenus un grand sujet de méditation : ils en examinèrent toutes les dispositions avec plus de maturité que dans aucune assemblée primaire. Voici l'opinion qu'ils s'en formèrent. Opinion des Si la coustitutiou proposée , disaient-ils , poulité' sur cette ^^^^ laisscr dcs doutes sur l'esprit de ses auteurs , constitution, -j^ scraicnt pleinement dissipés par le rapport jqui la précède. Cet esprit est tout dans ces mots : Ico^isevi^ei^ r opulence et la misère. On regarda fdonc cet ouvrage comme le résultat final des ^* attentats de la faction égoïste.
Si on en excepte l'article qui exigeait une propriété territoriale pour condition d'éligibilité à
la représentation nationale, et celui qui rendait inéligible à une fonction supérieure, quiconque n en aurait précédemment rempli une inférieure , le projet de la commission fut adopte , et tint lieu à la nation française de loi fondamentale jusqu'au i8 brumaire de Fan VIII.
Le plus léger examen suffit pour se convaincre que le principe de la conservation de Topulence et de la misère , fut la base de toutes les parties de cet édifice.
D'abord , pour imposer silence à toutes les prétentions, et pour fermer à jamais toutes les voies aux innovations favorables au peuple, on lui ravit ou Ion tronque ses droits politiques : les lois se font sans sa participation et sans cju'il puisse exercer sur elles aucune espèce de censure : la constitution lenchaine à jamais lui et sa postérité ; car il lui est interdit de la changer : elle déclare bien le peuple souverain; mais toute délibération du peuple y est déclarée séditieuse : après avoir parlé confusément de l'égalité des droits , on y ravit les droits de cité à une foule de citoyens, et on réserve exclusivement aux gens aisés , celui de nommer aux principales fonctions de l'état : enfin, pour maintenir à jamais cette malheureuse inégalité , source d'immoralité , d'injustice et d'oppression, les auteurs de cette constitution écartèrent, avec le plus
grand soin , toute institution tendant à éclairer suffisamment la nation entière, a former une jeunesse républicaine , a diminuer les ravages de Tavarice et de Tambition , a rectifier l'opinion, a améliorer les mœurs et à soustraire la masse du peuple à la farouche domination des riches oisifs et ambitieux ^
Ces scandaleuses violations des droits communs et ce mépris des principaux devoirs d un législateur populaire furent dénonces au peuple français par Antonelle , dans un écrit qui a pour titre : Considérations sur les droits de cité ^ et par Félix Lepellctier dans son Vote motivé sur la constitution de lan III.
On fut indigne, mais non surpris de l'audace avec laquelle les conducteurs du jour osèrent enfreindre la volonté' du souverain solennellement e'mise , ainsi que leurs propres et récentes promesses ^. La constitution de 1798 fut impu-
I Grâces à l'inflexible orgueil de Nosseigneurs , on en vint bientôt à regretter , malgré ses grands de'fauts , cette constitution avec laquelle il eût peut-être étë possible de réconcilier , moyennant quelques modifications , les amis de l'égalité. Mais les aristocrates aimèrent mieux se gorger d'or , se cliamarer de cordons, et ramper sous le sceptre de fer d'un soldat insolent et parjure , que de vivre libres et égaux avec le peuple ; ils firent de cette constitution le gouvernement révolutionnaire de la royauté.
a Au mois de germinal de l'an III , une loi terrible , dite de haute police , condamna comme séditieuses les réclamations qui s'élevaient de toutes parts contre la marche contre-révolutionnaire du
demment calomniée et la doctrine de regalité fut, à Faide des plus monstrueux sophismes , conspuée par ceux-lk mêmes qui en avaient naguère préconisé la justice ^
gouvernement ; mais , pour apaiser plus facilement l'effervescence publique , cette m^'-me loi menaçait hypocritement de la déportation quiconque parlerait ou écrirait contre la constitution de 1793, dont la convention promit la prompte exécution le 2 prairial de la même année.
» L'unique soin de la commission , créée pour préparer les lois organiques de la constitution de 1 798 , fut de faire proscrire cette constitution , pour lui en substituer une plus conforme aux vues de la faction alors dominante.
Après avoir long-temps déclame contre le plus sacré des dfoits du peuple , celui d'approuver les lois sous lesquelles il doit vivre , le rapporteur de cette commission fit l'énumération des lacunes qu'elle prétendit y avoir découvertes : il dit que l'acte constitutionnel de 1793 qui , ajouta-t il , devait être anéanti par cela seul que Robespierre et Saint- Just avaient travaillé à le rédiger , laissait indéterminés la hiérarchie administrative , la nomination des généraux et des ambassadeurs , ainsi que le droit de déclarer la guerre et celui de négocier la paix. Cependant tout y est fixé sur ces objets aux articles 54, 55, 69 , 83 , 107 , 118 et 119.
D'un autre côté, la commission invoquait, à l'appui de son opinion, la violence , la corruption et la terreur , qui avaient , selon elle , présidé à l'acceptation de la constitution qu'elle voulait proscrire. Mais à qui fera-t-on accroire que quatre millions d'acceptaus purent être achetés ou contraints? ne sait-on pas que, lors de cette acceptation , la sévérité dont on reconnut depuis la nécessité, n'avait pas été déployée contre les ennemis de l'égalité qui furent libres d'intervenir aux assemblées primaires et même d'y demander le rétablissement de la royauté ? Malgré les manœuvres employées pour effacer la vérité, il en reste assez de traces pour que la sévère critique puisse un jour reconnaître que ce concours presque unanime des Français, prouve leur adhésion à l'insurrection du 3i mai ,
talions.
Leurs iiotos- Dc Hombreuses protestations contre le projet adopte' par la convention furent envoye'es aux assemblées primaires par les républicains détenus : cependant leur exemple ne fut pas unanimement imité de tous ceux qui s'honoraient alors de la c[ualification de démocrates.
A la suite des événemens de prairial , se trouvèrent confondus dans les prisons^ avec les républicains inflexibles , d'autres hommes indifférens ou timides , qui payèrent leur liberté d'une lâche soumission aux volontés de l'aristocratie : ils acceptèrent la nouvelle constitution. D'autres, désespérant du triomphe de la démocratie , considérant le gouvernement révolutionnaire d'alors comme le plus funeste des maux , se flattant que de la latitude de Tordre constitutionnel pourrait résulter quelque changement favorable au peuple , voyant dans la constitution proposée la seule planche de salut contre le retour pour eux imminent de la royauté , et redoutant surtout pour eux-mêmes les dangers et les persécutions , acceptèrent aussi la loi aristocratique , mais ne purent
et l'opposition de ceux contre qui elle fut dirige'e , au vœu national. Ce vœu se manifesta encore pendant long-tems dans l'intérieur et aux armées jusqu'à ce que le peuple , trahi par ses mandataires , frustre' dans ses espe'rances , et prive par les assassinats et par les emprisonnemens de ses plus dévoués défenseurs, tomba dans la confusion et dans l'apathie, et ne prit plus aucun intérêt aux affaires publiques.
pas ébranler ceux qui crurent que rien ne devait les porter a transiger avec les ennemis de Tégalitë, au mépris de la justice et au détriment des droits communs.
La convention annonça que la nouvelle cons- L'acceptation titution avait été acceptée parle peuple. Une tj^n 1 iC îii, confusion extrême récna dans le recensement p" ^^ î"'"^!* "*
*-' une laiissete.
des votes , et il résulta de cette opération et des faits publics , que les votans avaient été en très petit nombre , qu'une foule de citoyens avaient été expulsés des assemblées , et que les plus fougueux acceptans avaient été ceux qui , s'étant fait remarquer parleur égoisme , avaient été souvent accusés de conspirer pour le retour de la royauté.
N oublions pas la distinction très réelle des égoïstes, en conservateurs et en conquérans; rappelons - nous c|ue ceux-ci avaient suivi presque constamment jusqu'au 9 thermidor de Fan II , les brisées des amis sincères de l'égalité , et s'étaient attiré , par la , la haine des contre-révolutionnaires. Les membres de la convention qui se qualifiaient alors de patriotes , appartenaient presque tous a cette dernière classe.
La haine de la révolution fut portée si loin , que Proscription
HesconTention-
la proscription , qui ne pesa d abord que sur ses nri$. amis désintéressés , dut enfin s'apesantir sur ceuxlà mêmes qui en avaient été les provocateurs, et qui ne purent faire oublier par leurs crimes I 5.
recens leur ancienne apparence de vertu. Les honnêtes gens, les hommes bien nés, les bons bourgeois dédaignaient de s'asseoir à côté d'anciens terroristes chargés des dépouilles de laristocratic. On voua indistinctement a la rage des ennemis de la révolution , tous les conventionnels qu'on accusait d'avoir exercé ou laissé exercer la terreur , et si l'on fit quelques exceptions , ce ne fut qu'en faveur de ceux qui s'étaient signalés par leur persévérance à défendre lesprwiïéges des gens comme il faut , contre les prétentions séditieuses des malheureua^ quils qualifiaient de canaille. Tispérances des II parait quc Texécution de la nouvelle consti-
enneinis àe la ré- , , • , i / • i . • p p • ' .
voiution. tution et un corps legislatii nouveau taisaient espérer aux ennemis de la révolution quelque participation à la puissance, et a quelques-uns d'entre eux le retour de la royauté , dont ils se sont flattés toutes les fois que l'autorité suprême s est écartée de la route de l'égalité, pour s'égarer dans le chemin tortueux de l'égoisme, cause et effet de toutes les tyrannies.
Le peuple est Afiu dc pcrpétucr l'csprit de la nouvelle consrenouveiiemenl titution , SCS autcurs imaginèrent de ne faire de» députes par rcnouvclcr annuellement le corps législatif que par tiers , et d'introduire dans la première composition de ce corps , deux tiers des membres de la convention » , au choix des corps électoraux.
« Tous les députés encore attachés aux droits politiques consa-
tiers.
Cette mesure dictée par Tinquiète prévoyance de quelques législateurs criminels , cette mesure imaginée pour enchaîner à jamais le peuple , flattait singulièrement les passions des conventionnels.
Ceux qui se plaisaient dans l'exercice du pouvoir, ceux qui craignaient d'être poursuivis pour les prévarications dont ils s'étaient souillés , ceux qui redoutaient l'égalité, et ceux qu'effrayait l'idée seule des principes démocratiques, s'empressèrent de l'adopter '.
Dans la convention, les faux amis de l'égalité , aussi odieux aux vrais répuljlicains qu'aux royalistes , se montrèrent les plus passionnés partisans de ce mode de renouvellement.
Par une ruse dont ils firent souvent usage , ils accusaient de conspirer pom^ le rétablissement de la monarchie , ceux qui lem' opposaient de la récréa par la constitution de 1793, avaient été expulses de la convention par les supplices et par les arrestations.
» Cette mesure suggc're'c par l'esprit aristocratique qui avait prffsidc' à la rcfdaction de la constitution de l'an III , et au moyen de laquelle on voulait écarter du nouveau corps législatif les anciens royalistes autant que les amis sincères de l'égalité, n'eut pas tout le succès que ses auteurs s'en étaient promis. Trompés dam kurs espérances , et redoutant lour-à-tour la royauté et le peuple , ils décimèrent plusieurs fois et ix)ur des motifs opposés , la représentation nationale , à laquelle , poussés par leur aversion pour" l'égalité , ils portèrent , par le plus exécrable des attentats , le dernier coup , le 18 bnimairc de Tan VII T.
sis tance , et qui , dans cette circonstance , étaient les mêmes hommes par lesquels les institutions populaires avaient toujom^s été repoussées.
La crainte de donner gain de cause aux royalistes , Tintérét des gens avides et la nécessité où se trouvèrent les amis sincères de légalité de choisir entre deux partis également criminels , exercèrent une grande influence sur l'opinion. Il en résulta un nombre de suffrages c[ui , quoique extrêmement faible comparativement à la population et très confusément calculé , fournit aux coupables conTcntionnels le prétexte de donner force de loi a leurs décrets sur le renouvellement , que la clameur publique les avait forcés de soumettre à la sanction du peuple.
Les amis de Dq j^ promulffatiou de ce décret naquirent Ta-
l'égalité défen- 1 o J.
demies confen- gitatiou, Ic troublc , ct enfin la révolte armée des ^.onne.s coupa gg^|^-^j^g ^^ Paris , au i3 vendémiaire de Tan IV^
jour oîi la plupart des conventionnels eussent péri, sans le généreux dévouement de ceux qu'ils avaient naguère livrés a la fureur des ennemis de la liberté. L'amour de la patrie menacée d'un asservissement total, et Tespoir de voir jaillir du choc qui se préparait tm état de choses favorable à la cause cpi'ils chérissaient , déterminèrent une poignée de républicains a défendre lem^s ennemis récens , en combattant l'armée nombreuse des sectionnaires.
Si les conventionnels , disait-on , qui ont de'moralise' la révolution en appelant autour d eux une foule d'hommes corrompus, se déclarent leurs ennemis , ils seront forces de se livrer aux démocrates et de céder à leurs vœux.
Cette manière de penser mit les armes à la main aux plus fermes et aux plus éclairés, auxquels se joignirent ceux qui étaient mus par le désir de se venger et par Tespoir de ressaisir Tautorité. De cette réunion , grossie par d'autres hommes semblables aux conventionnels menacés, se forma le corps armé qui fut désigné sous le nom de bataillon des patriotes de i'^Sq ^
Cette dénomination est très remarquable; elle démontre combien l'opinion s'était détériorée depuis le 9 thermidor de l'an II, et prouve 1 extrême corruption des conventionnels qui , osant
» On a beaucoup vante la presque unanimité avec laquelle parut 8*opércr la révolution de 1789. Il me semble que ceux qui en ont fail honneur à la vertu publique , n'ont pas bien connu l'esprit de ceUe révolution. Figurez-vous plusieurs échelons d'ambitieux pesant sur la masse du peuple et aspirant à s'élever aux degrés supérieurs. La noblesse , placée au sommet de l'échelle , les opprimait tous : tous durent donc npplaudir à sa destruction vers laquelle furent dirigés les premiers mouvcmens révolutionnaires. Ce ne fut donc pas la vertu , mais innquiOte jalousie des échelons intermédiaires entre la noblesse et le peuple, qui produisit cette apparente unanimité. D'ailleurs , la classe laborieuse ayant été comptée presque pour rien par les faiseurs de ce temps-là , les patriotes marquans de 1 789 étaient , à quelques exceptions près , les amis de tous les abus , celui de la noblesse héréditaire excepté.
a peine se dire républicains , imploraient bien le secours des amis de l'egalite, mais craignaient qu'on ne les soupçonnât de s'être réconcilies avec eux K iNoureiîe tra- Aprcs Ic combat du i3 vendémiaire, ceux que
liison des con- ,, lii/T/ • ' \ 1 ' . '
ventionneis. 1 amour dc 1 cgalitc avait menés a la victoire, sommèrent les chefs de cette journe'e de tenir la promesse qu'ils avaient faite de rétablir les droits du peuple : ce fut en vain. On vit bien , au Ion avec lequel ils recommandaient une extrême circonspection , qu'il ne fallait pas compter sur les engagemens qvie la peur seule leur avait fait contracter.
Tandis que la grande maj oritë de la convention cherchait des faux-fuyans pour éluder les demandes des amis de l'égalité' , ceux d'entre eux qui étaient encore détenus, ne se lassaient pas de solliciter leurs compagnons déjà libres d'user de la victoire au profit de la démocratie. Le sang, disaient-ils , aura coulé en pure perte , si on laisse échapper l'occasion où les bons sont en force et où les sénateurs effrayés leur doivent la vie. Ils voulaient qu'on demandât impérieusement a la convention la cassation des dernières élections ,
I Au moment où les premiers coups dc fusil se firent entendre , les comités de gouvernement allaient proposer à la convention de désarmer et de plonger de nouveau dans les prisons les républicains armes pour sa défense.
l'aboli tion de la nouvelle constitution et rétablissement immédiat de celle de 1793.
On se disposa a demander la cassation des élections, et la pétition déjà signée allait être présentée, lorsque des députés conjurés de thermidor, réunis à d'autres que la justice nationale avait frappés au 3 1 mai , redoutant les lois populaires plus que la royauté , parvinrent à diviser les nombreux signataires de la pétition , qui ne fut pas présentée-.
Cependant, à la suite d'un rapport de Barras qui dévoila les vastes projets des révoltés , dont la convention elle-même renfermait des complices , fut créée une commission de salut public , dont les intentions présumées ranimèrent un moment chez les républicains , dies espérances qui furent bientôt déçues. On crut en effet que la cassation des dernières élections allait être proposée par cette commission ; mais , soit qu'on lui fît trop d'honneur, soit qu'elle se laissât intimider par les virulentes diatribes de Thibeaudeau, elle se borna a proposer de légers palliatifs qui ne remédièrent à rien, et la constitution de l'an III fut presque aussitôt mise à exécution par les conventionnels qui , de plus belle, vouaient haine a l'égalité, sous les noms de terreur et d'anarchie. LiLcte des
Dans l'intervalle qui s'écoula entre le combat 1
du 1 3 vendémiaire et l'amnistie du 4 brumaire
meut.
suivant, tous les patriotes qui étaient encore détenus furent élargis; ils durent la liberté , non au triomphe de la cause populaire , mais à la lâche politique de ses ennemis : en sortant des cachots où ils avaient sondé la profondeur des maux publics , ils menaçaient les traîtres qui venaient de briser leurs fers.
Leur cgnrc- ^ ^^^tc époquc , Ics amis persévérans de legalité étaient profondément affligés de la dépravation qui , se glissant même dans les opinions d'un grand nombre de révolutionnaires , menaçait les doctrines démocratiques d un éternel oubli. En général, les patriotes dont le plus grand nombre agit souvent plus par entrainement que par réflexion , s'enorgueillisaient de la victoire de vendémiaire , comptaient la nomination de Barras et de Carnot au directoire exécutif , au nombre des événemens heureux de la révolution, et se consolaient de leurs longs malheurs , par l'idée des places et des faveurs cju'ils se flattaient d'obtenir. On eût dit qu'ils avaient oublié la cause pour laquelle ils avaient combattu , et que , voyant d'un oeil indiff*érent l'envahissement des droits du peuple , qui venait d'être consommé , ils faisaient consister le salut de la patrie dans le soulagement de leurs propres maux.
Cependant tous ne partageaient pas cette manière de voir ; car , si les hommes dont nous venons
( ^9 ) de parler, pensaient ou feignaient de penser qu'il fallait attendre du temps la reforme de la nouvelle consti tution , et la préparer en s'introduisant adroitement dans les fonctions publiques , d'auti^es , effrayés de la consistance que raffermissement du nouveau gouvernement et le refroidissement toujours croissant de Ténergie républicaine allaient donner aux principes de la tyrannie , croyaient qu'il était du devoir des véritables amis de l'égalité de sonner Talarme et de conduire le peuple au recouvrement de ses droits.
De ce partage d'opinions , s'en forma un parmi Leur division. les répuljlicains ; ceux qui faisaient souvent céder les principes de la justice a leurs commodités particulières, prirent le nom de//a^Wote^ de 1789; les autres qui se distinguaient par leur persévérance a défendre la démocratie , s'appelèrent les égaux.
Après leur élargissement, les patriotes et sur- Pirmiîrrsréutout les égaux , inquiets sur le sort de la liberté , "'""' '^«'=ga«chercliaient à se réunir et à se concerter pour opposer une digue puissante aux progi'ès de la nouvelle tyrannie. Ils s'assemblaient fréquemment dans les cafés , dans les jardins et sur les places ; mais , comme tout s'y traitait avec une extrême et indispensable circonspection , les discussions générales sur letat des choses ne laissaient entrevoir aucun résultat prompt et décisif au profit de la cause commune.
Au commencement de Ijrumaire de Tan IV, Babeuf I , Dartlie' , Buonarroti, Lorjen de Doijïiel cl Fontenelle essayèrent de créer un centre de direction , auquel les patriotes divise's pussent se rallier , afin d'a^çir ensuite uniformément au profit de la cause commune. Dans les re'unions qui eurent lieu a cet effet , plusieurs propositions
» Gracclius Babeuf naquit en 1 762 à Saint-Quentin , département de l'Aine. Il était sensible, instruit et infatigable; il avait l'esprit pénétrant et juste , et écrivait avec clarté , avec feu et avec éloquence.
La révolution française trouva Babeuf jeune , livré à l'étude , sobre, détestant la tyrannie, et méditant sur les moyens de soustraire à l'oppression ses malheureux concitoyens; il éprouva de bonne heure le besoin de se dévouer pour la liberté publique.
Dans les premiers temps de la révolution , Babeuf écrivit en homme libre , contre le régime féodal et contre le fisc , ce qui lui valut des persécutions et un mandat d'arrêt dont les vives sollicitations de Marat firent cesser les effets. Plus tard, il fut appelé au secrétariat d'une administration de district , où ses discours çt ses écrits populaires lui firent de nombreux ennemis . qui eurent assez de crédit pour le faire poursuivre et condamner comme faussaire ; mais le jugement rendu contre lui fut annulé par la convention qui en reconnut solennellement l'injustice. Postérieurement, Babeuf fut employé dans les bureaux de la commune de Paris , où il se lia d'amitié avec un grand nombre de courageux républicains.
A la suite des funestes événemens du 9 thermidor , Babeuf applaudit un moment à l'indulgence dont on usa envers les ennemis de la révolution : son erreur ne fut pas de longue durée , et celui qui avait pris les Gracques pour modèles de sa conduite , ne tarda j)as à s'apercevoir que rien ne ressemblait moins à ces illustres Romains que les gouvernans post-thermidoriens. Plus grand que s'il n'avait jamais erré , Babeuf avoua sa méprise , revendiqua les droits du peuple , démasqua ceux par qui il avait été trompé , et porta si loin son zèle en faveur de la démocratie , que les aristo-
furent faites ; les uns voulaient qu'on incorporât tous les patriotes sincères dans une espèce d'association maçonique , obe'issant aux impulsions des directeurs qu'on lui aurait donne's; d'autres prétendaient que, par un acte signé individuellement , on se constituât a l'instant en comité insurrecteur. Comme il n'y avait dans ces assemblées ,
cratcs qui gouvernaient ïa republique ne tardèrent pas à Tempritonner.
De la maison d'arrêt du Plessis où il fut d'abord détenu , on le transféra dans celle d'Arras. Ce fut là qu'il connut Germain , de Narbonne , capitaine de hussards , dont il sera souvent parlé dans le cours de cet ouvrage , et plusieurs républicains du département du Pas-de-Calais. Babeuf fut parmi eux un prédicateur infatigable d'institutions populaires ; il échauffait leur haine contre les nouveaux tyrans ; il les familiarisait avec l'idée d'une grande révolution dans les propriétés , et les disposait à former une Vendife plébéienne , afin de recouvrer par la force , ce qu'il ne lui paraissait plus possible d'obtenir par la voie des réclamations.
A son retour au Plessis , après l'insurrection de prairial de l'an III , Babeuf était tout occupe' de semblables projets que ses fréquens entretiens avec quelques uns des citoyens qui y étaient enfermés , l'avaient aidé à mûrir ; il y connut Bedon , dont je regrette de ne pas pouvoir écrire le vrai nom , qui , ayant passé toute sa vie à examiner les causes des maux publics , avait saisi mieux que personne les vues profondes de Robespierre.
On verra dans la suite de cet écrit, combien les idées de Babeuf se développèrent , et combien il eut de part à la conspiration à laquelle il attacha son nom. Cet homme extraordinaire, doué de grands talens , ami inflexible de la justice, fut constamment désintéressé et pauvre; bon époux, père tendre, il était chéri de sa famille; le courage avec lequel il attaqua devant ses juges, les puissans qui demandaient sa tête, et la tranquillité avec laquelle il envisagea la mort glorieuse que lui infligea l'aristocratie , rehaussent l'éclat des vertus et dos travaux patriotiques de cet illustra martyr de l'égalité.
ni runiformité de vues , ni la confiance indispensables pour obtenir un résultat utile , on ne put s'entendre et on cessa bientôt de se reunir.
Cependant , on ne renonça pas au double projet de rallier les patriotes et de renverser la tyrannie; c'étaient Ta des besoins impérieux pour tout véritable républicain. On s'assembla donc peu de temps après , dans le dessein d établir une nouvelle société populaire. A la première séance qui eut lieu chez Bouin , intervinrent entre autres , Dartlié ï , Germain , Buonarroti , Massart , Fontenelle, Lihppi^ Laurjen de Doimel ^ Ber-
I Augustin- Alexandre Dartlië, de Saint-Paul , département du Pasde-Calais , instruit , juste , hardi , constant , actif , inflexible , et très adroit à démêler et à inte'resser à ses vues les passions de ceux qui rapprochaient. Il faisait à Paris son cours de droit à l'aurore de la révolution , dans laquelle il se précipita avec le zèle d'un homme qui de'fend à corps perdu la vérité , dès qu'elle luit à ses yeux.
En 1789 , Darthé coopéra à la délivrance des gardes-françaises , à la prise de la Bastille où il contracta une infirmité incurable , et au siège du château de Vincennes. Il fut ensuite membre du directoire de son département, et en cette qualité , il rendit à la république , dans des circonstances très épineuses , des services si importans , qu'il en fut récompensé par un décret de bien mérité de la patrie. Élevé ensuite aux fonctions d'accusateur public auprès des tribunaux révolutionnaires d'Arras et de Cambrai , à la sévérité desquels on dut en grande partie la conservation de cette frontière, il s'y montra magistrat républicain et incorruptible , autant que guerrier intrépide.
La proscription thermidorienne , à laquelle il ne pouvait pas échapper , le trouva dans une honorable indigence. Darthé pénétra de bonne heure et seconda de tout son pouvoir la pensée de
trand , ^ Tismiot , Chintrard , Chapelle, Lussorîlon^ Lacombe, Reuf, Ulagenoc^ Bouin et Sombod,
Cette entrevue fut très touchante : les âmes se rouvrirent a lespérance que tant de malheurs avaient presqu éteinte ; on jura de demeurer unis et de faire triompher Tëgalité.
L attention de cette assemblée fut porte'e sur la question de savoir , si rétablissement de plusieurs sociétés dans les divers arrondi ssemens de Paris , n'était pas préférable à celui d une seule. Après une longue discussion , la décision fut renvoyée k une séance plus nombreuse , c|ue l'on convint
Robespierre ; aussi celui-ci en faisait-il le plus grand cas ; aussi le» ennemis de l'e'galite lui avaient-ils voue une haine implacable.
A beaucoup de lumières et à une vive passion pour la véritable justice , Darthe re'unissait des mœurs austères et un cœur compatissant. Traduit devant la haute cour de Vendôme , il refusa constamment de la reconnaître et de se défendre; condamné à mort, ses derniers soupirs furent pour la patrie.
* Bertrand , de Lyon , fut maire de cette commune avant la révolte qui y eut lieu le 29 mai 1793 , et après son retour sous les lois de la républi([uc.
Bertrand avait épuisé, en faveur de la révolution, une fortune opulente; il était juste, loyal, généreux, plein de courage et d'aménité ; ses mœurs étaient simples et la candeur était peinte sur son visage.
Les riches Lyonnais réservaient à Bertrand le sort qu'ils avaient fait subir à son ami Challier : leurs efforts furent vains ; car Ir peuple répondant hautement par ses sanglots et par ses bénédictions, aux interpellations de Bertrand qui rappelait ses sacrifices et les services qu'il avait rendus aux infortunés , les juges qui devaient l'iniinoler, furent, à plusieurs reprises, contraints d'ajourner le jugement et de renvoyer l'accusé dans le cachot où il demeura pcn-
veau gouverne' mpnt.
de tenir dans un lieu moins expose' aux regards de la police ; elle eut lieu dans un petit cabinet place au milieu du jardin de l'ancienne abbaye de Sainte-Genevicve.
Esprit du nou- Taudis cjuc les débris du parti démocratique cherchaient a se réunir en corps , le gouvernement établi par la constitution de Tan III, posait les fondemens du système politique quil suivit constamment depuis- L'esprit du parti conventionnel qui profita des désastres du 9 thermidor , foudroya les démocrates en prairial , et triompha
dant le long siège de sa commune. Le jour même du 9 thermidor, l'ordre fut donné de saisir et de traduire à Paris, Bertrand et plusieurs autres démocrates Lyonnais. On leur connaissait tant de pureté et de fermeté que leurs fers ne furent brisés qu'après le i3 vendémiaire de l'an IV.
Bertrand , amant passionné des hommes , de sa patrie et de la liberté , défenseur austère de l'égalité , magistrat populaire et incorruptible , bon fils , excellent ami , fut assassiné par la commission militaire du temple, à la suite du massacre du camp de Grenelle : il dormait quand on l'appela pour le conduire au supplice.
Ce bon et vertueux citoyen qui avait été arrêté, sans armes et loin du camp de Grenelle, n'eût été, d'après les conclusions du rapporteur , condamné qu'à la détention ou à la déportation, si le directoire exécutif ne s'était pas hâté de prévenir la commission qu'il désirait sa mort.
A la vue du certificat du recours en cassation , interjeté par Bertrand et par ses compagnons de martyre , l'exécution de leurs sentences de mort fut suspendue par le général Foissac La Tour qui, en ayant référé au Directoire, en reçut immédiatement l'ordre de passer outre. Les victimes furent immolées Quelques mois après^
le tribunal de cassation annula tous les jugemens qui les avaient condamnées.
par eux en vendemiaii e , passa tout entier dans les hommes qui composèrent le directoire executif; cet esprit peut se réduire à ceci : conserver et acquérir les richesses et le 'pouvoir; comprimer (Tun côté les rojalisies et les puissans , et de Vautre, les amis de l égalité.
Dès leur installation , les einq chefs du pouvoir exécutif s'attachèrent à mettre les anciens royalistes en présence des démocrates , afin de les combattre les uns par les autres , toutes les fois que ceux-ci ou ceux-là , prenant le dessus , leur deviendraient redoutables.
A lépocjue où les patriotes songeaient à se n faronse las
P • '. ' 1 • • réunions des p;i-
lormer en société , le gouvernement paraissait trioKs. favorable à leurs vues. Ayant encore besoin d'intimider les révoltés de vendémiaire , et voulant forcer, par l'épouvantail de la terreur, les riches à concourir aux mesures par lesquelles il comptait rétablir les finances délabrées de la république , il faisait encourager par ses agens Fouverturc des réunions patriotiques, résolu d'en arrêter 1 élan , dès quelles tenteraient de rappeler les principes populaires.
Cette fourberie n'échappait pas aux patriotes at- Eipnt des patentils qui , ayant vu au 1 6 vendémiaire , le sang pi^.. couler , inutilement pour le peuple , s'étaient affermis dans l'opinion que rien de vraiment utiles ne pouvait sortir du nouveau gouvernement.
Le parti démocratique n'était pas nombreux , et la masse des patriotes faibles , a peine revenue de son eiFroi , était prête k se laisser encore intimider a la moindre apparence d une nouvelle persécution.
Quant au peuple de Paris, trompé dans ses espérances , égaré par la calomnie et par les menées sourdes du royalisme et de l'étranger , il avait abandonné les démocrates et languissait dans une profonde indifférence : une partie accusait même la révolution des maux sans nombre qui pesaient sur lui.
Prudence des Lcs citoycns asscmblés au jardin de Sainte-Ge- '^'*"'^* neviève , sentirent les dangers auxquels la duplicité du gouvernement exposait ceux qui, par un zèle prématuré , oseraient attaquer de front lautorité usurpatrice des droits de la nation. Il faut avant tout , disaient-ils , rectifier les idées de beaucoup de patriotes , leur regagner l'estime du peuple et rendre a celui-ci l'ancien sentiment de ses droits et de sa force ; en attendant , il faut se couvrir de la constitution et même de la protection du gouvernement, jusqu'au moment cii Ton sera assez fort pour l'attaquer et le détruire. On arrêta donc d'établir sur ces principes , la nouvelle société. Le besoin d'en conserver et d'en centraliser l'esprit , fit écarter la proposition de la partager en plusieurs sections qui , quoique plus fa-
SOClt'l
Iléon.
ciles il soustraire à l'œil de la police, offraient cependant Finconvënient d être plus exposées à s'ëcarter du plan de l'institution , et à devenir les jouets des intrigans et des ennemis de la république.
A cette société vmicjue , on se proposa de n'appeler que des hommes sans reproches , ii qui on devait inspirer familièrement la prudence adoptée par les fondateurs.
Aussitôt la société fut ouverte dans l'ancien Fondation de réfectoire des génevéfins, dont le patriote Cardi- tur"'^*" naux , locataire d'une partie de leur couvent , céda gratuitement l'usage ; et , lorsque cette salle était consacrée a des réunions d'un autre genre , la société se tenait dans un vaste souterrain du même édifice , où la pâleur des flambeaux , le bourdonnement des voix et la position gênante des assistans , debout ou assis par terre , rappelaient à ceux-ci la gi^andeur et les dangers de l'entreprise, ainsi c|ue le courage et la prudence qui leur étaient nécessaires. La proximité de ce lieu au Panthéon, fit donner à la nouvelle société le nom de ce temple. Des l'ouverture de cette assemblée , on y vit accourir un grand noml>re de patriotes convoqués ou amenés par les attraits de l'institution ; avec eux, s'introduisirent des hommes qui, servilement attachés aux membres du gouvernement , réduisaient tous les devoirs des amis de lu liberté I 6.
a prêter leur appui à rautoritc contre les royalistes.
Son organisa- La sooieté S occupa daborcl de son organisation ; mais telle était l'excessive prudence on la faiblesse de la plupart de ses membres , qu on eut à cet égard de grands obstacles ii surmonter. Craignant d'offrir quelque ressemblance avec les anciennes sociétés , ils renchérissaient sur les entraves forgées par la nouvelle constitution au di'oit de s'assembler. Avoir un règlement , un président , des secrétaires , des procès- verbaux , une forme d'admission , c'était à leurs yeux , se rapprocher trop sensiblement des jacobins , et prêter les flancs à une nouvelle persécution.
On parvint enfin à s'entendre , et la société eut un règlement qid , n'admettant ni registres , ni procès-verbaux , ni d'autre condition d'admission que la présentation de deux membres , rendit tout ordre presque impossible , et ouvrit l'entrée de la société à une foule d'hommes douteux , qui en pervertirent souvent l'esprit , et y élevèrent de dangereuses contestations. Un orateur et un viceorateur tinrent lieu de président et de secrétaire , et il n'y eut, pour faire face aux dépenses indispensables , que les contributions libres des associés.
nivergcnces des Eu pcu dc tcmps , la société du Panthéon
jtanthéonistcs. iii -n i T\ i
compta plus de deux mille membres. Dans les
( 79 ) circonstances du temps et avec le règlement qu elle se' tait donne , il n était ni prudent , pi facile d'en exclure tous les individus qui n Savaient pas mérité d'être rangés parmi les égaux. Il fallut admettre un grand nombre de patriotes qui avaient été atteints de quelques errem-s , et particulièrement de ceux qui prétendaient ramener la démocratie par l'envahissement des fonctions publiques.
On apercevait aisément l'existence de ces divers élémens dans le sein de la société. Les égaux se faisaient remarquer par leur zèle à éclairer le peuple et a remettre en honneur les dogmes de l'égalité , tandis qu'on reconnaissait les patriotes de 89 , à leur empressement à exercer sur le gouvernement une influence favorable à leur repos et à leurs intérêts. La prépondérance alternative de ces deux partis fit faire à la société des démarches contraires.
Ceux-ci déterminèrent souvent l'assemblée a solliciter des places pour les citoyens qu'ils affectionnaient : ceux-là développaient à ses yeux l'ailligeant tableau de l'opinion pid)lic[ue dépravée , et des erreurs par lesquelles les ennemis de la liberté s'efforçaient d'égarer le peuple; lui montraient le triomphe de l'égalité comme le seul oljjet digne de ses vœux , et provoquaient des mesures propres à ranimer le courage près-
que éteint de la multitude et à rallumer ce saint enthousiasme , auquel elle ayait du tant de victoires remportées sur toute espèce de tyrannie. Communica- Unc commissiou fut chargée de proposer un .r." le pcu^/r" ^^'^^'^ de travaux, et un mode prompt et facile de communication avec le peuple. Des affiches intitulées : La vérité au peuple par les patriotes de 1789, attirèrent bientôt l'attention publique sur les affaires nationales, sans attaquer directement les gouvernans dont il eut été imprudent de provoquer la vengeance. Le premier effet de ces écrits fut d'amener à la nouvelle société un grand nombre d'hommes laborieux qui , renaissant à l'espérance, s'empressaient de répéter, en tout lieu , les nombreuses vérités qu'ils y entendaient proclamer ^.
ois pop.iiaiis. Comme le but que se proposaient les instituteurs de la société était de procurer au peuple un prompt soulagement, et de mériter par-la sa confiance , afin d'en employer ensuite la force au recouvrement de ses droits , la commission conseilla de solliciter l'exécution de deux lois cjue l'esprit de la contre-révolution avait fait toml^er dans l'oubli : celle qui promettait aux défenseurs
» On joint aux pièces justificatives , sous le ii« 2 , unc de ces affiches qui peint, à la fois, l'état de la republique française après le 9 thermidor , et lés mcnagemens que les égaux furent forces de iranler dans la société du Panthéon.
( Bi )
de la patrie , un milliard de biens nationaux , et celle qui avait etc rendue en Fan II , pour l'extinction de la mendicité.
Tandis qu'au Panthéon on remettait avec me- Prosci ii.iion de nagement en vigueur les principes démocrati- '"''"'' ques , que d'autres sociétés se formaient , dans le même esprit , sur plusieurs points de Paris , et que les écrivains de l'aristocratie sonnaient l'alarme contre les nouA elles tentatives des soi-disant terroristes, Babeuf dévoilait hardiment, dans son Tribun du Peuple , les crimes de ceux qui gouvernaient la république , démontrait la bonté et la légitimité de la constitution de 1793, et ne balançait pas à signaler la propriété individuelle comme la source principale de tous les maux qui pèsent sur la société. Tant de courage lui valut ime nouvelle proscription , à laquelle il ne put se soustraire qu en clierchant un asile obscur dans les habitations de quelques démocrates ' .
En même temps , un comité secret se formait Comii/« dnz chez Amar, rue Cléry , pour préparer une insur-
' Babeuf (lut alors la liberté aux Forts de la balle. Un buissier s'ctant prc'sentc cbrz lui rue d\\ faubourp; Ilouorc n" 29, avec un mandat d'amener, inolivc sur les provoeations contenues dans ses écrita, Babeuf, après une longue lutte, parvint à s'écbapper ; Fbuissier le suivit en criant au voleur; deux fois les Forts de la balle le saisirent et deux fois ils le nilâcbèrent au seul nom de IMcrivain qui <lcfendait les droits du peuple : Eriddy et Dartbc lui donn<îrent asile dans Fancicn couvent de rAssomption.
Aniiir.
rection contre la tyrannie qui appesantissait , de plus en plus, son bras de fer sur le peuple français. Amar , Darthc , Buonarroti , Massart et Germain s y rendirent les premiers, et s'adjoignirent successivement Bedon j Soigne, Filipe le Rescellet , Cle'ment et Marchand.
La vive douleur dont ils était pénètres , portait, comme par inspiration , les amis de la liberté à combiner leurs forces contre le joug odieux qui opprimait le peuple. Les démocrates éclairés s'y croyaient rigoureusement obligés.
Son opinion Ccux quî composaicut le comité réuni chez
sur Ig '^oiivcrnp—
mentderan III. Amar, considéraicut unanimement le gouvernement, établi par la constitution de l'an III, comme illégitime dans son origine, oppressif dans son esprit et tyrannique dans ses intentions : tous demeuraient d'accord que le salut de la république et de la liberté commandait impérieusement sa destruction.
Avant de s'occuper des moyens de l'opérer, on voulut que chaque membre fut, non seulement convaincu de la justice de l'entreprise , mais qu'il eût aussi une idée complète de l'ordre poli tique qu'il convenait de suJjstituer a celui dont on méditait Tancantissement. On désirait sincèrement le bonheur du peuple, et on sentait qu'il était contraire l\ ses vrais intérêts de le livrer légèrement à des convulsions , dont le résultat aurait pu être d'é-
lever une nouvelle tyrannie sur la ruine de la tyrannie existante , de créer de nouveaux privilèges et de favoriser de nouvelles ambitions.
Le comité fut d'abord un lycée politique , oii , après avoir démêlé les causes des maux qui affligent les nations , on parvint a poser avec précision les principes d'ordre social que Ion crut les plus propres a les en délivrer et à en empêcher le retour.
Jamais , disait-on , la masse du peuple n'est par- Propriété imu
1 , 1,. . I" 1 ' 1 vkluclle, cause
venue au degré a instruction et d indépendance de ivsciavagc. nécessaire pour rexcrcice des droits politiques, essentiels à sa liberté , à sa conservation et a son bonheur. Les nations les plus sages de l'antiquité eurent des esclaves fjui les mettaient sans cesse en péril , et , si on en excepte les Péruviens , les Paraguayens et quelques peuplades peu connues , jamais société civile ne put fîiire disparaître de son sein , cette foule d'hommes qu'aigrit et rend malheureux l'idée des biens dont ils sont privés , et dont ils croient les autres en possession. Partout la multitude rampe sous la verge d'un desl>ote ou sous celle des castes privilégiées. Et , portant ensuite les regards sur la nation française , on la voyait asservie , par les manœuvres des égoïstes conquérans, a la corporation des riches et des enrichis.
Quant h la cause de ces désordres , on la trou-
vait clans rinégalitc des fortunes et des conditions , et , en dernière analyse , dans la propriété individuelle, par laquelle les plus adroits ou les plus heureux dépouillèrent et dépouillent sans cesse la multitude qui , astreinte à des travaux longs et pénibles , mal nourrie , mal vêtue , mal logée , privée des jouissances quelle voit se multiplier pour c]uelques-uns , et minée par la misère , par l'ignorance , par lenvie et par le désespoir , dans ses forces physiques et morales , ne voit dans la société cjuun ennemi, et perd jusquà la possibilité d'avoir une patrie.
L'histoire de la révolution française venait a l'appui des réflexions du comité. Il y voyait la classe antérieurement riche et celle qui l'était devenue , assiduement occupées à s'assurer la prééminence : il y voyait que les prétentions ambitieuses allaient toujours de pair avec la haine du travail et le désir de l'opulence ; que l'attachement du peuple aux droits de cité s'était refroidi,, à mesure que les institutions favorables à l'égalité avaient reçu des atteintes , et que toute la politique des aristocrates consistait a appauvrir , diviser, dégoûter, effrayer et comprimer la classe laborieuse , dont les réclamations sont par eux représentées comme les causes les plus actives de la décadence de la société.
D'après ces observations , on dut conclure que
la cause toujours agissante de Fesclavagc des nations est tout entière dans Finégalitc , et que , tant qu elle existera , lexercice de leurs droits sera a peu près illusoire pour une foule d'hommes que notre civilisation ravale au-dessous de la nature humaine.
Détruire cette inégalité est donc la tâche d'un législateur vertueux; voilà le principe qui résulta des méditations du comité : comment y parvenir? ce fut le sujet dun nouvel examen.
Amar , qui avait vu la convention nationale pourvoir aux besoins urgens de la patrie , par la taxe des objets ve'naux , par les contributions révolutionnaires et par les réquisitions sur les riches, vantait cette manière d'enlever, ce sont ses propres mots , le superflu qui encombre les canaux trop remplis , pour le rendre à ceux qui manquaient du nécessaire. D'autres proposaient tour-à-tour le partage des terres , les lois somptuaircs et l'impôt progressif.
Bedon ^ Darthé , Filipe le Rexellet et Buonar- vîcos *ie ,iof«
..•1 .. ii'«i. • 3Rr:nrrs et somn-
roti oJîservaient que les législateurs , qui , pour tuuircs. diminuer les ravages de l'inégalité , avaient eu recours au partage des terres et aux lois somptuaircs , en livrant la distribution des travaux et des biens à l'avidité et à la concurrence, n'avaient opposé à un torrent impétueux , que de faibles remparts toujours minés et renversés ps^ri action
Je l'avarice et de l'orgueil , auxquels le maintien du droit de propriété fournit constamment mille moyens de franchir tous Jes obstacles.
Les réquisitions , disaient-ils, les taxes , les contributions révolutionnaires , furent employées utilement pour faire face aux besoins urgens du moment et pour déjouer la malveillance des riclies; mais elles ne sauraient faire partie de Tordre habituel de la société , sans en attaquer lexistence : car, outre quil serait impossible de les asseoir sans risquer d'enlever le nécessaire, elles entraîneraient le grave et irréparable inconvénient de tarir les sources delà reproduction, en enlevant aux propriétaires, a qui elles laisseraient la charge de la culture , l'encouragement de la jouissance , et seraient insuffisantes contre l'entassement sourd du numéraire , résultat inévitable du commerce vers lequel se tourneraient naturellement les spéculations de l'avidité ^ Égiiiité Jcs tri- Par la loi de la nature qui fait dépendre la
vaux et des jouis- i • i -i •! . ' • 1 %.
but de lu production du travail , ce travail est évidemment pour chaque citoyen une condition essentielle du
I L'impôt progressif serait un moyen efficace de morceler les terres , d'empêcher la cumulation des richesses , et de banuir l'oisiveté et le luxe , si l'estimation exacte des fortunes qu'il exige , n'était pas très difficile à atteindre : on peut bien évaluer le revenu des immeubles; mais comment apprécier les capitaux (pi'il est facile de dérober à tous les yeux ? Cette manière d'asseoir l'impôt serait, tout au plus , un acheminement au bien -, elle pallierait le mal , mais elle n'en couperait pas la racine.
sances ; société.
pacte social; et comme chacun , en entrant dans la société , y apporte une mise égale (la totalité de ses forces et de ses moyens) , il s'ensuit que les charges , les productions et les avantages doivent être également partagés. Ils faisaient en outre remarquer que le but de la société est effectivement de prévenir les effets des inégalités naturelles ; que, fùt-il vrai que l'inégalité des jouissances eut hàtéles progrès des arts vraiment utiles, elle doit cesser aujourdliui que de nouveaux progrès ne sauraient rien ajouter au bonheur réel de tous ; et que l'égalité suggérée par le simple bon sens aux fondateurs des sociétés , nous est recommandée plus vivement encore par Faccroisscment de nos connaissances, et par l'expérience journalière des maux que l'inégalité traîne a sa suite. Ceux qui raisonnaient ainsi , voyaient dans la communauté des biens et des travaux , c'est-àdire , dans légale répartition des charges et des jouissances , le véritable objet et la perfection de l'état social , le seul ordre public propre à bannir à jamais l'oppression , en rendant impossibles les ravages de l'ambition et de l'avarice , et à garantir à tous les citoyens le plus grand bonheur possible. Bedon avait rédigé un ouvrage , dans lc<[uel il d<;m(mtrait l'injustice du droit de propriété , et développait la longue série des maux qui en sont les suites nécessaires.
Amar parut frappe d'un trait de lumière : k la première cnonciation de ce système , il en devint le défenseur enthousiaste ; et, ne songeant plus qu a en justifier et a en propager les principes , il porta en peu de temps la chaleur de son zèle jiisqua s'en faire en public l'apologiste fougueux.
Il était reconnu dans le comité , que les lois de la liberté et de l'égalité ne recevraient jamais une application utile et durable, sans une réforme radicale dans l'ordre des propriétés ; on convenait que les patriotes ne paraîtraient , aux yeux de la multitude , que des intrigans inquiets et intéressés , tant qu'ils ne se feraient pas ouvertement les apôtres d'un système politique, propre à garantir sensiblement les mêmes avantages à tous les membres de la société.
RoLcspîcrrefut En dévcloppaut CCS idécs , on parla souvent
l'ami de cette i •■ ., i il il/
égalité. des pliuosophes et surtout des nommes de la révo-
lution qui en avaient reconnu la justice. De ce nombre étaient Robespierre et ses compagnons de martyre, qui, aux yeux de ceux dont je viens d'exposer la doctrine , avaient évidemment aspiré a l'égale distribution des charges et des jouissance:. Au nom de Robespierre , Amar qui, au 9 therir'dor , en avait été un des plus violens persécatei'"s , avoua ses torts, témoigna son repentir et ne chercha a excuser sa faute , qu'en
( 89 ) alléguant l'ignorance où il prétendit avoir été , des vues bienfaisantes de celui qu'il avait calomnie et immolé.
Mais les voies de la vérité et de la justice sont oi)st;.ci..s a son difficilement aperçues de la multitude , qui ne ' ^ saurait être persuadée par les mêmes motifs qui déterminent les esprits habitués à réfléchir. Les sages qui voulurent opérer le bonheur de leurs concitoyens asservis^ malheureux et ignorans, en reçurent souvent en récompense la mort , sur Taccusation banale d'ambition , que leur intentèrent hypocritement les adroits et éternels ennemis de l'égalité I.
Le comité ne se dissimulait pas combien avaient été funestes à la cause comnmnc et aux
I II est difficile de convaincre la multitude de l'avantage des innovations , sans le secours de l'expérience qui ne peut arriver qu'après. Aussi, les plus sages législateurs de l'antiquité eurent-ils recours aux fictions religieuses, par lesquelles ils étonnèrent la foule qu'ils ne pouvaient persuader. Cet expédient qui n'est pas sans danger, ne saurait être employé avec succès chez les peuples qui, je ne sais si heureusement ou malheureusement, cultivent la philosophie : on ne peut en faire quelque chose que par l'attrait du plaisir ou par la force.
Si le christianisme n'eût pas été défiguré par ceux qui troiçpcutpour asservir, il eût pu être d'un grand secours aux législateurs amis de leurs semblahles. La pure doctrine de Jésus , présentée comme une émanation de la religion naturelle , dont elle ne diffère pas, pourrait devenir l'appui d'une sage réforme et la source des 'mœurs vraiment sociales ; elles sont inconciliables avec le matérialisme qui réduit tant de gens à ne consulter, dans leur conduite, qtie leur intérêt direct » et à te moquer de toute vertu.
Ijonnes mœurs , la catastroj^he du 9 thermidor et les e'vénemens tragiques qui en furent les suites ; il savait que, depuis, une foule de citoyens s'étaient livres à la plus honteuse rapacité, et n'ignorait pas , que les plus petits propriétaires s'étaient rattachés à leurs possessions , auxquelles ils avaient été naguère prêts à renoncer, convaincus que toute vue d'intérêt commun avait disparu de la législation , abandonnée désormais à l'égoisme le plus effréné. Il sentait par conséquent combien il était difficile de substituer, immédiatement et d'un seul jet, à la législation des propriétés , celle incomparablement plus douce et plus équitable de \ égalité des biens et des travaux.
La constitution Cependant rien n'était plus éloigné de cette Iciieminem^ènU égalité quc l'ordrc social établi par le code de i. gahte. Y2iXi ni , dont l'affermissement allait enlever au
peuple l'exercice de ses droits naturels. Cependant il paraissait au comité que , pour amener le peuple à se prononcer sur l'objet constant de ses vœux secrets , que le défaut de lumières et de bonne direction l'avait toujours empêché d'atteindre , il fallait commencer par lui rendre ses assemblées , ses discussions , ses délibérations et le sentiment de sa force. Il voyait dans la constitution de I ygS , cet acheminement li un plus grand bien , et cela , joint aux motifs qui faisaient justement respecter en elle la volonté des Fran-
( 9Y ) çais lilîrement et solennellement émise , le déterminèrent à en faire le premier point de ralliement des patriotes et du peuple.
On ne se dissimulait pas les défauts de cette scs défauts. constitution ; on les trouvait principalement dans les articles de la déclaration des droits , qui , en de'finissant le droit de propriété , le consacrent dans toute son effrayante latitude. On avouait , néanmoins , que jamais ouvrage de ce genre n'avait tant approché de la perfection , et on applaudissait aux dispositions qui offraient un vaste champ ouvert à toutes les améliorations.
D un autre côté , on considérait qu'à cette constitution se ralliaient les égaux , les démocrates moins exigeans et une grande partie du peuple ; que tous les changemens deviendraient faciles, des que Fesprit d'égalité reprendrait son essor, et qu'il y aurait un trop grand danger ii courir en s exposant aux divergences d'opinion , dans un moment où il importait de réunir toutes les forces pour attaquer avec succès un ennemi puissant.
Après un long et sérieux examen , le comité Poirnsdcraiiii-
,1. .,■,.-, .1 1^ 1 mont ofTorts aux
réduisit les devoirs des amis du peuple a ces deux npubUcains. points cardinaux : i*' Rétablir la constitution de 1 793 , consentie par le peuple ; loi qui consacre franchement l'exercice de sa puissance ; moyen prompt d'arriver a Tégalité; point de rallie-
ment nécessaire pour renverser Faulorite' existante , convaincue de tyrannie ; 2° Préparer de loin , radoptioii de la véritable égalité, en la montrant au peuple comme le seul moyen de tarir a jamais toutes les sources des maux publics. Autorité isuLs- La révolutiou qu'on méditait, devant comverncmrrt ^ de mcnccr par la destruction de la constitution de l'an m. Y^^ jjj ^ ^j ^^^^j. j^r^i^^jpgi q^jg \q comité s occu-
pât des moyens de Topérer , et de la forme publique a substituer subitement au gouvernement quon voulait abattre. Il était évident que la nécessité des choses et le succès même de Fentreprise voulaient qu'il y eût un intervalle entre la chute du pouvoir aristocratique et rétablissement définitif de la constitution populaire.
Ce n'était que par la force du peuple qu'on se proposait d'attaquer le gouvernement usurpateur ; et cette force , on ne comptait la mettre en action , que par l'ascendant de la vérité , par l'amour de la liberté et par la haine de l'oppression .
Devant revenir, dans le cours de cet ouvrage , sur la forme de l'autorité provisoire par laquelle les conjm^és se proposaient de remplacer soudainement l'ordre constitutionnel de l'an III, je me bornerai ici a l'exposition succincte des avis qui partagèrent le comité.
Les uns proposaient de rappeler les débris de la convention nationale qu'ils regardaient comme
existante encore de droit; d'autres voulaient confier le gouvernement provisoire de la république à un corps nommé par le peuple de Paris en insurrection; d'autres enfin étaient d'avis de remettre , pour un temps déterminé , à un seul homme qu'on eut appelé dictateur ou régulateur, le pouvoir suprême et le soin d'instituer la république.
On verra ci-après les raisons dont chacun étayait son opinion : il suffit pour le moment de dire cjue l'autorité provisoire , a la nomination des insurgens , fut préférée au rappel de la convention proposé par Amar , et a la dictature mise en avant par Bedon.
Tandis que le comité mûrissait ses projets, la société du Panthéon et les écrits de Babeuf devenaient pour lui des leviers du mouvement qu'il méditait : afin d'en diriger l'action , il insinuait aux orateurs de la société dont il comptait former le premier noyau de l'insurrection , d'en réprimer avec prudence les élans prématurés sans en éteindre l'énergie , et encourageait Babeuf à redoubler de zcle contre les oppresseurs, et à appeler sans ménagement le peuple à la conquête pleine et entière de ses droits.
On allait se partager en sections afin de préparer l'insurrection , poser les bases de la législation provisoire qui devaitla suivre, et rédiger les
institutions définitives de l'égalité, lorsque ]a méfiance Tint ralentir les travaux du comité qui ne tarda pas à se dissoudre.
Dissolution du Amar devint l'objet des inquiétudes communes : il était odieux à beaucoup d'amis de l'égalité autant qu'aux partisans de l'aristocratie ; ceux-ci lui reprochaient la part qu'il avait eue aux poursuites dirigées contre les girondins , et la sévérité qu'il avait déployée contre les ennemis de la république ; ceux-là l'accusaient d'avoir été un des plus violens proscripteurs des victimes du 9 thermidor , sur lesquelles on prétendait qu'il avait exercé des traits affreux de cruauté : on le disait vain, imprudent, intrigant et vindicatif. Mais il avait su gagner la confiance de Darthé et dé Massart, et ce fut par eux que les autres membres du comité lui furent associés.
Retenus auprès d'Amar par l'ardent désir de servir la cause du peuple et par l'opinion qu'ils avaient de la sincérité du zèle qu'il manifestait , ils en étaient repoussés par d'amers souvenirs , par l'empressement même avec lequel il s'était prononcé pour le système des égaux , et même par l'injuste crainte d une trahison.
Héron qui avait été un des principaux agens du comité de sûreté générale de la convention, y avait conçu contre Amar une haine implacable.
Malade, mourant, à peine apprend-il que des républicains placent en celui-ci quelque confiance , qu il se hâte de mander Filipe le Rexellet, le conjure au nom de la patrie de les en éloigner, et le charge de le leur peindre sous les couleurs les plus effrayantes. Le vœu de Héron ayant été rempli, le comité qui, par des motifs de prudence, venait de transférer ses séances a la rue Neuve- Égalité , fut immédiatement dissous *.
Il n'y avait pas à cette époque un véritable ré- Autres rcunîons publicain qui ne fut conspirateur ou prêt a ^^^^"'"'^'""s^ire. devenir; tous éprouvaient éminemment le besoin de se réunir et de se concerter pour parvenir à la destruction de la tyrannie. Aussi , lorsque le comité dont je viens de parler fut dissous, se formèrent sur plusieurs points de Paris d'autres réunions du même genre , dans lesquelles on remarqua Darthé , Buonarroti , Massart , Bouin, Eriddy y AntoncUe, Germain, De Naumhet^ Chintrard, Ready , Tismiot, Dufour et Chapelle.
Ces nouvelles assemblées n'eurent pas une longue existence , parce que la surveillance de la police et une influence secrète qui tendait à ratta-
' Am.ir avait fait quelques sacrifices pécuniaires pour la conspiration démocratique , à laquelle il ne cessa de coopt'rer indirectement jusiju'au moment où ilfutimpliquif dans l'accusation portdç contre ses auteurs.
cher à un autre centre les efforts des démocrates , les firent bientôt cesser : ce fut là que fut développé le projet de distribuer tous les patriotes en petits clubs inaperçus , dont les députés eussent formé des sociétés d'arrondissement , soumises a un comité central , lequel eut été composé d'un petit nombre de démocrates éprouvés , chargés d'imprimer au tout une impulsion uniforme. L'esprit démo- Au Panthéon , on avait beaucoup de peine à cratiquc éclate ^.qj^^çj^jj. jgg élaus dc la société devenue plus nom-
au rantucon. JT
. breuse , contre la tyrannie constitutionnelle de Fan 111 . Les vives discussions auxquelles donnait lieu la lecture des journaux de tous les partis, et celles encore plus animées qu occasiona la proposition de solliciter la mise en vigueur de la loi qui attribuait aux défenseurs de la patrie un milliard de biens nationaux , ainsi que de celle qui octroyait aux citoyens pauvres d'honorables secours, y réveillèrent l'ancienne énergie démocratique, et firent connaître au gouvernement les amis les plus dévoués et les plus éloquens des principes populaires.
Positiondifficiie Quoiqu'il fùt rcçu parmi les panthéonistes des orateurs de q^^^^g g^p^e dissimulatiou était une précaution
cette société. x o a
nécessaire pom' rendre moins difficile l'accomplissement de leurs vœux , on ne pouvait empêcher les discours hardis de circuler de bouche en bouche et même d'éclater quelquefois à la tribune
de la société , tantôt par un effet de zèle , et tantôt par celui d'une intrigue tendante à provoquer l'anéantissement de cette utile institution. D'ailleurs il était impossible d'inspirer au peuple de l'énergie sans lui parler de ses intérêts et de ses droits ; et la nécessité où l'on était de laisser quelque latitude aux discussions , combinée avec la circonspection dont il fallait s'armer afin de ne pas donner trop tôt l'éveil a la tyrannie, constituait les orateurs du Panthéon dans une position embarrassante , soit sous le rapport de l'intérêt public, soit sous celui de la confiance dont il importait de les maintenir en possession.
Pendant que la société réveillait Fattention des b amis et des ennemis de l'égalité , que ses discus- a^niJôrlt^ues sions étaient répétées et commentées par les jour- ^'^"^"'' ^''i'*"' naux patrioticjues , défigurées, censurées et calomniées par les écrivains contre-révolutionnaires , et que les vieux démocrates jetaient sur le Panthéon des regards d'espérance , le peuple parisien sortait graduellement de l'indifférence oii ses longs malheurs l'avaient plongé , et il se formait dans , tous les départemens un grand nombre de so^ \ ciétés correspondant secrètement avec celle de la ! capitale, par l'entremise de leurs membres qu'elle / admettait dans son sein.
Les travaux de la société du Panthéon étaient Tmvauidcin
t ' •! •• loriclc du Pan-
parlages comme il suit ; ii„t„„.
cnaissance
Lecture des journaux ;
Communication de la correspondance des membres ;
Quêtes pour les patriotes malheureux ;
Démarches pour faire rendre la liberté à ceux que l'aristocratie précipitait dans les fers.
Venaient ensuite les discussions sur la législation et sur la marche du gouvernement , les propositions et lexamen des adresses a présenter aux autorités. De \ifs débats mettaient souvent a nu les sentimens généreux de ceux qui aspiraient à rendre au peuple la plénitude de ses droits , et les vues intéressées et étroites de quelques autres qui visaient à faire de la société le piédestal d'une odieuse domination.
Parmi les événemens remarquables qui se passèrent dans le sein de cette société , les deux suivans méritent une attention particulière. Distribution Avant Ic 9 thermidor de l'an II, deux lois
aux défenseurs . , , 1 /r> ^ i T
de la patrie, d'un avaicut prcparc une grande reîorme dans la dismiiiiard de Liens trijj^^n-ion ^çs ricliesscs tcrritorialcs.
nationaux.
Parla première, un milliard de biens nationaux avait été promis aux défenseurs de la patrie.
Par la seconde , les biens des ennemis de la révolution étaient ajloués aux patriotes malheureux *.
Presque tous les pantliéonistes considéraient
I Décrets des 8 et i4 ventôse de l'an II.
l'exécution de la première comme la dette de la reconnaissance ; mais les plus dévoue's à la cause de 1 égalité y voyaient en outre un premier pas a faire pour arriver à la mise en vigueur de la seconde, et pour familiariser la nation avec le principe qui place entre les mains du souverain le droit de disposer des biens : ils sentaient d'ailleurs que ce n était que par des discussions de ce genre qu'on pouvait réveiller dans le peuple cette e'nergie qui lui avait fait opérer tant de prodiges , et sans laquelle tous les efforts pom' établir un ordre public raisonnable , seraient vains.
Aussi la proposition de solliciter la distribution effective du milliard fut accueillie avec transport , et l'adresse qui en contenait la demande fut d'abord adoptée sans modification; cependant l'envoi en fut indéfiniment ajourné dans une séance postérieure, par l'influence de quelques agens du gouvernement , qui parvinrent à replonger la majorité des membres de la société dans l'effroi d'où ils venaient à peine de sortir '.
' Lc3 biens nationaux aflcctds dès le commencement à l'extinction de la dette publique ancienne , représentée par les rentes sur Tctat, et de la nouvelle , représentée par le papier-monnaie connu sous le nom d'assignats, furent borribleniuut dilapides, lorsque, après le 9 thermidor , il fut permis (le les acheter sans enchères et sans publicité , par simple soumission , et d'en payer le prix en papier, qui n'avait presque plus de valeur, d'après l'expertise faite autrefois en numéraire. De là , ainsi que du briganda^^e de ceux qui approvisioQiuient les années , vinrent ces fortunes colossales et
( loo )
intérLHA^kso- La Hardicssc avec laquelle Babeuf altaquait, beuf, dans son Tribun du Peuple , la constitution en
vigueur et les membres du gouvernement , fut la cause du silence rigoiu'eux que la société du Panthéon garda long-temps sur son compte : ceux qui approuvaient les opinions du tribun , craignaient de tout perdre par la précipitation; les timides avaient peur de se compromettre ; les ennemis de la doctrine de Babeuf appréhendaient de lui donner de l'importance.
Au commencement de ventôse de la IV^ année , la proscription qui pesait sur Babeuf atteignit son épouse ; elle fut arrêtée comme prévenue d avoir distribué les écrits de son mari , dont on ne voulait en effet que savoir d elle la demeure secrète. Au récit de cet excès de cruauté , le Panthéon retentit de mille cris d'indignation; les amis de l'égalité élevèrent la voix en faveur du courageux Babeuf; ils obtinrent que la société solliciterait la liberté de sa femme , et que des secours pécuniaires lui seraient envoyés dans sa prison.
ce luxe effréné qui contribuèrent ensuite si puissamment à la ruine totale de la republique.
Les pantliéonistcs repre'sentaient dans leur adresse que , pour peu que le de'sordre continuât , il ne resterait pas un arpent de terre pour acquitter la dette contractée envers les défenseurs de la patrie. Déjà Robespierre s'était plaint dans ses derniers discours, de la faveur accordée aux riches rentiers au détriment des pauvres , et surtout de ce que le comité des finances souffrait qu'on diminuât la masse des biens nationaux réservés au peuple.
( loi )
Le nouvel empressement avec lequel le peuple sdiisme dai»
^ la société du Pau-
accueillait les vérités qu il avait naguère aëfen- tiaou. dues avec tant de gloire , l'esprit d égalité qui se répandait de nouveau sur toute la France, ce nouvel élan vers la démocratie , et par dessus tout , le caractère connu de plusieurs membres du Panthéon , avaient déchaîné contre cette société tous les écrivains anti- populaires auxquels se joignirent plusieurs orateurs du conseil des cinq-cents : le gouvernement qui , au commencement , y avait applaudi , comptant en faire Tépouvantail des royalistes, en redoutait déjà Tinfluence. Des agcns secrets de la tyrannie , secondés par la timidité des hommes faibles , paralysèrent Téner- * gie de la société en y semant l'épouvante : tantôt ils lui montraient une bande d'aristocrates prêts à l'assaillir à main armée ; tantôt ils étalaient a ses yeux la colère du gouvernement , irrité par la prétendue hardiesse de ses discussions. Ils ne proposaient pour tout remède , que des actes de soumission et des protestations d'attachement au système établi.
Entraînée par de semblables conseils, la société se fit proposer une adresse au directoire exécutif, dans latjuelle, après mille basses flatteries, on lui faisait jurer fidélité à la constitution de l'an III. L'adresse fut vivement combattue ; mais, ayant été adoptée par la majorité , elle devint le motif d'un
scliisme patent entre ceux qui la signèrent, et ceux qui préférèrent a un lâche parjure la chance d une nouvelle proscription. Cet éclatant dénouement mit à découvert tous les sentimcns, et Tautoritc usurpatrice connut avec certitude les citoyens dont elle avait le plus à redouter les principes et la fermeté.
Assignais ; li- Daus Ic cours de ses travaux , la société porta
Lcrtc de lu près- , , / T i • i •
se ; jurés. SCS rcgards sur le crédit des assignats , sur la liberté de la presse et sur la formation du jury.
Telle était alors la rapidité avec laquelle les assignats perdaient de leur valeur , que les salaires ne pouvaient pas se mettre de niveau avec le prix des denrées , cjui doublait du matin au soir ; tous ceux qui vivaient de leur travail , ne pouvant plus gagner de quoi subsister, vendaient leurs meubles et leurs haillons , languissaient dans la misère et mouraient d'inanition. Une pétition des panthéonistes appela sur ce grave désordre lattention du corps législatif.
Une autre pétition réfuta les sophismes par lesquels des voix malveillantes avaient provoqué, au sein du corps législatif, des restrictions a la liberté de la presse , afin , disait-on , de réprimer l'audace des démocrates que la nouvelle aristocratie confondait hypocritement avec les royalistes.
Par la nouvelle législation, le droit d'être inscrit sur les tableaux des jurés d'accusation et de juge-
( io3 )
ment ayant été enlevé à ceux qui ne payaient pas le cens électoral , les classes peu fortunées avaient perdu, clans les jugemens, la garantie qui en résultait : de là les rigueiu-s juridiques pour elles , et l'indulgence pour les privilégiées. Un abus aussi dangereux que criant, fut dénoncé par la société au peuple et au corps législatif qui demeura muet
Ceux qui, dès le commencement, s étaient pro- rruacncc de la posé de faire de la société du Panthéon le point ^"'^ "^ ' d'appui des restaurateurs de la démocratie, eurent toujours en vue de ranimer l'énergie populaire et de ménager en même temps l'autorité constitutionnelle, jusqu'au moment où la rectification générale de l'opinion publique permettrait de parler sans détours , et rendrait vains les efforts des oppresseurs. Conséquemment ils voulaient qu'on se bornât a discuter les droits des hommes et des peuples, en évitant toute application directe aux tyrans du jour; et ce fut d'après leurs conseils que la société désapprouva constamment le zèle inconsidéré et peut-être simulé de ceux qui articulèrent dans son sein des dénonciations graves contre les membres du directoire exécutif, et y proclamèrent l'insurrection.
Les mêmes motifs de prudence firent refuser exc1u«ob des l'entrée de la société aux montagnards proscrits, ""^^"^^ 'onn«»dans Icsfjuels le gouvernement voyait à tort des
( io4 )
conspirateurs dangereux : Drouet seul fut admis ' .
Au mois de pluviôse de Fan IV, laffluence des hommes du peuple qui se présentaient au Panthéon , le bon esprit des petites sociétés démocratiques formées dans plusieurs quartiers de Paris, et le vif intérêt que le peuple prenait au rétablissement de ses droits, avertirent les fondateurs du Panthéon que leurs vœux commençaient a s accomplir, et qu il était temps d'ouvrir a leurs eflforts un champ plus vaste.
Jusque-là ils s'étaient bornés à rallier et à ranimer les élémens les plus actifs de la révolution : ils sentirent alors que le temps était venu d exercer la même influence sur le peuple parisien.
Fêtes décadai- Cherchant à concilier la publicité indispensable des séances avec les réglemens de police , et surtout avec les ménagemens que commandait la prudence , ils en vinrent à se convaincre que, leur doctrine politique étant la conséquence la plus rigoureuse des lois de la nature , il était aussi raisonnable que facile de la présenter comme le code de la divinité , c'est-à-dire , comme l'objet de la religion naturelle.
« Il avait fait arrêter à Varennes le i-oi rebelle et fugitif, et s'était rangé , dans la convention , sous les drapeaux de la démocratie; fait prisonnier au siège de Maubeuge par suite de son bouillant dévouement , il était dans les cachots de l'Autriche , lors des funestes cvénemens de thermidor qu'il blâmait hautement.
res.
( io5 )
En effet , la pratique d'un culte qui présente FEtrc-Supréme comme le créateur , le législateur et le protecteur derégalité, offrait Fimmense avantage de plaire a ceux qui ne tiennent au christianisme que par sa morale , a ceux qui repoussent latliëisme , et à ceux qui abhorrent la superstition. Elle était en outre fondée sur l'opinion des sages que l'humanité révère , et sur des raisonnemens qu'il est impossible de réfuter; elle pouvait devenir , entre les mains des réformateurs , un levier puissant pour l'établissement des institutions démocratiques; elle était le seul moyen légal de parler a de grandes réunions de peuple.
On résolut donc de paraître dans des temples publics sous le titre de déistes , préchant pour tout dogme la morale naturelle.
Et , comme il était utile d'accoutumer la multitude a remplacer les pratiques de l'église catholique par d'autres pratiques, ce que le gouvernement même cherchait alors à accomplir par l'introduction des fêtes décadaires , il fut arrêté quon célébrerait publiquement ces fêtes , et qu'a cet effet un vaste temple serait demandé au directoire exécutif.
Celui-ci , pénétrant le but de cette demande , dont il redouta les suites , s'y refusa sous le prétexte qu'il allait s'occuper de la célébration proposée.
Il devint alors nécessaire de tenir h la société
( io6 )
un langage plus clair, et de lui faire entrevoir une partie des vues secrètes qu'il eût été imprudent de lui faire connaître dans leur totalité'. On voulait la de' terminer à se couvrir des formes religieuses , afin de jouir de la publicité et des temples garantis par la loi aux sectaires de tous les cultes.
La discussion qui s engagea a ce sujet fut très animée et se prolongea pendant plusieurs séances ; les auteurs du projet furent obligés de combattre les orateurs qui s'efforçaient d en empêcher l'exécution , tantôt en conseillant de s'en rapporter prudemment au gouvernement, tantôt en faisant envisager toute forme religieuse comme la source d'une nouvelle superstition.
Tous les obstacles furent enfin écartés , et la société arrêta : a qu'elle emploierait les décadis a » honorer en public la Divinité par la prédica- » tion de la loi naturelle. » Une commission fut chargée de louer un temple , et de préparer le catéchisme et le règlement du nouveau culte. Haine du gou- A la mémc époque, le directoire exécutif retrc itTpLthdo- doutait la société du Panthéon , dont les discusnistes. sions alarmaient les nombreux égoïstes de la ca-
pitale. Dès lors , la police fut toute occupée à épier les propos et les démarches des orateurs panthéonistes , qui, par leur conduite publique , n'avaient fourni aucun motif décent de persécution. Ce-
pendant leur perte était jurée, et Ton guettait un prétexte pour dissoudre la société qu on appelait déjà un antre de brigands.
Vers le commencement de ventôse de Tan ÏV, Leur zM^. les panthéonistes revenus de leur ancienne stupeur, étaient généralement dévoués au triomphe de la démocratie. Au lieu d exciter leur zèle, il fallait en modérer lexplosion qui eût pu devenir funeste. Les émissaires que le gouvernement avait glissés dans la société, méprisés , honnis , ne pouvant plus tromper, devinrent de vils délateurs.
Le prétexte que le gouvernement cherchait lui Lcciuredeiou fut offert parDarthé qui, voulant sonder Icsprit dCloiuiio^r'r^^^^ de la société, v fit lecture d'un cahier du Tribun '°^'''^^ *^" ^*"'
' -^ thcon.
du Peuple , dans lequel les personnes des directeurs et de quelques députés n'étaient pas plus ménagées que leur oppressive constitution et leurs tyranniques lois. Cette lecture fut couverte d applaudissemens ; mais peu de jours après % la clôture du Panthéon fut ordonnée par le directoire , et exécutée par le général Buonapartc 2 en personne.
» Le 9 ventôse de Tan IV.
a Bufmapartc qui cnminandnit alors l'armdc de rinU'ricur fut le véritable auteur de cette mesure ; ayant dem^îlc' , à l'aide de nombreux agens , les vues uccrcHes de» pantlicWistcs, il en fit peur au directoire, et obtint l'ordre de dissolution-, il fut prilsent à l'exdcution, et se ût remettre les clefs de la salle où la société tenait ses séances.
vcrnement.
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p. rfiiie (lu sou- Ainsi que dans tous les gouvernemcns aristocratiques, il y avait dans celui de la republique française un esprit également oppose' a l'autorité d'un seul et a la puissance du peuple. Cependant l'ardeur avec laquelle la doctrine de la souveraineté populaire avait été récemment accueillie par la
A plusieurs traits de cette nature, la nouvelle aristocratie dut reconnaître dans ce général , déjà célèbre par la reprise de Toulon et par la journée du i3 vendémiaire , l'homme qui pouvait un jour lui prêter un solide appui contre le peuple ; et ce fut la connaissance qu'on avait de son caractère hautain et de ses opinions aristocratiques, qui le fit appeler, au i8 brumaire de l'an VIII, au secours de ce parti , effrayé de la rapidité avec laquelle reparaissait alors l'esprit démocratique. Buonaparte fut porté au suprême pouvoir par une suite de la marche rétrograde qu'imprima à la révolution le 9 thermidor de l'an II, époque funeste , depuis laquelle l'autorité qui gouvernait le squelette de la république s'étant séparée du peuple, eut sans cesse à lutter contre les royalistes d'un côté , et contre le parti démocratique mutilé , de l'autre. On la vit en effet combattre ce parti en prairial de l'an III , frapper les amis des rois en vendémiaire de l'an IV , proscrire les démocrates en floréal et en fructidor de la même année , poursuivre les royalistes en fructidor de l'an V , et briser les élections populaires en prairial de l'an VI. Dans les derniers mois de l'an VII, l'orage populaire grondant plus fort que jamais, etles armées ennemies devenant plus menaçantes , les usurpateurs de la souveraineté nationale se sentirent pressés entre les vengeances de l'ancien régime et la justice du peuple ; mais , trop ennemis de l'égalité pour avoir recours à une capitulation qu'ils eussent facilement obtenue du parti populaire , ils aimèrent mieux s'exposer à toutes les chances du despotisme militaire, en livrant, le 1 8 brumaire de l'an VIII, la république française au pouvoir illimité d'un soldat impérieux, dont ils se flattèrent en vain de contenir l'ambition et l'audace.
Ce fut aussi par une conséquence de la politique qui prévalut au 9 thermidor de l'an II, que ceux qui présidaient aux destinées de la
généralité de la nation, et précliée même par quelques uns des fondateurs de la nouvelle aristocratie , ne permettait pas à celle-ci d'en faire un crime aux démocrates, en les peignant sous leurs véritables couleurs : aussi s efforça- t-elle de les livrera la haine publique, en les qualifiant de royalistes déguisés qui aspiraient a ramener par un long circuit la nation à la royauté , à l'aide de Yanarchie avec laquelle on feignait de confondre les principes démocratiques.
On retrouve cette fourberie politique dans' tous les actes de la nouvelle autorité contre le
France furent araene's à envisager la guerre d'invasion comme un puissant moyen d'absorber l'attention de la nation , de la détourner du soin de, ses droits , d'e'vacuer progressivement l'humeur démocratique des armées , de corrompre les citoyens , et de fournir un aliment à l'ambition des généraux ; il est difficile d'expliquer autrement la conduite tenue en Italie et en Suisse , et surtout cette impolitique et criminelle expédition d'Egypte.
Le consulat et l'empire furent donc autant les suites de la guerre d'invasion , d'où sortit Buonaparte , que de la politique intérieure ; CCS deux causes ont leur source commune «lans les complots dont Robespierre fut la victime.
Buonaparte pouvait , par la fermeté de son caractère et par l'ascendant de ses exploits militaires , ôtre le réparateur de la liberté française; ambitieux vulgaire, il aima mieux lui porter les derniers coups: il tint entre ses mains le bonheur de l'Europe , et il en fut le fléau par l'oppression systématique qu'il fit peser sur elle , et par celle bien plus terrible , dont il prépara les élémens , et sous laquelle furent, après sa chute, engloutis, au nom même de la liberté , tant de peuples de cette partie du ^lobe. Plus on réfléchit sur l'cnchaincment des événemens , plus on demeure convaincu que la contre-rilvolutif)!! commença le 9 thermidor.
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parti populaire : Farréte directorial , qui ferma , avec le Panthéon , plusieui's re'unions royalistes rouvertes presque aussitôt, en est une preuve a ajouter a d'autres plus décisives, dont j'aurai occasion de parler en rendant compte de la fameuse loi du 27 germinal K
Rien ne coûte aux me'chans pour ane'antir leurs incommodes adversaires. Les amis les plus désintéresses de l'égalité furent présentés au monde comme des monstres de rapacité et d'ambition , par ceux qui n'épargnèrent ni la violence ni la calomnie pour retenir un pouvoir qui avait changé en opulence leur récente misère. De sem- Llables imputations furent prodiguées par le directoire aux panthéonistes , qu'il accusa d avoir hautement demandé la constitution de 1 798 et la dictature. Quant a celle-ci, il n'en fut jamais cjuestion; et, quoique la constitution de 1793 fut dans le coeur de tous les membres de la société , ils eurent constamment la prudence de ne pas permettre qu'on en parlât à leur tribune. Nouvelle pros- Cct actc violcut alarma tous les cœurs tant Sfô." ^" ^^ ^^^^ P^^ attachés a la liberté, et fut le signal d'une nouvelle persécution. Beaucoup de patriotes furent expulsés des fonctions publiques qu'ils remplissaient; on rechercha les faits révolutionnaires, et on poursuivit activement les écrivains populaires.
ï Voyez ci-après , page i47 , et suiv.