‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 3)Chapitre 37 sur 46 · AU DIRECTOIRE SECRET , ETC · texte numérisé non relu

AU DIRECTOIRE SECRET , ETC

Depuis trois décades , j'avais fait de vains efforts pour trouver un frère parmi mes camarades du camp de Grenelle. Je commençais déjà a désespérer de réussir, lorsqu'un heureux hasard m'en a procuré un qui est de nature a m'en procurer bientôt d'autres et des plus solides. Voici le fait.

Je passai hier une partie de l'après-diner à boire bouteille avec le nommé Montion , lieutenant de mon bataillon ( homme à moyens oratoires et militaires , ancien soldat de Flandre ) ; je le soupçonnais depuis long-temps dans les bons principes , et ce fut pour le sonder que je , l'amenai a l'écart. Apres avoir long-temps parlé politique en général , et l'avoir fait boire assez ; pour le faire parler (car il est naturellement trèsdiscret) , il m'avoua avec cette effusion du cœur, .signe certain de la franchise , qu'il n'avait jamais cessé d'être démocrate , mais qu'il avait perdu l'espoir de voir de sitôt les réj)ublicains se rcle-, ver, et qu'en conséquence lui et plusieurs de sesi anciens amis de Flandre , faisant de nécessité;

vertu, affectaient de paraître gouvernementistes. Je saisis cette occasion pour relever son courage ; et lui avouant que je professais la même manière de penser, je lui fis entendre que je savais, d\ine manière positive, que plus de quarante mille sans - culottes étaient prêts à se lever , et qu'ils auraient déjà renverse les tyrans , s'ils n'appre'jfiendaient d'être dans la nécessité de nous combattre , nous soldats du gouvernement.

J'y ajoutai que tout présageait que cdia n'empêcherait pas qu'ils ne s'insurgeassent bientôt, et qu'à coup sur nous serions victimes comme les Suisses au lo août. Je n'en dis pas davantage , et cela suffit pour nous faire conclure entre nous : 1° qu'il verrait aujourd'hui trois de ses anciens amis qu'il connaissait à fond , et les engagerait a se lier avec lui pour préparer la troupe a seconder le peuple au moment décisif ; il me fera connaître ses amis , sans me faire connaître d'eux; il leur dira ( chose essentielle ) et assurera qu'il y en a déjà 3oo de gagnés , mais qu'il est convenu qu'on ne se connaîtra que de quatre en quatre, pour éviter l'effet d'une trahison : par aperçu , le nombre pourra se monter à quinze ou vingt , dont trois officiers seulement (car c'est le grade le moins abordable.) Quand ce petit noyau sera formé , je leur ferai passer à chacun environ mille francs en assignats, pour gagner les soldats,

cl répandre Tinsubordination. Voici où j'aurai cet argent (car c'est la , à mon avis , le grand levier) ; 1° j'ai dans les mains d'un de mes frères , à Abbeville , 35,ooo livres en assignats ; je les vais faire venir, la lettre est déjà en route ; 2^ j'ai un cousin - germain , nommé Ponticourt, notaire, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie , que je vois rarement , parce qu'il est très-riche , et conséquemment grand royaliste ; il m'a souvent fait l'offre de m'avanccr de l'argent pour m'équiper autrement que je suis, parce que , dit-il, j'ai plus l'air d'un sans-culotte que d'un capitaine : j'ai toujours méprisé ses offres autant que sa personne , sans cependant me fâcher avec lui , par certains égards pour son père , etc. J'irai trouver ce cousin , je lui conterai que je viens d'être nommé employé aux bureaux de la guerre , et je lui demanderai qu'il me prête une dixaine de mille francs pour m'équiper ; ce qu'il fera avcf zèle ».

« Cette lettre est ihi Iraîtro Gri.scl, qui IV'crivil après avoii dénoncé les tentatives de» déniocral<'s.

( 2Sl ) VI!\GT-DEUXléME PIÈCE.

Cette pièce est la même que la quinzième (Voyez page 244) ^ ^^^f l^s modifications suivantes :

Entre le quatrième et le cinquième considérant , lisez ce qui suit :

ce Considérant que la convention nationale n'a » jamais été dissoute, qu'elle ne fut que dis- » persée par la violence et la volonté tyrannique » d'une faction contre -révolutionnaire ; queUe » existe toujours de droit; quelle n'aurait pu » être remplacée que par un corps législatif li- » brement élu par le peuple , et conséquemment » à sa constitution démocratique. >:>

Entre l'art. lo et l'art. 1 1 , lisez l'article suivant , qui devient le dixième :

« La convention se réunira à l'instant , et elle » reprendra ses fonctions. »

Les numéros de tous les articles suivans augmentent d'une unité.

A la fin de l'article 1 1 , qui devient le douzième , ajoutez ces mots :

« Les membres de la convention seront re- » connus à un signe particulier; ce sera celui » d'une enveloppe en couleur rouge autour de )) la forme du chapeau. »

A la place de l'article 19, qui devient le vingtième , lisez ce qui suit :

« Attendu le vide dans le sein de la repré- » sentation , qui résultera de l'extraction des w usurpateurs de l'autorité' nationale , et a raison » de l'impossibilité actuelle de faire , par la » voie des assemblées primaires, des choix di- » gnes de la confiance du peuple , la convention » nationale s'adjoindra sur-le-champ un mem- » bre par département , pris parmi les démo- » crates les plus prononcés, et surtout parmi » ceux qui auront le plus activement concouru » au renversement de la tyrannie. La liste en » sera présentée par les délégués de la portion » du peuple , qui aura pris l'initiative de l'insur- » rection. »

VIIKGT-TROISIÉME PIÈCE.

Page 1