‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 3)Chapitre 39 sur 46 · AUX AGENS · texte numérisé non relu

AUX AGENS

Toutes les mesures sont prises ; la mesure des crimes des tyrans est comblée : il faut insurger.

Voici les ordres et instructions auxquels nous vous prescrivons de vous conformer exactement.

I** Demain matin, a heures, vous ferez

sonner le tocsin dans toutes les sections de vos arrondissemens , et retentir dans les rues le plus grand nombre de trompettes que vous pourrez vous procurer. Le général en chef vous en enverra après le commencement de Tinsurrection , s'il peut s'emparer de l'endroit oii elles sont déposées. Il serait bon que les pelotons , ou tout au moins les arrondissemens , fussent précédés, dans leur marche, par des trompettes.

2° Au même moment, vous ferez afficher et répandre avec profusion les manifestes que nous vous envoyons, et lever la masse du peuple par le moyen de vos agens que vous aurez prévenus.

3" Le directoire a nommé les citoyens ci-après pour généraux du peuple pendant l'insurrection ; savoir, etc.

Vous les ferez reconnaître d'abord par les su-

bal ternes que nous avons choisis , et ensuite par le peuple entier , et vous veillerez a ce que leurs ordres soient exactement suivis.

4« Vous trouverez ci- joint la liste des citoyens de vos arrondissemens respectifs , que , d'après les renseignemens transmis par vous , nous avons cru les plus propres à conduire le peuple a la conquête de ses droits. On divisera le peuple par pelotons ; chacun d'eux en commandera un : le citoyen désigne comme chef commandera l'arrondissement ; les sous-chefs commanderont les sections.

5° Vous préviendrez immédiatement les chefs d'arrondissement , à qui vous ferez connaître les noms des généraux auxquels ils devront obéir , et vous leur enjoindrez en même temps de prévenir les sous-chefs de se tenir prêts , sans leur rien dire davantage : le même avis sera donné aux commandans de pelotons dont vous êtes trèssùrs ; les autres ne seront prévenus qu'au moment. Vous êtes libres de ne pas employer les commandans de pelotons sur lesquels vous pourriez avoir conçu des doutes.

6° Vous remettrez aux chefs , sous-chefs et commandans de pelotons , les guidons indiqués dans le manifeste.

7° Vous leur donnerez ordre de s'emparer immédiatement , et a quelque prix que ce soit , des

armes et munitions qui se trouvent chez les adjudans et aux chefs-lieux des sections.

8"^ Vous ferez réunir en corps tous les canonniers quise présenteront, pour être prêts à exécuter les ordres des généraux.

9^ Vous choisirez des patriotes énergiques auxquels vous confierez le soin de haranguer et électriser le peuple.

Vous tirerez en même temps parti de l'éloquence pathétique et persuasive des femmes, que vous dirigerez , comme nous vous l'avons déjà dit dans nos précédentes instructions , vers les soldats , auxquels elles présenteront des couronnes civiques , en les exhortant , par toutes les considérations puissantes qu'elles peuvent employer , à se confondre dans les rangs du peuple.

io° Dès le commencement de Tefiervescence , vous l'encouragerez en faisant répandre le bruit que déjà les camps de Grenelle et de Vincennes se sont rangés au parti du peuple.

Lorsque les soldats fraterniseront avec le peuple , il est nécessaire qu'ils se mêlent dans les rangs des sans-culottes , et qu'ils ne marchent ni en corps ni sous la direction de leurs officiers.

1 1 ° L'ordre sera par vous donné aux chefs et commandans d'entraîner ou dissiper par la force tous les individus qui voudraient se rallier aux ordres du gouvernement , et sous le commande-

ment des officiers de la garde nationale. On arrêtera toute ordonnance ou messager porteurs d'ordres de quelque autorité actuelle que ce soit.

12° Vous aurez soin de suivre et rallier la masse de votre arrondissement : vous donnerez l'exemple du dévouement et du courage, et vous nous rendrez compte par des exprès , tous les quarts-d'heure , de l'état des choses.

i3® Si les généraux ordonnent à la masse de votre arrondissement de se séparer , vous suivrez la partie la plus considérable , et vous confierez la , surveillance de l'autre à un citoyen zélé dont vous nous donnerez immédiatement le nom , et auquel vous donnerez l'ordre de nous rendre également compte tous les quarts-d'heure.

1 4° Vous communiquerez toutes vos instructions au sans-culotte qui mérite le plus votre confiance , pour qu'il vous remplace dans le cas qu'il vous arrive quelque accident.

i5° Vous ordonnerez de notre part à trois membres des comités révolutionnaires de chaque section de votre arrondissement qui étaient en exercice au 9 thermidor , et qui se sont conservés les plus purs, de rentrer en fonctions au premier coup de tocsin. A leur défaut , vous choisirez d'autres patriotes ; vous les chargerez de prendre , de concert avec vous , toutes les mesures pour l'exécution de l'acte insurrectionnel : il faut

surtout qu'ils s'occupent des articles concernant les boulangers et les vivtes à j>orter au peuple.

i6o Vous leur ordonnerez aussi de mettre surle-champ en réquisition les chevaux , mulets et chariots nécessaires au transport des vivres, des munitions et des blesses. 'h «^♦Hnkhno'^

En vous emparant des magasins de Farine, vous aurez soin d'y établir immédiatement un garde-magasin , et de faire continuellement approvisionner les boulangers environnans.

17** Au moment de l'insurrection, vous enverrez sur-le-champ auprès de nous dix sansculottes armés et bien déterminés de votre arrondissement : ils serviront à porter les ordres , et à la dernière extrémité nous nous ensevelirons avec eux sous les ruines de la liberté.

18° Le directoire insurrecteur tiendra ses séances au. . . .

19° La convention nationale sera par lui installée immédiatement après l'insmTcction, au....

Vous ferez connaître son existence.

20<> Vous veillerez à ce que les ordres des généraux pour la garde des barrières soient exactement exécutés , et vous aurez grand soin que les ponts soient gardés , et que toute comnmnication soit interrompue entre les autorités actuelles.

21» Vous profiterez du premier moment pour porter le peuple de chaque arrondissement k se

i:endre en massé auprès de nous afin dé concourir à la présentation de la liste des démocrates qui seront adjoints à la convention nationale , et pour appuyer les lois populaires et régénératrices qui seront à l'instant proposées par nous , et combinées de manière qu elles ne laisseront plus un seul citoyen malheureux.

VINGT-SIXlÉME PIÈCE.

FRAGMENT

d'un projet de discours au peuple victorieux.

Peuple triomphateur!

Citoyens ! si , pour çommandei^ rintérét des auditeurs , il faut , dans le sujet d'un discours , des choses de la plus haute importance , jamais orateur n'a du être écoute avec autant d'attention que je vais Tétre. Je la réclame encore cette attention , je te la demande et veux t'y préparer d'avance , peuple heureux , par ce jour qui nous éclaire. Je veux chercher à l'augmenter en t'aver tissant que les choses que j'ai à te dire t'importent encore plus que la sublime conquête que tu viens de faire. Enfin , si la confiance dans celui qui parle et dans ceux au nom desquels il parle , peut encore accroître le degré d'application dans ceux qui écoutent, je ne cix)is pas m'éloigncr de ce but en annonçant que tu entends en ce moment l'organe du comité insurrecteur de salut public.

Peuple libre encore une fois ! peuple dégarrotté et victorieux ! livre-toi sans contrainte h tes transports : tes viaitrvg ne sont plua. Il est passé ce temps oîi en leur présence et lorsqu'ils traitaient de ta libert('î, de ton existence, de tes in-

térêts les plus chers , ils voulaient faire de toi un • vil automate : nous ne te disons pas , nous , de ne donner aucun signe d'approbation ni d'improbation. Peuple souverain ! si nous te trahissons , si désormais nos paroles étaient aussi les avantcourières de notre perfidie et de nos crimes , au nom de la patrie et de la liberté , ne nous laisse point les achever : sur-le-champ , blâme-nous ! punis-nous !

Je crois encore convenable à mon exorde , peuple français , de te déclarer ici quels sont les membres de ce comité insurrecteur de salut public , au nom duquel je t'adresse la parole î Voici leurs noms....

France î c'est toi toute entière cjui m'entends î Et toi , mon auditoire, qui composes avec nous ses premiers libérateurs , je t'ai promis , ainsi qu'a elle , de dire des choses dignes de ce grand jour , des choses plus intéressantes encore que l'insigne triomphe qu'il a éclairé; je dirai et je proposerai les choses qui garantiront au peuple qu'il ne pourra plus perdre les fruits de ce triomphe. iia» nti-nr

Cest toujours au peuple que je m'adresse ! je ne vois encore que lui ici : on a parlé , dans l'acte insurrectionnel , d'une représentation ; elle n'existe point encore , puisqu'elle n'est point encore reconnue ; elle n'existe point encore , puisque

le peuple , encore en insurrection , exerce toujours lui-même ses droits ; que tout autre pouvoir disparait devant le sien : elle n'existe point encore , puisque les fruits de l'insurrection ne sont point encore cueillis , ni même assurés au peuple. Citoyens, saisissez bien cette circonstance. Que d'anciens prestiges ne vous fassent point illusion ; c'est vous qui êtes ici , je n'y vois point de sénat; c'est à vous , par conséquent , à vous tout seuls que je vais parler ; et , je le répète , il est utile , souverainement utile, que vous vous en pénétriez bien. Le moment est précieux , il est unique , il ne se représentera j)lus ; de Tusage que nous allons en faire, peut dépendre notre sort perpétuel.

VINGT-SEDTIÉMK PIÈCE.

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