‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 3)Chapitre 40 sur 46 · PROCLAMATION AUX SOLDATS · texte numérisé non relu

PROCLAMATION AUX SOLDATS

Soldats , le moment approche de sauver ou dç perdre a jamais la patrie. Ge peuple, fatigué sous le poids de ses maux, indigné contre l'oppression , va se lever : il veut détruire la tyrannie , ou périr avec k liberté. Non , on ne peut pas être patriote et souffrir plus long-temps Texistence d un gouvernement élevé contre la volonté du peuple sur le tombeau de ses plus chauds amis , sur la violation de ses droits, et sur la destructitun de toutes les lois populaires. La misère du peuple est a son comble , et tous les moyens de faire entendre sa voix lui sont enlevés : il n'a plus ni société , ni assemblée publique pour appuyer ses plaintes. Les conseils et le directoire , si doux , si humains pour les grands et les gens comme il faut, n'ont pour lui ni cœur, ni oreilles, ni voix. Si quelqu'un parle ou écrit pour lui , on l'emprisonne, on le tue. Non , jamais tyrannie ne fut plus atroce , plus insupportable ; le peuple , pour lequel on fit la révolution , est traité par les gouvernans comme une vile populace qu'il faut enchaîner pour leur sûreté ; et les hommes qu'un tel excès de barbarie révolte, ces hommes cjui renversèrent la Bastille et le tronc , sont par

cux-ménies appelés royalistes , pour tromper et armer contre eux les faibles et les ignorans. C'est par ce perfide macliravëlisme qu'ils espèrent vous égarer et vous égorger avec les baïonnettes , comme ils firent en germinal et prairial de l'an III. Vous êtes sans-culottes, otvous ne combattrez pas ceux cpii ont , comme vous , terrasse la royauté !- Ecoutez , et ne vous faites point illusion.

Le peuple veut la constitution de 1 793 , qu'il accepta imanimement , et qui lui fut perfidement enlevée par regorgement et l'emprisonnement des pa^triotes , sous le nom de terroristes.

Il veut cette constitution , parce qu'abrogeant toute distinction de richesse , elle rend to\is les hommes égaux , parce qu'elle assure des biens et des secours aux dëfensem-s de la patrie et aux pauvres , et parce que d'après elle le peuple peut réclamer lorsque lesi.lois sont contraires à ses intérêts.

Si voas n'êtes pas les amis des rois , des nobles et des richards, vous serez avec nous; vous n'écouterez pas la voix trompeuse de vos états-majors, qui, au mépris de leurs sermons tant de fois répétés , se sont jetés a corps perdu dans les bras du gouvernement actuel , parce qu'il paie bien <:hcr leur lâcheté , et surtout parce qu'il leur permet d'exercer sur vous cçt intolérabh;

despotisme que vous aviez renversé en 1789.

Ah ! quand vous versiez aux frontières votre sang pour la défense de la patrie , vous ne vous doutiez pas des horreurs qu'on commettait dans l'intérieur : vous pensiez combattre pour la liberté, pour le peuple; et vos triomphes , votre sang , ne servaient qu'a élever une nouvelle tyrannie , de nouvelles distinctions , une nouvelle insolence sur les débris de l'ancien despotisme.

Voyez ce directoire : à son faste insolent , à ses magnifiques palais , à sa garde nombreuse , à sa hauteur, à la lâcheté des courtisans , ne reconnait-on pas la cour des Capets ? Et nos généraux, si élégamment costumés, ne ressemblent-ils pas, par leur luxe et leur morgue , à ces nobles orgueilleux dont ils ont pris la place ? Ah ! vous le voyez , braves soldats , la révolution , qui devait rétablir l'égalité , n'a fait jusqu'ici que remplacer une bande d'anciens coquins par une foule de coquins nouveaux.

Des administrateurs patriotes dirigeaient la révolution au soulagement des malheureux ; des chefs , amis de l'égalité , vous conduisaient à la victoire ; ils furent destitués sous le nom de terroristes. La terreur, qui avait sauvé la patrie, devint un crime ; et les hommes courageux qui , par le plus grand dévouement , avaient bravé tous les dangers , furent désignés aux poignards

( 299 ) des contre - révolutionnaires comme les plus infâmes scélérats.

Après deux ans de contre-révolutions , vous devez être désabusés. Les terroristes sont ceux qui , depuis le commencement de la révolution , combattent pour les droits du peuple , ceux qui réclament sans cesse des récompenses pour vous et des secours pour les malheureux , ceux qui firent périr les ennemis du peuple , ceux avec lesquels vous fîtes tant de fois pâlir les satellites des tyrans ; voyez qui de nous ou de nos ennemis méritent votre estime.

Soldats , ouvrez les yeux : vous êtes peuple , pourriez-vous vous armer contre lui ? Pourquoi cette animosité contre vos frères de la légion de police ? On les chasse , parce qu'ils y voient clair, parce qu'ils ne veulent pas nous égorger : demain vous serez détrompés , et on vous en fera autant.

Soldats a collet rouge , ou collet blanc , n'étesvous pas tous cnfans et défenseurs de la patrie ! n'avez - vous pas combattu ensemble pour le triomphe de la liberté ? Amis , embrassez-vous et réunissez vos armes contre les usurpateurs qui , craignant la vengeance du peuple , espèrent trouver un appui dans votre division.

La patrie, votre mère commune, irritée par le sang de vos frères que vous aurez versé , vous écrasera sous le poids de ses malédictions.

( 3oo )

Le tocsin sonne.

On nest pas soldats du gouvernement, mais du peuple; ce nest pas le gouvernement, mais le peuple , qui vous paie par ses svieurs et par ses privations ; et si vous vous armez contre lui , comme le prétendent les tyrans, quels que soient les dangers , nous combattrons ; le sort en est jeté : se taire est le plus grand des crimes ; souffrir , c est sanctionner lesclavage des générations futures ; nous nous lèverons , et nous verrons si vous êtes les défenseurs de la liberté , ou les esclaves de la tyrannie. Ah! soldats, vous êtes peuple, opprimés , malheureux , comme nous , vous viendrez dans nos rangs faire pâlir les oppresseurs de la patrie.

( 3di )

VI!«GT-HUITIÉHE PIÈCE.

FRAGMENT

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