A&T. SI
Tous les citoyens sont admissibles à toutes les fonctions publiques , sans aucune autre distinction que celle des vertus et des talens , sans aucun autre titre que la confiance dû peuple.
traction de tous y est placée parmi les devoirs de la société; les changemens favorables au peuple
AlLT. S2.
Tous les citoyens ont un droit ëgal de concourir à la nerâination des mandataires du peuple et à la formation delà loi.
Pour que ces droits ne soient point itlusoiiies et T^galitë chîmc;rique , la société doit salarier les fonctionnaires publics^ et faire en sorte que les citoyens qui vivent de leur travail, puissent assister aux assemblées publiques où la loi les appelle , sanscompromettre leur existence ni celle de leur famille.
Aj«. 24.
Tout citoyen doit obéir religieusement aux magistrats et aux agens du gouvernement, lorsqu'ils sont les organes ou les exëcuxteurs de la loi.
Aat. a5.
Mais tout acte contre la liberté , contre la sûreté ou contre la propriété d'un homme , exercé par qui que ce soit , même au nom de la loi , hors des cas déterminés par elle et des formes qu'elle pres< crit, est arbitraire et nul ; le respect même de la loi défend de s'y soumettre ; et si on veut l'exécuter par la violence , il est permis de le repousser par la foroe.
Abt. a6.
Le droit de présenter des pétitions aux dépositaires de l'autorité publique appartient à tout individu. Ceux à qui elles sont adressées , doivent statuer sur les points qui en font Fobjet ; mais ils ne peuvent jamais ni en interdire, ni en restreindre , ni en condamner l'exercice.
Ajrt. 27.
La résistance à Foppression est la conséquence des autres droits de l'homme et du citoyen.
y sont faciles , et Fexercice de la soa^feraineté lui est assuré «mme il ne le fut jamais.
Jms, aS.
Il y a oppression contre le corps social, lorsqu'un seul de ses membres est opprimé.
Il y a oppressioa contiie dàaqœ meaibre du c«|m tocial, lonque le corps social estopprîmé.
Ait. ag.
lorsque le gouyemenient TÎole les droits du peuple , f insutrec^
tioB est pour le peuple et pour chaque portion du peuple , le plus sacre des droits et le plus indispensable des devoirs.
Aat. 3o.
Quand la garantie sociale manque à un citoyen , il rentre dans le droit naturel de défendre lui-même tous ses droits.
Au. 3i.
Dans Vun et Pautre cas , assujettir à des formes légales la résistance à ^oppression , est le dernier raffinement de la tyrannie.
Les fcmctions publiques ne peuvent être considérées comme des distinctions ni comme des récompenses, mais comme des devoirs publics.
Les délits des mandataires du peuple doÊvent être févérement et facilement punis. Nul n'a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens.
. Alt. 34.
Le peuple a le droit de connaître toutes les opérations de ses mandataires ; ils doivent lui rendre un compte fidèle de leur gestion , et subir son jugement avec respect.
!Est-Ge à une prudente circonspection, commandëe par lattitude hostilç des xiches ameutés par les girondins ? est-ce à l'influence des égoïstes dans les délibérations de laconvention nationale , qu'on doit attribuer les ménagemens dont-elle fit usage , et le voile sous lequel les députés , amis de l'égalité , furent obligés de cacher leurs vues ultérieures?
Quoi qu il en soit, il n est pas moins vrai que le droit de délibérer sur les lois, att/rihué au peuple, la soumission des mandataires du peuple à ses ordres , et Isl presque unanimité des voix à la-
Xes hommes de tous les pays sont frères , et les dîffërens peuples doivent s*entr'aider selon leur pouvoir -comme les citoyens du même aat. . .
Art. 36.
Celui qui opprime une>8eule nation se déclare l'ennemi de toutes.
AnT. 37.
Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de Phomme , doivent être poursuivis partout, non comme des ennemis ordinaires, maiâ comme des assassins et comme des brigands rebelles.
Art. 38.
Les rois, les aristocrates , les tyrans , quels qu'ils soient , sont des esclaves révoltés contre le souverain de la Jfcerre qui est le genre humain , et coittre le législateur de Tunîvers qui est la nature.
quelle la constitution de 1798 fut acceptée, ht firent regarder, à juste titre, comme lepaUadmm de la liberté française ^.
Mais queltrues-uns de ceux qui avaient parti- 5^"6'«« «*«>«-
^ ■*■ ^ ^ * * tif» du gouT«r>
cipé a la rédaction de cette constitution , appelée nement réroiu. depuis démocratique par les patriotes , sentaient cpi'elle seule ne pouvait assurer aux Français lé bonheur qu'ils demandaient : ils pensaient que 1a réforme des moeurs doit précéder la jouissance de la liberté : ils savaient qu'avant de confw-er au peuple Texercice de la souveraineté , il fallait rendre général Tamour de la vertu; substituer le désintéressement et la modestie a Tavarice , a là vanité et à Tambition qui entretiennent entre les citoyens une guerre perpétuelle ; anéantir Ta contradiction établie par nos institutions entre les besoins et Tamour de Vindépendance , et arracher aux ennemis naturels de l'égalité les moyens de tromper , d'eflrayer et de diviser : ils savaient que les mesures coactives et extraordinaires, indispensa*blés pour opérer un si heureiu et si grand changement , sont inconciliables avec les formes d'une organisation régulière : ils savaient enfin, etlexpcrience n'a que trop justifié depuis leur manière de voir , qu'établir , sans ces préliminaires , l'ordre constitutionnel des élections , c'est 'abandonner le pouvoir aux amis de tous lès abus , et perdre à ja-
» Voyez cette constitution aux pièces justificatives sous le n» i .
mais Focca^on d'assura* la félicité publique >. Aussi ^ à la demaiide de 8000 envoyés du peuple , firent-ils remplacer jusqu a la paix la consti-^ tution de 1 798, par une forme d'autorité qui conservait a ceux qui avaient eomm^ice ce grand ouvrage , \e pouvoir de Tadiever , et substituait à la fois ïiux chances d'une giaerre ouverte contre ks ennemis intérieurs de la liberté', des moyens prompts et légaux de les réduire a Timpuissance. Cette fcnrme fut appAée gùwvermment révokdiàn^ noire , et eut pour directeurs les membres de œ comité de salut public auqud lliumanité faillit devoir une rédemption complète.
s«ft prodiges, n est impossiblc aux âmes honnêtes de ne pas reconnaître la profmide sagesse avec laquelle la nation française fut alors dktgée va*s un état oit ^ rendue à Tégalité , elle eut pu jouir paisiblement d'une constitutkm libre. On ne saurait assez admirer la prudence avec laqudle d'illustres légiâla-* teur«, mettant habilement à profit les revers et
> Tant qae les choses resteront comme elles sont, la forme politique la plus libre ne sera avantageuse qu^à ceux qui peuvent se passer de travailler. l<a «laaie des natkns assajettie par le besoin à des travaux pénibles et continuels , ne pouvant ni s^instruire des affaires publiques , ni assister aux assemblées où eUes se traitent , «t dépendant des riches pour son existence , ceux-ci disposent seuls des délibérations que des gpuvemeraen» tnwipeurs ont adroitement l'air de demander au peuple. Est-il à présumer que ces honnêtes gens s'oublient? Que serait-ce, s'il s'agissait de leur demander leur jMTopre abaissement ?
les yictoires , surent inspirer à la grande majorité de la nation , Tabnégation la plus sublime , le mépris des richesses , des plaisirs et de la mort, et ramener a proclamer que tous les hommes ont tm droit égal amos productions de la terre et de Findustrie.
Et qui pourra ^acer des pages de Thistoire cette étonnante métamorphose par laquelle tant d'hommes, naguère vohiptueux , avides , légers et présomptueux , renoncèrent de bon cœur à mille jouissances factices , déposèrent à Fenvi leur superflu sur Tautel de la patrie , fondirent en foule sur les armées des rois , et se bornèrent à demander pour tout bien , du pain, duferetréga^lité?
Ces faits attestés par tme infinité d'adresses , de rapports et de décrets , par les registres publics , par les annales de la France , par TefiTroi non encore éteint des classes aristocratiques et par notre propre souvenir, répondent seuls aux mensonges , aux calomnies et aux sophismes par lesquels on s'est efforcé de noircir cette brillante partie de l'histoire française. A quelles hautes desti. nées un peuple auquel on avait su inspirer un si généreux dévouement , ne pouvait-il pas atteindre ! Quelles sages institutions la France et l'univers ne devaient-ils pas se promettre des conseils de ceux qui avaient présidé i d'aussi grands prodiges 5
JDepuis la promulgation de Tacte constitutionnel de 1793 et du décret qui créa le gouvernement révolutionnaire , l'autorité' et la le'gislation devinrent tous les jours plus populaires. Un enthousiasme aussi saint que nouveau s'empara du peuple français ; d'innombrahles armées se formèrent comme par endiantement ; la république ne fut plus qu'un vaste atelier de guerre ; la jeunesse, l'âge mur et même la vieillesse rivalisèrent de patriotisme et de courage ; en peu de tems un ennemi redoutable fut repoussé des frontières qu'il avait envahies ou que la trahison lui avait livrées.
Dans Tintérieur, les factions forent comprimées ; tous les jours voyaient éclore des mesures législatives tendant à relever l'espoir de la classe nombreuse des malheureux , à encourager la vertu et à rétablir l'égalité. Le superflu fut conféré au malheur et à la défense de la patrie. On pourvut, au moyen des réquisitions de denrées et de marchandises , des emprunts forcés , des taxes révolutionnaires et de l'immense générosité des bons citoyens, à la subsistance de quatorze cent mille guerriers , et du peuple dont les riches se proposaient de dompter par la famine r^udace républicaine.
L'établissement des magasins d'abondance , les lois contre les accaparemens , l'émission du principe qui attribue au peuple la propriété des den-
rees de première nécessité , les lois pour Textinction de la mendicité', celles pour la distribution des secours nationaux , et la communauté' qui régnait alors de fait parmi la généralité des Français, furent quelques uns des préliminaires d'un ordre nouveau, dont le plan est dessiiié en càractè^ res ineffaçables dans les fameux rapports du comité de salut public, et principalement dans ceux que Robespierre et Saint-Just prononcèrent à la tribmie nationale '.
> Robespierre : Rfxpporl du i^ plut^iose an. II : « Nous voulons « un ordre de choses où toutes les passions basses et crueUes » soient enchaînées, toutes les passions bienfaisantes et gënë- » reuses éveillées par les lois; où l'ambition soit le désir de * mériter la gloire et de servir la patrie ; où les distinctions ne « naissent que de l'égalité même ; où le citoyen soit soumis au ma- » gistrat, le magistrat au peuple, et le peuple à la justice; où la patrie » assure le bien-être de chaque individu , et où chaque individu » jouisse avec orgueil de la prospérité et de la gloire de la pa- » trie; où toutes les âmes s'agrandissent par la communication » continuelle des sentimens républicains , et par le besoin de » mériter l'estime d'un grand peuple ; où les arts soient les » décorations de la liberté qui les , ennoblit , le commerce la « source de la richesse publique et non seulement de l'opulence n monstrueuse de quelques maisons.
» Nous voulons substituer dans notre pays la mentale à l'é- » goïsme ; la probité à l'honneur ; les principes aux usages ; les A devoirs aux bienséances ; l'empire de la raison à la tyrannie de « la mode ; le mépris du vice au mépris du malheur ; la fierté « à l'insolence ; la grandeur d'ame à la vanité ; l'amour de la » gloire à l'amour de l'argent ; les bonnes gens à la bonne com- « pagnie ; le mérite à l'intrigue : le génie au bel esprit ; la vérité » ^à l'éclat ; le charme du bonheur aux ennuis de la volupté ; la
Mesure» U- PouT bicii apprécier le gouTemement rëvolulayeur de vé- lionnaîredc la république française , il faut se démœws Mito* pouiller des préjugés enfantés par les systèmes ponaies. Utiqucs qui ont précédé la révolution , et qui donnèrent en tout temps à la terre des malheurs et des crimes. La sagesse avec laquelle il prépara
t> grandeur de l^omme à la petitesse des grands ; un peuple maft gnanime, puissant , heureux, à un peuple aimable , frivole et mî- » sérable ; c'est-à-dire , toutes les vertus et tous les miracles de » la république à tous les yices et à tous les ridicules de la mo- » narchie.
» Nous voulons, en un mot, remplir les vœux de la nature, * accomplir les destins de l'humanitë , tenir les prconesses de la » philosophie , absoudre la providence du long régne du crime « et de la tyrannie. Que la France jadis illustre parmi les pays y> esclaves , éclipsant la gloire de tous les peuples libres qui ont » existé, devienne le modèle des nations, l'effroi des oppres- » seurs , la consolation des opprimés , Tomement de l'univers, et A qu'en scellant notre ouvrage de notre sang, nous puissions voir t) au moins briller l'aurore de la félicité universelle.
» Le même. Discours du 7 prairial an II: Ce qui constitue w la république, ce n'est ni la pompe des dénominations , ni la » victoire , ni la richesse , ni l'enthousiasme passager ; c'est la » sagesse des lois et surtout la bonté des mœurs ; c'est la pureté » et la stabilité des maximes du gouvernement.
» SaifU-Just, Rapport du 8 ventôse an II : L'opulence est » dans les mains d'un assez grand nombre d'ennemis de la révot> lution ; les besoins mettent le peuple qui travaille dans la dé- » pendance de ses ennemis. Concevez-vous qu'un empire puisse » exister, si les rapports civils aboutisent à ceux qui sont con- » traires à la forme du gouvernement ? Ceux qui font des révolu- * tiens à demi , ne font que se creuser un tombeau. La révolution » nous conduit à reconnaître ce principe, que celui qui s'est w montré l'ennemi de son pays n'y peut être propriétaire. Il faut » encore quelques coups de génie pour nous sauver. •
un nouvel ordre dans la distribution des biens et des devoirs , ne saurait échapper aux regards des esprits droits. Ils ne se borneront pas a voirVexpression de la reconnaissance nationale dans la distribution des terres promises aux défenseurs
* Serait-ce donc pour ménager des jouiâsances à ses iyrsLm que
* le peuple rcne son sang sur les Ironti^es, et que loates les fa- » milles portent le deuil de leurs eafans ? Tous reconnaîtrez ce » principe, que celui«là seul a des droits dans notre patrie ,qui «
* 'Coopéré à Taffranchir. Abolissez la mendicité qui déshonore un n état libre: les profuriétés des patriotes sont sacrées; mais les' » biens des conspirateurs sont là pour toua les malheureux. Les « malheureux sont les puissances de la terre; ils ont le droit de « parler en maîtres aux gouyememens qui les négligent.
n Età la fin du même ditcours .- Pour voos ^ détruisez le parlt i> rebelle ; bronzez la liberté ; vengez les patriotes ▼ictimes de « l'intrigue ; mettez le bon sens et la modestie à Tordre du jour } « ne souffrez point qu*il y ait un Malheureux ni un pauvre dans
* l'état : ce n'est qu'à ce prix qu^ voua anrei fait une révoLution i> et une république véritable.
Le même. Rapport du iZ ventôse : Que l'Europe apprenne tt que vous ne voulez plus un malhenreux ni un oppresseur sur A le territoire français ; que cet exemple fructifie sur la terre ; » qu'il y propage Tamour des vertus et le bonheur. Le bonheur t> est une idée neuve en Europe.
Le même Saint- Just ; Rttppcrt du aS ventéae tu» ZT .* Si le
* peuple aime la vertu, la frugalité; si l'efironterie disparait » des visages ; si la pudeur rentre dans la cité y les contre- révolu- » tîomiaires , les modérés et les fripons dans la poussière ; si , n terrible envers les ennemis de la révolation , on est aimant et » sensible envers un patriote ; si les fonctionnaires s'ensevelissent » dans leurs cabinets pour s'y assujettir à faire le bien sans courir n à la renommée, n'ayant pour témoin que leur cœur; ai vous T» donnez des terres à tous les malheureux ; si voos les 6tei à » tous les 'scélérats ; je reconnais que vous avez fait une révo- « lution.
de la patrie^ et dans le décret qui ordonnait la répartition entre les malheureux, des biens des ennemis de la révolution qui devaient être expulsés du territoire français. Ib verront dans la confiscation des biens des contre-révolutionnaires condamnés, non une mesure fiscale, mais le vaste. plan dun réformateur. Et quand, après avoir considéré le soin avec lequel on propagea les sentimens de fraternité et de bienfaisance , rhabileté avec laquelle on sut changer nos idées de bonheur, et cette prudence qui alluma dans tous les cœurs un vertueux enthousiasme pour la défense de la patrie et de la liberté , ils se rappelleront Iç respect accordé aux mœurs simples et bonnes, la proscription des conquêtes et des superfluités , les grandes assemblées du peuple , les projets d^éduçation commune, les Champs de Mars , les fêtes nationales ; quand ils songeront à rétablissement de ce culte sublime qui , confondant les lois de la patrie avec les préceptes de la divinité , doublait les'forces du législatem', et lui donnait les moyens d'éteindre en peu de tems toutes les superstitions et de réaliser tousles prodiges de l'égalité ; quand ils se souviendront qu'en s'em- . parant du commerce extérieur, la république ava.it coupé la racine de l'avidité la plus dévorante, et tari la source la plus féconde des besoins factices ; quand ils considéreront que par les ré-
quisltions , elle disposait de la plus grande partie des productions de l'agriculture et de Tindustrie , v et que les subsistances et le commerce formaient de jà deux grandes branchesde l'administration publique, ils seront force's de s écrier : Encore unjotir^ et le bonheur et la liberté de tous étaient assurés pa/r les institutions qu'ils ne cessèrent de demander !
Maisledestinenayait autrementordonné,etla Faction qui cause de légalité qui n'avait jamais obtenu d'aussi pie,ur il Ionmrands succès .dut succomber encore une fois sous "'^****»° **f **
*^ ' souveraineté. *
les efforts rémiis dé toutes les passions anti-sociales. Hebertiste*.
Ceux qui avaient eu la noble audace dé ^ charger d'une si glorieuse entreprise, eurent k combattre à la fois les égaremens des hommes faibles et les intrigues de la mauvaise foi dont ils furent enfin les victimes.
Des gens crurent, et d'autres feignirent de croire que le gouvernement révolutionnaire , par lequel l'exercice des droits politiques des citoyens était partiellement et momentanément suspendu , menaçait essentiellement la liberté de la nation : ceux-ci blessèrent la patrie plus par les sophismes qui égarèrent une foule de bons citoyens , que parles trames qu'ils ourdirent contre les principaux directeurs de la réforme.
Par malheur, les esprits imbus des théories d'un ordre social libre et paisible, concevaient généra-
lement avec peine la nature d'une autorité ex-
trawdinaire et nécessaire , par laqudle une nation
peut être mise en pleine possession de la liberté,
' malgré la ccNrruption qui est la suite de son an--
cien esclavage, et à trava*s les pièges et les hostifi*
tés des ennemis intérieurs et extérieurs conjurés
contre elle.
LafacUpûdes Lcs faux amis dc l'égalité qui en avaient pro-
i^'i^^rTia page les principes dans la vue de se ménager Foc-
**^*^ii« 'Jl casion d'assouvir leur rapacité , pâlirent a Tappro-
deiegaiiU-Danp ^ j^ :Q^p gjj ^q^^ dcvait fléchir sous le niveau
tonijtM. ^
et {^ier sous le joug (klamorale^ Les uns avaient abusé dès grands pouvoirs exercés dans les départemens ou aux armées; d'autres avaient oru à la transfusion des richesses en faveur des révolu'tionnaires , dont ils voulaient faire une classe de nouveaux privilégiés; d'autres étaient accusés d'avoir reçu de l'étranger le prix de leurs manœuvres crimineUes >.
* Hëbert et Danton donnèrent leur nom à deax factions qui ,
quoique également ennemies du gouvernement révolutionnaire
qu'elles avaient aidé à établir, différaient essentieliement, et par
le but auquel elles tendaî<ni;, et par le earactère des iadfiyidia dtxit
^ elles se composaient.
On ne comptait généralement dans les rangs des hébertistes tfjoe des hommes labcNrieusc, droits, francs, courageux , peu studieux, étrangers aux théories politiques, aimant la liberté par sentiment , enthousiastes de Fégalité et impatiens d'en jouir. Bons citoyens dans une république populaire assise , mauvais pilotes dans les tempêtes qui en précédent l'établissement, il ne fut pas
■ Cette faction conspira aussi contre les provocateurs des institutions démocratiques. EUe succomba y et "rit périr quelques-uns de ses chefs ; mais ceux qui leur survécurent, se ralliant a la voix de la justice nationale qui les menaçait, flattant les ennemis de la révolution de toutes les
difficile de les indisposer contre la prolongation de Finstitution révolutionnaire 9 en la leur peignant comme une coupable atteinte portée à la souveraineté du peuple. On n*eut pas non plus beaucoi^de peine à leur persuader que , pour tarir à jamais la source des superstitions et du pouvoir des prêtres, il fallait proscrire toutes les idées religieuses. Cependant de tels hommes , plus disposés à trancher les difficultés par des coups de main q[u'à peser mûrement l'utilité et les conséquences d'une crise politique, avaient en vue le même résultat auquel tendaient les amis sages de l'égalité ; mais ils ne se formaient pas , comme ceux-ci, une idée bien nette ni des institutions par lesquelleson pouvait Tobtenir , ni de la route par laquelle il fallait y arriver. Ce n'est donc pas à eux qu'on doit imputer la funeste division , et les malheufs ajpérés par la faction à laquelle ils appartenaient. Une si grave responsabilité pèse toute entière sur les hommes influens qui , au nom du lûen public , leur inspirèrent d'injustes soupçons^ et dont on regrette de ne pas pouvoir excuser le criminel aveuglement.
Les dantonistes n'ont pas droit à la même indulgence, parce que le caractère prédominant de cette faction était un mélange de vanité , d'intrigue, d'audace, de fausseté , de vénalité et de corruption. Ceux qu'elle reconnut pour ses chefs , professaient publiquement les maximes les plus opposées à la pureté de mœurs , sur laquelle le gouvernement français de cette époque entendait asseoir la république. Serviles imitateurs du débordement qui distinguait avant la révolution la cour et les classes privilégiées , ils combattirent les grands d'autrefois pour se mettre à Içur place , et s'élevèrent contre la religion , non pour affiranchir les honunes du joug des préjugés et de la superstition , non pour enlever à la tyrannie son auxiliaire le plus redoutable , mais pour se débairasser
couleurs , soutenus par les patriotes égares a qui on faisait craindre la perte de la souveraineté populaire , et mettant adroitement en jeu la jalou-: sie qu'excite le mérite , proclamèrent les hommages volontaires rendus à la vertu , comme les ca-
de ridée d'un juge incommode , pour se livrer plus tranquillement à la fougue de leurs basses passions , et pour efl^cer de Fesprit humain les idées consolatrices de justice , de probité et de vertu. Les dantonistes considéraient la révolution comme un jeu de hasard , dans lequel la victoire demeure au plus rusé et au plus fripon ; ils souriaient de pitié aux mots de désintéressement , de vertu , d'égalité, et prétendaient ouvertement qu'aux révolutionnaires devaient* au bout du' compte , appartenir tous les avantages de fortune et de puissance dont avaient joui les nobles de l'ancien régime. Aussi, beaucoup de ceux qui grossissaient leurs rangs , n'ont-ils pas craint depuis d'emprunter les couleurs les plus opposées , de flatter toutes les tyrannies et de se livrer aux plus abjectes menées, pour acquérir la fortune et retenir une ombre de pouvoir.
De dangereuses machinations furent ourdies par les meneurs de ces factions, et ce ne fut pas sans de graves raisons que le gouvernement révolutionnaire les accusa d'agir de concert avec les cabinets étrangers , ligués contre la république française.
Quoiqu'il en soit des rapports secrets des chefs , il n'est pas moins vrai que les deux factions travaillèrent à tout bouleverser, et qu'elles applaudirent et concoururent aux tragiques événemens du 9 thermidor. Cependant ce fut dans des vues absolument diffé- ' rentes : les dantonistes voulurent se débarrasser de l'égalité qu'ils haïssaient et de l'austérité républicaine qui les gênait , tandis que les hébertistes crurent follement que l'égalité et la république allaient être par là délivrées et afi'ermies. L'erreur de ceux-ci ne fut pas longue; détrompés insensiblement, ils se réunirent bièntât aux hommes' dont ils avaient naguère condamné la conduite , et partagèrent la proscription dans laquelle tous les cœurs honnêtes furent enveloppés par cette faction de boue qui , par sa révoltante immoralité , tendait Bans cesse à se confondre avec les partisans du despotisme.
Digjtized
racteres dune insupportable tyrannie, et parvinrent, à l'aide des calomnies les plus absurdes, à faire assassiner, le 9 thermidor de Fan II, les députés à qui le peuple français devait la plupart des progrès qu'il avait faits dans la conquête de ses droits^.
< Certaios membres de la conveotion nationale , connus par les malversations dont ils s'étaient souillés dabs leurs missions, paraissent avoir été les principaux instigateurs de cette déplorable journée. Effrayés par le supplice des conspirateurs et par les maximes austères du gouvernement , ils alarmèrent aisément leurs pareils , et ranimèrent par leurs clameurs la confiance et Faudace des ennemis de l'égalité.
Mille motifs différens d'intérêt , de jalousie , de vanité , d'aristocratie et de vengeance grossirent l'orage qui fondit ce jour-là sur la république ; on les reconnait à l'absurdité des accusations , aux contradictions des accusateurs , et à l'acharnement avec lequel on proscrivit tous ceux qui se mirent en devoir de défendre le républicain Kobespierre.
Les vues secrètes de ses proscripteurs étaient déguisées sous Timputation vague de tyrannie. Mais un tyran sans trésors, sans soldats , sans autres amis que les ennemis des tyrans ; un tyran qui , loin de flatter bassement la multitude en secondant ses caprices , eut souvent le courage de la détourner , au risque de lui déplaire , des plans séducteurs que d'autres lui présentaient, n'est-il pas un être de raison ? c'est, disait-on , le tyran de l'opinic».... Oh ! pour le coup , le procès est jugé.... La tyrannie de Robespierre ne fut donc autre chose que le pouvoir de ses sages conseils et l'influence de sa vertu.... Il fut le tyran des méchans.
Et comment prouvâtes- vous sa tyrannie , vous qui, après sa mort , ne sûtes que vous entre-déchirer et nous perdre. Tandis que les uns l'accusaient d'avoir immolé Danton , d'autres lui reprochaient d'avoir voulu le sauver; ceux qui, la veille encore , l'appelaient le Caton de la France, ou le comparaient à Orphée civilisant les peuples sauvages, dressent son acte d'accusation; ici onluiim-
(46 ), La Tenu est ap- Dcpuis , tout a été pcrdu. Pour justifier leur
pelée vice et ty- . • • . . • / / / »
rannie. crime , cBux qui avaiciit cooperc aux eyenemens
de cette journéie ^ d^^ent changer en chefs d!accusatioh^ les principes , la .conduite et les vertus de leurs victimes. Les prédicateurs intéressés de démocratie et les anciens partisans de l'aristocratie se trouvèrent d'accord. Quelques voix qui rappelèrent les doctrines et les institutions de Té-
;pute les fautes de quelques dt^piitës en mission , là on se plaint des -poursuites qu'il veut diriger contre eux. Vous le disiez riche à plusieurs millions , et la France Tappelle encore F incorruptible; et il est bien connu que la vente de tbut ce qu'on lui trouva , ne produisit pas au delà de (fio livres en numéraire. Vous le disiez dépourvu de connaissances et de jugement, tout en prétendant qu'il vous avait soumis pendant quinze mois à sa domination. Tandis que vous rappeliez cruel, d'autres lui reprochaient d'avoir prolongé les jours des soixante-treize Girondins détenus. Vous parlez encore ÛQ sa farouche ambition , mais vous ne dites pas à Tunivers abusé par vos récits mensongers, que sans ses trop héroïques conseils , les magistriits de Taris , à la tête de la majorité des sections et des canonniers , vous eussent infKgé la correction que vous méritiez. Semblables à des écoliers ameutés contre leur maitre , vous l'injuriiez sur son lit de mort , et vous souffriez qu''on envenimât à coups de canif ses blessures saignantes.
Rienn^égale le délire de ces comités qui , sur les traces des plu9 furieux aristocrates de rancienne Rome , armèrent le peuple contre ses défenseurs , en les lui peignant sous les traits d'ambitieux, cons~ pirant pour rétablir le 'trôné , ou aspirant à y monter ; de ces comités qui , le I o thermidor , n'eurent pas honte de déclarer à la con- vention qu'elle devait son triomphe aux mensonges , par lesquels ils avaient trompé les bons et simples habitans du faubourg Antoine, e Peut-être vous ne le croiriez pas , n disait le rapporteur des comités de salut public et de sûreté générale , « sur le bureau de la maison » commune où se tenait la séance contre-révolutionnaire , était un
byGoogk
(47 ) gaUté , furent regardées comme les cris impurs de Tanarchie , du hrigandage et du terrorisme. Ceux qui avaient été sahitairement comprimés , s'emparèrent de Fautorité ; et , pour se venger de rhumiliation à laquelle ils araient été rédmls, ils enveloppèrent dans une longue et sanglante proscription , avec les amis sincères de Fégalité , ceux qui l'avaient préchée par intérêt y et ceux-là
tt sceau neuf, n*ayant pour empreinte qu'une fleur de lys; et déjà » dans la nuit , deux individus s'étaient présentés au Temple pour en
• demander les habitans Je dois dire ici un trait qui marque
» bien Tétat de l'esprit public : des émissaires secrets avaient voulu
• le corrompre dans le faubourg Antoine ; mais aussitôt que les re- » présentans du peuple ont parlé des signes de royalisme tro«vés k » la commune , les sections républicaines n'ont fait entendre que « des cris d'indignation. »
Robespierre veut confondre ses accusateurs, on le bâillonne ; Saint- Just est jeté dans les fers , aux premiers mota d'un discours qu'on l'empêche de prononcer ; on arrête Couthon parce qu'il veut s'opposer à rinjustice *, Lebas est proscrit pour cela seul qu'il déclare ne pas vouloir partager l'infamie d'un décret inique ; le frère de Bobespierre veut le défendre , et est aussi ftappé d'un décret d'arrestation : tous subirent le lendemain le martyre ; et David qui avait dit à Robespierre : Je boirai la ciguë avec toi, souffrit un long emprisonnement , et ne dut là vie qu'à la vaine célébrité de peintre dont il jouissait.
Pour les immoler plus prom^ment , vous vous fites des titres des alarmes de la commune et de leur présence à ses dernières délibérations. Mais , outre que Fon vous soupçome de leur avoir tendu un piège en ouvrant vous4némes leurs prisons, leurs vues et les vôtres ; ce qu'ils avaient fait , ce que vous fîtes ; les biens que nous promettaient les temps qui précédèrent leur mort , et la foule des maux qui l'ont suivie, prouvent à l'évidence que jamais insurrection ne fut plus sainte , ni résistance plus impérieusement commandée.
( 48 ) même qui , par trahison , par jalousie ou par aveuglement, avaient tant coopéré à la contrerévolution du 9 thermidor.
Le gouverne- ^^^ ^^ ^'^ gouvememcnt révolutionnaire fut mentrévoiution- passé cntro Ics mains des écoïstes . il devint un
naire devieut un * o '
flëau public. véritaMe fléau public. Son action prompte ejt terrible , que la vertu de ses directeurs et kurs intentions toutes populaires pouvaient seules rendre légitime , ne fut plus quWe affreuse tyrannie par son objet et , par sa forme : elle démoralisa tout; elle rappela le luxe, les mœurs efféminées et le brigandage; elle dissipa le domaine public , dénatura les principes de la révolution , et livra aux poignards de ses ennemis tous ceux qui l'avaient défendue avec sincérité et désintéressement.
iC'était au maintien de l'inégalité et à rétablissement de Taristocratie que tendaient évidemment, a cette époque , les efforts du parti dominant. Après avoir enlevé au peuple l'espoir d'une législation équitable , et l'avoir plongé dans l'incertitude et dans le découragement , ils songeaient a lui arracher jusqu'aux faibles restes de sa souveraineté.
Le» amis de Autant Ics amis de l'égalité avaient désiré, denufconsTitu- ^"^^^^^^l^ 9 thcHnidor, que le gouvernement révdntionde 1793 ettionnaire fut maintenu dans toute sa pureté »
«ont raincus. ^ '
« Pour détourner le peuple de toute idée de réforme , le dégoûter de Texercice de ses droits et lui rendre odieux ses vrais amis , les
autant en souhaitèrent-ils ^ depuis , la chute , afin* qu'il fut remplacé par la constitution de 1793, contre lacpielle étaient dirigées les manœuvres de
aristocrates ancieiu etnonreaux se sont attachés , par dessus tout , à le toucher par le tableau exagéré des emprisonnemens et des condainnations qui' eurent lieu sons le gourernement révolutioBnaire antérieur au 9 thermidor; ils les ont présentés comme ayant menacé indistinctement toutes les classes de la société; et, applicpiant ensuite à un état fixe ce qui ne fut que la triste nécessité de l'état de passage , ils se sont efforcés de faire accroire que Tordre d'égalité n'est autre chose qu'une suite interminable de violences , de massacres , de supplices , de haines et de vengeances.
Cependant un médiocre discernement suffit pour démêler dans ces déclamations la rage de parti qui les a dictées ; et, pour peu que L'on juge sans passion, on est forcé de convenir que l'àmouc de la patrie et le sentiment des devoirs les plus impérieux détermûl<}rent , après une trop longue et très funeste patience , les amis de l'égalité à user de sévérité envers se» incorrigibles ennemis.
La justice et la nécessité de l'institution révolutionnaire étant reconnues, il ne s'agit plus d'examiner jusqu'à quel point l'autorité qui la dirigeait , porta la rigueur dont elle fut forcée de faire usage ) il importe seulement de savoir si elle répondit au but pourlequeï elle avait été instituée. Elle devait établir le régne de l'égalilé et des lois, et elle y travailla sans interruption jusqu'au 9 thermidor de l'an II , soit en réformant les mœurs et l'esprit des lois, soit en aplanissant les obstacles qu'on ne cessait d'élever à l'exéeution d'une si sublime entreprise.
Ces obstacles étaient dans l'opposition armée , dans la séduction et dans les conspirations toujours renaissantes, ourdies par un parti qui aimait mieux périr dans l'incendie qu'il allumait, que plier sa tète orgueilleuse sous le niveau de l'égalité et renoncer à SCS vicieuses habitudes. Avec de semblables ennemis , it ne s'agit pas de punir , mais d'anéantir.
Que l'on se souvienne de la rapidité avec laquelle se succédaient, depuis le commencement delà révolution, les complots aristocratiques contre la puissance du peuple : dOs le moment où la républi-
l'aristocratie : dese^rant du triomphe de Fëgalitë, ils désiraient mettre au moins le peuple en possession de ses droits politiques.
qae fut proclama et mrtout depuis l^ÎDiarrectian du 3t mai , il •e manifesta parmi les opposans me fennentation n TÎye , ai gé* aérale et si caraotërisée , «pii'on put , sans otûnte de se tronq»r, recomiattre lea emiemis de la réf ariBe à leur coDduite ^ à leurs luibitades et à leurs opinions.
Il j eut un temps où le danger pidilte fiit si inaninent que le peuple eût pu sans injustice fosidre sur la classe qu'il redoutait. Le gouTemement fit au nom du peuple ce que le peuple avait droit de faire , m^ tl le fit beaucoup plus utilement. Les dioses en étaient au point qu'il fallait drainr entre l'anéantissement de quelques opposans et la perte infaillible des droits populaires. C'est le but qu'il faut entisager ; est-il joste? la sëTërité nécessaire pour l'atteindre est underoir douloureux^ il est vrai , mais d'autant plus indispensable , qu*il n'y a pas d'amendement à espéra de l'ocgueil irrité.
Prétendre ramener à la justice >et à TégaHté , «ans l'emploide la rigueur, une nation dans laquée il y a beaucoup dliommes qui se sont fait des habitudes tet des prétentions inconciliables avec le Inen^ètre et les drditade tous, est un projet aussi chimérique que séduisant. Entreprendre une pareille réforme et s'arrêtera l'aspect de la fermeté qu'dle exige, c^estarouer son imprévoyance; c'est sacrifier le salut de tous aux yices d'une petite partie ; c'est man* quer de yertu.
L'antiquité fit-elle un crime à Lycui^e delà mort de quelques aristocrates lacédâDoniens? reprocharteUe à Brutus la condamnation de ses enfiins? A«t-on blâmé la rigueur plus que révolutionnaire , par laquélfe Moïse lui-même écrasa sans pitié tout ce qui s'opposait au succès de son institution? Ceux qui oppriment la terre sont-ils avares du sang du peuple sonffirant , quandtl s'indigne des maux qu'ils lui font endurer t
Les révolutions sont les suites nécessaires des longues injustices ; elles punissent en un instant les forfaits de plusieurs siècles. Pourquoi ceux qui les redoutent, travaillent-ils sans cesse à en amener
Tel fut le motif du mouvement du 1 2 germinaT de Fan III , et de rinsurrection parisienne du i^ prairial. Le mauvais succès de ces journées
(te nouvelles? Pounpioi ceux qui se plaisent à exagérer ce cp'ils appellent les excès de la révolution française, ne les prévinrent-ils pas par Fabandon volontaire de leurs iniques prétentions qui en furent les seules causes ?
On a beaucoup détlamé au sujet* des nombreuses arrestatioiis ordonnées sur des soupçons, et de la brièveté des procédures dirigée» contre les accusés de conspiration.
A cet égard , il est à remarquer que , dans un tcms où , les conspiratu>n»; naissant de l'irritation vive des^passions communes à un grand nombre d'hommes puissans et adroits , il est aisé aux conspirateurs de mûrir leurs projets sans en laisser percer aucun indice, il arrive que le danger public devient tout^à-coup évident, et que l'état est livré à un incendie général , avant qu'il soit possible d'acquérir contre qui. que ce soit des preuves matérielles. Dans une semblable position où tout annonce Inexistence d'un danger imminent , n'ëst-il pas prudent, n^st-il pas juste d'épargner au peuple les chances d'iine guerre intérieure , en sévissant contre ceux que leurs passions , leurs habitudes et leurs intérêts placent évidemment hors du parti populaire ? Alors le salut de tous dépend de la terreur inspirée aux méchans , par la rapidité avec laquelle la foudre frappe quelques têtes orgueilleuses. H ne tint, peut-être , qu'à un acte de sévérité de plus , que la cause du genre humain ne remportât en France un triomphe complet et étemel.
Mais à quoi bon s'épuiser en raisonnemens pour justifier la pensée et Faction du gouvernement révolutionnaire qui précéda le 9 thermidor de Fan II ? Les instigateurs de cette funeste journée se sont pleinement acquittés de cette tâche par la foule de maux qu'ils attirèrent sur le peuple français : en vain invoquèrent-ils les lois de Fhumanité qu'ils profanèrent^ en arrêtant violemment une action salutaire qui touchait à sa un, pour en commencer une autre mille fois plus sanglante et plus terrible, au profit de 'l'immoralité , de Faristocratie et de la royauté.
redoubla la fureur des ennemis de la liberté , et augmenta de beaucoup le nombre des bons citoyens, entasse's dans les prisons ou égorgés sur toute la surface de la république ».
Le. pruons de L'cmprisonnement s'énéral des amis de la li-
Paris sont J«» , , , p , , . ,,
foyers des conipi-ber té ct Icurs fréqucutcs translations dune pri- ^lud* ^""^ ^^son à l'autre , leur procurèrent lavantage de se mieux connaître et de se lier plus étroitement. Les prisons de Paris , et particulièrement celles du Plessis et des Quatre-Nations , furent alors les foyers d une grande fermentation révolutionnaire.
La se rencontrèrent les principaux acteurs de la conspiration dont, je me suis proposé de décrire les événemens: Bedon «, Laujen de Do-
• Lç mouvement da 13 germinal fat provoqué par les poursuites dirigëes contre Barrère,Billaud-Varennes, Collôt-d'Herbois et Vadier, membres des anciens comités de salut public et de sûreté générale , en haine de la fermeté avec laquelle ils avaient comprimé les ennemis de la révolution. La convention nationale fut par eux convaincue d'avoir ordonné et approuvé tous les actes qu'on leur reprochait ; mais la fureur des aristocrates qui formaient alors la majorité de cette assemblée était si aveugle , que sans avoir ' égard à leur justification , sans leur tenir aucun compte de la part qu'ils avaient malheureusement eue aux événemens de thermidor, et n'osant pas les faire juger sous les yeux du peuple de Paris , elle les condamna arbitrairement à la déportation.
£n prairial , les citoyens dévoués au système politique de Robespierre, et ceux qu'on avait méchamment alarmés sur le maintien de la souveraineté du peuple, se trouvèrent ralliés à la constitution de 1793, dont ils demandaient unanimement l'exécution immédiate.
3 Les noms écrits en italique sont , dans tout le cours de cet ou-
Digittzed
rimel , Bertrand , ex-maire de Lyon , Fontenelle , Fillion, Hannac, Simon Duplay, Sombod, Claude Fiquet, Massart, Bouin, Morojr, Chintrard, Glartou, La Tilme , Vélof , Golscmn, Rwagre , Julien Des Armes , Zaire de la Naitle , Babeuf, Germain , Buonarroti , les membres de la commission populaire d'Orange, ceux des tribunaux révolutionnaires d'Arras, Cambrai , Angers , Rennes et Brest , ceux des comités révolutionnaires de Paris , Nantes , Nevers et Moulins , et beaucoup d'autres démocrates de tous les départemens , étaient détenus à la prison du Plessis^ au mois de jQoréal, de Tan m.
De ces maisons de douleur jaillirent les étincelles éle^riques qui firent pâlir tant de fois la nouvelle 'tyrannie : je sais, à nen pas douter, que Tinsurrection du i^^ prairial an III fut en grande partie l'ouvrage de plusieurs citoyens détenus au Plessis , parmi lesquels on nommait plus particulièrement Leblanc , depuis commissaire du directoire à Saint-Domingue, et Claude Piquet I.
vrage,les anagrammes de ceux des personnes qu'on croit encore en vie.
* La constitution de 1798 et du pain étaient , ce jour-là , les cris de ralliement du peuple de Paris, justement inquiet pour ses droits et pour sa subsistance. Quant aux premiers , les dangers qu'ils couraient n'ëtaient que trop réels , car c'e'tait à l'anéantissement de la
Ce fait incontestable , rapproché de Facte imprimé qui Itlt le signal de rinsurrection , des demandes des insurgés et du caractère piolîtique des députés qui les appuyèrent * , suffit pour effacer la tache de royalisme que des écrivains même patriotes se sont efforcés d'imprimer aux
coiistitutioii de 1798 , atriré peu de temps après , que tendaient vi- «îMement les e^rts du parti' prépondérant de la conyetktion.
 regard des subsistaii,ces , jamais les Parfriens n'avaient épiûayé une plus cruell e disette. Cependant la récolte arait été abondante , et les campagnes offraient la plus flatteuse apparence. D'où vint doncTaffreose famine <pii moissonna tant de citoyens ? de la marche rétrograde de la «•nyentiên , 4e la rusé des aristocrates et de Hivarice des riche.*).
ïl y avait long-tenTps que , poUr déjouer le» manœuvres criminelles secondées par l'avarice, il avait fallu taxer les denrées, forcer ceux qui en étaient détenteurs à garnir les marchés, et mïiintenir par la sévérité le cours du papier-monnaie à sa valeur nominale. Après le 9 thermidor , lesréqnisitions et les tates ayant été tout-àconp interdites et le papier-monnaie aySint été livré aux spéculations libres da commerce , le prix des choses nécessaires s'iileva si haut qu'à la fin on ne put s'approvisionner qu'avec du numéraire ; la foule des salariés^qû en était dépourvue manqua de tout au sein de l'abondance.
Au plus fort des souffrances publiques , les gouvemans ne cessaient d'affirmer que les approvisionnemens étaient assurés; ils semblaient promettre au peuple un avenir plus heureux, cûnune le prix de la funeste docilité qu'ils lui demandaient. C'est par les circonstances où on les établit, qu'on peut juger, du mérite des institutions et des intentions des instituteurs.
« Goujon , Romme , Soubrany , Duroy , Buquesnoy , BourWte , Prieur de la Marne, Peyssard, Forestier, Albitte, etc., etc. Les six premiers furent horriblement immolés à la fureur des soi-disant honnêtes gens , qui prétendaient asseoir leur puissance sur les ruines de la liberté publique en faisant couler des fleuves de sang populaire.
prtncipaïut instigateurs de cette malheureuse jour. née , dans la vue d'épargner le sang des amis 4e Fégatité qui ftirent voués à la plus sanglante proscription '. Elle fat si générale et si furieuse cette proscription , que parmi les citoyens qui forent précipités par milliers dans les prisons de Paris , il y en avait beaucoup d'mdifferens et même d^opposés au triomphe du parti auquel on les accusait d'appartenir.
Un spectacle aussi touc^nt que nouveau em- Mœuw et ocbellit alors l'intérieur ée ces prisons. Ceux que Soûràëtewr raristocratie y avait plonges, vivaient frugalement dans la plus intime fraternité ; s'honoraient de leurs fers et de leur pàuvi»té, suite de leur dévouement patriotique; se livraient au travail et à Fétude , et ne s'entretenaient que des maux de la patrie et des moyens de les faire cesser. Les chants civiques dont ils faisaient tous à la fois retentir les airs , rassemblaient tous les soirs autour de ces tristes séjours , une foule de citoyens qu'y attirait la curiosité , ou l'analogie de leurs sentimens avec ceux des prisonniers,
3Des hommes de cette trempe , iM-ulans de patriotisme , enflammés par la persécution et aflfermis
■ Mes contemporains ne se méprennent sans doute pas sur la nature de ces insurrections. Mais la postérité qui lira les écrits , «ans aToir tu les faits , doit^tre prévenue que les écrivain» périodiques et patriotes ont eu recours à cette ruse toutes les fois -que les tentatives des républicains ont échoué.
dans leurs sentimens communs par une longue et fréquente communication, durent se trouver naturellement disposés a tout entrep««ndre pour relever la révolution et atteindre enfin le but constant de leurs vœux. Aussi, les prisons de cette époque furent-elles les berceaux des conspirations démocratiques qui éclatèrent dans le cours de la troisième et de la quatrième année de la république.
GonstitutioQ Llmmolation de la loi populaire fiit enfin con-
d« l'anlll, ou / i • • % 1 il "^
d« 1795. sommée par la commission a laquelle on avait hypocritement confié le soin de la mettre à exécution. Le projet d'une constitution nouvelle , que cette commission proposa à la convention nationale , le 5 messidor de Fan III , fut pour les patriotes détenus un grand sujet de méditation : ils en examinèrent toutes les dispositions avec plus de maturité que dans aucune assemblée primaire. Voici lopinion qu^ils s'en formèrent. Opinion des Si la coustitutiou proposéc , disaient-ils , pou-
îité ' sJp cette ^2iit laisser des doutes sur lesprit de ses auteurs , ils seraient pleinement dissipés par le rapport qui la précède. Cet esprit est tout dans ces mots : conserver Vopulence et la misère. On regarda donc cet ouvrage comme le résultat final des attentats de la faction égoïste.
Si on en excepte larticle qui exigeait une propriété territoriale pour condition d'éligibilité à
constitution.
la représentation nationale, et celui qui rendait inéligible à une fonction supérieure, quiconque n'en aurait précédemment rempli une inférieure , le projet dé la commission fîit adopté , et tint lieu à la nation française de loi fondamentale jusqu'au i8 brumaire de Tan YIII.
Le plus léger examen suffit pour se convaincre que le principe de la conservation de Topulence et de la misère, fiit la base de toutes les parties de cet édifice.
D'abord , pour imposer silence a toutes les prétentions^ et pour fermer à jamais toutes les voies aux innovations favorables au peuple, on lui ravit ou Ton tronque ses droits politiques : les lois se font sans sa participation et sans qu'il puisse exercer sur elles aucune espèce de censure : la constitution l'enchaine à jamais lui et sa posté- , rite ; car il lui est interdit de la changer : elle déclare bien le peuple souverain; mais toute délibération du peuple y est déclarée séditieuse : après avoir parlé confusément de l'égalité des droits , on y ravit les droits de cité à une foule de citoyens, et on réserve exclusivement aux gens aisés , celui de nommer aux principales fonctions de l'état : enfin, pour maintenir a jamais cette malheureuse inégalité , source d'immoralité , d'injustice et d'oppression, les auteurs de cette constitution écartèrent, avec le plus
bypoogle
grand soin , toute institution tendant à éclairer suffisamment la nation entière, a former une jeunesse républicaine , k diminuer les ravages de FaTarice et de l'ambition , à rectifier lopinion, à améliorer les mœurs et à soustraire la masse du peuple à la farouche domination des riches oisifs et ambitieux '.
Ces scandaleuses violations des droits communs et ce mépris des principaux devoirs d W législateur populaire fiirent dénoncés au peuple français par Antonelle , dans un écrit qui a pour titre : ConsidéraHans sur les drmts de cité^ et par Félix Lepelletier dans son Vote moiwé sur Ut constitution de Fan IIL
On fut indigné, mais non surpris de Taudace avec laquelle les conducteurs du jour osèrent enfreindre la volonté du souverain solennellement émise , ainsi que leurs propres et récentes promesses ^. La constitution de 1798 fîit impu-
I Grâces à l'inflexible orgaeil de Nosseigneurs , on en vint bientôt à regretter , malgré ses grands défauts , cette constitution avec . laquelle il eût peut-^tre été possible de réconcilier , moyennant quelques modifications , les amis de l'égalité. Mais les aristocrates aimèrent mieux se gorger d'or , se cbamarer de cordons, et ramper sous le sceptre de fer d'un soldat insolent et parjure , que de vivre libres et égaux avec le peuple ; ils firent de cette constitution le gouremeraent rév(dutionnaire de la royauté.
3 Au mois de germinal de l'an III , une loi terrible , dite de haute police , condamna comme séditieuses les réclamations qui s'élevaient de toutes parts contre la marche contre-révolutÎQDnaire du
demment calomnie'é et la doctrine de Fégalité fiit, à Faide des plus monsixueux sophismes, conspuée par ceux4a mêmes qui en avaient naguère préconisé la justice ^
gouyernement ; mais , pour apaiser plus facilement Feffenrescencc publique , cette même loi menaçait hypocritement de .la déportation quiconque parlerait ou écrirait contre la constitution de 1798 , dont la conventioB promit la prompte e&ëcution le A prairial de la même année,
X L'unique soin de la commiss?on , cr^ëe pour préparer les lois organiques de la constitution de 1798 , fut de faire proscrire cette constitution , pour lui en substituer une plus confonne aux vues de la faction alors dominante.
Âpres avoir long-temps déclamé contre le plus sacré des droits du peuple ,eelui d'approuver les lois sous lesquelles il doit vivre , le rapporteur, de. cette Gommi«sî<m fit rémunération des lacunes qu'elle prétendit y avoir découvertes : il dit que l'acte •constitutionnel de 1793 qui, ajouta-t-il, devait être anéanti par cela seul que B.obespierre et Saint- Just avaient travaillé à le rédiger , laissait indéterminés la hiérarchie administrative , la nomination des généraux et des ambassadeurs , ainsi que le droit de déclarer la guerre et celui de négocier la paix. Cependant tout y est fixé sur ce» objeta aux articles 54 » 55 , 69 , 83 , 107 , 1 18 et 1 19.
D'un autre côté,la commission invoquait, à l'appui de son opinion, la violence , la corruption et la terreur , qui avaient , selon elle , présidé à l'acceptation de la constitution qu'elle voulait proscrire. Mais à qjui feni-t-on accrœre que quatre millions d'aeceptans purent être achetés ou contraints ? ne sait-on pas que , lors de cette acceptation , la sévérité dont on reconnut depuis la nécessité, n'avait pas été déployée contre les ennemis de l'égalité qui furent libres d'intervenir aux assemblées primaires et même d*y demander le rétablissement de la royauté ? Malgré les manœuvres employées pour efiacer la vérité, il en reste assez de traces pour que la sévère critique puisse un jour reconnaître que ce concours presque unanime des Français, prouve leur adhésion à l'insurrection du 3i mai.
Leurs protes- Dc nombrcuscs protcstations contre le projet '"*'°** adopté par la convention lurent envoyées aux
assemblées primaires par les républicains détenus : cependant leur exemple ne fut pas unanimement imité de tous ceux qui s^honoraient alors de la qualification de démocrates.
A la suite des événemens de prairial , se trouvèrent confondus dans les prisons, avec les républicains inflexibles, d^autres hommes indifférens ou timides , qui payèrent leur liberté d'une lâche soumission aux volontés de Taristocratie : ils acceptèrent la nouvelle constitution. D'autres, désespérant du triomphe de la démocratie , considérant le gouvernement révolutionnaire d'alors comme le plus ftmeste des maux , se flattant que de la latitude de Tordre constitutionnel pourrait résulter quelque changement favorable au peuple , voyant dans la constitution proposée la seule planche de salut contre le retour pour eux imminent de la royauté , et redoutant surtout pour eux-mêmes les dangers et les persécutions, acceptèrent aussi la loi aristocratique , mais ne purent
et ropposition de ceux contre qui elle fut dirigée , au vœu national. Ce vœu se manifesta encore pendant long-tems dans l'intérieur et aux armées jusqu^à ce que le peuple, trahi par ses mandataires, frustré dans ses espérances , et privé par les assassinats et par les emprisonnemens de ses plus dévoués défenseurs, tomba dans la confusion et dans Tapathie, et ne prit plus aucun intérêt aux affaires publiques.
pas ébranler ceux qui crurent que rien ne devait les porter k transiger avec les ennemis de 1 égalité^ au mépris de la justice et au détriment dea droits communs.
La convention annonça cpie la nOuvdUe eons- L*acceputioB titution avait été acceptée par le peuplei Unetiônderlnm, confusion extrême régna dans le reeensementP^'^^^i**** des votes , et il résulta de cette opération et des faits publics , que les votans avaient été en très petit nombre , qu une foule de citoyens avaient été expulsés des assemblées , et que les plus toa* gueux acceptans avaient été ceux qui , s'éturt fait remarquer par leur égoisme , avaient été souvent accusés de conspirer pour le retour de la royauté.
N'oublions pas la distinction très réelle des égoïstes, en conservateurs et en conquérans; rappelons-nous que ceux-ci avaient suivi presque constamment jusqu'au 9 thermidor de l'an II , les brisées des amis sincères de légalité , et s'étaient attiré y par la, la haine des contre-révolutionnai* res. Les membres de la convention qui se qua* lifiaient alors de patriotes , appartenaient presque tous à cette dernière dasse.
La haine de la révdlutkm fut portée si loin , que p»ô<cripti6à
... • n 1 1 deiconrenfioii-
la proscription, qui ne pesa dabordque sur ses neb. amis désintéressés ^ dut enfin s'apesântir sur cemr là meases qui en avaient été les provocateurs^ et qui ne purent faire oublier par leurs crimes
recens leur ancienne apparencede vertu. Les honnêtes gens, les hommes bien nés , les bons bourgeois dédaignaient de s^asseoir a côté d'anciens terroristes chargés des dépouilles de Taristocratie. On voua indistinctement à la rage des ennemis de la révolution, tous les conventionnels qu'on accusait d'avoir exercé ou laissé exercer la terreur , et si Ton fit quelques exceptions , ce ne
' fut qu'en faveur de ceux qui s'étaient signalés par
leur persévéranceà défendrelesjortVtVé^re^ flfejgren^ oomme il faut , contre les prétentions séditieuses des malheureux quils qtialijîaient de canaille, >
Esp^ncet des II parait quc l'exécution de la nouvelle constivoiution. iution et un coips legislatii nouveau taisaient espérer aux eniiemi&dela révolution quelque participation à la puissance, et à quelques-uns d'entre eux le retour de la royauté , dont ils se- sont •flattés toutes les fois que l'autorité suprême s est écartée de la route de l'égalité, pour s'égarer dans le chemin tcurtueux de l'égoïsme, cause et effet de toutes les tyrannies.
Le peuple est Afin dc pcrpétucr l'esprit de la nouvelle cons-
encKaîné par le ^.^ ^. ^ . • ^ ^ i r •
renouvellement titution , SCS autcurs imagmcrcnt dc ne faire ^^^^'^^"^*'* ^" renouveler annuellement le corps législatif que par tiers, et d'introduire dans la première composition de ce corps , deux tiers des membres de la convention ^ , au choix des corps électoraux.
» Tous les dëputés encore attaches aux droits politiques consa-
Cette mesure dictée par Tinquiète prévoyance de quelques législateurs criminels , cette mesure imaginée pour enchaîner a jamais le peuple , flattait singulièrement les passions des conventionnels.
Ceux qui se plaisaient dans l'exercice du pouvoir, ceux qui craignaient d'être poursuivis pour les prévarications dont ils s'étaient souillés , ceux qui redoutaient l'égalité , et ceux qu'effrayait l'idée seule des. principes démocratiques, s'empressèrent de l'adopter ' .
Dans la convention, les faux amis de l'égalité , aussi odieux aux vrais républicains qu'aux royalistes , se montrèrent les plus passionnés partisans de ce mode de renouvellement.
Par une ruse dont ils firent souvent usage, ils accusaient de conspirer pour le rétablissement de la monarchie, ceux qui leur opposaient de laré-
créspar la constitution de 1793, avaient ét^ expulses de la. conyention par les supplices et par les arrestations.
I Cette mesure suggérée par Fesprit aristocratique qui avait présidé à la rédaction de la constituticm de l'an III , et au moyen de laquelle on voulait écarter du nouveau corps législatif les anciens royalistes autant que les amis sincères de Tégalité , n'eut pas tout le succès que ses auteurs s'en étaient promis. Trompés dans jeurs espérances , et redoutant tour-à-tour la royauté et le peuple , ils décimèrent plusieurs fois et pour des motifs opposés , la représentation nationale , à laquelle , poussés par leur aversion pour l'égalité , ils portèrent , par le plus exécrable des attenUts , le, dernier coup , le 18 brumaire de l'an VIII.
^stance, et qui, dans cette circonstance, étaient les mêmes hommes par lesquels les instituticNtis populaires. avaient toujours été repoussées.
La crainte de donner gain de cause aux royalistes, l'intérêt des gens avides et la nécessité oh se trouvèrent les amis sincères de légalité de choisir entre deux partis également crimindLs , exercèrent une grande influence sur lopinM^i. Il en résulta un nomlare^ie suffrages qui, quoique extrêmement faible (X)mparativement à la population et très confusément calculé , fournit aux coupables conventionnés le prétexte de donner fcsrcc de loi a leurs décrets sur le renouvellement , que la clameur puUique les avait forcés de soumettre a la sanction du peuple.
Les amis de j)^ jj proffîulgation de ce décret naquirent Tacunt les conren- gitatiou , fe troublc , ct enfin la révolte armée de» pionnes coupa g^^^j^^^ ^ Parfs, att i3 vcudémiaire dé Tan IV,
jour où la plupart des conventionnels eussent péri, • Tsans legénéreux dévouement de ceux qu'ils avaient naguère livrés à la fureur des ennemis de la liberté. L'amour de la patrie menacée d'un asservissement total, et Fespoir de voir jaillir du choc qui se préparait wi état de choses favorable à la cause quHls chérissaient, déterminèrent une poignée de républicains a défendre leurs ennemis récens , en combattant l'armée nombreuse des sectionnaires.
Si les conyentionnels^ disait-<m, qui ont dem<»*alisé la revcdution en aj^lant autour deux, une fouk d'Kommes corrompus, se dëdarent leurs ennemis , ils seront force's de se livrer aux démocrates et de céder à leurs vœux-
Cette manièi-e de penser mit les armes a la main aux plus fermes et aux plus éclairés , auxquels se joignirent c^zx qui étaient mus par le désir de se venger et par Tespoir de ressaisir Tau* torité. De cette réunion, grossie par d'autres hommes semblables aux conventionnels menacés^ se forma le corps arme qui fu^. désigné sous le nom de bataillon des patriotes de 1789 i.
Cette dénomination est très remarquable; elle démontre combien Topinion s^tait détériorée depuis le 9 tbermidor de Tan II, et prouve Textréme corruptîott de» conventionnels qui , osant
> On a beaucoup vante la presque unanimité avec laquelle parut «'opï^rer la reVolution de 1789. Il me semble que ceux qui en ont fait honneur à la vertu puMique , n'ont pas bien connu Fesprit de celte révolution. Figurez-vous plusieurs échefens d'ambitieux pesant sur la masse du peuple et aspirant à s'e'Iever aux degrds su- . périeurs. La noblesse , placée au sommet de réclielle , les opprimait tous : tons durent donc applaudir à sa destruction vers laquelle furent dirigés les premiers mouvemens révolutionnaires. Ce ne fut donc pas la vertu , mais Tinquiète jalousie àe& échelons intermédiaires entre.la noblesse et le peuple , qui produisit cette apparente unanimité. D'ailleurs , la classe laborieuse ayant été comptée presque pour rien par les faiseurs de ce temps-là , les patriotes marquans de 1789 étaient, à quelques exceptions près, les amis de tous les abus , celui de la noblesse héréditaire excepté.
a peine se dire républicains , imploraient bien le secours des amis de Tégalité, mais craignaient quW ne les soupçonnât de s'être réconciliés avec eux '.
Nouvelle tra- Après Ic combat du i3 vendémiaire, ceux que
bison des con- ,, i iw t.^ / «^ ' > 1 ' m. '
T^ntionoeis. 1 amour de légalité avait menés a la victoire, sommèrent les chefs de cette journée de tenir la promesse qu'ils avaient faite de rétablir les droits du peuple : ce fut en vain. On vit tien , au ton avec lequel ils recommandaient une extrême circonspection , qu'il ne fallait pas compter sur les engagemens que la peur seule leuf avait fait eon-
^ tracter.
Tandis que la grande majorité de la convention cherchait des faux-fuyans pour éluder les demandes des amis de l'égalité , ceux d'entre eux qui étaient encore détenus, ne se lassaient pas de solliciter leurs compagnons déjà libres duser de la victoire au profit de la démocratie. Le sang, disaient-ils, aura coulé en pure perte, si on laisse échapper l'occasion où les bons sont en force et oîi les sénateurs eflFrayés leur doivent la vie. Ils voulaient qu'on demandât impérieusement à la convention la cassation des dernières élections ,
I Au moment où les premiers coups de fusil se firent entendre , les comités de gouvernement allaient proposer à la convention de désarmer et de plonger de nouveau dans les prisons les républicains armés pour sa défense.
l'abolition de la nouvelle constitution et rétablis^ sèment innnédiat de celle de 1793.
Oh se disposa à demander la cassation des élections, et là pétition- déjà signée allait être présentée, lorsque des députés conjurés de thermidor, réunis a daiitres qjiie la justice nationale avait frappés au 3 1 mai , redoutant les lois popu-^ laires plus que la royauté , parvim'ent à diviser les nombreux signataires de la pétition, qui ne fut pas présentée.
Cependant,, à la suite d'un rapport de Barras qui dévoila les vastes projets des révoltés , dont la convention elle-même renfermait des complices , fut créée une commission de salut public ,,dont les intentions présumées ranimèrent un moment chez les républicains , des espérances qui furent bientôt déçues. On crut en effet que la cassation des dernières élections allait être proposée par cette commission ; mais , soit qu'on lui fît trop d'honneur , soit qu'elle se laissât intimider par les virulentes diatribes de Thibeaudeau, elle se borna à proposer de légers palliatifs qui nie remédièrent à rien , et la constitution de l'an IIÏ fut presque aussitôt mise à exécution par les conventionnels qui , de plus belle , vouaient haine à l'égalité , sous les noms de terreur et d'anarchie. ^'^^^^^ *'es
Dans l'intervalle qui s'écoula entre le combat du i3 vendémiaire et l'amnistie du 4 brumaire
patriotes.
ment.
miivant, tous les patriotes qui étaient encbrg détenus furent élargis; ils durent la liberté , non au trioîDfiphe de la caifêe populaire , mais à la lâche politique de ses ennemis : en sortant des cachots où ils avaient sondé la profondeur des maux publics , ils menaçaient les traîtres qui venaient de briser leurs fers.
Leur égare- ^ ^^^ époquc , Ics amis persévérans de l'égalité étaient profiandément affligés de la dépravation qui, se glissant même dans les opinions dun grand nombre de révolutionnaires , menaçait les doctrines démocratiques d'un étemel oubli. En général, les patriotes dont le plus grand nombre agit souvent plus par entraînement que par ré* flexion , s'enorgueillisaient de la victoire de vendémiaire , comptaient la nomination de Barras et de Camot au directoire exécutif, au nombre des événemens heureux de la révolution , et se consolaient de leurs longs malheurs, par l'idée des places et des faveurs qu'ils se flattaient d'obtenir. On eût dit qu'ils avaient oublié la cause pour laquelle ils avaient combattu, et que, voyant d'un oeil indifférent l'envahissement des droits du peuple, qui venait d'être consommé , ils faisaient consister le salut de la patrie dans le soulagement de leurs propres maux.
Cependant tous ne partageaient pas cette manière de voir ; car , si les hommes dont nous venons
de parW , pensaient ou feignaient de penser qull Êdlait attendre du temps la reforme de la nouvelle constitution, et la préparer en s'introduisant adroitement dans les fonctions puîbliques, d'autres, efiraycfs de la consistance que raffermissement du nouveau gouvernement et le refroidissement toujours croissant de Tënergie républicaine allaient donner aux principes de la tyrannie, croyaient qu'il était du devoir des véritables amis de Tégalité de sonner Talarme et de conduire le peuple au recouvrement de ses droits.
De ce partage d opinions , s'en forma un parmi Leur diTisio». les républicains; ceux qui faisaient souvent céder les principes de la justice a leurs commodités particulières, prirent le nom dejoa/r/ote^ de 1789; les autres qui se distinguaient par leur persévérance à défendre la démocratie , s'appelèrent les égatcx.
Après leur élargissement , les patriotes et sur- Premières r^«tout les égaux , inquiets sur le sort de la liberté , "*"*"* ** *"**' chercLaient à se réunir et à se concerter pour opposer une digue puissante aux progrès de la nouvelle tyrannie. Ils s'assemblaient fréquemment dans les cafés , dans les jardins et sur les places ; mais , comme tout s'y traitait avec une extrême et indispensable circonspection , les discussions générales sur l'état des choses ne laissaient entrevoir aucun résultat prompt et décisif au profit de la cause commune.
Au commencement de brumaire de Tan IV, Babeuf I , Darthé , Buonarroti, Lorjen de Doimel el Fontenelle essayèrent de créer un centre de direction , auquel les patriotes divises pussent se rallier , afin d'agir ensuite uniformément au profit de la cause commune. Dans les réunions qui eurent lieu a cet effet , plusieurs propositions
» Gracchus Babeuf naquit en 1 762 à Saint-Quentin , département de PAine. Il était sensible , instruit et infatigable ; il avait l'esprit pénétrant et juste , et écrivait avec clarté , avec feu et avec éloquence.
La révolution française trouva Babeuf jeune , livré à l'étude , sobre, détestant la tyrannie, et méditant sur les moyens de soustraire à l'oppression ses malheureux concitoyens ; il éprouva de bonne heure le besoin de se dévouer pour la liberté publique.
Dans les premiers temps de la révolution , Babeuf écrivit en homme libre , contre le régime féodal^ et contre le fisc , ce qui lui valut des persécutions et un mandat d'arrêt dont les vives sollicitations de Marat firent cesser les effets. Plus tard , il fut appelé au secrétariat d'une administration de district , où ses discours et ses écrits populaires lui firent de nombreux ennemis . qui eurent assez de crédit pour le faire poursuivre et condamner comme faussaire j mais le jugement rendu contre lui fut annulé par la convention qui en reconnut solennellement l'injustice. Postérieurement , Babeuf fut employé dans les bureaux de la commune de Paris , où il se lia d'amitié avec un grand nombre de courageux républicains. A la suite des funestes événemens du 9 thermidor , Babeuf applaudit un moment à l'indulgence dont on usa envers les ennemis de la révolution : son erreur ne fut pas de longue durée , et celui cpii avait pris les Gracques pour modèles de sa conduite , ne tarda pas à s'apercevoir que rien ne ressemblait moins à ces illustres Romains que les gouvemans post-thermidoriens. Plus grand que s'il n'avait jamais erré , Babeuf avoua sa méprise , revendiqua les droits du peuple , démasqua ceux par qui il avait été trompé , et porta si loin son zèle en' faveur de la démocratie , que les aristo-
furent faites ; les uns voulaient qu on incorporât tous les patriotes sincères dans une espèce d^asso< ciation maçonique , obéissant aux impulsions des directeurs qu'on lui aurait donnes ; d'autres prétendaient que, par un acte signé individuellement , on se constituât a l'instant en comité insurrecteur. Comme il n'y avait dans ces assemblées ,
crates qui goqveniaient la république ^et;y:dèçent pas à remprisonner.
De la maison d'arrôt du Plcssis où il fut d'abord détenu , on le transféra dans celle d'Arras. Ce fut là qu'il connut Germain , de Narbonne , capitaine de hussards , dont il sera souvent parle dans le cours de cetouyrage , et plusieurs républicains du département du Pas-de-Calais. Babeuf fut parmi eux un prédicateur infatigable d'institutions populaires ; il échauffait leur haine contre les nouveaux t3rrans ; il les familiarisait avec l'idée d'une grande révolution dans les propriétés , et les disposait à former une Vendée plébéienne , afin de recouvrer par la force , ce qu'il ne lui paraissait plus possible d'obtenir par la voie des réclamations.
A son retour au Plessis , après l'insurrection de prairial de l'an III , Babeuf était tout occupé de semblables projets que ses fréquens entretiens avec quelques uns des citoyens qui y étaient enfermés , l'avaient aidé à mûrir ; il y connut Bedon , dont je regrette de ne pas pouvoir écrire le vrai nom , qui , ayant passé toute sa vie à examiner les causes des maut publics , avait saisi mieux que personne les vues profondes de Robçspierre.
On verra dans la suite de cet écrit, combien les idées de Babeuf se développèrent , et combien il eut de part à la conspiration à laquelle il attacha son nom. Cet homme extraordinaire , doué de grands talens , ami inflexible de la justice , fut constamment désintéressé et pauvre; bon époux, père tendre, il était chéri de sa famille; le courage avec lequel il attaqua devant ses juges, les puissans qui demandaient sa tète, et la tranquillité avec laquelle il envisagea la mort glorieuse que lui infligea l'aristocratie , rehaussent l'éclat des vertus et de? travaux patriotiques de cet illusti*e martyr de Pégalité.
pigitized
ni runif<H*mité de vues, ni la confiance indispensables pour obtenir un résultat utile , on ne put s'entendre et on cessa bientôt de se réunir.
Cependant , on ne renonça* pas au double f»*ojet de rallier les patriotes et de renverser la tyrannie ; c'étaient la des besoins impérieux pour tout véritaUe républicain. On s'assembla donc peu de temps après , dans le dessein d'établir une nouvelle société populaire. A la première séance qui eut lieu chez Bouin , intervinrent entre autres, Darthé ' , Germain , Buonarroti , Massart, Fontenelle, Lihppi^ Laurjen de Doimel^ Ber-
« Augustin- Alexandre Barthë, de Saint-Paul , département du Pasde-Calais , instruit , juste , hardi , constant , actif, inflexible , et très adroit à dt^méler et à intc^resser à ses vues les passions de ceux qui l'approchaient. D faisait à Paris son cours de droit à Paurore de la révolution , dans laquelle il se précipita avec le zélé d'un homme qui défend à corps perdu la vérité , dès qu'elle luit à. ses yeux»
En 1789 , Darthé coopéra à la délivrance des gardes-françaises , à la prise de la Bastille où il contracta une infirmité incurable , et au siège du château de Yincennes. Il fut ensuite membre du directoire de son département , et en cette qualité , il rendit à la république , dans des circonstances très épineuses , des services si importans , qu'il en fut récompensé par un décret de bien mérite de la patrie. Élevé ensuite aux fonctions d'accusateur public auprès des tribunaux révolutionnaires d'Arras et de Cambrai , à la sévérité desquels on dut en grande partie la conservation de cette frontière , il s'y montra magistrat républicain et incorruptible , au- * tant que guerrier intrépide.
La proscription thermidorienne , à laquelle il ne pouvait pas échapper , le trouva dans une honorable indigence. Darthé péné- U*a de bcanc heure et seconda de tout son pouvoir la pensée de
trand ,i Tismiot^Chinirard^ Chapelle^ Lussorh Ion , Lacombe, Reuf^ Vlagemc , Bouin et Sombod*
Cette entreTue iîit très touchante : les âmes se rouvrirent a 1 espérance que tant de malheurs avai^it presqu éteinte ; on jura de demeurer unis et de faire tri(»npher t égalité.
L'attention de cette assemMée fut portée sur la question de savoir , si rétablissement de plui^eurs sociétés dans les cKvers arrondissemens de Paris , n'était pas préférable à celui dWe seule. Après une longue discussion, la décision fot renvoyée à une séance plus nombreuse , que l'on convint
Kobespîerre ; aussi c«Iui-cî en faisait-il }e plas grand cas ; aussi les ennemis de légalité lai avaient-ils yooé une haine implfteable*
A beaucoup de Isuniéres et à une vive passion pour la véritable justice , Darthë réunissait des mœurs austères et un cœur compa-» tissant. Traduit devant la haute cour de Vendôme , il refusa constamment de la recomiaitre et de se défendre; cotMkauié à mort, $es derniers soupirs furent pour la patrie.
' Bertrand , de Lyon , fut maire de cette commune avant la révolte qui y eut lieu le a^mai 1798 , et après son retour sous les lois de la république.
Bertrand avait épuisé , en faveur de la révolution , une fortune opulente; il était juste, loyal, généreux, plein de courage et d'aménité ; ses mœurs étaient simples et la eandeur était peintft sur son visage.
Les riches Lyonnais réservaient à Bertrand k sort qu'ils avaient fait scdiir à son ami Challier : leurs efforts furent vams ; car le peuple répondant hautement par ses san^ots et par ses bénédictions, aux interpellations de Bertrand qui rappelait ses sacrifices et les services qu'il avait rendus aux infortunés, les juges qui devaient l'immoler, furent, à plusieurs reprises, contraints d'ajourner le ju-^ gement et de renvoyer l'accusé dans le cachot où il demeura pen-
de tenir dans un lieu moins exposé aux regards de la police ; elle eut lieu dans un petit cabinet placé au milieu du jardin de Tancienne abbaye de Sainte-Geneviève.
Csprudnnou- Tandis que les débris du parti démocratique ment. cherchaient a se reunir en corps , le gouverne-
ment établi par la constitution de Fan III, posait lès fondemens du système politique qu'il suivit constamment depuis* L'esprit du parti conventionnel qui profita des désastres du 9 thermidor , foudroya les démocrates en prairial , et triompha
dant le long siëge de sa commune. Lé jour même du 9 thermidor, l'ordre fut donné de saisir et de traduire à Paris, Bertrand et plusieurs autres démocrates Lyonnais. On leur connaissait tant de pureté et de fermeté que leurs fers ne furent brisés qu'après le i3 vendémiaire de Tan IV.
Bertrand , amant passionné des hommes , de sa patrie et de la liberté , défenseur austère de Végalité , magistrat populaire et incorruptible , bon fils , excellent ami , fut assassinié' par la commission militaire du temple , à la suite du massacre du camp de Grenelle : il dormait quand on l'appela pour le conduire au supplice.
Ce bon et vertueux citoyen qui avait été arrêté, sans armes et loin du camp de Grenelle, n'eût été, d'après les concluions du rapporteur , condamné qu'à la détention ou à la déportation, si le directoire exécutif ne s'était pas hâté de prévenir la commission qu'il désirait sa mort.
A la vue du certificat du recours en cassation , interjeté par Bertrand et par ses compagnons de martyre , l'exécution de leurs sen-' tences de mort fut suspendue par le général Foissac La Tour qui, en ayant référé au Directoire, en reçut immédiatement l'ordre de passer outre. Les victimes furent immolées Quelques mois après,
le tribunal de cassation annula tous les jugemens qui les avaiept condamnées.
par eux en vendémiaire , passa tout entier dans les hommes qui composèrent le directoire exécutif; cet esprit peut se réduire a ceci : consers^er et acquérir les richesses et le pofwoir; comprimer d'un coté les rojalistes et les puissans , et de Vautre, les amis de T égalité.
Dès leur installation , les cinq chefs du pouvoir jexéculif s'attachèrent a mettre les anciens royalistes en présence des démocrates , afin de les combattre les uns par les autres , toutes les fois que ceux-ci ou ceux-là , prenant le dessus , leur deviendraient redoutables.
A lepoque où les patriotes songeaient à se ii farorise im
/► • '.^ ' 1 . • • ^ réunions des pa -
lormer en société , le gouvernement paraissait idiotes. favorable à leurs vues. Ayant encore besoin dlntimider les révoltés de vendémiaire , et voulant forcer, par Tépouvantail^e la terreur, les ridhies a concourir aux mesures par lesquelles il comptait rétablir les finances délabrées de la république, il faisait encourager par ses agens louverture des : réunions patriotiques , résolu d'en arrêter lelan , dès qu^elles tenteraient de rappeler les principes populaires.
Cette fourberie n'échappait pas aux patriotes at- Esprit a» p*. tentifs qui , ayant vu au 1 3 veiidémiaire , le sang p/J ** ^ "^*" couler , inutilement pour le peuple , s'étaiéiit affermis dans Topinion que rien de vraiment utile ne pouvait sortir du nouveau gouvernement.
Le parti démocratique n'était pas nombreux , et la masse des patriotes faibles , à peine revenue de son efifroi , était prête a se laisser enqore intimider à la moindre apparence d'une nouvelle persécution.
Quant au peuple de Paris, trompé dans ses espérances , égaré par la calomnie et par les menées s(mrdes du royalisme et de 1 étranger , il avait abandonné les démocrates et languissait dans une profonde indifférence : une partie accusait même la révolution des maux sans nœnbre qui pesaient sur lui.
Prttdrnce des Lcs citoycus asscmblés au jardin de Sainte-Ge- "***"* neviève , sentirent les dangers auxquels la dupli* cité du gouvernement exposait ceux qui, par an zèle prématuré , oseraient attaquer de front Tau* torité usurpatrice des droits de la nation. Il faut avant tout , disaient-ils , rectifier les idées de beaucoup de patriotes , leur regagner Testime du peuple et rendre à celui-ci lancîen sentiment de ses droits et de sa force ; en attendant ,^il faut se couvrir de la constitution et même de là protection du gouvernement, jusqu'au momelat on Ton sera assez fort pour 1 attaquer et le détruire. On arrêta donc d'établir sur ces principes , la nouv^e société. Le besoin d'en conserver et d'en centraliser l'esprit , fit écarter la proposition de la partager en plusieurs sections qui , quoique plus fa-
ciles à soustraire à Toeil de la police, offraient cependant Tinconvënient d être plus exposées a s'ëcarter du plan de l'institution , et a devenir les jouets des intrigans et des ennemis de la république.
À cette société unique, on se proposa de n'appeler que des hommes sans reproches , à qui on devait inspirer familièrement la prudence adoptée par les fondateurs.
Aussitôt la société fut ouverte dans Fancien Fondation d« réfectoire des gérievéfins, dont le patriote Cardi- ^|^. ** naux , locataire d'une partie de leur couvent , céda gratuitement Tusage ; et , lorsque cette salle était consacrée à des réunions d'un autre genre , la société se tenait dans un vaste souterrain du ; même édifice, où la pâleur des flambeaux, le '• ' bourdonnement des voix et la position gênante des assistans , debout ou assis par terre , rappelaient a ceux-ci la grandeur et les dangers de l'entreprise, ainsi que le courage et la prudence qui leur étaient nécessaires. La proximité de ce lieu au Panthéon, ^ fit donner à la nouvelle société le nom de ce tem- |Je. Dès l'ouverture de cette assemblée , on y vit accourir un grand nombre de patriotes convoqués ou amenés par les attraits de l'institution ; avec eux, s'introduisirent des hommes qui , servilement attachés aux membres du gouvernement , réduisaient tous les devoirs des amis de la liberté I 6.
à premier leur appui à rautorité contre les royalistes.
Son organisa- La société s'oocupa d'abord de son organisa* tion ; mais tdûe était Texcessive prudence ou la faiblesse de la plupart de ses membres , qu'on eut à cet égard de gmnds obstacles à smmonter.
Craignant d offrir quelque ressemblance avec les anciennes sociétés , ils renchérissaient sur les entraves forgées par la nouvelle constitution au droit de s'assembler. Avoir un règlement, un président , des secrétaires , des procès-verlMiux , une forme d'admission , c'était à leurs yeux, se rapprocher trop sensiblement des jacobins , et prêter les flancs à une nouvelle persécution.
On parvint enfin à ^'entendre , et la société eut un règlement qui, n'admettant ni ^registres, ni procès*verbaux, ni d'autre condition d'admission que la présentation de deux membres , rendit tout ordre presque impossible , et ouvrit l'entrée de la société à une foule d'hommes douteux, qui en pervertirent souvent l'esprit , et y élevèrent de dangereuses contestations. Un orateur et un viceorateur tinrent lieu de président et de secrétaire , et il n'y eut« pour faire face aux dépenses indispensables , que les contributions libres des associés.
Divergences de. Eu pcu de tcmps, la société du Panthéon cQu^pta plu3 de deux mille membre^. Dans le$
< 7Ô ) circonstances an temps et avec lé règlement qu'elle s'était dosme , il n^ëtait ni prudent^ m facile d'en exclure tous les indÎTÎdus qui n'ar vaient pas mérité d'être rangés parmi les égaux. 11 fallut admettre un grand nombre de patriotes qui avaient été atteints de quelques erreurs, et particulièrement de ceux qui prétendaient ramener la démocratie par l'envahissement des fonctions publiques.
On apercevait aisément l'existence de ces divers élémens dans le sein de la société. Les ë^ux se faisiûent remarquer par leur xèle à éclai* rer le pei:q)Ie et à remettre en lionneur les dogmes de Tégalité, tandis qu'on noonnaissait les patrio^ tesdeSgV^t^^^iiipi^ci^^^^cx^^ ^ exercer sur le gouvernement une influence favorable.à leur re* pos et a leurs intér^. La prépondérance alternative de ces deux partis fit faire àla société de^ démarches contraires.
Ceux-ci délerminarent souvent l'assemblée à solliciter des places pour les citoyens qu'ils stffectionnaient : ceox-lk dévdioppaient à ses yeux l'affligeant taUeau de l'opinion publique déjffdr vée, et des erreurs par lesquelles les ennemis de la liberté s'efforçaient d'égarer le peuple; lui montraient le triomphe de l'égaUté comme le seul objet digne de ses vœux , et provoquaient des mesures propres à ranimer le courage pres^
que éteint de la multitude et à rallumer ce saint enthousiasme , auquel elle avait du * tant de victoires remportées sur toute espèce de tyrannie. Gommunica- Une commissiou fut chargée dé proposer un
àyêcil^J^V ordre de travaux , et un mode prompt et facile de communication avec le peuple. Des affiches intitulées: La vérité au peuple par les patriotes de 1789, attirèrent bientôt Tattention publique sur les affaires nationales , sans attaquer directement les gouvemans dont il eut été imprudent de provoquer la vengeance. Le premier effet de ces écrits fut d'amener à la nouvelle société un grand nombre d'hommes laborieux qui, renaissant à lespérahce , s'empressaient dé répéter , en tout lieu, les nombreuses vérités qu'ib y entendaient proclamer'.
Lois populaires. Commc Ic but quc se proposaient lés institu* teurs de la société était de procurer au peuple un prompt soulagement, et de mériter par-là sa confiance, afin d'en employer ensuite la force au recouvrement de ses droits, la commission conseilla de solliciter l'exécution de deux lois que l'esprit de la contre^révolution avait fait tomber dans l'oubli : celle qui promettait aux défenseurs
< Od joint aux pièces justificatives , sous le no 2 , une de ces affiches qui peint, à la fois, rétat delà république française après le 9 thermidor , et les mènagemens que les égaux furent forcés de garder dans la société du Panthéon.
de la patrie , un milliard de biens nationaux, et celle qui avait été rendue enFan.II, pourtextinctibn de la mendicité. ,
Tandis qu'au Panthéon on remettait avec mé- Froieription de nagement en vigueur les principes démocratiques , que d'autres sociétés se formaient , dans le même esprit , sûr plusieurs points dé Paris , et que les écrivains de Taristocratie sonnaient Talarme contre les nouvelles tentatives des soi-disant ter- roristes, Babeuf dévoilait hardiment, dans son Tribun du Peuple , les crimes de ceux qui gouvernaient la république , démontrait la bonté et la légitimité de la constitution de 1798 , et ne balançait pas à signaler la propriété tTtdisnduelle ' , ^ \ .' comme la source principale de tous les maux qui pèsent sur la société. Tant de courage lui valut une nouvelle proscription , à laquelle il ne put se soustraire qu'en cherchant un asile obscur dans les habitations de quelques démocrates '.
En même temps , un comité secret se formait comité che» chez Àmar , rue Cléry , pour préparer une insur- °^'*
> Babeuf dut alors la liberté aux Forts de la halle. Un huissier s'etant présentai chez lui rue du faubourg Honortî n° 29, avec un mandat d'amener, motivé sur les provocations contenues dans ses écrits, Babeuf, après une longue lutte, parvint à s'échapper ; l'huissier le suivit en criant au voleur; deux fois les Forts de la halle le saisirent et deux fois ils le relâchèrent au seul nom de l'écrivain qui défendait les droi^ du peuple : Eriddf et Darthé lui donné- * rent asile dans l'ancien couventde l'Assomption.
rection contre la tyrannie qui appesantissait , de j^os en plus, son bras de fa: sur le peuple fran-r çais. Àmar , Darthé , Buonarroti f Mafisart et Germain s'y rendirent les premiers, et s'adjoignirent socoessÎTement Bedon, Soigne, Filipe le RêXêllet y Clëment et Marchand.
JjSL vivedouleur dont ils était pénétres, portait, comme par inspiration, les amis de la liberté à combiner leurs forces contre le jong odieux qui opprimait le peuple. Les démocrates éclairés s'y croyaient rigoureusement obligés.
Son opinion Ccux qui composaîcnt le comité réuni chez **" ^derlHiL Amar, considéraient unanimement le gouvernement, étabU par la constitution de Tan III, comme illégilijQae dans son origine, oppressif dans son esprit et tyrannique dans ses intentions ; tous demeuraient d'accord que le salut de la ré* publique et de la liberté commandait impérieusement sa destruction. ,
Avant de s'occuper des moyens de l'opérer, on voulut que chaque inembre fût, non seulement convaincu de la justice de l'entreprise, mais qu'il eût aussi une idée complète de l'ordre politique qu'il convenait de substituer h. celui dont on méditait l'anéantissement. On désirait sincèrement le bonheur du peuple , et on sentait qu'il était contraire à ses vrais intérêts de le livz^ légèrement a des convulsions , dont le résultat aurait pu être d'é-
leTer une, nouvelle tyrannie sur la ruine de là tyrannie existante, de créer de nouveaux privi^ lëges et de favoriser de nouvelles ambitions.
Le ccMnité Ait d'abord un lycée politique , où, après avoir de'mélë les causes des maux qui affligent les nations , on parvint a poser avec pre'dsion les principes d ordre social que Ton crut les plus propres à les en délivrer et à en empêche? le retour.
Jamais , disait-on , la masse du peuple n'est par- ProprUié iDdivenue au degré d'instruction et d'indépendance de l'ewiavage. nécessaire pour Texercice des droits politiques, essentiels à sa liberté , s^ sa conservation et à son bonheur. Les nations les plus sages de Fantiqûité eurent des esclaves qui les mettaient sans cesse en péril , et, si on en excepte les Péruviens , les Paraguayens et quelques peuplades peu connues , jamais société civile ne put faire disparaître de son sein , cette foule d'hommes qu'aigrit et rend ' malheureux Tidçe des biens dont ils sont privés, et dont ib croient les autres en possession. Par^ tout la mtdtitude rampe sous la verge d'un despote où sous celle des castes privilégiées. Et , portant ensuite les regards sur la nation française, on la voyait asservie , par les manoeuvres des égoïs* tes conquérans, à la corporation des riche» et des enrichis.
Quant k la cause de ces désordres , on la trou-
vàit danslmégalîté des fortunes et des conditions , et, en dernière analyse , dans la propriété individuelle, par laquelle les plus adroits ou les plus heureux dépouillèrent et dépouillent sans cesse la multitude qui, astreinte à des travaux longs et pénibles , mal nourrie , mal vêtue , mal logée , privée des jouissances quelle voit se multiplier pour quelques-uns , et minée par la misère , par l'ignorance ,,par lenvie et par le désespoir , dans ses forces physiques et morales, ne voit dans la société quW ennemi , et perd jusqu a la possibilité d'avoir une patrie.
L'histoire de la révolution française venait a l'appui des réflexions du comité. Il y voyait la classe antérieurement riche et celle qui letait dévenue , assiduement occupées à s'assurer la prééminence : il y voyait que les prétentions ambitieuses allaient toujours de pair avec la haine du travail et le désir de l'opulence; que l'attachement du peuple aux droits de cité s'était refroidi , à mesure que les institutions* favorables à l'égalité avaient reçu des atteintes , et que toute la politique des aristocrates consistait à appauvrir , diviser, dégoûter, eflfrayer et comprimer la classe laborieuse , dont les réclamations sont par eux représentées comme les causes les plus actives de la décadence de la société.
D'après ces observations , on dut conclure que
la cause toujours agissante de l'esclavage des nc.tions est tout entière dans Finégalité , et que , tant qu'elle existera , l'exercice de leurs droits sera à peu près illusoire pour une 'foule d'hommes que notre civilisation ravale au-dessous de la nature humaine.
Détruire cette inégalité est donc la tâche d'un législateur vertiieux; voilà le principe qui re'sulta des méditations du comité : comment y parvenir? ce fut le sujet d'un nouvel examen .
Amar , qui avait vu la convention nationale pourvoir aux besoins urgens de la patrie, par là taxe des objets vénaux, par les contributions révolutionnaires et par les réquisitions sxu' les riclies , vantait cette manière d'enlever, ce sont ses propres mots , le superflu qui encombre les canaux trop remplis , pour le rendre à ceux qui manquaient du nécessaire. D'autres proposaient tour-à-tour le partage des terres, les lois somptuaires et l'impôt progressif.
Bedon , Darthé , Filipe le Reœellet et Buonar- vicei tie Ioîs rôti observaient que les législateurs, qui, pourj^™* **" diminuer les ravages de rinégàlité , avaient eu recours au partage des terres et aux lois somptuaires , en livrant la distribution des travaux et des biens à l'avidité et à la concurrence, n'avaient opposé à un torrent impétueux , que de faibles remparts toujours minés et renversés par l'action
xle ravarice et de lorgueil , auxquels le maintien du droit de propriété fournit constamment mille moyens de franchir tous les obstacles.
. Les réquisitions , disaient-ils, les taxes , les contributions révolutionnaires , furent employées utilement pour faire face aux besoins urgens du moment et pour déjouer la malveillance des riches ; mais «lies ne sauraient faire partie de Tordre habituel de la société , sans en attaquer letistence : car, outre qu'il serait impossible de les asseoir sans risquer d enlever le nécessaire , elles entraîneraient le grave et irréparable inconvénient de tarir les sources de la reproduction , en enlevant aux propriétaires, à qui elles4aisseraient la charge de la culture , Fencouragement de la jouissance , et seraient insuffisantes contre lentassement sourd du numéraire , résultat inévitable du commerce vers lequel se tourneraient na- ' turellement les spéculations de Tavidité '.
Égalité dMtra- Par la loi de la nature qui fait dépendre la « saBc<>f:])utdeia productiou du travail, ce travail est évidemment ^*^*^' pour chaque citoyen une condition essentielle du
« L'impAt progressif serait un mojren efficace de moreeler le» terres , d'empêcher la çumulation des richesses , et de bannir l'oisivetd et le luxe , si Testimation exacte des fortunes qu*il exige , n'était pas très difficile à atteindre : on peut bien <{valuer le rcvena des immeubles; mais comment apprécier les capitaux qu'il est facile de dérobera tous les yeux ? Cette manière d'asseoir l'impôt serait, tout au plus , un acheminement au bien j elle pallierait le mal , mais elle n'en couperait pas la racine.
pacte social; et comme chacun , en entrant dang la société , y apporte une mise égale (la totalité db ses forces et de ses moyens) , il s ensuit c^e les cbarges , les productions et les avantages doi« irent être également partagés. Ils faisaient eii entre remarquer que le but de la société est effec* tiYement de prévenir les effets des inégalité na* turelles ; qiie> fût-il vrai que Tinégaltté des jouissances eût hâté les progrès des arts vraimèntutiles, elle doit cesser aujourd'hui que de nouveaux pro^ grès ne sauraient rien ajouter au bonheur r^l de tous ; et que Végalité suggérée par le simple bon sens auxfcmdateurs des sociétés , nous est recommandée plus vivement encore par Taccroissementde nos connaissances, et par Texpérience journalière des maux que Tinégalité traîne a sa suite. Ceux qui raisonnaient ainsi , voyaient dans la comimma/uté des biens et des tras^aux , cV^st-adire, dans l'égale répartition des charges et des jouissances , le véritable objet et la perfection de Tétai social , le seul ordre public propre à bannir îi jamais Foppression , en rendant impossibles les ravages de l'ambition et de Tavarice , et a garantir à tous les citoyens le plus grand bonheur possible. Bedon avait rédigé un ouvrage , dans lequel il démontrait Tinjustice 4n droit de propriété , et développait la longue série des maux qui en sont les suites nécessaires.
Amar parut frappe d'un trait de lumière : à la . première énonciation de ce système ^ il en de^ vihtle défenseur enthousiaste ; et, ne songeant plus qu'a en justifier et a en propager les principes , il porta en peu de temps la chaleur de son zèle jusqua s'en faire en public l'apologiste fougueux.
Il était reconnu dans le comité , que les lois de la liberté et de l'égalité ne recevraient jamais une application utile et durable, sans une réforme radicale dans l'ordre dès propriétés ; on convenait que les patriotes ne paraîtraient , aux yeux -de la multitude , que des intrigans inquiets et intéressés , tant qu'ils ne se feraient pas ouvertement les apôtres d'un système politique, propre à garantir sensiblement les mêmes avantages à tous les membres de la société.
Bo«pierrefut En développant ces idées , on parla souvent ëgaUté. des philosophes et surtout des hommes de la révo-
lution qui en avaient reconnu la justice. De ce nombre étaient Robespierre et ses compagnons de martyre, qui, aux yeux de ceux dont je viens d'exposer la doctrine , avaient évidemment aspiré a l'égale distribution des charges et des jouissances. Au nom de Robespierre , Amar qui , au 9 thermidor, en. avait. .été un des plus violens persécuteurs, avoua ses torts ,. témoigna son repentir et ne chercha a excuser sa faute , qu'en
(«9 ) alléguant Tignorancé où il prétendit avoir été , des Vues bienfaisantes de celui qu^il avait calomnié et inunolé.
Mais les voies de la vérité et de la justice sont oiistades â ion difficilement aperçues de la multitude, qui ne '"•®"'° saurait être persuadée par les mêmes motifs qui déterminent les écrits habitués k réfléchir. Les sages qui voulurent opérer le bonheur de leurs omcitoyens asservis^ malheureux et ignprans, en reçurent souvent en récompense la mort , sur Tac* cusation banale d'ambition , que leur intentèrent hypocritement les adroits et étemels ennemis de TégaUté K
Le comité ne se dissimulait pas combien avaient été funestes à la cause commune et aux
> Il est difficile de convaincre la multitude de Tavantage des innovations , sans le secours de l'expérience qui ne peut arriver qu'après. Aussi, les pluj) sages li'gislateurs de l'antiquité eurent-ils recours aux fictions religieuses, par lesquelles ils étonnèrent la foule 'qu'ils ne'poovaient persuader. Cet expédient qui n'est pas sans danger , ne saurait être employé avec succès chez les peuples qui, je ne sais si. heureusement ou malheureusement, cultivent la philosophie : on ne peut en faire quelque chose que par l'attrait dfi •plaisir ou par la force.
Si le christianisme n'eût pas été défiguré par ceux qui trompent pour asservir, il eût pu être d'un grand secours aux législateurs amis de leurs semblables. La pure doctrine de Jésus , présentée comme une émanation de la religion naturelle, dont elle ne^différe pas , pourrait devenir l'appui d'une sage réforme et la source des mœurs vraiment sociales ; elles sont inconciliables avec le matérialisme qui réduit tant de gens à ne consulter, dans leur conduite, * .que leur intérêt direct , et à se moquer de toute vertu.
lx>nnes BKEura , la catastrophe du 9 the^i^^^ les événemens tragiques qui en furent les suites ; il savait que, depuis, une foule de citoyens s^é« taientlÎTrés k la plus honteiKe rapacité, et n'ignorait pas , queles plus petits propriétaires s étaient rattachés k leurs possessions , auxquelles ils avaient été naguère prêts à renoncer, convaincus que toute vue d'intérêt commun avait disparu de la législation , abandonnée désormais à Tégoisme le plus eflRréné. H sentait par conséquent combieii il était difficile de s^ubstituer, immédiatement et d'un seul jet, à la législation des propriétés , celle incomparablement plus douce et plus équitable de \ égalité des biens et des t/ra{Hmx.
Laconstitutioa Cependant rien n'était plus éloigné de cette fll^c^lu égalité que l'ordre social établi par le code de lY^aiiié. jïj^j^ jjj^ j^jj^ Tafifermissement allait enlever au peuple l'exercice de ses droits naturels. Cependant il paraissait au comité que , pour amener le peuple à se prononcer sur l'objet constant de ses vœux secrels , que le défaut de lumières et de bonne direction l'avait toujours empêché d'atteindre , il fallait commencer par lui rendre ses assemblées y ses discussions , ses délibérations et le sentiment de sa force. Il voyait dans la constitution de 1793, cet acheminement à un plus grand bien , et cela , joint aux motifs qui faisaient justement respecter en elle la volonté des Fran-
cais librement et solennellement énûsè , le dëter* Ruinèrent k en faire le premier point de ralliement des patriotes et du peuple.
On ne se dissimulait pas les défauts de cette sctdéfauu. constitutimi ; on les trouvait principalement dans les articles de la déclaration des droits , qui , en définissant le droit de propriété , le consacrent dans toute son effrayante latitude. On avouait y néanmoins , que jamais ouvrage de ce genre n'avait tant approché de la perfection , et on applaudissait aux dispositions qui oflGraient un vaste champ ouvert a toutes les améliorations.
D'un autre côté , on considérait qu'k cette constitution se ralliaient les égaux ^ les démocra^ tes moins exigeans et une grande partie du peuple ; que tous les changemens deviendraient faciles, dès que lesprît d'égalité reprendrait son essor, et quîl y aurait un trop grand danger a courir en s'exposant aux divergences d'opinion, dans un moment où il importait de réunir toutes les forces pour attaquer avec succès un ennemi puissant.
Après un long et sérieux examen , le comité Poinuderaïue-
,i.««i. 1 «i 1^ 1 ment offerts aux
réduisit les devoirs des amis du peuple a ces deux rëpubUcûiu. points cardinaux : i^ RétaMir la constitution de 179I3 , consentie par le peuple ; lot qui consacré franchement l'exercice de sa puissance ; moyen prompt d'arriver a l'égalité; point de rallie-
ment pécessakç pqur renverser Taulorité existante, œnvaincae de tyrannie ; 2® Préparer de loin , ladoptian de la véritable égalité, en la montrant au peuple com,me le seul moyen de tarir a jamais toutes les sources des, maux publics. Autorité isob*- La révolution qupn méditait, devant comveralme^Tt ^^^dë meuccr par la destruction de la constituti<m de Fan III. Y\^ jjj^ jj ^^^jj. naturel que lé comité s'occu-
pât des moyens de lopérer , et de la forme publique à substituer subitement au gouvernement quon voulait abattre. Il était' évident que la nécessité des choses et le succès même de Tentreprise voulaient qu'il y eut un intervalle entre la chute du pouvoir aristocratique et l'établissement définitif de la constitution populaire.
Ce n'était que par la force du peuple ,qu on se proposait d'attaquer le gouvernement usurpa- ' , teur ; et cette force , on ne comptait la mettre en action, que par l'ascendant de la vérité , par l'amour de la liberté et par la haine de l'oppression. Devant revenir, dans le cours de. cet ouvrage, sur la forme de l'autorité provisoire par laquelle - les conjurés se proposaient de remplacer soudainement, l'ordre constitutionnel de l'an III , je me bornerai ici a l'exposition succincte, des avis qui partagèrent le comité.
: Les uns proposaient de rappeler les débris de , la convention nationale qu'ils regardaient cmnme
existante encore de droit; d'autres voulaient con-' fier le gouvernement provisoire de la republique à un corps nommé par le peuple de Paris en insurrection; d'autres enfin étaient d'avis de remettre , pour un temps déterminé, à un seul homme qu'on eut appelé dictateur ou régula^ teur, le pouvoir suprême et le soin d'instituer la république.
On verra ciraprès les raisons dont chacun étayait son opinion : il suffit pour le moment de dire que l'autorité provisoire , à la nomination des insurgens , fut préférée au rappel de la convention proposé par Àmar , et a la dictature mise en avant par Bedoh.
Tandis que le comité mûrissait ses projets, la société du Panthéon et les écrits de Babeuf devenaient pour lui des leviers du mouvement qu'il méditait : afin d'en diriger l'action , il insinuait aux orateurs de la société dont il comptait former le premier noyau de l'insurrection', d'en réprimer avec prudence les élans prématurés sans en éteindre l'énergie , et encourageait Babeuf à redoubler de zèle contre les oppresseurs, et a appeler sans ménagement le peuple k la conquête pleine et entière de ses droits.
On allait se partager en sections afin de j^réparer l'insurrection , poser les bases de la législation provisoire qui devait la suivre, et rédiger les
institution dëfiniliv^ de rëgalitë, lorsque U
mëfiance vint ralentir les trataux du coinité
qui ne tarda pas à se dissoudre.
Dissolution da ' AttiaT devîut l'objet des inqule'tudes cominu-
comitc. ^^^ ^ jj ^,^.^ odieux k beaucoup d'amis de Téga-
lité autant qu'au! jpàrtisans dé l'aristocratie; eéux-ci lui reprochaient la part qu'il avait eue aux poursuites dirigées contre les girondins , et la se'véritë qu'il avait dëployëe contre les ennemis de la republique ; ceui4à l'accusaient d'avoir été un des plus violens prescripteurs des victimes du 9 thermidor , sur lesquelles on prétendait qu'il avait exerce des traits afflreux de cruauté : on le disait vain, imprudent, intrigant et vindicatif. Mais il avait su gagner la confiance de Datthë et de Massart, et ce fut par ettx que les autres membres du comitë lui forent associes.
Retiehu^ auprès d'Amar par Tardent dësir de sertir la cause du peuple et par l'opinion quih avaient de la sihcëritë du fcèle qu'il manifestait , ils feti étaient tepoussës par d'amers souvenirs, par l'empressement même avec lequel il s'était |yrononcë pour le système des ëgaux , et même par l'injuste crainte d une trahison.
Héton qtd avait ëtë un des principàUï àg'ens du comité dé sûreté générale de là conVehtion, y avait conçu contte Amair utie haine implacable.
Malade, mourant, a peme apprend-il que des républicains placent en celui-ci quelque confiance , qu il se hâte de mander Filipe h Rexellet, le conjure au nom de la patrie de les en éloigner, et le charge de le leur peindre sous les couleurs les plus eflfrayantes. Le voeu de Héron ayant été rempli, le comité qui, par des motifs de prudence, venait de transférer ses séances a la rue Neuve- Egalité , fut immédiatement dissous ^
n n*y avait pas k cette époque un véritable ré- Auireir^unioM publicaîn qui ne ftit conspirateur ou prêt a fe '^""^"•b*-'»devenir; tous éprouvaient éminemment le besoin de se réunir et de se concerter pour parvenir à la destruction de la tyrannie. Aussi , lorsque le comité dont je viens de parler fut dissous, se formèrent sur plusieurs points de Paris d'autres réunions du même genre, dans lesquelles on remarqua Darthé , Buonarroti , Massart , Bouin, Eriddhf, Antonelle, Germain, De Naumbet, Chintrard, Ready, Tismiot, Dufour et Chapelle.
Ces nouvelles assemblées n'eurent pas une longue existence , parce que la siu-veillance de la police et une influence secrète qui tendait \ ratta*
> Amàr avait fait quelques sacrî^ces pécuniaires pour la cous* , piration démocratique » à laquelle il ne cessa de coopâ:«r iodirectement Jusqu'au moment où il fut impliqué damraccusatîoa portée contre ses auteurs.
cher à un autre centre les eflForts des démocrates , les firent bientôt cesser : ce fut la que fiit développé le projet de distribuer tous les patriotes en petits clubs inaperçus , dont les députés eussent formé des sociétés d'arrondissement , soumises à un comité central , lequel eut été composé d'un petit nombre de démocrates éprouvés , chargés d'imprimer au tout une impulsion uniforme. L»e»prit démo' Au Panthéon, on avait beaucoup de peine a luShc'on!^ contenir les élans delà société devenue plus nombreuse , contre la tyrannie constitutionnelle de Tan III. Les vives discussions auxquelles donnait lieu la lecture des journaux de tous les partis , et celles encore plus animées quoccasiona la proposition de solliciter la mise en vigueur de la loi qui attribuait aux défenseurs de la patrie un milliard de biens nationaux , ainsi que de celle qui octroyait aux citoyens pauvres d'honorables secours, y réveillèrent l'ancienne énergie démocratique, et firent connaître au gouvernement les amis les plus dévoués et les plus éloquens des principes populaires.
Position difficile Quoiqu'il fùt rcçu parmi les panthéonistes trttr wdété^* qu'une sage dissimulation était une précaution nécessaire pour rendre moins difficile l'accomplissement de leurs vœux, on ne pouvait empêcher les discours hardis de circuler de bouche en bou-che et même d'éclater quelquefois à la tribune
de la société , tantôt par un effet de zèle , et tantôt par celui d une intrigue tendante a provoquer l'anéantissement de cette utile institution. D'ailleurs il était impossible d'inspirer au peuple de l'énergie sans lui parler de ses intérêts et de ses droits ; et la nécessité oîi l'on était de laisser quelque latitude aux discussions , combinée avec la circonspection dont il fallait s'armer afin de ne pas donner trop tôt l'éveil à la tyrannie y constituait les orateurs du Panthéon dans une position embarrassante , soit sous le rapport de l'intérêt public, soit sous celui de la confiance dont il importait de les maintenir en possession.
Pendant que la société l'éveillait l'attention des Benaraance amis et des ennemis de l'égalité , que ses discus- a^î^o^cral>e*s sions étaient répétées et commentées par lés jour- pj™* '^p*"' naux patriotiques ,' défigurées , censurées et calomniées par les écrivains contre-révolutionnaires , et que les vieux démocrates jetaient sur le Panthéon des regards d'espérance , le peuple parisien sortait graduellement de l'indifférence où ses longs malheurs l'avaient plongé , et il se formait dans tous les départemens un grand nombre de sociétés correspondant secrètement avec celle de la capitale, par l'entremise de leurs membres qu'elle admettait dans son sein.
Les travaux de la société du Panthéon étaient Travaux de u
/ • 1 • . société du Pan-
partages comme il suit : théon.
Lecture des journaux ;
Communication de la correspondance des membres ;
Quêtes pour les patriotes malheureux ;
Démarches pour faire rendre la liberté à ceux que Taristocratie précipitait dans les fers.
Venaient ensuite les discussions sur la législation et sur la marche du gouvernement , les pro« positions et lexamen des adresses a présenter aux autorités. De vifs débats mettaient souvent k nu les sentimens généreux de ceux qui aspi* raient à rendre au peuple la plénitude de ses droits , et les vues intéressées et étroites de quelques autres qui visaient à faire de la société le piédestal d'mie odieuse domination.
Parmi les événemens remarquables qui se passèrent dans le sein de cette société , les deux suivans méritent une attention particulière.
Dtstribiition Àvaut le 9 thermidor de Tan II, deux lois
aux défenseurs • . / / i //• i il*
de la patrie, d'un avaicut préparé une grande reiorme dans la dismiuiarddebiem |ribution dcs richesscs territoriales.
nationaiiz.
Parla première, un milliard de biens nationaux avait été promis aux défenseurs de la patrie;
Par la seœnde , 1^ biens des ennemis de la révolution étaient alloués aux patriotes malheureux •.
Presque tous les panthéonistes considéraient
< Décrets des 8 et i4 ventôse de Fan II.
l'exécution de la premièi*e comme la dette de la reconnaissance; mais les plus dévoués à la cause de Tégalité y voyaient en outre un premier pas a faire pour arriver à la misQ en vigueur de la ee-t eonde^ et pour familiariser la nation avec le principe qui place entre les mains du soiiverain le droit de disposer d^ biens : ils sentaient ^^ailleurs que ce n était que par des disaissions de o^ g^nie qu^on pouvait réveiller dans )e peuple cette énergie qui lui avait fait opérer ta^t de pro4ïges , ^ sans laquelle tous les efforts pour établir un ordre public raisonnable, seraient vains?
Aussi la proposition de solliciter la distribution effective du milliard fut accueillie avec transport ^ çt l'adresse qui en contenait la deipande fut 4V jbord adoptée sans modification; cependant l'envoi en fut indéfiniment ajourné dans une séance postérieure, par rinfluencç de quelques ageps du goi|r vemement , qui parvinreixt à replon^r la majorité des membres de la société dans Teffroi doi/i ils venaient à peine de sortir '»
< Les biens sa tioQaux affectés d^ le coBunemcenient i l'eip^tîncr tion de la dette publique ancienne, représenta par les rentes suf l'état, et de la nouvelle , représentée par le papier-monnaie connu 90US le nom d^assignats , furent horriblement dilapidés , lorsque , après le 9 thermidor , il fut permis de les acheter sans enchères et sans publicité , par simple soumission , et d'en payer le piix en papier , qui n'avait presque plus de valeur , d'après l'expertise faite autrefois en numéraire. De. la , ainsi que du brigandage de cei^^ qui approvisionnaient les années » vinrent ces fortunes colossale» ep
( lOO )
inub^aeiaio. La hardicssc çivcc lacpielle Babeuf attaquait, hwt ^"^ * dans son Tribun du Pewpfe , la constitution en vigueur et les membres du gouvernement, fut la cause du silence rigoureux que la société du Panthéon garda long-temps sur son compte : ceux qui approuvaient les opinions du tribun, craignaient de tout perdre par la précipitation; les timides avaient peur de se compromettre ; les ennemis de la doctrine de Babeuf appréhendaient de lui donner de l'importance*
Au commencement de ventôse de la IV® année , la proscription qui pesait sur Babeuf atteignit son épouse; elle fut arrêtée comme prévenue d'avoir distribué les écrits de son mari, dont on ne voulait en eflfet que savoir d'elle la demeure secrète. Au récit de cet excès de cruauté , le Panthéon retentit de mille cris dlndignation ; les amis de l'égalité élevèrent la voix en faveur du courageiK Babeuf; ils obtinrent que la société solliciterait la liberté de sa femme , et que des secours pécuniaires lui seraient envoyés dans sa prison.
ce laxe effréné qui contribuèrent ensuite si puissamment à la ruine totale de la république.
Les panthéonistes représentaient dans leur adresse que , pour peu que le désordre continuât , il ne resterait pas un arpent de terre pour acquitter la dette contractée envers les défenseurs de la patrie. Déjà Robespierre s'était plaint dans ses derniers discours, de la faveur accordée aux riches rentiers au détriment des pauvres , et surtout de ce que le comité des finances souf&ait qu'on diminuât la masse des biens nationaux réserrés au peuple.
( loi )
Le nouvel empressement avec lequel le peuple sc\n$me â»ai accueillait les ve'rités qu'il avait naguère défen- tbéon. dues avec tant de gloire , l'esprit d'égalité qui se répandait de nouveau sur toute la France, ce nouvel élan vers la démocratie, et par dessus tout , le caractère connu de plusieurs membres du Panthéon , avaient déchaîné contre cette société tous les écrivains anti- populaires auxquels se joignirent plusieurs orateurs du conseil des cinq-cents : le gouvernement qui, au commencement , y avait applaudi , comptant en faire Tépouvantail des royalistes, en i^doutaitdéjàrinfluence. Des agens secrets de la tyrannie , secondés par la timidité des hommes faibles, paralysèrent l'énergie de la société en y semant l'épouvante : tantôt ils lui montraient une bande d'aristocrates prêts a l'assaillir à main armée; tantôt ils étalaient a ses yeux la colère du gouvernement , irrité par la prétendue hardiesse de ses discussions. Hs ne proposaient pour tout remède , que des actes de soumission et des protestations d'attachement au système établi.
Entraînée par de semblables conseils, la société se fit proposer une adresse au directoire exécutif, dans laquelle, après mille basses flatteries, on lui faisait jurer fidélité a la constitution de l'an III. L'adresse fut vivement combattue ; mais, ayant été adoptée par la majorité , elle devint le motif d'un
( loa )
schisme patent entre ceux qui la signèrent, et ceux qui préférèrent a un lâche parjure la chance dVn& nouvelle proscription. Cet éclatant déhou^nent mit à découvert tous le^ sentimens, et Tautoiité usurpatrice connut avec certityde les citoyen)^ dont elle avait le plus h redouter les principes et la fe|:*meté.
An{goats;ii. Dans Ic COUTS de ses travaux, ta société pwta »e;/iiJ«/^'*^ses regards sur le crédit des assignats, sur la liberté de la pressa et sur la formation du jury.
Telle était alors la rapidité avec laquelle les assignats perdaient de leur valeur , que les salaires ne pouvaient pas se mettre de niveau avec le prix des denrées , qui doublait du matin au soir ; tou3 ceux qui vivaient de leur travail , ne pouvant plus gagner de quoi subsister, vendaient leurs meubles et leurs haillons, languissaient dans la misère et mouraient d'inanition. Une pétition des panthéo-; ^ nistes appela sur ce grgv^ désordre Tattention dm corps législatif,
Uneautre pétition réfuta les sephisn^es parlésquels des voix malveillantes avaient provoqué, au sein du corps législatif, des restrictions à la liberté de la presse , afin, disait-on, de répripoer Taudace des démocratesquela nouvellearistooratie confondait hypocritement avec les royalistes.
Par la nouvelle législation, le droitd'étre inscrit sur les tableau^ des jurés d'accusation et de juge-
( io3 )
ment ayant ëté enlevé a ceux qui ne payaient pa$ le cens électoral , les classes peu fortunées avaient perdu y dans les jugemens , la garantie qui en résultait : de là les rigueurs juridiques pour elles , et rindulgence pour les privilégiées. Un abus aussi dangereux que criant, fiit dénoncé par la société au peuple et au corps législatif qui demeura muet
Ceux qui, dès le commencement, s'étaient pro- Fm^ence de h posé de faire de la société du Panthéon le point d'appui des restaurateurs de la démocratie, eurent toujours en vue de ranimer Ténergie populaire et de ménager en même temps Tautorité constitutionnelle, jusqu'au moment oii la rectification générale de l'opinion publique permettrait de parler sans détours , et rendrait vains les efforts des oppresseurs. Conséquemment ils voulaient quon se bornât a discuter lestlroits des hommes et des peuples, en évitant toute application directe aux tyrans du jour; et ce fut d'après leurs conseils que la société désapprouva constamment le zèle inconsidéré et peut-être simulé de ceux qui articulèreanit dans son sein des dénonciations graves contre les membres du dir^toire ex^utif , et y proclamèrent l'insurrection.
lies mêmes motifs de jMiidence firent re&ser Excimion de» l'entrée de la société aux montagnards proscrits, ^^■'•"^"°* •• dans lesquels le gouvernement voyait à tort des
byGoqgk
( ïo4 )
conspirateurs dangereux : Drouet seul fut admis ' .
Au mois de pluviôse de Fan IV, l'affluence des hommes du peuple qui se présentaient au Panthéon , le bon esprit des petites sociétés démocratiques formées dans plusieurs quartiers de Paris, et le vif intérêt que le peuple prenait au rétablissement de ses droits, avertirent les fondateurs du Panthéon que leurs vœux commençaient à s'accomplir, et qu'il était temps d'ouvrir à leurs efforts un champ plus vaste.
Jusque-la ils s'étaient bornes a rallier et a ranimer les élémens les plus actifs de la révolution : ils sentirent alors que le temps était venu d'exercer la même influence sur le peuple parisien.
F^te.<îécadai- Cherchant a concilier la publicité indispensable des séances avec les réglemens de police , et surtout avec les ménagemens que commandait la prudence , ils en vinrent a se convaincre que, leur doctrine politique étant la conséquence la plus rigoureuse dejs lois de la nature , il était aussi raisonnable que facile de la présenter comme le code de la divinité , c'est-k-dire , comme l'objet de la religion naturelle.
» Il avait fait arrêter à Varennes le roi rebelle et fugitif, et s'était range , dans la convention , sous les drapeaux de la dëraocratie; fait prisonnier au siège de Maubeuge par suite de son bouillant dévouement , il était dans les cachots de F Au triche , lors des funestes cvénemens de thermidor qu'il blâmait hautement.
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En eflFet , la pratique d un culte qui présente TEtre-Supréme comme le cre'ateur , le législateur et le protecteur de l'égalité, offrait Timmense avantage de plaire à ceux qui ne tiennent au christianisme que par sa morale, à ceux qui repoussent l'athéisme , et à ceux qui abhorrent la superstition. Elle était en outre fondée sur l'opinion des sages que l'humanité révère , et sur des raisonnemens qu'il est impossible de réfuter; elle pouvait devenir , entre les mains des réformateurs , un levier puissant pour l'établissement des institutions démocratiques; elle était le seul moyen légal de parler a de grandes réunions de peuple.
On résolut donc de paraître dans des temples publics sôus le titre de déistes, préchant pour tout dogme la morale naturelle.
Et , comme il était utile d'accoutunier la multitude à remplacer les pratiques de l'église catholique par d'autres pratiques, ce que le gouvernement même cherchait alors a accomplir par l'introduction des fêtes décadaires, il fut arrêté qu'on célébrerait publiquement ces fêtes , et qu'à cet effet un vaste temple serait démandé au directoire exécutif.
Celui-ci, pénétrant le but de cette demande , doi;it il redouta les suites , s'y refusa sous le prétexte qu'il allait s'occuper de la célébration proposée.
Il devint alors nécessaire de tenir à la société
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un langage plus dair, etde lui faire entrevoir une partie des vues secrètes qu'il eût été imprudent de lui faire connaître dans leur totalité'. On voulait la déterminer à se couvrir des formes religieuses , afin de jouir de la publicité et des temples garantis par la loi aux sectaires de tous les cultes.
La discussion qui s'engagea a ce sujet fut très animée et se prolongea pendant plusieurs séances ; les auteurs du projet furent obligés de combattre les orateurs qui s'eflForçaient d'en empêcher l'exécution , tantôt en conseillant de s'en rapporter prudemment au gouvernement, tantôt en faisant envisager toute ferme religieuse comme la source d une nouvelle superstition.
' Tous les obstacles furent enfin écartés , et la société arrêta : « qu'elle emploierait les décadis a » honorer en public la Divinité par la prédica- » tion de la loi naturelle. » Une commission fut chargée de louer un temple , et de préparer le catéchisme et le règlement du nouveau culte.
Haine dagou- A la mêmc époquc , le directoire exécutif reirpaithéo- doutait la société du Panthéon, dont les discussions alarmaient les nombreux égoïstes de la capitale. Dès lors , la police fut toute occupée à épier les propos et les démarches des orateiu:s panthéonistes , qui, par leur conduite publique , n'avaient fourni aucun motif décent de persécution. Ce-
vernement contre nistes.
pendant leur perte ëlait yïitée , et Ton guettait ^n prétexte pour diteoucïi^ k sociëtë quW appelait déjà un antre de hrigcmds.
VefB le commenœment de ventôse de Fan IV, Leur i^ie. led panthéônifites rêTenus de leul* ancienne stupeur , étaient généralement dévoués au triomphe de la démocratie. Au lieu d'exciter leur zèle, il fallait en modérer l'explosion qui eût pu devenir funeste. Les émissaires que le gouvernement avait glissés dans la société, méprisés, honnis^ ne pouvant plus tromper, dévinrent de vils délateurs.
Le prétexte que le gouvernement cherchait lui Lecture de iw fut offert par Darthé qui, voulant sonder Fesprit ^^^i^^^ol^^^^^^^^^ de la société, v fit lecture d'un cahier du Tribim *f*;**" du Peuple, dans lequel les personnes des direc-* teurs et de quelques députés n'étaient pas plus ménagées que leur oppressive constitution et leurs tyranniques lois. Cette lecture fut couverte d'applaudissemens; mais peu de jours après % la clôture du Panthéon fut ordonnée par le directoire , et exécutée par le générid Buonaparte ^ en personne.
I Le 9 V«Mt^ de ràB IV.
* iwsnkptate qaî eounnandait aloM Fannée de l'intërietir fut le tëritable auteur de eetté iiie«ttre i ayant d^mélë ^ à Taide de nombreux agens , les vues seerétes de« panthëonistes , il en fit peur au directoire) etobtint l\>l:dre de dittolutîon; ilfut présent k Textécution, et te fit remctire les clefa de la salle ou la toctëté tenait ses séances.
du Fan-
verDeraent.
( io8 ) .
perfidiedngoo- Aliisi quc dans tous les gouvememens aristocratiques, il y avait dans celui de la république française un esprit également opposé à l'autorité d'un seul et à la puissance du peuple. Cependant Tardeur avec laquelle la doctrine de la souveraineté populaire avait été récemment accueillie par la
A plusieurs traits de cette nature, la nouvelle aristocratie dut reconnattre dans ce général , déjà célèbre par la reprise de Toulon et par la journée du i3 yendémiaire , Phomme qui pouvait un jour lui prêter un solide appui contre le peuple ; et ce fut la connaissance qu'on avait de son caractère hautain et de ses opinions aristocratiques, qui le fit appeler, au i8 brumaire de Fan VIII, au secours de ce parti , effirayé de la rapidité avec laquelle reparaissait alors Tesprit démocratique. Buonaparte fut porté au suprême pouvoir par une suite de la marche rétrograde qu'imprima à la révolution le 9 thermidor de l'an II, époque funeste , depuis laquelle l'autorité qui gouvernait le squelette de la république s'étant séparée du peuple , eut sans cesse à lutter contre les royalistes d'un côté , çt contre le parti démocratique mutilé , de l'autre. On la vit en effet combattre ce parti en prairial de l'an III , frapper les amis des rois en vendémiaire de l'an IV , proscrire les démocrates en floréal et en fructidor de la même année , poursuivre les royalistes en fructidor de l'an V , et briser les élections populaires en prairial de l'an VI. Dans les derniers mois de l'an VII, l'orage populaire grondant plus fort que jamais, et les armées ennemies devenant plus menaçantes , les usurpateurs de la souveraineté nationale se sentirent pressés entre les vengeances de l'ancie;p régime et la justice du ^ peuple ; mais , trop ennemis de l'égalité pour avoir recours à une capitulation qu'ils eussent facilement obtenue du parti populaire , ils aimèrent mieux s'exposer à toutes les chances du despotisme mili< taire, en livrant, le 1 8 brumaire de l'an VIII, la république française au pouvoir illimité d'un soldat impérieux, dont ils se flattèrent en vain de contenir l'ambition et l'audace.
Ce fut aussi par une conséquence de la politique qui prévalut an 9 thermidor de l'an II, que ceux qui présidaient aux destinées de la
généralité de la nation , et pcechée même par quelques uns des fondateurs de la nouvelle aristocratie, ne permettait pas a celle-ci den faire un erinle aux démoa*ates^ en les peignant sous leurs véritables couleurs : aussi s'efforça^t^elle de les livrer à la haine publique^ en les qualifiant de royalistes déguisés qui aspiraient à ramener par un long circuit la nation a la royauté , à Taide de ïemcbrchie avec laquelle on feignait de confondre les principes démocratiques.
On retrouve cette fourberie politique dans tcms les actes de la nouvelle autorité contre le
France furent amenas à envisager la guerre d'invasion comme un puissant moyen d'absorber l'attention de la nation , de la détourner du soin de ses droits , d'(!vacuer pragressivemekit rbumear déùio^ cratique xles armées, de corrompre les citoyens ^ et de fournir un aliment à l'ambition des généraux ; il est difficile d'expliquer autrement la conduite tenue en Italie et en Suisse , et surtout cette bnpolitlcjue et crinûneUe expédition d'Ë|[ypte.
Le consulat et l'empire furent donc autant les suites de la guerre d'invasion , d'où sortit Buonaparte , que de la politique intérieure ; ces deux causes ont leur source eommutiû ÛBta les complots dont Kobespierre fut la victime,
Buonaparte pouvait , par la fermeté de son caractère et par l'ascendant de ses exploits militaires ) être le réparateur de la liberté française; ambitieux vulgaire , il Mm mieux lui porter Iqs derniers coups: il tint entre ses mains le bonheur de l'Europe , et il en fut le fléau par l'oppression systématique qu'il fit peser sur elle , et par celle bien plus terrible , dont il prépara les élémens , et sous laquelle furent , après 9a chute » engloutM j au nom même de la li^ berté , tant de peuples de cett^ partie du globe. Plus on réfléchit sur l'enchainement des événemens , plus on demeure convaincu que la contre-révolution commença le 9 thermidor. •
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parti populaire : Tairété directorial , qui ferma ^ avec le Panthéon , plusieurs réunions royalistes rouvertes presque aussitôt, en e§t une preuve à ajouter a d'autres plus décisives, dont j'aurai occasion de parler en rendant compte de la fameuse loi du 37 germinal '.
Rien ne coûte aux méchans pour anéantir leurs incommodes adversaires. Les amis les plus désintéressés de Tégalité furent présentés au monde comme des monstres de rapacité et d'ambition , par ceux qui n'épargnèrent ni la violence ni la calomnie pour retenir un pouvoir qui avait changé en opulence leur récente misère. De semblables imputations furent prodiguées par le directoire aux panthéonistes, qu'il accusa davoiï* hautement demandé la constitution dé 1 798 et la dictature. Quant à celle-ci , il n'en fut jamais question ; et, quoique la constitution de 1 798 fût dans le cœur de tous les membres de la société , ils eurent constamment la prudence de ne pas permettre qu'on en parlât a leur tribune.
NouveUe proi- Cct actc violcut alarma tous les cœurs tant tei^teT ^ ^ ^^^ P®*^ attachés k la liberté, et fitt le signal d'une nouvelle persécution . Beaucoup de patriotes furent expulsés des fonctions publiques qu'ils remplissaient; on rechercha lé& faits révolutionnaires, et on poursuivit activement les écrivains populaires.
* Voyez ci-après , page 147 , et suiv.
Depuis Fami le plus passionné de 1 egalilë jusr qu'au patriote le plus modéré , tous furent indignés de l'atteinte portée par le directoire exécutif et par le rapport du député Mailhe sur les sociétés populaires , au droit très restreint de s'assembler, laissé au peuple parla constitution de TanlII. La tyrsmnie qui prenait par là un caractère plus menaçant et plus odieux, produisit lefiet de réunir contre elle les patriotes de toutes les nuances, et de leur faire souhaiter unanimement sa prompte destruction. Les panthéonistes dispersés par la violence , se réunirent d'abord dans les cafés tenus par des républicains , et ensuite sur les places publiques , au retour de la belle saison.
Quelques écrivains s'élevèrent avec force contre l'acte directorial; d'autres, a l'exemple de Babeuf , saisirent cette occasion pour appeler plus haut que jamais le peuple au recouvrement de ses droits.
Parmi les écrits qui circulèrent alors dans Paris , on distingua une affiche intitulée : Soldat, arrête et lis , par Filipe le Reœellet », et un Discours aux Français sur les réunions des citoyens^ dont Ântonelle fut l'auteur inconnu s.
fiabeuf nWait pas discontinué, de prêcher, L««oiunigede dans son Tribun du Peuple, la doctrine de la pure J^ ^ "^J^,
* Voyez pièces justificatives , no 3.
* Je n*ai pas pu me procurer cet écrit.
DigitizecWDy CjOOQ Le
égalité, et de reprocher leur usurpation aux fondateurs du nouveau gouvernement et a ceux qui en exerçaient les pouvoirs. Son langage austère lui avait fait des ennemis puissans , et avait indisposé contre lui les citoyens qui tenaient aux magistrats suprêmes par les faveurs qu'ils en avaient obtenues ou qu'ils en attendaient et ceux qui, croyant d'une bonne politique de feindre de se rallier k Tautorité pour l'anéantir ensuite plus facilement, l'accusaient de divulguer inconsidérément ce qu'ils appelaient le secret des démocrates.
Leur mécontentement fut si outré , que quelques uns d'entre eux résolurent de perdre ce courageux citoyen ; ils essayèrent de faire éclater contre lui l'indignation du parti populaire, en exagérant ses anciennes liaisons avec les instigateurs des crimes de thermidor , et en rappelant méchamment ses écrits contre quelques agens du gouvernement révolutionnaire.
Dans ces entïdFaites , les amis prononcés de l'égalité , sentant que des principes politiques d'un intérêt généralement sensiMe étaient les seuls moyens propres k maintenir et à accrotti^e l'éfi»gie populaire que les aristocrates s'efforçaient d'éteindre , et apercevant les services que les talens et la hardiesse de Babeuf pouvaient rendre a la cause publique , prirent hautement sa défense
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et favorisèrent par la le développement de ses plans.
Au désir d éclairer ses concitoyens , Babeuf u oMcoitu» avait ajouté depuis long-temps celui de les aider f^^i^'^^^ activement a recouvrer leurs droits. Dans cette p*^vue, il s'était attaché des amis passionnés de la démocratie , et avait cherché a connaître et à di^ riger les efforts faits par les démocrates che& Âmar y à la rue Papillon , au faubourg Denis et partout où ils se réunissaient.
Les habitations de Filipe le Rexelht, cFErûet dé Crexely furent successivement les asiles où Babeuf encouragé et aidé par Àntonelle , Buonarroti , Simon Duplay , Darthé , Eriddi , Germain , Silvain Maréchal et Sombod , s'acquittait des devoirs qu'il s'était imposés, et mûrissait son entreprise.
Ce ne fiit que vers le commencement de ger<minal de l'an IV , que l'institution insurrectionnelle dont je vais parler, reçut son existence. II y eut avant cette époque entre Babeuf , Filipe le Reœellet et Silvain Maréchal , un concert qui n'eut d'abord d'autre dbjet que celui de régler les sujets et le ton de leurs ouvrages politiques : iLparait certain que Babeuf, qui tendait à ramener tous les mouvemens à un centre unique , contribua par l'influence de ses amis , a faire dissoudre les comités dont j'ai fait connaître les travaux , et dont
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on retrouve beaucoup dldëes dans les actes du nouveau corps insurrecteur.
Cr^timi d'un Àux premicTs jours de germinal , Babeuf, An-
^i;ï^puir' toneUe , Silvain Maréchal et Filipe le Reœelht se constituèrent en directoire secret de salut public , et prirent la généreuse résolution de rattacher à un point unique les fils épars de la démocratie , afin de les diriger uniformément vers le rétablissement de la souveraineté du peuple <.
igens et leun Rallier ct mettre sous sa main tous les amis de la liberté , en calculer les forces et leur imprimer une impulsion favorable à Tinstruction et à la délivrance générale , sans risquer de compromettre par les trahisons ou par les indiscrétions ni la chose ni les personnes , furent les premiers soins du directoire : il y pourvut par un arrête d'organisation ^, portant création d'un agent révolutionnaire principal dans chacun des douze arrondissemçns de Paris , et des agens intermédiaires destinés à entretenir les communications entre le directoire et ses agens révolutionnaires ; a cet acte il ajouta une instruction dans laquelle , après avoir expliqué à ces agens les motifs et la justice de lentreprise , il leur traçait la marche qu'ils avaient a suivre pour en assurer le succès ^. n n'y eut jamais d'autre agent intermédiaire
» Voyez pièces justificatives, n® 4* » Voyez ibid.y n<» 5.
' Voyez ibid. , no 6.
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ffUiEriddi , dont, le zèle , Tactivité y l'adresse et la discrétion furent constamment au-dessus de tout éloge. Quoique , d'après le règlement établi , cet agent ne dut cwnaitre ni les membres du directoire , ni leurs opérations^ la pureté de son patriotisme , sa sagesse et sa fidélité à toute épreuve , lui méritèrent leur entière confiance; elle.fiit sans . bornes , et il en profita pour les détenniner à s'adjoindre Darthé et Buonarroti qui obtinrent à leur tour l'admission de £6c/(m.
Ainsi , au 10 germinal de l'anlY, il existait à Membre» du Paris un directoire secret de salut public , insti- do^ùl'^^^hZ tué pour rétablir le peuple dans l'exercice de ses ^^• droits ; il était composé d'Ântonelle , Babeuf, Bedon , fiuonarroti , Darthé , Filipe le Reœellet et Silvain Maréchal i, et s'assemblait dans un appartement occupé par Creœely chez qui Babeuf était alors réfugié.
Il n'y avait entre eux aucune opposition de sentimens au sujet de la doctrine politique discutée chez Amar; une parfaite unanimité les
unissait : tous considéraient l'égalité des travaux
' Silvain MartîChal rédigea le fameux manifeste des ëgaux , auquel le directoire secret ne voulut pas qu'on donnât aucune publicité , parce qu'il n'approuvait ni Texpression : Périssent , s*il le faut, tous les arts, pourvu qu'il nous reste légalité réelle! ni l'autre : Disparaissez enfin révoltante distinction de gouvemans et de gouvernés. Voyez ce manifeste aux pièces justificatives, sous '
le n» 7.
et des jouissances conune le seul but digne d^un vrai citoyen , et ne voyaient que la un motif légitime d^insurrection.
Leurs théories sqntsi importantes pour les progrès de la société , pour Thonneur de la révolution française et pour la connaissance des des^ seins du directoire secret, que je crois devoir transcrire^ parmi les pièces justificaûves de cet ouvrage, un écrit qui en est l'extrait. Cet écrit, imprimé par ordre du même directoire , est intitulé : Analyse de la doctrine de Babeuf, tribun du pevphy proscrit par h directoire eâ^écuiif pour a\mr dit la vérité '.
But définitif L^égalité sans restrictions , le plus grand bon^^ es conjures. J^g^p possible do tous , ct la certitude qu'il ne leur serait jamais enlevé, étaient les biens que le di* rectoire secret die salut public voulait assurer au peuple français; il voulait reprendre Touvrage brisé le 9 thermidor^ et, à l'exemple des victimes de cette frineste journée , ajouter k la révolution des pouvoirs et des grandeurs , celle incompara^ Uement plus juste, dont l'impartiale distribution des biens et des lumières eut été lé résidtat final. Le peuple , ob- Et , quoiquc le directoire secret sût que la réu-
jet et moyen du • i i \ tt ' • f • i •
directoire secret, uion Qc la sagcssc à 1 autorite serait pom* lui un garant du succès , il était trop convaincu que le pouvoir le mieux intentionné ne saurait se flatter
» Voyez pièces justiaçatiyes , n© 8.
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dNiAe réussile complète et durable sans Tamour et le concours du peuple , pour ne pas placer eu lui sa principale confiance.
Avant que la révolution française eût donné an inonde le spectacle nouveau de [dusieurs muions d'hommes proclamant et scellant de leur sang des vérités *qui , dans les temps antérieurs , navaieiit été apierçues que de quelques sages, le dessein d'émouvoir le peuple par la seule force de ces vérités eût pu paraître chimérique : il n'en était pas ainsi k l'époque où se ferma le directoire secret; alors il s'agissait moins de créer une opinion nouveDe, que de réunir en faisceau celle qui avait existé peu de temps auparavant , et que la calomnie et la proscription avaient divisée et assoupie.
U fut dans la révolution un temps où l'espoir fende d'une prodiaine égalité attachait de cœur au nouvel ordre public la masse de la population; déçue dans son attente , elle regretta , après le 9 thermidor, les sacrifices qu'elle s'était imposés, et regardant comme un leurre le bonheur qu'on lui avait promis^elle commença k prendre en aversion la révolution et ses défenseurs. Cette disposition des esprits fournit aux royalistes l'occasion de décréditer le système républicain , et aux aristocrates celle de répandre l'horreur des innovations et l'indifférence politique.
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D'un autre coté , la proscription avait grandement édairci les rangs des républicains prononcés ; ceux qui restaient , dbpersés par la violence ou divisés par la calomnie , n inspiraient plus la confiance , à Taide de laquelle ils avaient conduit autrefois le peuple a la conquête de ses droits.
Dans cet état de choses , le directoire secret, qui ne voulait agir que pour et par le peuple , dut sentir qu'il lui fallait avant tout éclairer les égarés, encourager les faibles , ramener la masse a envisager les vraies causes de ses maux , tracer aux apôtres courageux de la démocratie un plan uniforme de conduite , et offrir à tous un centre unique de direction.
Loin de travailler dans Tombre comme les conspirateurs criminels , le directoire secret n'attendait le succès de son entreprise que des progrès de la raison publique et de ledat de la vérité.
Ce que la société du Panthéon n'avait pu qu ebaucher , le directoire secret entreprit de Tachever; il avait sur elle le double avantage detre moins aperçu et de pouvoir mieux mûrir et suivre ses plans : la dissolution violente de cette société ne contribua pas peu a augmenter en lui, par le mécontentement qui en fut la suite , le sentiment de ses forces.
11 Touiait ëta^ Outre Tégalité réelle qu'il était juste et néces-
saire de présenter au peuple comme le but véri- hhr b coMt-mtable et légitime de la révolution', il était important d'attacher son attention à une forme d^administration propre à la conserver.
A cet égard , le directoire secret examina , avec plus de soin qu^on ne Tavait fait jusqu'alors, la constitution de 1793,3 laquelle paraissaient se rallier à cette époque tous les amis sincères de la république; et, comme on y discutait en même temps les institutions qui devaient fonder Végalité , il fiit plus à même dW démêler les défauts et de. découvrir les supplémens dont elle avait besoin.
A rinstar du comité tenu chez Amar, nos son opinion coiijurés voyaient le vice positif de cette consti- tuuon. tution dans les articles de la déclaration des droits , qui concernent la propriété. Quant à la constitution elle-même^, ils jugèrent qu'elle ne garantissait pas assez le peuple des usurpations du corps législatif et des erreurs dans lesquelles il pourrait être lui-même entraîné. On verra à la fin de cet ouvrage par quels supplémens ils se proposaient de prévenir ces dangers.
Malgré ces taches, le directoire secret fut déterminé à entretenir le respect que les républicains avaient voué à cette constitution , par deux motifs suprêmes , dont l'un était la sanction presque unanime quelle asxait reçue de la nation :
l'autre , k droit du peuple , peir elle-même consacréy de délibérer sur les lois. Getait surtout dans cette dernière disposition qu'il voyait le caractère distinctif de la constitution de 1793, dont prescpie toutes les autres parties ne lui paraissaient que des articles réglementaires.
On convint donc de prendre cette constitution pour point de ralliement , et d'en pre'senter rétablissement comme le moyen d'atteindre cette douce égalité, dont on ne cesserait en même temps de démontrer la justice , de demander la pratique et de développer les lois fondamentales.
La Yérité ,pre- Cc u'était pas k l'aide d'une poignée de factieux
mier mobile de / haï* 1» . •
rinsiirrcctionpo- amcutcs par 1 appât du gain ou par un tanatisme puiaire. inscusé , quc le directoire secret prétendait ren-
verser le gouvernement usurpateur : il ne voulait employer d'autre mobile que la force de la vérité. L'exposition franche et entière des droits dupeuple et des crimes de ses oppresseurs , était le seul moyen par lequel il entendait soulever contre la tyrannie, la masse des Parisiens; au moment où l'indignation eut été fort» et générale , il aurait levé l'étendard et donné le signal de l'insurrection.
. Réunions du Àussi son prcmicr soin fut-il de travailler à
peuple, inulti- ' . ^ ^^ «i » / • i t
pUécs dans Paris, convaincro et a entraîner : il n épargna m les discours , ni les écrits ; et , pour les faire circuler avec fruit, il institua dans Paris un grand nombre
tle petites réunions inconnues les unes aux autres , mais toutes dirigées par des démocrates , qui recevaient eux-mêmes Timpubion des douze agens révolutionnaires.
n est bon de lire, dans Finstruction donnée à ces agens , les précautions par lesquelles le directoire de salut public s'empressa de mettre les démocrates k Tabri de Timprudence et de la perfidie .
Dès le commencement , les agens révolutiontiaires furent destinés à devenir les leviers par Faction desquels le peuple de Paris devait s'élancer sur ses tyrans ; en attendant , ils formèrent les réunions , dirigèrent les discussions populaires, répandirent les écrits, et rendirent compte au directoire secret des progrès de Topinion , des intrigues de l'aristocratie , du nombre , de la capacité et de l'énergie des démocrates.
On ne doit pas s'étonner de ce que les mesures de nos conjurés regardaient priiicipalement Paris : c'était au cœur qu'il fallait frapper l'aristocratie ; et l'immense population de cette commune eut facilement imprimé son mouvement aux élémens démocratiques répandus dans toute la république.
Le choix des agens révolutionnaires était une choix des
,.* . 1 .. ■. ^ . douze agens ré-
operation majeure; de si importantes lonctions ^oiutionnaires. ne pouvaient être confiées qu'à des hommes qui , à. un amour constant de l'égalité, a une prudence
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éprouvée et à la confiance du peuple, réunissaient une grande activité et quelques lumières; ils furent nommés par le directoire secret^ a la majorité des voix et après un mur examen des motifs allégués en faveur de chacun d'eux par ceux qui les proposaient ^
Dès queFautorité suprême eut quitté les voies de la justice , ses décrets cessèrent d'avoir pour appui lopinion et Famour du peuple : autant avaient-ib été auparavant facilement et rapide-
I TABLEAU DES AGENS REVOLUTIONNAmES.
AUOKDUSEMZHS
8ECXI0FS.
Tuileries , Piques Champs-Elysées y B.ëpublic[ue.
liepelletier, Buttedes-Moulins, Mont- Blanc , Faubourg Mont-Martre.
Brutus , Contrat- Social, Mail, Poissonnière.
Halle -aux -Bleds, Musëum , Gardes- Françaises, Marchés,
Bondy , Bonne- Nouvelle, Nord, ^n- Conseil.
0rayilIiers, Lombards , Temple , Amis de 'la Patrie.
JLQXSS,
Romaincolsel.
Denaumbet.
Meneissier.
Bouin.
Le Himugi Claude Rquet.
p&oposAirs.
Babeuf.
Darthé.
Bedon,
Buonarroti.
Germain.
Germain.
ment exécutes, autant rencontrèrent-ils, depuis , de froideur et de résistance. Il fallut alors substituer le ressort de la force à celui de Taffection populaire ; il fallut intimider la multitude dont on craignait le juste ressentiment.
Après s être entourés d'une foule d'ennemis de la révolution, desquels ils ne tardèrent pas a reconnaître la lâcheté et la mauvaise foi , les modérateurs du système aristocratique s'aperçurent que leur sûreté ne pouvait reposer que sur des
TABLEAU DES AGENS RÉVOLUTIOIîNAIBES.
AB&OlfOiSSEMEIfS.