JOURNAL DE STÉPHEN
3 janvier.
Ce soir, Anicée m'a demandé si j'avais renoncé à mon projet de voyage en Italie, et si je ne croyais pas que cela ferait du bien à sa mère, qui est souffrante.
— J'avoue que pour mon compte, a-t-elle ajouté, je serais contente de changer d'air et de me retrouver tout à fait seule avec vous deux.
— Toujours plus seule 1 lui ai-je dit. Tu ne crains pas de t'effrayer un jour de cet éloignement de toutes choses?
— Non, mon ami, a-t-elle répondu ; il commence à me tarder, je te l'avoue, d'être regardée comme ta femme.
Surpris, et voyant s'ouvrir une nouvelle perspective à ses idées, je l'ai pressée de s'expliquer.
— Maman trouve notre vie parfaitement arrangée, a-t~elle dit en riant ; toi aussi, n'est-ce pas? Mais, moi, je penche à présent vers les idées folles, et j'ai une grande envie de me compromettre avec toi, pour que maman, effrayée de notre situation, se décide à nous laisser publier que nous ne sommes de jeunes amants, mais de vieux époux.
Je me suis agenouillé devant elle, je lui ai dit que je la comprenais. Nous n'avons pas dit un mot de Morenita. Nous partirons demain.