BERGER RAMENANT SON TROUPEAU
Tableau de Troyon.
rouge, laque rose, vermillon, jaune indien, vert Véronèse, . vert émeraude, bleu de Prusse, momie, noir d'ivoire, jaune de Naples, blanc, ocre jaune, bleu de cobalt.
Il employait ses couleurs à l'état natif. A peine y ajoutait-il un peu d'essence de térébenthine ou de siccatif de Courtrai.
De sa palette même, il n'avait aucun souci. Il laissait s'y accumuler des paquets de couleurs desséchées. Quand elle était trop lourde, il la remplaçait.
En revanche, il avait un soin particulier de ses brosses. Car il ne se servait que de brosses. Les pinceaux étaient bannis de sa boîte. Il tenait beaucoup à celles qui avaient le plus servi. Il les employait quand il avait à faire quelque fin détail. Et chose curieuse, très adroit comme peintre, il était dans tout le reste d'une insigne maladresse.
Personne n'était plus embarrassé que lui pour commencer un tableau. Il menait tout de front : paysage, animaux, harmonisant ses valeurs jusqu'à complet achèvement. « On peut dire que son tableau se faisait en rond; à ce point, nous racontait Van Marcke, qu'avant de poser une touche, son pinceau décrivait un cercle. »
Admirateur passionné des grands coloristes, il avait acheté chez un marchand de la rue Laffitte, M. Beugniet, le Christ dans la barque, d'Eugène Delacroix \ et à sa mort on trouva chez lui une collection particulière très riche où figuraient le fameux Givre, de Rousseau, et une nature morte d'un élève de Rembrandt.
A la vente qui eut lieu en 1866, cette esquisse de Rousseau monta à 9,800 fr. Un Paysage, une Route à travers bois, et un Paysage avec un horizon de montagne, soleil couchant, du même maître, atteignirent l'un, 2,700 fr.; l'autre, 2,280 fr.; le troisième, 910 fr.
Il possédait cinq Millet : une Femme étendant du linge dans un enclos, vendue 1 ,255 fr.; un Tonnelier, vendu i,io5 fr.; une Fermière comptant des moutons rentrant d l'étable, vendue 1,260 fr.; un Bûcheron faisant des fagots, 1,440 fr., et une Baigneuse couchée, qui n'atteignit que 405 fr.
Diaz était représenté chez lui par un Dessous de bois (3oi fr.), une
1. Quand Delacroix apprit que l'acquéreur de son tableau n'était autre que Troyon, il lui envoya comme cadeau un tigre d'une allure superbe, souple, féroce, avec une lettre des plus curieuses, malheureusement perdue aujourd'hui. Ce tigre a ait partie de la collection de M. Van Marcke.