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création Constantinienne par le lien moral du mérite et de l’affection qui mettait la noblesse nouvelle au service du Serviteur de Dieu.
Le chef se réservait le droit d'apprécier les mérites, et les dignités, qu’il distribuait, comme récompenses, devenaient aussi importantes que les fonctions elles-mêmes *.
Celles-ci anoblissaient déjà dans l’Empire avant Constantin. Aussi la nouvelle noblesse fut d’abord composée de fonctionnaires auxquels des nouveaux devoirs moraux étaient imposés. Elle avait des honneurs étagés aux divers degrés d’une échelle sociale de fonctionnaires ?.
Constantin établit alors des séries parallèles de dignités.
De tout temps, l’on avait gardé à Rome la dignité de la fonction remplie ; le Consul et le Préteur devenaient Proconsul et Propréteur. Un fonctionnaire, après avoir rempli une charge, était en vacance de cette charge.
C’est ce qui permit à Constantin la création d’une échelle de dignités, pour ceux qui avaient rempli des charges, et se tenaient à l’avenir à la disposition du prince, les Vacantes.
Mais Constantin, qui renouvelait le monde, ne pouvait pas se contenter de la lente élévation des siens par les carrières.
De là, la multiplication des codicilles honorifques, sortes de lettres d’introduction dans les di-
Cod. Théod., Commentaire de GoDEFROID, t. II, p: 74. — ZOSOMÈNE, Hist. Ecclés., VIII, c. 7.
? Cod. Just., XIT, 8, 2, sur l’Ordo Dignitatum ; et les Notices des Dignités d'Occident et d'Orient.
gnités, cachetées du sceau impérial et accordées à ceux à qui le prince reconnaissait des mérites !. Car il ne voulait pas qu’ils fussent distribués à la légère. Ceux qui les recevaient étaient des membres d’honneur de la noblesse, honorati ?.
Mais il fallait une commune mesure entre ces trois sortes d’honneurs, et ce fut le titre de noblesse.
Constantin créa en conséquence trois ordres de Comtes, de premier, de second et de troisième rangs, des dignités qui n'étaient pas des fonctions mais des titres de noblesse, comme celles d’Illustres et de Spectabiles, de Patrices, de Césars $, de Nobilissimes, et il conserva le Consulat qui faisait de la nouvelle noblesse, par son chef, l’héritière du grand passé de Rome *.
Dès lors les dignités étagées des fonctionnaires en activité et celles des Vacantes, et des Honorati purent se comparer °.
On pouvait non seulement posséder, dans la noblesse, la dignité d’une fonction qu’on n’avait pas remplie, mais dans telle fonction, on possédait une dignité plus ou moins haute.
Il en résulte que si l’on veut bien se représenter VA 4 0 .
l’échelle des fonctions actives, celle des fonc-
2 C. Théod., XII, 1, 20 à 24 et IX, I, x à 4.
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BUS Vita CONSt., AVE. Cols luSh, LE, = III, 13, 4 (317 et 331). — ZOSOMÈNE, VIII, 7. — EUTROPE,
4 C. Théod., VI, 6, x (Consulatus proeponendus est omnibus fastigiis Dignitaium).
5 C. Théod., VI, 6, 1. — Cassiodore Var., II, 5 et VI, 2.
tions remplies et celle des honneurs assimilés aux fonctions, comme descendant, sur trois plans inclinés, d’un sommet commun, et si l’on admet que les fonctionnaires étaient beaucoup plus nombreux à la base des plans inclinés qu’au sommet commun, on construira une pyramide de fonctions, de dignités et d’honneurs, en haut de laquelle se tiendra le prince. Et on connaîtra les degrés des fonctions et des honneurs par les titres de noblesse qui y sont afférents.
Mais l’ascension se fera par l’appel d’en haut et suivant le mérite. Telle est la pyramide Constantinienne. Lorsque l’inféodation des terres et des biens se sera produite, la pyramide Constantinienne et le Palais de Constantin et de Charlemagne se transformeront et les pouvoirs féodaux se rattacheront à la terre. L'influence germanique rendra brutale la main-mise de l’homme sur l’homme, mais la Chevalerie donnera la vie morale qu’elle à héritée de la réforme Constantinienne à la pyramide féodale.
Analysons rapidement l’échelle des dignités des grands fonctionnaires.
En haut se tient le prince qui possède la dignité d’Auguste et ne revêt, comme Magistrature, que le Consulat ; à côté de lui, au sommet de la pyramide, se tiennent les Patrices ou pères de l’empereur, en-dessous, les Césars ses fils !, puis les JIllustres, ministres qui partagent avec lui le gouvernement du monde.
Ceux-ci sont : premièrement le Préfet du Prétoire, lequel est à la tête de toute l’administration
? Anonyme de Valois, V, ro.
de l’Empire !, mais à côté de lui le Maître des Offices est à la tête du Palais chrétien ?. Le Prince lui-même en reste le chef ainsi que de sa Maison qui comprend ses parents, Patrices et Césars, mais aussi ses compagnons et ses amis ?, et les troupes spéciales qui constituent sa Maison militaire.
Immédiatement en-dessous des deux premiers dignitaires, c’est-à-dire du Préfet du prétoire et du Maïître des Offices, viennent les principaux Maîtres, Comtes et Ministres. Celui des finances de l’empereur, celui de ses largesses sacrées “et celui du domaine de la couronne (res privata), et le questeur ou trésorier du Sacré palais 5.
A côté d’eux se placent les deux maîtres de la Cavalerie et de l’Infanterie, généraux présents à la Cour, in praesentali, recevant les ordres du Chers:
Ensuite viennent tous les ministres de la Cour à proprement parler.
Ce sont : le Commandant des troupes du Palais (Comte des domestiques) ; le Ministre des réceptions impériales (Comte des admissions) 7, les dignitaires, chambellans, chargés des appartements du prince et des dépendances de la Cour, c’est-àdire Comtes de la chambre sacrée, des casernes, de la cavalerie * qui tiennent plus ou moins la for-
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Ca AC, SONO SN EEANE
8 HUSÈBE, Wita Const., IV, t.
LÉCONNRÉOG NI 25,2 —- EUCOd Just, XI 20; 2 (10):
LÉ ZOSEUE AN 32
6 ZosiME, Hist. II, 33 ; IV, 27. — Lvypus, De Magistratibus, 11, T0 2 70.2
7 VICTOR, de C@s., 30, I, 3. — VoriscUs : Aurélien, x, 12.
PC RMPRCOU RES, 1e
tune et la vie de l’empereur dans leurs mains, ce qui explique leur importance.
Aussi pour assurer leur fidélité, Constantin les soumet tous au Maître ou Comte des Offices. Nous reconnaissons dans ce dernier l’origine de nos Maires du Palais !.
Les Grands et leur chef formaient un ensemble responsable.
Un auteur byzantin, remontant aux origines de Constantinople, généralement oubliées, à Byzance, rappelle que la nouvelle monarchie chrétienne de Constantin n’était plus la royauté barbare, n1 l’autocratie de l’empereur romain divinisé, mais un pouvoir fondé sur le respect des lois et l’accord avec les Grands ?.
C’est qu’en effet Constantin prenait conseil de son entourage, et toutes ses lois le prouvent par leurs formes doubles, païennes et chrétiennes. L'Eglise et les jurisconsultes étaient réunis. Les rois Mérovingiens et Carolingiens, s’entourant de leurs Optimates, seront ses successeurs ÿ.
En descendant les échelles des honneurs et dignités fixées sur les plans inclinés de la pyramide nobiliaire, on trouvait des fonctionnaires de plus en plus nombreux “, chefs (Magistri) et souschefs (Proximi) des bureaux qui composaient la
? Lypus, De Magistratibus, II, 10, 25. — III, 40. SORTIE Te
* Fusrez DE CouLanGEs, La Monarchie Carolingienne. — Les Optimates et le Conseil du Roi, p. 337 et suiv.
‘ Ce qui a empêché de voir la construction pyramidale de cette société c’est que les tableaux des Notices des dignités d'Orient et d'Occident sont établis suivant un plan linéaire comme les cartes de cette époque.
chancellerie du prince, fonctionnaires des provinces, dans l’ordre de l’administration et de la justice, officiers, non seulement du Palais proprement dit, mais de l’armée jusqu’au grade de primipilaire !, car les dignités qui décoraient les charges et commandements, en province, correspondaient aux dignités du Palais, et l’unité de l’Empire se retrouvait dans l’ordre des dignités et des titres.
Mais quelque chose ne changeait pas du bas en haut des échelles et des dignités : c’était le devoir moral. Il était réclamé de tous les dignitaires. La responsabilité et l’estime de soi-même devaient être les mêmes dans le plus petit Juge et dans le plus grand, dans le simple Protecteur, et même au début de la réforme, dans les Agents du palais, et dans le Duc ou Comte commandants à la frontière ou présents à la Cour *?.
On reconnaît à ce signe l’origine de notre Chevalerie :
L’adoubement fut le même pour le roi et pour un simple chevalier, miles, parce que l’Honneur leur était commun *. Celui qui entrait dans les dignités du palais Constantinien était débarrassé des charges municipales et des impôts de la bourgeoisie 4, legs de l’empire précédent ; il faisait partie d’un monde nouveau dont était aussi le
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8 GUILHERMOZ, Essai sur l'origine de la Noblesse en France. Paris, 1902. — Ie terme de miles vient du palais de Constantin.
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prince; mais en même temps il assumait des devoirs de justice et de charité, des obligations d'honneur, nés de la rencontre de la sagesse antique avec l'Evangile.
Aussi tous étaient responsables suivant leurs fonctions, et l’autorité suivait la responsabilité. C’est pourquoi Constantin décentralisa la Justice. Les grands Juges furent invités à terminer les affaires, sauf dans le cas de l’appel des parties et les crimes de la noblesse furent jugés en province 1.
Mais il fallait bien tenir compte de l’existence d’un empire païen comprenant encore toute l’ancienne noblesse sénatoriale et le plus grand nombre des citoyens romains. L'empereur n'’était-1l pas le grand Pontife, Imperator et Juge suprême de l’empire païen ?
Pourtant, après avoir promis et fait respecter la liberté de toutes les religions, Constantin ne voulait pas trahir sa foi.
Il n’avait qu’un moyen d’assurer la liberté religieuse du monde païen, sans agir contre ses convictions personnelles, c'était de se faire représenter.
Ce fut l’occasion d’une réforme qui lui fut beaucoup reprochée par les païens comme Zosime ?, bien qu’elle fut faite dans leur intérêt, et pour leur assurer un gouvernement régulier et en quelque sorte indépendant.
CONTRE Ode E0:
2 Zosime;.Hist,, I1,733:
Constantin fit de la Préfecture du Prétoire une royauté sans pourpre, comme dit Funape à.
Le Préfet fut le grand Juge de l’empire administratif, de l'empire provincial qui était en majorité païen, et qui ne pouvait pas se plier aux conditions réclamées par Constantin, pour son Palais.
L'empire était plus alexandrin que romain, plus asiatique, païen et même sémite que chrétien. C’était de cet empire que Constantin ne voulait plus être le dieu.
Il mit donc à sa tête le Préfet du Prétoire, lequel eut sous sa direction les Vicaires des diocèses, sortes de Vice-Préfets, les gouverneurs des provinces et d’une façon générale toute l’administration de l’empire ?.
Le Préfet du Prétoire et les grands Juges, placés sous sa direction, pouvaient agir en Justice au nom de l’empereur, vice sacra, et le Préfet disposait d’une Justice sans appel *. Si Constantin lui avait laissé le commandement militaire, il eût été lui-même rapidement évincé et le paganisme aurait reconquis tout l’empire. Aussi retira-t-il les pouvoirs militaires au Préfet du Prétoire, ne lui laissant que l’entretien de l’armée “, dont le souverain devait lui-même assurer le commandement par l’intermédiaire de son Palais 5.
1 EUNAPE, Pro hœresia.
2? ZosiME, Il, 32. Notitia dignitatum. — Orientis et Occidentis, ©. 1.
# Cod, Théod., XI,30, 16 (331), et I, 24, et Cod. Just. I, 22, 4 (333).
5 Code Théod., VIII, 1, 1 (319).
Mais comme il voulait étendre sa réforme chrétienne le plus loin possible, il exigea des Juges placés sous la direction du Préfet du Prétoire, mais rattachés au Palais Constantinien, des devoirs de charité et d'honneur, c’est-à-dire des devoirs chrétiens qui n'étaient pas incompatibles avec le respect de la liberté religieuse.
Les mêmes fonctionnaires, juges et administrateurs, devaient répartir les impôts avec justice et équité et les faire lever conformément aux mêmes principes. Les gouverneurs des provinces devaient transporter leurs tribunaux, dont les séances seraient à l’avenir publiques, dans toutes les grandes villes de province !. Tous les Juges, responsables eux-mêmes, étaient invités à terminer
les affaires, à rendre des jugements sans appel ?.
Parmi ces hauts fonctionnaires, l’un d’eux, le Préfet de la Ville, avait la direction et la présidence de toute l’ancienne noblesse sénatoriale et paiïenne, la surveillance des jeux, des spectacles, des corporations et de cet immense ensemble d’organismes paiens que représentait la Rome antique °
Le Préfet du Prétoire exerçait l’universelle surveillance, dans tout l’Empire. L’immense administration, qui ne connaissait pas officiellement de religion, était sous ses ordres.
Ce fut une grande cause de faiblesse pour l’Em-
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