‹ Constantin le GrandChapitre 26 sur 46 · CT RDS EXT ED, SE (GES · texte numérisé non relu

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* SYMMACHE, Ep., X; 37; X, 43. — C. Théod., IX, 16, et 2 (314).

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pire. Il fut partagé en EE mais ce fut le salut de la Civilisation.

Si Constantin avait voulu être un premier Théodore et convertir de force tout l’Empire, il l’eût peut-être sauvé de l’invasion barbare, mais il eût créé un empire byzantin et eût à jamais perdu la cause de la liberté religieuse. Il ne s’en sentit pas le droit; l'Eglise ne le lui conseilla pas, et l’on ne peut trop admirer, quelques conséquences qu’elles aient eues, la grandeur d’âme et la tolérance de Constantin et des évêques qui l’entouraient, car ils avaient la force.

1 avait promis la liberté religieuse à Milan, réitéré sa promesse de liberté pour tous, après la conquête de l’Orient. L’Honneur, condition de l’entrée dans le Palais et dans la noblesse nouvelle, eût été trahi par leur chef s’il eût manqué à sa parole.

Il n’en faut pas moins indiquer les effets désastreux de la dualité de l’Empire.

Les agents de l’administration du Préfet du Prétoire, qui établissaient le cadastre et répartissaient et levaient les impôts, étaient surveillés par ceux de l’empereur, les agents d’affaires. Il y avait donc deux fois plus d'employés qu’il n’en fallait pour un seul service, et, sous de mauvais princes, ils se corrompirent les uns les autres !

Les légions païennes demeurèrent à l’intérieur des provinces ; les fils des Vétérans refusant de s’enrôler * et leur recrutement se faisant par l’impôt, les légions furent si mal composées qu’elles

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devinrent inutilisables !. Toutes les bonnes troupes auxiliaires, c’est-à-dire provinciales, romaines ou barbares, étaient aux frontières 2. Une défaite ouvrait une brèche dans l’Empire, Le poids des siècles antérieurs, le fardeau insupportable du socialisme d’Etat continuait à peser sur le monde romain. Tout était devenu impôt, l’armée comme le reste; toute source de vie avait été tarie dans la culture, l’industrie et le commerce, par la suppression des dernières libertés, un siècle plus tôt.

Si Constantin avait voulu régénérer complètement l’Empire, il eût sans doute provoqué des révoltes. Il aurait dû, pour y parer, ordonner des massacres à ses troupes, et condamner la liberté religieuse ; car c'était le paganisme exploité par les Alexandrins et les Sémites qui avait détruit la liberté par la divinité du prince, la vie sociale par la création des castes séparées, et l’industrie et le commerce par l’impôt; l’empire était semblable à un édifice vermoulu. I1 n’eût pu être ramené à une saine organisation que par la force. Aussi Constantin mourut convaincu qu’il avait fait son devoir en restant tolérant. Aussi bien, il avait facilité à tous l’entrée dans son Palais. Et l’on va voir comment, soit par les troupes nobles, soit par les ordres privilégiés qui représentaient nos professions libérales, chacun pouvait y parvenir, pourvu qu'il ne fût pas enchaîné dans des charges héréditaires.

Sa pensée profonde était d’absorber rapidement,

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? Ammien Marcellin, XX, 8 et C. Théod., livre VII, HER RNete27 2e.

‘sans révolution, tout l’Empire dans le Palais. Alors le papillon aurait rejeté sa chrysalide, le rejeton repoussé le tronc sur lequel il était né, le nouveau monde romain CHRÉTIEN serait sorti victorieux de l’étreinte de l’ancien Empire paiïen, confié momentanément au Préfet du Prétoire. Il n’y aurait plus eu qu’un service, celui du prince Serviteur de Dieu. Mais il eût fallu, pour étendre la réforme du Palais à tout l’Empire, convertir d’abord celui-ci au Christianisme, Constantin y échoua, mais 1l obtint, en créant sa noblesse, en organisant son Palais et sa Cour, laquelle le suivait partout, à Arles, à Rome, à Serdica, à Nicodémie et à Constantinople, un résultat qu'il ne pouvait pas prévoir lui-même.

Ce furent ces mesures qui sauvèrent la Civilisation.

En effet, quand les Barbares entrèrent dans l’Empire, ils supprimèrent, d’un seul coup, toute l’administration provinciale qui les gênait, et qu’ils ne comprenaient pas, c’est-à-dire tout ce qui dépendait du Préfet du Prétoire, dont la succession ne se trouve pas dans les royaumes d’Occident !. |

Mais le Palais chrétien de Constantin et de ses successeurs avait été organisé, par son fondateur, en raison des nécessités chrétiennes, sur quelques principes très simples, et qui étaient accessibles aux chefs Francs.

1° L'autorité directe du Chef sur tous les membres du Palais, autorité que les rois Mérovingiens

1 FUSTEL DE COULANGES, La Monarchie Franque ; L’Administration provinciale, p. 183 et suiv.

et Carolingiens furent heureux de recueillir, de même qu’ils conservèrent les bureaux du palais Constantinien, dont il est question dans les hagiographes et les Capitulaires de Charlemagne. Ainsi purent-ils gouverner malgré la désorganisation de l'Etat Franc.

2° Les principes d’une morale que les Rois Barbares pouvaient ne pas pratiquer, mais qui leur était utile pour deux raisons.

Premièrement, parce qu’ils trouvaient avantage à l’accomplissement des devoirs qui étayaient leurs pouvoirs, car l’organisation de la noblesse était celle du service du roi, et c’est là que se trouve, dans le Palais de Constantin, la transition de l’Empire à la monarchie chrétienne qui sera plus tard caractérisée, en France, par l’honneur du service.

Deuxièmement, parce qu’ils avaient une vague crainte de Dieu. La grande œuvre de Constantin, la conversion des Barbares, s’était en effet continuée en dehors de l’Empire !, et les rois Francs ne respectèrent que les églises et les évêques, lesquels gardaient le caractère sacré de leur rôle de conseillers arbitres dans le Palais chrétien et de ministres d’un Dieu redouté.

On peut juger par là de ce qui serait arrivé si l’Empire d’Auguste, ou celui de Dioclétien avait persisté au lieu de celui de Constantin. La civilisation existante eût disparu. Au contraire, les Barbares recueillant l’organisation du Palais, à la Cour et en province, conservant les Comtes et les

2 Paul OnRosE, VII, 39, 40, 41; — et Saint AUGUSTIN, Cité de Dieu, I, 7 ; 1,23 ILE r8 etc.

Ducs, et les ministres et les bureaux de Constantin, reçurent aussi dans une certaine mesure les principes moraux de la civilisation du palais chrétien. Les formules de Marculfe et les Capitulaires de Charlemagne en font foi. Et l'Eglise facilita la transmission des obligations morales à la nouvelle civilisation. Par contre, T'héodoric, roi des Goths, échoua en Italie avec son grand ministre Cassiodore, quand il voulut recueillir tout l’héritage de Constantin, y compris la Respublica du Préfet du Prétoire. C'était cette administration romaine dont le monde ne voulait plus soulever le poids. Charlemagne lui-même échoua à la rétablir.

La déformation de la création Constantiniénne par Justinien livra l’Europe Orientale et Centrale, pour lesquelles le code de cet empereur supprima les obligations morales et réciproques, à l’absolutisme des Empires asiastiques.

Mais la Majesté du souverain chrétien fut de suite assez grande, en la personne de Constantin, pour que les Barbares recherchassent, pendant toute la fin de l’Empire, les dignités de Patrices, de Ducs, de Comtes, que l’on pouvait posséder en province et à l’étranger comme à la Cour.

Ainsi semblait-il qu’il n’y eût au monde qu’une monarchie dont ce fût un honneur de faire partie, comme il adviendra plus tard de la monarchie française, tant la création Constantinienne avait de grandeur. [attraction que cet Empereur devenu Roi avait voulu exercer sur le monde se fût peut-être réalisée, sans la rupture que l’hérésie arienne occasionna dans l’unité catholique.

Il est nécessaire de connaître les voies d’entrée

dans le Palais chrétien et dans la noblesse Constantinienne.

La première était celle des troupes du palais, comprenant les Domestiques, les Protecteurs et les soldats propres du souverain, armigeri, mais il suffit de parler de la troupe d’élite des Protecteurs qui joua un si grand rôle, sous le Bas- Empire, pour faire connaître ces troupes.

Les Protecteurs se trouvaient présents à la Cour et répandus dans tout l’Empire, et partout ils faisaient partie du Palais. Ils formaient en réalité une garde d'officiers ; tout Protecteur avait le rang sénatorial !.

Il faut se rappeler qu’il n’y avait plus dans le Palais que des échelles de dignités, de titres, et de fonctions dans lesquels on s'élevait ? ; les castes étant supprimées. On était admis parmi les Protecteurs, après avoir conquis, par le service des armes, le congé d’honneur des Vétérans *.

C'était l’ambition de tous les soldats d’élite et sous-officiers que d’acquérir le rang de Protecteurs.

Mais cette troupe noble était aussi une pépinière d'officiers supérieurs. Les fils de l’ancienne noblesse sénatoriale qui étaient exclus de l’armée depuis’ Gallien, étaient sollicités de rentrer dans la nouvelle noblesse d’épée par ce corps qui n’avait pas le droit de ternir la gloire de ses armes #.

Les Protecteurs devaient, dans tout l’Empire,

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* C. Théod., VIIL, 20, 5 (328). Symmache, livre IIT, p. 67. LCThéod NI Po;

protéger les opprimés, empêcher les brigandages et les fraudes, surveiller les rivages, redresser les torts, et assurer la sécurité morale *.

Constantin, qui les honoraït particulièrement, leur confia la garde du Labarum et la protection des Conciles. Il se faisait accompagner par eux sur les champs de bataille.

Les chrétiens les eurent en haute estime. Saint Jérôme cite ceux d’entre eux qui ne gardaient le ceinturon de la milice que pour protéger les veuves et les orphelins, et saint Paulin de Nole dit à un ami qu’il veut attirer dans les ordres religieux : « Dans la milice, vous désirez, comme promotion régulière, de devenir Protecteurs. Si pourtant tu te confies à Dieu, tu commences à l’avoir pour protecteur. »

Il y avait une autre voie, rapide et moins méritoire, d'avancement dans la noblesse, c'était celle de la Chancellerie, c’est-à-dire des bureaux du palais ?, soumis au Maître des Offices %. Les quatre grands bureaux, dont trois existaient avant Constantin, furent astreints aux lois nouvelles de l’honneur “, et permirent aux intellectuels, orateurs, membres des professions libérales, ou de l’ancienne noblesse, de pénétrer dans le Palais et d’y avancer rapidement *.

L'un de ces bureaux était chargé des correspondances du souverain ; un autre de recevoir les

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2 Panégyr., IV, c. 5 et 14. — C. Théod., VI, 35, 1 à 4.

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4 C. Théod., VI, 26, 4.

5 Sidoine Apollinaire, liv. VIII, ép. 13, fait l’éloge en vers de cette carrière.

requêtes et d’adresser les réponses (Rescrits) de l’empereur ; un autre gardait et utilisait les archives des décisions impériales ! ; c’était toute la Jurisprudence qui se fixait ainsi, et de très grands Jurisconsultes passaient par les directions des bureaux. Enfin le quatrième, créé plus tard par Constantin, s’occupa exclusivement des promotions dans la noblesse qui devait renouveler le monde romain.

De grands ordres sociaux ne faisaient pas partie du Palais lui-même. C'’étaient les professions libérales, les Avocats, les Médecins, les Professeurs et Rhéteurs. Ils servirent de voies pour l’entrée dans la noblesse nouvelle.

Constantin eut pour le clergé chrétien un programme d’admission, dans les honneurs, de la plus grande ampleur.

Il y avait parmi les dignitaires du Palais des fonctionnaires en retrait d’emplois, Vacantes, que le chef pouvait charger de missions ?. Si l’on supposait que le Clergé tout entier fût en vacances des fonctions du Palais, pour se consacrer au service de Dieu, on le ferait rentrer dans la nouvelle noblesse. Il aurait des dignités étagées aux divers degrés de la pyramide des honneurs, et les évêques marcheraient de pair avec les plus grands dignitaires de l’Empire. Bien plus, ils garderaient un caractère sacré qui imposerait le respect, même à l’empereur. 2

Ainsi fut constitué l’ordre privilégié du Clergé

1 C: Théod.,"VI, 35,3. —1C. Just, XII, 20,2: (210) — SYMMACHE, livre VIII, ép. 60.

? Les Vétérans, après leurs services remplis, étaient vacantes. C. Théod., VII, 20, 3 et 4.

catholique. Constantin le chargea de missions réelles en retour de dispenses de charges sociales !. 11 dut non seulement exercer son ministère, pratiquer la charité ?, entretenir les hôpitaux et les églises, mais puisque les évêques étaient les plus hauts fonctionnaires en vacances de fonctions, ils devinrent les égaux des plus grands Juges. C’est à ce titre que durent être publiées les Constitutions dites de Sirmond, lesquelles accordent une juridiction morale aux évêques. On a beaucoup discuté sur leur authenticité, puis sur une prétendue ingérence de l’Eglise dans la juridiction criminelle ou civile. Le spectre de l’Eglise gouvernant le monde, sous Constantin, est un vain fantôme. Tout fonctionnaire dans l’Empire romain exerçait une juridiction ; les évêques eurent la leur, mais elle fut d’ordre purement moral. Deux Constitutions * accordèrent à l’une ou à l’autre des parties, dans une action en justice, le droit de demander le renvoi de l’affaire à l’audience des évêques dont la sentence était exécutoire sans appel .

Mais les évêques portaient un jugement tout moral ; ils statuaient sur un délit ou sur une obligation. Leur jugement, sur le fait, était sans appel devant l’empereur lui-même, mais ils n’étaient pas chargés de l’application de la peine. Cela regardait le Juge ordinaire, obligé de tenir compte de leur verdict moral 5. Et parfois il n’y avait pas de sanc-

1 C. Théod., XVI, 2, 1 (313) et 2 (319) — et XVI, 8, 2 (330).

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$ Publiées en 318 et 333. Constitutions dites de Sirmond. — C. Théod., Edit. Haenel, in fine.

4 ZOSOMÈNE, H: E., 1, 0.

5 MARTROYE, Saint Augustin et la juridiction écclésiastique. Mémoires des Antiquaires de France, t. LXX, 1911.

tion. Ainsi une dette s'éteint dans le Droit civil; il y a prescription. Moralement, elle dure toujours tant qu’elle n’est pas acquittée. Ce fut donc dans ce cas une juridiction d'honneur que celle des évêques. Et nous nous retrouvons toujours en face de la même création chrétienne sous Constantin, celle de l'obligation d’honneur, obligation purement morale, placée au-dessus de l’Equité et de la Justice.

Les autres clergés, païen et juif, reçurent aussi des titres d’honneurs }, mais les Pontifes païens furent confinés dans leurs fonctions et surveillés par le Préfet de Rome, tandis que tout prosélytisme était interdit aux Juifs.

Pour élargir la base d'admission dans le Palais, Constantin ouvrit son entrée toute grande à l’éloquence, toujours honorée à Rome, et aux lettres qu’il affectionnait. Les professeurs, devenus fonctionnaires des villes et de l'Etat ?, les médecins considérés à ce titre, plutôt qu’en raison de leurs antiques rapports avec les sciences de faux calculs, la magie et l’astrologie, y pénétrèrent. On s’annoblissait dans toutes ces professions ?. Il en était de même de celle des rhéteurs.

Mais les avocats avaient une grande importance, dans l’organisation sociale et celle de leur ordre donna lieu à toute une législation. Il y en avait de deux sortes, ceux du fisc qui défendaient les intérêts du trésor, et les avocats qui ne faisaient partie que de l’Ordre. La loi imposa aux deux groupes les mêmes obligations morales ; mais elle demanda,

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