CHAPITRE VIII
Le Drame Dynastique.
Le sacrifice de Crispus et la désorganisation
de l’Empire.
Une pyramide de commandements et de dignités, fondée sur le mérite, représentait, à l’époque où nous sommes parvenus, le gouvernement du Palais chrétien. Constantin en occupait le sommet. Le chef s’était déclaré responsable des fautes des Grands, et avait promis de les châtier, comme s’il se vengeait personnellement d’une atteinte portée à l’Honneur commun de tous les responsables. Ce sentiment n’admettait pas de ménagements ni de faux-fuyants, pour le crime de l’un d’entre eux.
Celui qui était porté au rang de Juge suprême, le Basileus chrétien, se trouva obligé, à une époque de transition entre deux civilisations, de prendre parti, dans son sang et dans sa chair, dans la lutte engagée entre le monde qu’il avait inauguré et celui qui allait périr !
T'el fut le rôle tragique de Constantin, lors É la condamnation de Crispus, son fils aîné.
Il est nécessaire, avant de raconter ce drame, d’en préciser les circonstances.
Le glorieux vingtième anniversaire du grand règne de Constantin tombait au 25 juillet 326. Depuis son élévation, l’empereur-roi avait conquis le monde entier ; il avait été reçu triomphalement à Rome en 312; il pouvait encore entendre les échos lointains de la joie des populations de ces provinces de l’Afrique du Nord délivrées des gouverneurs qui les pillaient, et la longue théorie d’ovations qui l’avait accompagné dans sa marche parmi les populations déjà en partie chrétiennes de l’Orient !
Constantin allait toujours de l’avant; il avait une volonté ferme, mais aussi un sang bouillant dû à l’origine demi-barbare de sa mère. I1 ne comptait pas avec le danger, ne songeait pas aux pièges qu’on pouvait lui tendre. Il avait confiance dans sa force qui ne l’avait jamais trahi et en l’aide du Dieu qui l’avait protégé.
Mais dans le monde païen qu’il avait humilié, en le reniant et par sa générosité elle-même, que de rancunes inassouvies se dressaient contre lui!
Cependant l’Empire, tout entier, était convié aux plus grandes fêtes de son règne, depuis le printemps de cette année 326. On venait de célébrer au 1° mars, un premier anniversaire, celui de l’élévation des Césars, en 317 !. L'usage de l’Empire romain était de fêter deux fois de suite, avec un intervalle d’un an, l'élévation des princes au pouvoir, en commençant un an avant l’anniversaire véritable. |
Mais cette fois un grand espoir était signalé sur
1 Voir plus haut.
les monnaies de l’empereur, sur lesquelles le Labarum perçait le dragon.
Constantin ne pouvait pas supposer qu’il Jui fût dangereux de venir dans sa capitale. Qui donc aurait osé élever la voix contre lui? La succession au trône était plusieurs fois assurée. On venait de frapper les médailles des Césars Crispus, Constantin II et Constance II !. Le dernier de ses fils, Constant, était né au plus tard en 323 *; il le ferait attendre pour être promu au pouvoir et recueillir le gouvernement de l'Orient, que ses frères aînés règnent sur l'Italie, les Balkans et la Gaule. Ce fut le moment que ses ennemis choisirent pour porter au chef chrétien un coup mortel qui devait compromettre son œuvre, attrister le reste de son règne, et, on l’espérait bien, jeter par terre le Christianisme. Mais ce fut l’Empire qui chancela sous le coup, ainsi qu’on le verra plus loin.
Constantin avait d'avance convoqué à Rome sa famille, ses frères, l’impératrice Fausta, ses fils et d’autres parents.
L’aîné de ses fils, Crispus, était alors dans toute la fleur de sa jeunesse. Il s’était marié en 321, et devait avoir vingt-deux ans en 326. Il avait épousé une jeune Hélène qui portait le même nom que sa grand’/mère, mais est désignée sur les monnaies comme MNobilissima Femina, titre des femmes d’empereurs *. Crispus en avait eu un fils en
ENUAUSMEONSL., MT, D LCXX NII.
2 EUTROPE, Brev., X, 9, lui donne 30 ans en 350 ; l’Epitome de VICTOR, 27 ans.
$ L'attribution de ces monnaies a été mise en doute, mais ce doute ne semble pas justifié.
322. Cet événement avait été fêté dans tout l’Empire par la libération des prisonniers. On n’en exceptait que les homicides, les empoisonneurs, les magiciens et les adultères !, car l’antique Loi des XII Tables avait été restaurée dans toute sa dureté, pour arrêter l’Empire sur la pente de la dépopulation, et certaines pénalités étaient terribles. Crispus avait déjà vaincu les Francs en 320 ?, étant encore presque enfant, et il venait en 322 et en 324 de se couvrir de gloire par la préparation de la flotte de Constantin, dans le port de Thessalonique, puis par sa victoire navale qui avait précipité le cours des succès de son père, dans la guerre contre l’empereur d'Orient *. II était l’espoir des catholiques, car il avait plusieurs fois signé, seul avec son père, en leur faveur, des décrets que ses frères, les fils de Fausta, ne ratifièrent pas plus tard 4 Aussi était-il aimé, plus que personne, des catholiques, à cette heure où Constantin, sans crainte de provoquer la révolte des paiens, voulait faire de son anniversaire une victoire religieuse. L'empereur était décidé à n’assister à aucun sacrifice paien et se faisait représenter, ainsi que ses fils, dans l’attitude chrétienne de l’oraison sur les médailles 5. I] laissait dédaigneusement les paiens libres d’immoler leurs vic-
? Code Théodosien, X, 38, 1 (Amunistie accordée à l’occasion de cette naissance). Les monnaies de la jeune Hélène furent frappées à Thessalonique, en 323-324. Numism. Const. t. II, P. 432.
? Panegyrici Latini, X, c. 17.
* Anonyme de Valois, V, 27. — ZosiME, Hist., II, 26.
4 SozoMÈNE, H. E., 1, 5.
$ EuSÈBE. Vita Const., IV, 15. Numism. Const., I, CXXxXVII.
times ?. Mais c'était peu pour ces anciens maîtres du monde. Nous pouvons encore lire, dans les calendriers antiques, que le 21 juillet 326, le divin empereur entra dans les murs de la Ville ?. Une œuvre très particulière nous met au courant des projets de Constantin lors de son entrée à Rome. En effet, le poète Optatianus Phorphyrius avait une faveur à obtenir. Grand seigneur, Optatianus avait été disgrâcié, éloigné de la Cour pour une raison inconnue, et nous savons que c'était alors un grand malheur que d’être en disgrâce, hors du Palais chrétien ; d'autant qu’Optatianus pratiquait la même religion que l’empereur.
L'occasion de l’anniversaire lui sembla donc propice pour adresser au Souverain tout-puissant des suppliques sous forme de poèmes, car l’empereur aimait les lettres. Homme d’action, Constantin s’étonnait des prodiges d’esprit que contenaient ces poèmes anagrammatiques du Bas-Embpire.
Mais il fallait que les arguments qu’on lui présentait fussent sérieux pour qu’il revint sur une décision.
Or, cette fois, l’auteur s’adressait à sa gloire, mais aussi à son cœur, et pour le toucher, il portait aux nues les victoires, le courage, les mérites, la belle jeunesse de son fils aîné Crispus qui, disait-il, avait la noblesse, la majesté de son père, ce qui le rendait l’espoir du monde *.
1 EUSÈBE, Vita Const., I, 48.
2 C. I. L., p..307. Calendrier de Philocalus.
PaOpialianePorphyri Carmina AV, sr Ve SK 35; ; XIX, 33. Edit. Müller, Leipzig, 1877. — MONCEAUX, op. laud., t. III, p. 516 et suiv.
Optatianus demandait sa grâce. Il avait donc intérêt à remettre ses poèmes à l’empereur, à une date proche des fêtes qui seraient l’occasion du pardon, mais avant l’ouverture de ces fêtes. Il avait bien compris le cœur et la pensée de Constantin, car il obtint sa rentrée à la Cour. Crispus était donc encore en faveur.
A la même époque, les monnaies frappées dans tous les ateliers de l’Empire, de l’année 324 à l’année 326, portèrent une étrange inscription ; elles étaient dédiées à la Providence des Augustes !.
Cette Providence était une de ces divinités abstraites, néoplatoniciennes que l’empereur n’avait pas jugé utile de supprimer, car elles ne gênaient personne, mais ce n’était pas celle des dieux, c'était celle des Augustes, et dès lors elle avait un sens précis. Licinius n’existait plus, tandis que l’on frappait ces monnaies et que l’on rédigeait l'inscription. Pourtant celle-ci signifiait que la pluralité des Augustes n’était pas supprimée dans l’Empire romain. L'inscription ne pouvait en effet qu'indiquer que Constantin n’avait pas renoncé à se donner au moins un collègue dans son plan de réorganisation de l'empire.
Cela s’expliquait par le fait qu’il y avait deux capitales, Rome et Constantinople, villes égales, dont les Génies ou T'ychés portaient le sceptre sur les monuments officiels, et qui étaient dotées d’un Sénat et d’un Peuple Romains ?. Il leur fallait à chacune un Auguste.
Constantin n’avait jamais heurté volontairement
! Numism. Const., I, 236; II, 492.
? Numim. Const., t. II, p. 483 et suiv. ; 527 à 525.
et sans cause le sentiment romain. Lorsqu'il combattait les armées ennemies pendant les guerres civiles, il protégeait les citoyens romains. Serait-il venu à Rome pour leur faire un affront ? Rien ne permet de le croire. Il avait entrepris la construction et l’agrandissement de Constantinople pendant l’année 324. Serait-il venu à Rome pour lui faire sentir son infériorité ? Alors pourquoi la convocation de toute sa famille à ces fêtes ? ! Pourquoi celle de Crispus en particulier? N'était-ce pas parce que devant transporter sa Cour à Constantinople, il voulait régler le sort de Rome auparavant ? Kt comment ne pas humilier la Ville Eternelle s’il ne mettait un Auguste à sa tête? Ainsi le sort de la Ville serait fixé, et le mécontentement des Romains apaisé; ce mécontentement dont Zosime nous a conservé l’écho.
Mais Constantin avait encore une autre raison, que ne pouvait pas connaître le paien Zosime, pour élever Crispus au rang d’Auguste.
I1 n’avait jamais ignoré le rôle de l’évêque de Rome, et nous verrons, par la suite de ce récit, qu’il tenait à être représenté, auprès de lui, par quelque membre de sa famille. Rome ne se fût pas contentée d’être gouvernée par un César, mais le Pape n’eût pas non plus admis, pour traiter avec lui, un empereur inférieur.
Or Crispus était au comble de la gloire ; il y était porté par la volonté de son père autant que par ses hauts faits. Ce qui le prouve, c’est que le confident
1 ZOSIME, Hist. II, 20, notamment celle de ses deux demifrères nés de Constance Chlore et de Théodora, dont il espérait l’impartialité.
de Constantin, Eusèbe de Césarée, glorifiait encore en 325 le rôle de Crispus dans la victoire d'Orient, remportée sous le commandement de son père }, tandis que plus tard, lorsqu’il retoucha son œuvre, et que la double mort de Crispus et de Fausta obligea à jeter un voile sur le drame du palais, Eusèbe fit disparaître le récit de la victoire de Crispus, pudeur tardive et qui dévoile ce qu’il faut cacher. Quoiqu'il en soit, les vers d’Optatianus nous montrent que la faveur du jeune héros dura jusqu’à la date même de l’anniversaire du 25 juillet, et nous disent que tout était prêt pour que Crispus fût élevé au faîte des honneurs à Rome.
Mais alors une question se pose. L’impératrice Fausta avait retardé l'élévation des Césars jusqu’à ce que son fils aîné, Constantin II, pût recevoir, à l’âge de trois ans, le titre impérial; elle avait livré son père pour s’assurer la toute-puissance sur l’esprit de son mari. Voici qu’elle se glorifiait d’avoir trois fils, dont deux Césars, et d’être Augusta ?. Comment aurait-elle pu laisser préférer le fils d’une concubine aux siens ?
Constantin II serait relégué dans les Gaules, dans cette belle cité d'Arles où il était né, mais ce n’était pas Rome !... Constance IT, né en 317, et attaché à son père comme un lieutenant qu’on veut surveiller, ne règnerait à Constantinople qu'après la mort de son père. Constant I* n’avait vu le jour qu’en 323. Il ne devait recueillir que plus tard le gouvernement de l’Orient, quand ses
? EusèBe, Hist. Eccl., traduct. GRAPIN. Paris, Picard, 1915, P- XXXIII.
2 Numism. Const., I, p. 236-237.
vastes provinces n’auraient plus de chef !. En ce moment, Fausta, dévorée de l’ambition de régner, devait se rappeler que Rome avait eu pour Auguste et pour général populaire auprès des soldats de la capitale, son père Maximien Hercule, mort depuis, en raison du heurt de leurs ambitions.
Eusèbe écrivait encore en 324 que Crispus et Constantin-le-Grand avaient Dieu et le Christ pour leur garde. Il ne voyait pas le danger de ces éloges.
Le peuple et le Sénat de Rome qui étaient païens, ne pouvaient que soutenir tout projet qui empêcherait Constantin de mettre un chef réputé chrétien à leur tête. Il est impossible de savoir ce qui se passa dans l’âme passionnée et ambitieuse jusqu’au crime de l’impératrice Fausta, ni sur quel secours elle compta.
Mais, avant que Crispus ait reçu l’Empire de Rome qui ne pouvait échoir qu’à lui, il était arrêté, conduit à la forteresse de Pola, en Istrie, sur l’Adriatique. KEt comme cette arrestation d’un Nobilissime César, entraïînait sa dégradation et ne pouvait avoir lieu que pour un crime de lèsemajesté, c'était le Sénat de Rome qui avait gardé de l’ancienne organisation judiciaire, la connaissance et le jugement de l’affaire ?. Et le Sénat était, en grande majorité, pa.en. Or il n’y avait qu’une peine pour les crimes de lèse-majesté, c’était la condamnation à mort; aussi Constantin
1 Acad. des Inscript. et Belles-Lettres. Bulletin 1914, p. 122, ma communication sur les capitales impériales.
2 Ammien Marceilin, xXVIII, 1, 22. — Symmache, IV, 4. — LÉCRIVAIN, article : Senatus (Dict. des Antiquités Gr. et Rom: 01. IVSep- 1107):
avait-il voulu en rendre les accusations presque impossibles.
I1 faut bien admettre qu’il existait des preuves d’une intrigue. La mort de Fausta survenue peu après celle de Crispus, car leurs monnaies cessèrent ensemble d’être frappées, en septembre 326 ! soulève tout un problème. N'’est-il pas permis de rappeler le passé ? La mise en scène de Fausta pour établir la culpabilité de son propre père, et le faire condamner à mort en raison de la même loi de lèsemajesté, entraîne le soupçon sur cette impératrice, au sujet d’une seconde intrigue criminelle. I] était moins difficile pour elle de simuler, en 326, la tentative d’adultère d’un prince, fils d’une concubine, et peut-être livré à ces ardeurs corruptrices du sang, dont les Conciles d'Orient nous ont conservé le souvenir, que de faire reconnaître un rôle d’assassin à son père.
Ce qui impose la pitié pour le jeune prince, c’est que, pour qu’il y ait eu une mise en scène de tentative d’adultère incestueux, il fallait qu’il eût été jusqu'alors à demi innocent.
Fausta avait, au contraire, hérité de son père cet esprit qui troublait le monde. Nous savons que dès son enfance, elle était d’une beauté redoutable.
L'’iconographie de Crispus révèle l’expression passionnée de son visage et ne dément pas le rôle de dupe qu’on lui attribue ?. Sa mère sortait pro-
2 Numism. CONS Let: Il, p. 502. L'atelier de Constantinople. Ces monnaies ne paraissent plus dans l'émission frappée de 326 à 330.
2 Voir son buste discutable à Rome au Musée des Conservateurs, et Numism. Const., tome I, p. 123, et planche xt.
bablement de cet Orient où les pudeurs de la famille n’étaient pas plus respectées qu’en Egypte.
Quoiqu'il en soit, le procès fut instruit par le Sénat; car, par ordre impérial, l’accusé eût été exécuté de suite, et dans un moment de colère du chef tout-puissant ; mais une fois le jugement retardé, ïl fallait que l’instruction suivit son cours.
Le prince périt !.
L'auteur qui nous a laissé les renseignements les plus précis sur ce drame est l’arien Philostorge. Il raconte que Crispus est tombé sous les calomnies de sa belle-mère, et que celle-ci a été ensuite surprise, en perpétration d’adultère avec un esclave, et étouffée dans un bain chaud ?.
Philostorge est un bon témoin parce qu’il n'avait de parti pris, ni pour les païens, ni pour les catholiques, étant hérétique.
Les lois apportent un témoignage en faveur du récit de cet auteur. L'une d’elles indique que Constantin avait défendu, au printemps de cette année 326, les accusations d’adultères portées à la légère. I] n’autorisait plus que les proches parents du coupable à porter plainte contre l’adultère. Il ne le permettait qu’à ses oncles, à ses cousins-germains, et il en fut de même pour la femme ÿ.
V avait-il déjà des calomnies répandues contre son fils trois mois avant le drame? Cette loi permet de le supposer. Une autre fut affichée, comme Edit au peuple, un mois après la première. Toute
1 Ammien Marcellin, XIV, 11.
2 Philostorge, II, 4.
3 C. Théodos.; IX, 7, 2, avril 326.
femme libre qui s’était unie à un esclave devait être condamnée à mort !.
Il n’est pas probable que Constantin songeât à sa femme à l’occasion de cette loi, mais cette jurisprudence toute récente entraînait la condamnation de l’impératrice et sa mort, si elle tombait dans cette honte : et ce fut ce qui arriva.
Les auteurs païens se réjouirent des soi-disant crimes de Constantin massacrant toute sa famille. Mais ils se démentent eux-mêmes par les fables qu’ils ont construites sur le récit de ces événements. L'histoire de Constantin, atteint de la lèpre et guéri par le Pape Sylvestre, est une transformation de la première fiction néoplatonicienne rapportée par Zosime ?, au sujet du refus, par les Flamines d’un temple païen, de purifier Constantin et de l'intervention d’un Egyptien qui lui apprit que la religion chrétienne remettait tous les péchés. C’eût été l’origine de sa conversion qu’on reportait ainsi en 326. Mais Constantin était converti depuis l’année 312, l’Edit de Milan étant de 313, et la conquête de l’Orient par le Labarum de
Il faut toutefois retenir l’intervention de l’Egyptien, car elle rappelle tout un passé de calomnies paiennes.
Voici quel était l’état moral de l’Empire.
On accusait les chrétiens de toutes façons, mais on les confondait principalement avec les Magiciens d'Egypte %. Ce fut le thème des calomnies
1 C. Théodos., IX, 9, 1, mai 326.
? ZOSIME, IL, 20 * Comme dans “a fable du baptême de Constantin à Rome.
des Alexandrins contre saint Athanase. On leur prêtait l’adoration d’une tête d’âne !, sans doute parce que cet animal avait porté les prophètes et leurs familles, et avait été utilisé par Notre-Seigneur pour son entrée à Jérusalem. Il était la seule bête connue qui ne fut pas adorée en Egypte.
Mais on faisait pire. Tertullien rapporte toutes les infamies supposées des chrétiens dès le Ir° siècle. On les accusait d’éteindre les lumières, dans leurs festins, pour se livrer aux obscénités. Le mot d’Agape signifie charité pour les chrétiens, mais aussi amour au sens de Platon. Les païens l’ex-
ploitaient.
Tertullien, employant l'ironie, expliquait ce dont ils accusaient les chrétiens : « Vous appor-
« terez des cierges qu’éteindront des chiens... et « de petits gâteaux pour donner à ces chiens ; et « puis 1l vous faudra une mère ou une sœur pour « devenir incestueux ?. »
Et Minucius Félix, dans son poème, l’Octavius, signalait, au III siècle, ces mêmes calomnies $. « Pour ce qui en est des banquets incestueux, c’est « une calomnie que les démons ont inventée pour « souiller la gloire de notre charité, et détourner « les hommes de notre religion par l’horreur d’un « si grand crime. » Et il ajoute : « Vous nous « accusez de faux incestes et vous ne craignez pas « d’en commettre de véritables. »
Nous sommes ici au cœur de notre sujet.
1 TERTULLIEN, Ad nationes, I, 14.
ÉPIDid el 07 3 Octavius, chap. 30.
La joie maligne, avec laquelle les païens: Eutrope !, Victor ?, Zosime *, racontent l’accusation de Crispus et la soi-disant vengeance de Constantin ; l’addition d’assassinats de ses amis qu'ils y joignent bénévolement ; tout indique que les historiens paiens ont fait ce que nous appellerions un procès de tendance, à l’empereur chrétien.
Mais les plus précis d’entre eux sont obligés d’avouer que Crispus fut accusé de tentative d’adultère par sa belle-mère, et c’est la seule chose qui importe “,
Car des témoignages antiques, que je soumets plus loin au lecteur, éclairent, à mon avis, d’un jour nouveau, l’ensemble du drame.
Remarquons d’abord que toute l’organisation de l’Empire, préparée par Constantin, fut bouleversée par la mort de Crispus; ce qui prouve que cette mort n’était pas prévue par son père. On doit se défier des renseignements d’un auteur païen, disant que Constantin fut comparable aux meilleurs princes au début de son règne, quand il était païen, et aux pires, à la fin, quand il fut chrétien ©. Il est fâcheux que des auteurs chrétiens aient pris au sérieux les calomnies néoplatoni- ciennes, et suivi la tradition plus poétique qu’his-