EUTROPE, X
? VICTOR, Epitome, 41.
4 Voir Philostorge, II, 4; Vicror, Epitome. Vita Sancti Artemii, dans Acta Sanctorum, VIII, p. 856, comme témoignage chrétien. — Saint Jérôme, Orose, Sidoine Apollinaire se sont laissé tromper parce que l’histoire était faussée de leur temps.
‘5 ÉUTROPE, X, 7.
torique de Sidoine Apollinaire !. On verra que la plus belle législation du premier empereur et roi chrétien, celle qui a couronné l'édifice du Droit nouveau, fut publiée à Constantinople après l’inauguration de 330 *.
Mais que pouvait faire le chef du Palais chrétien ? Il était aussi l’empereur universel. Le Sénat avait jugé. Crispus était reconnu coupable. Il l’était peut-être. Il faut songer à la lutte morale qui se livrait dans le monde. Le père pouvait-il accréditer, pour sauver son fils, toutes les accusations d’incestes et d’adultères contre les chrétiens ? Car, pour le public, après le jugement du Sénat, Crispus était coupable. La pitié pouvait parler dans le cœur du père, mais comment aurait-elle été interprétée quand deux mondes s’affrontaient et que toute l’œuvre de Constantin était en cause ? Lorsque la pudeur chrétienne, l’Honneur, se rencontre avec un orgueil profond, Romain ou Castillan, le point d'honneur qui a fait la grandeur du théâtre espagnol apparaît *. Là un mari immole sa femme parce qu’elle a été soupçonnée ; ici un père son fils. Le théâtre Espagnol n’a pas inventé de situation aussi dramatique que la réalité de celle de Constantin. Il en a fourni de plus cruelles ! #,
1 DE BROGLIE, principalement. Cette remarque ne touche en rien à la valeur de ses œuvres ; maïs la vérité doit passer avant l’estime, dans la critique historique.
2 Le grand interprète du Code Théodosien, GODEFROID, l’avait déjà compris, au xvirI° siècle.
8 Jx Brpois, L’Honneur au Miroir de nos Lettres. Paris, 1019. L'Espagne et le Point d'honneur, p. 134. DIEULArOY, Les origines orientales du drame espagnol (Correspondant, juin 1906).
4 Dans Calderon et d’Alarçon : la cruauté pour l’honneur.
Car ce n’était plus seulement l’honneur d’un père ou d’un mari qui était en cause, en 326, c'était la réputation du monde chrétien tout entier, dont Constantin répondait, et du Palais qu’il avait créé.
Ici le point d'honneur justifiait un châtiment qui dépassait le crime ou la faute. La fatalité antique n’était pas disparue des croyances puisque l’Empire païen subsistait. Et la pudeur chrétienne était née. Fausta et les païens avaient bien choisi le défaut de la cuirasse de l’empereur, chef chrétien, qui dut laisser la mort saisir le fils sur lequel reposaient toutes ses espérances, et pour lequel il avait eu même la faiblesse de modifier la loi de succession au trône, à l’avantage des bâtards !.
Mais l’impératrice Fausta fut imprudente.
Après ce succès, elle se crut, sans doute, tout permis. Il n’y a pas lieu d’ajouter foi à une simple vengeance de Constantin et de Sainte Hélène, lorsqu'ils eurent reconnu l’innocence de Crispus. D'abord parce que cette innocence ne pouvait pas être complète. Ensuite parce que Sainte Hélène, qui avait souffert d’autres affronts, lors de sa répudiation, ne prit jamais de pareilles mesures de vengeance ?. Quant à Constantin, il lui était impossible de punir une mort qu’il avait laissée s’accomplir.
I lui fallait une raison nouvelle de condamner.
La rencontre du récit de Philostorge avec l’Edit adressé au peuple romain et la mort qui devait
.1 C’est ce qu’on voit dans plusieurs fragments de lois du titre de Naturalibus filiis. C. Théod., IV, 6, et Just., V, 27.
2? Elle vécut en rapports de charité chrétienne avec Théodora, qui l’avait remplacée. :
s’ensuivre, le secret gardé sur cette mort secrète, l’étouffement dans un bain chaud, dit-on; tout indique un crime qu’il fallait cacher, avec la honte de la famille impériale dont le sang aurait pu être corrompu dès le début.
Constantin eut d’immenses malheurs, dûs à une femme sans pudeur. Ses ennemis ont affirmé, plus tard, que cet empereur s’était vengé de la morts de son fils, par celle de sa femme. Des chrétiens, comme Sidoine Apollinaire, les ont crus naïvement. On les a suivis.
Mais le désastre de l’Empire et la confiscation des biens de Fausta, signalant l’application de la loi romaine relative au châtiment de ces sortes de stupres, semblent pouvoir apporter une clarté décisive sur ce drame et la culpabilité de l’impératrice .
Les biens de Fausta auraient pu être simplement conservés dans le domaine de la Couronne et être réservés à ses fils, mais Constantin les attribua à sa mère Sainte Hélène, soulignant en quelque sorte l’expiation à accomplir. Sainte Hélène, parachevant cette œuvre, fit construire dans le palais même du Sessorium, cette église de Sainte-Croix qui est à Rome l’un des souvenirs les plus authentiques de cette époque. Puis au cours de son pèler:inage, elle y fit parvenir les reliques de la vraie Croix.
Ce qui était grave pour l’avenir de l’Empire, c’est qu’il se trouvait désorganisé. De quelque
1 C. Théod., IX, 9, 1 (326), c’est une loi de vengeance contre le crime, mais Constantin, comme empereur régnant, disposait des biens de la Couronne.
côté que l’on cherche, on découvre qu’il y avait un vide impossible à combler.
Constantin avait pris, en 314, le Consulat en commun avec l'Empereur d'Orient, unissant ainsi les deux parties du monde romain par le lien d’une même magistrature. Après la chute de Licinius, 1l avait voulu fêter à Rome son grand anniversaire de 326, alors que son fils Crispus n’était pas encore accusé. Celui-ci étant condamné, il dut chercher à rétablir l’équilibre de l’Empire, car en 330 ül établit l'égalité de Rome et de Constantinople. Mais il lui manquait un Auguste pour gouverner la Ville; si bien que plus tard, son dernier fils, Constant I”, César, puis Auguste, occupa, en 333, la place destinée à Cripus !.
L'Orient désorganisé, pour la même raison, fut partagé entre une Préfecture du Prétoire et des royaumes annexes de l’Empire, à la fin du règne de Constantin-le-Grand ?2.-
L'Empire subit en effet un profond changement administratif qui semble la conséquence du drame dynastique. Les Préfets du Prétoire, qu’il y en eût un, deux, trois ou quatre, suivaient jusqu’alors les princes ; ils étaient, en quelque sorte, les seconds des empereurs, dont ils Hem l'administration.
A partir de la mort de Crispus, il n’en fut plus de même. Une division administrative de l’Empire, en quatre, fut tirée de la géographie et remplaça l’organisation préexistante.
1,2: Numism. Const., I, p. CLIX et CLXVII Consularia Constant. ; Chronique de saint JÉRÔME et Vicror, De Cœsar., 41. — Premier discours de Julien.
Cela ne s’explique que par le fait que la mort de l’empereur de Rome avait laissé un vide dans l’Empire. La Ville n’eut plus qu’un Préfet du Prétoire à sa tête pendant sept ans !. Au point de vue politique, du commandement effectif et de l’indépendance impériale, elle était déchue, mais elle conservait son ressort administratif. Il fallait bien remédier au manque d’empereurs.
Constantin ne voulut pas que la religion catholique souffrîit de ces événements. Les pèlerins nous ont conservé deux inscriptions significatives,
- gravées, l’une sur une croix d’or placée sur le sépulcre de saint Pierre ? ; l’autre, une inscription métrique, enchassée dans la décoration de l’abside de la basilique primitive de Saint-Pierre, à Rome *.
La première réunit les noms de Constantin-le- Grand et de sainte Hélène comme étant ceux des auteurs de la construction ; l’autre mentionne Constantin-le-Grand et Constant I*.
La première se rapporte à la période qui suit la mort de Crispus et précéda celle de sainte Hélène, et qui court de 326 à 329; l’autre est postérieure tout au moins à l’avènement de Constant I au rangde César en 333,
Sainte Hélène fut donc associée la première, à Constantin, dans l'édification de la Rome catholique, après la mort de Crispus. Sa mission est révélée par ces faits. Sainte Hélène, bien qu’elle
1 ZOSIME, II, 33. — Œuvres de Borghesi, X, p. 146 et TOO CR Tr ANG TS
2 Copiée par Pierre MALLUS, au x1I° siècle.
Pèlerinage de Einsiedeln. — Voir DE Rossi, Inscriptions chrétiennes, II, p. 200. }
n’ait pas séjourné à Rome, mais en Orient où elle recherchait les souvenirs de la vie du Sauveur, envoya bientôt dans la Ville les reliques de la Vraie Croix !, et pour que son nom fût inscrit sur le sépulcre de saint Pierre, il fallait qu’elle eût recu de l’empereur un rôle tutélaire sur la Ville qui n’avait plus d’empereur chrétien, et que, de loin, elle veillât sur la Rome catholique.
Ainsi cette Rome n'était nullement abandonnée par Constantin. Une autre preuve s’en trouve dans l’édification des cathédrales et des monuments chrétiens, poursuivie avec ardeur.
La Cathédrale représentait la volonté même de Constantin, depuis l’Edit de Milan, de montrer le triomphe de l’Eglise.
Il existait à Rome, avant cet empereur, des églises, des cryptes et des maisons chrétiennes, loca ecclesiastica, qui furent confisquées pendant la persécution, et en partie restituées au Culte par le tyran Maxence, sans doute préoccupé de quelque vague crainte ?.
Mais sept Basiliques ont été élevées sous le règne de Constantin, d’après un inventaire, publié il est vrai deux cents ans plus tard *, et nous ne connaissons pas la totalité de ces basiliques, églises et monuments chrétiens de cette époque. Ce sont celles du Latran; la Sessoriana, sur la voie
? Pour ces reliques, voir Mgr DUCHESNE, Histoire Ancienne de l'Eglise, II, p. 8x.
? Saint AUGUSTIN, Breviculum Collationis, III, 34, 36.
* Le Liber Pontificalis, édition Duchesne, le Choix des Basiliques fait ex suggestione Sylvestri Episcopi.
Appia ; celles du Vatican, de Saint-Paul, de Sainte- Agnès et de Saint-Laurent ; enfin celle des Saints Marcellin et Pierre, sur la voie Labicane. Elles reçurent de grands dons de l’empereur. Le nombre des églises élevées ou réouvertes à Rome, à cette époque, fut bien plus grand. Les conversions étaient nombreuses, le spectacle des catacombes qui n’avaient jamais été plus fréquentées, et des basiliques s’élevant sur les tombeaux des martyrs, élevait les cœurs. La basilique du Latran, dont Constantin avait fait don à l’évêque de Rome , et l'Eglise de la Croix du Sauveur ? étaient témoins du triomphe de l’Eglise, à Rome, à une époque où l’on a cru que Constantin, accablé par la mort de son fils, avait abandonné la capitale de la chrétienté.
Rome était restée, au contraire, la préoccupation constante de Constantin et de sa mère. Celleci avait le titre d’Augusta depuis l’année 324 *. Elle l’utilisait pour être la protectrice chrétienne de la Ville et disposait des ressources du trésor en sa faveur “. C’est pour cela que lorsqu'elle mourut, en Orient, bien que son fils préparât son propre tombeau à Constantinople, au milieu de ceux des apôtres, elle fut transportée à Rome, dans la ville qu’Eusèbe appelle Royale 5, parce qu’elle avait gardé son rang de capitale et de métropole religieuse protégée par sainte Hélène. Les restes de
! Saint Oprar, De schism. donatistorum, I, 35.
? Sur le Sessorium, VI, 1134 à 1136.
* De l’ouverture de l’atelier monét. de Constantinople. — Numism. Const., t. I, p. cxxxix et II, p. 494.
1 EUSÈBE, Vita Const., III, 47.
P Ibid., IV, 60.
cette impératrice furent, pour cette raison, déposés dans le Sarcophage de la Voie Labicane *, dans son ancienne demeure.
Sainte Hélène servit pendant toute sa vie de lien entre l’empereur et l’évêque de Rome. Il n’y eut aucune dissidence entre eux jusqu’en 320, année au cours de laquelle mourut sainte Hélène.
Constantia, sœur de Constantin, veuve de Lacinius, succomba, à son tour, au printemps de 330. Elle demanda, à son lit de mort, à son frère, de recevoir un prêtre qui avait gagné sa confiance *?. C'était un hérétique arien. Dès lors l’union avec Rome fut moins complète. Constantin fut souvent trompé par son entourage.
Un grand courant de l'Histoire allait être détourné par la mort de Crispus.
On comprend que Constantin ne voulut plus revôir la ville où il avait souffert de mortelles douleurs. C’eût été une manière de s’affaiblir moralement et de se détourner de son œuvre, à laquelle il croyait. Mais par le fait même de l’absence d’un Auguste, à Rome, et la présence de l’émpereur dans sa ville de Constantinople, cette nouvelle capitale, prit, au point de vue religieux, une importance qui devait, par la suite, devenir désordonnée, sous ses successeurs, et qu’il n’était pas dans les intentions de Constantin de lui donner #.
! Le sarcophage est au Vatican, les ruines du mausolée à la Voie Labicane.
? SOCRATE, Hist. Ecclés., I, 25. — EusÈèBE, Vita Const., III, 54 et au point de vue religieux. — RurIN, Hist. Ecclés., 1, por
* C’est ce qui ft que Justinien attribua toute l’Illyrie jusqu'aux rives de l’Adriatique au patriarche de Constantinople (Maxsr, Coll. Concil., t. VIII, col. 747).
Et ce fut peut-être l’une des causes du schisme grec. Il n’était pas impossible de l’éviter si l’Empire romain avait gardé son équilibre et ses deux capitales leurs Augustes, unis par le Consulat; la vieille Rome de la Louve son rang d’antique souveraine devenue chrétienne. Et la ville de Constantinople, créée pour des raisons militaires, comme on l’a vu, aurait pu jouer son rôle de boulevard de la civilisation en Orient sans devenir la tête du schisme.
Qui peut savoir ce que le drame du palais de Constantin apporta de bouleversements dans l’Histoire? Nous en constatons d’irréparables dans l'héritage des seconds Flaviens et la désorganisation de l’Empire qui fut livré à de mauvais princes.
Les païens ! et Fausta qui détestaient, chacun pour des raisons différentes, l’œuvre de Constantin, avaient bien frappé le fondateur de l’ordre nouveau et de la civilisation chrétienne au cœur, mais, sans le savoir, ils avaient du même coup désorganisé l’Empire païen. Ils en avaient précipité la chute.
1 Voir ZOSIME, II, 30. — et LIBANIUS, Discours à Théodose,
MAR ECè À