CHAPITRE X
La Destruction du monde romain par le Socialisme d’origine orientale
et sémitique.
Ceux qui ont attribué la chute du monde antique à des causes d’importance secondaire comme la suppression de l’autorité du Sénat !, point de vue déjà développé par le sénateur romain Dion Cassius, ou à l’affaiblissement de l’armée, n’ont pas entendu la grande plainte qui se dégage de tous les documents de cette époque, et les gémissements des hommes soumis aux servitudes sociales. Ils n’ont pas compris les efforts désespérés d’un monde qui veut échapper aux étreintes du socialisme d’État et aux situations emmurées de toutes les classes sociales.
Une seule pensée sourd, un seul cri s'échappe de tous les textes, un seul mot les exprime : c’est celui de servitude. Constantin a essayé de résoudre le problème des servitudes sociales, en mettant de l’ordre dans l’administration et en répartissant les impôts avec équité. C’était inutile. L’organisation sociale de l’Empire était fautive, et j'ai déjà dit pourquoi. Il fut donc impossible à Constantin
1 C’est le cas du célèbre historien FERRERO.
de la réformer totalement. Il eût fallu déchaîner la guerre civile et supprimer la liberté religieuse en même temps que l’empire païen. Alors il n’y eût plus eu qu’un chef et qu’une administration, ce qui est le salut des peuples défaillants. Mais il était trop tard. |
La puissance romaine avait grandi sous la république avec l’indépendance des cités et l’inégalité des situations. À la tête de l'Etat, les Consuls et les Préteurs représentaient le démembrement du pouvoir royal !, car la république romaine était à proprement parler monarchique par toutes ses institutions. Elle avait répandu dans le monde le principe des libertés locales. C’est ainsi qu’elle avait fondé des Colonies à son image, avec ses vétérans, puis avec les cultivateurs et le peuple qui ne trouvaient plus à vivre à Rome et en Italie. Mais en dessous des Colonies, les Municipes étaient organisés sur le modèle de la Ville Eternelle, avec leurs Sénats, leurs Duumvirs, leurs magistrats, Quinquennales pour les finances, Ediles pour la justice inférieure et l’administration.
En dehors des Municipes, il y avait encore la masse des villes provinciales qui tendaient à conquérir une part plus ou moins grande du Droit de Cité romaine. Aïnsi se produisait ce mouvement de bas en haut qui entretenait la vie dans le monde romain. Une commune n’était pas seulement une ville ; elle comprenait un vaste territoire agricole
* Leurs pouvoirs étaient déterminés par la Lex Regia. MOMMSEN, tome III, Droit Public romain (traduction française), Le Consulat et la Préture.
où étaient répandus des bourgs et des fermes. Et comme l’industrie ne rendait pas, dans l’antiquité, les villes tributaires du monde entier, une commune se suffisait à elle-même. Elle en avait le sentiment, et de là naissait l’émulation pour les honneurs municipaux, qui n'étaient pas encore des charges accablantes. Pendant deux siècles, les empereurs eurent la sagesse de ne pas changer les fondements de la vie sociale, dans l’empire romain !. Mais il survint, au troisième siècle, une dynastie d’empereurs Syriens et d’adorateurs des dieux orientaux, des Baals et du Soleil, qui débuta socialement par le règne de Septime Sévère ?. Cet empereur, originaire de la Tripolitaine, fut le premier pour lequel le Droit vint des codes orientaux ; il fonda l’université de Beyrouth.
Les peuples asiatiques ne jouissaient que d’un Droit civil; le Droit public était pour eux la formule de la servitude.
Sept. Sévère eut pour préfet du Prétoire l’illustre Papinien, esprit universel, après la mort duquel la lutte s’engagea entre la tradition romaine représentée par Paul, dont les sentences furent considérées par Constantin comme le plus haut degré de la sagesse des Prudents *, et Ulpien, savant jurisconsulte Syrien, né à Tyr, dont les mains furent teintes du sang des chrétiens, et qui
1 Il en fut ainsi notamment pour l’Afrique romaine où les effets de la politique des Sévère ne se manifestèrent qu'après
vingt ou trente ans. — P. MonCEAUXx, Les Africains. Paris, 1804. — ToUTAIN, Les Cités romaïnes de la Tunisie, Paris,