PRÉFACE XI
La Civilisation chrétienne date, peut-être, d’un fait obscur, le don du Palais impérial du Latran, par Constantin, à l’'Evêque de Rome, Miltiade, en 313. En effet, cette donation constitue, comme on le verra, la première obligation purement morale, réciproque, bipartite, qu’on puisse distinguer dans l’histoire, engageant l’un envers l’autre le Chef du Palais chrétien, empereur romain, et le Chef de l'Eglise. Or, ce qui caractérise les nations chrétiennes, c’est le réseau des obligations morales réciproques qui enserre chacune d'elles, attachant tous ses membres et ses groupements responsables les uns aux autres et les reliant au Chef de la nation.
L'enseignement de l'Eglise sur la responsabilité morale créa donc le rôle du Chef du Palais chrétien. Celui-ci, appelant à lui les conseils de ses Grands, ne fut plus un empereur omnipotent, de droit divin, mais le premier Basileus où roi chrétien, inaugurant une nouvelle civilisation. La liberté religieuse pour tous et l'existence d’une religion catholique, mais momentanément considérée comme gouvernant la Maison de l’'Empereur-roi et son Palais, et différente de celles de l’Empire encore païen, est un fait historique, que l’on trouvera démontré par l'étude des médailles et des lois. Ainsi s'explique le passage de la civilisation antique à la nôtre. La Maison du Roi, sa Cour, son Palais devaient renaître après les invasions et engendrer d’autres institutions. Et la liberté religieuse inaugurée par le premier souverain chrétien devait servir de modèle aux temps à venir.