‹ Constantin Meunier et son œuvreChapitre 7 sur 10 · CONSTANTIN MEUNIER G · texte numérisé non relu

CONSTANTIN MEUNIER G

Ils sont campés, ces deux prolétaires, comme deux modernes descendants des prophètes el des sibylles de la chapelle Sijttine, semblant porter en leur tranquillité mélancolique la gestation dangereuse des temps futurs.

Il ne peut y avoir de doute que Meunier soit socialiste. A travers cette suite d'oeuvres analogues, il passe comme une amure cl fatidique intuition de la vie sous laquelle, cependant, on découvre une espérance qui vit et brille. Et cette espérance, c'est l'utopie, la croyance en la grève universelle, l'aurore qui annonce les récompenses prochaines. C'est cette illusion qui vivifie l'art du sculpteur, qui rend sa main active et protège son esprit de la paralysie du pessimisme.

Toute l'œuvre de Meunier est un appel unique à notre instinct social. Comme artiste, il s'adresse autant au cœur qu'à l'intelligence. Et cet appel est, en sa sobre vérité, en sa chaleur contenue, plus éloquent que beaucoup de belles tirades des tribuns populaires. 11 étale la vie et les conditions de ses sujets, il nous dévoile l'existence de taupe du mineur sous la terre et celle de l'ouvrier métallurgiste, du briquetier, du verrier au milieu de la chaleur brûlante des fours et du vent humide d'un climat mouillé, demi-nus et noircis de fumée. 11 nous montre la patience de ces hommes accomplissant leurs fonctions d'esclaves, le vide de leurs cerveaux sans joies. 11 évoque, pour qui ne les a pas vus, la vision parfaite de leurs physionomies, les déformations de leurs corps grossiers, leurs figures osseuses avec le front étroit, les mâchoires développées, les yeux mornes et tristes. Il chante leur nature, combien il sont silencieux, peu expansifs, doux et courageux. Il connaît leur infinie bonté, leur infatigable endurance ; mais aussi il ne cèle pas le fond d'impulsions animales dans lequel poussent ces vertus. Il sait leur incroyable ignorance, la susceptibilité de leurs cerveaux apathiques, leur insensibilité à l'égard de toutes les sensations supérieures de l'esprit.

Et si l'on demande ce qui incite Meunier à nous montrer toute cette misère, à absorber notre intérêt avec ces descriptions du Pays Noi V et la psychologie de ses habitants, il ne répond rien que ceci : « Ils me sont chers. J'ai vécu dans leur entourage et ce que j'ai vu et entendu d'eux a déposé dans mon cœur un fond de compassion, de confiance et d'admiration. En eux est toute mon espérance, parce que depuis longtemps je suis fatigué et ennuyé de votre \ieille el ridicule civilisation pareille à un mécanisme compliqué d'horlogerie qui s'arrêtera bientôt avec ses engrenages usés ! »

Et par cela qu'ils sont la végétation nouvelle de 1 avenir, Meunier

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