‹ Constantin MeunierChapitre 2 sur 4 · LE MOISSONNEUR · texte numérisé non relu

LE MOISSONNEUR

Mais il en est qui ne se contentent pas de montrer la vie. Ils font plus. Ils veulent la glorifier parce qu’elle est toujours noble et qu’elle ne cesse de donner des exemples de force et de beauté.

Constantin Meunier est de ceux-là.

A ce titre, il mérite une des places les plus hautes dans l’art contemporain, non seulement parce qu’il glorifia la vie, mais aussi parce qu’il glorifia ce qu’il y a de plus beau en elle : LE T RA VA IL.

Le travail !

O magie des mots ! A prononcer celui-ci, un monde s’éveille, et aussi la force de tout unpeuple qui semble s’être imposé bien plus que les autres, une mission de hardiesse.

Le travail ! Et la race toute entière s’agite, avec les mille activités où se complaît la force des nôtres, avec ses sacrifices, ses vaillances, ses dévouements obscurs, ses martyrologes tragiques et ses prestigieuses victoires. A l’évoquer, des contrées de labeur apparaissent, pays noir de la wallonie, plaines navrantes de la Flandre, quais brumeux des ports, tous ces coins de la terre belge où s’agite une âpre humanité dont les labeurs obscurs font la richesse et la puissance du pays tout entier. C’est le « coron »

endeuillé du Borinage, aux maisons noires, à l’ombre des terrils et des houillères, où vivote le remueur de rocs. C’est la glèbe infinie aux vastes horizons, sous les ciels clairs, que le semeur de pain emplit de son geste auguste. C’est l’usine aux cubilots géants encapuchonnés de flammes, où le puddleur cyclopéen martèle le métal embrasé. C’est la rive du glauque Escaut où le débardeur flamand anhanne sous les lourds ballots qu’apportèrent les steamers, de tous les coins du globe. C’est la grève le long de laquelle le pêcheur hâle la chaloupe sur laquelle il affronte les embûches de l’espace et de l’océan. Mais toujours, quels que soient le milieu et la nature de la tâche, c’est la même vaillance dont tous les efforts se résument en merveilleuse fécondité.

I! fallait pour magnifier tout cela, et surtout pour synthétiser ce que les multiples éléments de la vie laborieuse ont de grand et de farouche, une âme profondément pitoyable, mise au service d’un talent sûr et probe, dédaigneux de banalités. Il fallait aussi un esprit ouvert aux rénovations sociales qui remuent si pirofondément le monde, tellement la mission était en dehors de tous les errements suivis jusqu’à ce jour. Il fallait aussi de la bonté, car pour imposer la pitié et, ce qui est bien mieux, le respect au profit des travailleurs, il faut avoir l’âme fraternelle, celle-là qui souffre des douleurs des autres.

Constantin Meunier fut l’artiste qui réunit cesraresqualités.

Aussi, ses œuvres sont-elles au-dessus de la généralité, parce qu’elles n’ont pas seulement l’essence de beauté et de vie qu’il faut désirer à la moindre création d’un artiste, mais une portée éducative et sociale.

Je ne parlerai pas de son œuvre en général, de ses débuts, de ses luttes tenaces, de l'évolution que subit sa technique, des peintures étrangères à la vie des besogneux et des peinards. D’autres, et des érudits, en des appréciations essentielles, ont révélé les belles qualités de sa vie et la puissance de son talent.

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