MINEURS BORAIN'S
Le Laboureur
frisson qui ondule au flanc des nikés et de la plus grande de toutes, la Samothraciennc.
L'expression des choses immuables et sacrées ensuite reparut dans le haut relief de la Moisson^ image émouvante de la toute beauté religieuse du labeur tellurique, impression mélodieuse de Taccord des faucilles et des feux roux de leté. C'était, en grandeur d'exécution, la reprise schématique de la petite Moisson exécutée à Louvain : avec ce pan de champ, lourd de graminées mûres et où, sous les vents ardents, ahannait, près du bœuf ami et de la vierge féconde, l'effort des aoûterons, le Monument au Travail sembla soudain lever à la lumière. 11 monta bientôt d'un degré nouveau avec le Retour du travail^ une file dramatique de mineurs échappés aux ombres et harassés, regagnant leurs lointains corons. Ce fut le troisième des hauts-reliefs que, dans sa conjecture enfin arrivée à terme, le maître, comme des blocs de vie et de nature, comme des plaques aussi commémora tives des millénaires générations broyées sous les meules, incrustait aux quatre parois de l'édifice.
Sa vie, dans latelier de la rue Albert-Delatour, est active, profonde, héroïque à 1 égal de ce qu'il ne cessait denfanter. Il y termine, ^. .^^^^ en proportions colossales,
\^h ^^^^^ pour 1 un des squares de
Bruxelles , ï Abreuvoir , ce groupe équestre et prolétarien où le cavalcadour, chevauchant sa bête rompue, a, sous ses haillons d'ouvrier des fabriques, la noblesse d'un Coleone des plèbes. C'est là aussi qu'il fait le Blessé^ le Naufragé^ une Trinité qui figure à l'église du Sablon, un Christ en croix, la Maternité^ l Ancêtre^ les Travailleurs de la mer^ une Pieta et toute cette série de
bustes : Elisée Reclus, Emile Verhaeren, Théo van Rysselberghe, Henri Vandevelde, Gilsoul, etc.
La fortune enfin s attesta conjurée : un homme, à
I égal de Téponyme bruxellois, le saint Michel terrassant le dragon, avait, sous un labeur titanique, vaincu la fortune qui lui avait porté de si terribles coups. Une exposition de ses sculptures à Paris chez Bingen 1896, fut un triomphe. En 1897 *^ ^^^^' acclamé à l'exposition de Dresde où il occupait toute une salle. L'année suivante son œuvre reparaissait chez Renner et Keller à Berlin. Vienne leut à son tour ; il était célèbre : il devint illustre. La gloire remplaça par Timmortel laurier la couronne d épines qui s était enfoncée au sang de ses tempes. 11 y eut, pour le pauvre homme méconnu et humilié d'autrefois, cette ironie fortifiante et âpre, signe de la royauté spirituelle qui avait changé ses destinées, que le monde faisait fête à ses plèbes magnifiées sans paraître même se douter de ce que celles-ci apportaient de révolutionnaire dans l'art du temps ni de tout le déplacement d idées que cette soumission à une tardive justice sociale signalait chez ceux-là mêmes qui avaient intérêt à entretenir la guerre des classes.
Les musées, les grandes villes industrielles achetaient ses œuvres. Crefeld acquérait une fonte de son Marteleur.
II était représenté à Berlin, à Dresde, à Anvers, à Bruxelles.
Dessin ïjour " LE MORT ",
CAMILLE LHMONNIER
Le Luxembourg le montrait à la fois peintre et sculpteur. A la dernière Exposition universelle, en Allemagne où il prenait part au mouvement de Tart nouveau qui instaura le naturisme sur les ruines de l'ancien art académique, un culte de vénération accueillit, en sa verdeur féconde, ce patriarche de Tart qui semblait avoir recueilli le secret des maîtres de la Grèce pour en composer rhéroïsme moderne. Là comme partout, il apparut avec le signe de sa vraie grandeur, telle qu'elle lui sera adjugée par rhistoire : c'est d'avoir marqué l'éternel à travers le transitoire et corollairement le type à travers les généralités humaines.
Constantin Meunier a pu goûter sur le tard la joie de posséder une demeure où il ne fut plus l'étranger errant qu'il avait été pendant une part si longue de ses jours. Sa maison est sortie du sang et des larmes : par ses