LA PLAINE
roche ; puis, en jetant un dernier cri, ils filent et disparaissent enfin dans le lointain, ensevelis dans la nuit tombante.
CONSTANT IXI-:
lui ckliors des )X)iits jetés sur le Rluiiiiniel, jiar où pénétrer dans Constantine ? I.e t.)it est qu'on n'a j;uére le choix dcs accès. La face Nord-Ouest, il est vrai, la petite base du trapé/e ne prête pas comme l'opposée d'aussi raidcs parois. Sa pente y est praticable, saul au-dessous de la Kasba, où des pans de rocaille semblent taillés à coups de hache. Sur cette pente la route de Philippeville dessine ses ■/\^-7.j.g. Encore faut-il pour monter de ce côté que les murailles qui le dominent ne soient pas garnies de défenseurs. Aussi n'est-ce point par là, mais par la chaussée du Coudiat-Aty, la « brèche », que nos troupes entrèrent dans la ville en 1837.
Mémorable entre les plus gloVicuses opérations de nos campagnes d'Afrique, ce siège, s'il eut été moins meurtrier, eut paru conduit dans un décor de grand-opéra.
La ville et son bey, le féroce Hadj Ahmed, défendaient leur indépendance, leur race et leur religion contre l'envahissement triomphant d'une civilisation nouvelle. Ils allaient se battre avec cette rage des désespérés qui tuent pour ne pas mourir. Encouragés par le succès remporté l'année précédente sur les troupes du maréchal Clauzel, ils espéraient avec l'aide d'Allah voir leur rocher se secouer sous l'assaut des infidèles et rejeter dans le torrent leurs corps mutilés. Donc après avoir prié pieds nus dans les mosquées, les combattants s'étaient postés tout autour des murailles sur le bord du gouffre, prés des canons chargés jusqu'à la gueule.
Nous Français, nous luttions pour venger les nôtres dont le sang empourprait presque encore les eaux du Rhummel. Pour le salut de notre conquête ce foyer de fanatisme et de résistance obstinée devait tomber en notre pouvoir.
C'est pourquoi le 6 octobre 1837 le général Damrèmont amenait devant la cité rebelle 10,000 hommes avec une artillerie de siège et de campagne de 33 bouches à feu.
K La première colonne — dit un témoin du siège, l'auteur des Annnales Algé- » riennes, Pélissier de Raynaud — arriva sur le plateau de Mansoura à 9 heures. » Le gouverneur général se porta aussitôt en avant pour observer la ville et en » reconnaître les abords. Constantine se présentait comme l'année précédente, » hostile et décidée à une résistance énergique : d'immenses pavillons rouges » s'agitaient orgueilleusement dans les airs que les femmes, placées sur le haut » des maisons, frappaient de leurs cris aigus, auxquels répondaient par de mâles » acclamations les défenseurs de la place. Bientôt le son gra\e du canon répété » par des milliers d'échos, vint se mêler aux cris de ces créatures humaines, et » de nombreux projectiles habilement dirigés, tombèrent au milieu des groupes » qui se présentaient sur la crête du ravin par lequel Constantine est séparée de » Mansoura. »
L'artillerie sous les ordres du général Valée eut promptement trouvé son emplacement. Trois batteries établies sur les flancs du Mansoura prirent d'enfilade et de revers les batteries ennemies du front d'attaque ainsi que celui de la Kasha. Les
batteries de brèche furent installées au Coudiat-Aty ; des attelages de 40 chevaux V amenaient péniblement les lourdes pièces de 24.
Au bout de cinq jours passés de notre côté en préparatifs formidables, en reconnaissances et en feux d'essai, — du côté des indigènes en fusillades et en sorties sans résultat, le général Damrémont avant de lancer les colonnes d'attaque, voulut offrir à l'ennemi une capitulation. Un soldat du bataillon turc fut chargé de porter le message. Dans le silence de la poudre il s'approcha des remparts en agitant les bras : les assiégés le hissèrent avec des cordes. De vingt-quatre heures il ne reparut pas. Enfin on le revit sur la crête des murailles dont il redescendit comme il y était monté. Amené devant le général il lui transmit cette orgueilleuse réponse : « Il y a » à Constantine beaucoup de » munitions de guerre et de » bouche : si les Français en » manquent, nous leur en en- » verrons. Nous ne savons ce » que c'est qu'une brèche ni » une capitulation. Nous dé- » fendrons à outrance notre » ville et nos maisons. Les » Français ne seront maîtres » de Constantine qu'après avoir » égorgé jusqu'au dernier de ses » défenseurs. »
Mais la vraie réponse, la plus expressive, celle qui rendait le mieux la sauvage obstination de l'ennemi, c'était le boulet qui devait, quelques instants plus tard, coucher à terre, près de la batterie du Coudiat, le cadavre broyé du général Damrémont. Ce brave officier, téméraire peut-être pour un chef suprême, tombait en face