‹ ConstantinopleChapitre 10 sur 47 · C A R N A V A I. A I' E II A · texte numérisé non relu

C A R N A V A I. A I' E II A

deux sexes y trouvaient l'occîision, Tort appréciée, d'approcher ces messieurs des ambassades, (^^iielques Turcs, coiffés du fe/ rouge, plus ou moins jeunes de caractère et d'opinion, y figuraient, naturellement sans jours fonimos. llAtons-nous d'ajouter que ces fêtes avaient un i)ut utile, p/ii/(in//iro/nqi/f comme disaient les affiches, et que la recette servait à venir en aide aux établissements charitables de la comnuirinuté qui les organisait. Si l'on n'avait pas dansé à l'éra, plus d'une école aurait fermé ses portes, plus d'un hôpital aurait dû refuser des malades. En Turquie, l'État-providence n'existant point, chacun devait aviser à se suflire à soi-même. Les journaux de la localité leur consacraient chaque fois plusieurs colonnes de compte rendu. 11 va sans dire que le nom des dames y était noté avec la couleur de leur robe.

Pendant la dernière s«'maine du carnaval le .( l'out- Péra » se mettait à I unisson de (^illiundji-C^oulouk. La société chorale mobilisait toutes ses aptitudes musicales et les petits I*érotes rivalisaient d'ardeur. Il n'est peut-être pas au monde de pays où la danse soit plus passionnément cultivée que dans la société levantine. Il s'agit, bien i>iit<Mi<lu, des danses européennes, car la danse du ventre n'est plus goûtée que par les Levantins de Montmartre. Dans la (irand'Rue. le soir, c'était un d«'filé ininterrompu de faux ne/, de fausses barbes et de faux gentilshommes, au grand ébahisscment des Turcs provinciaux, à la fois dédaigneux et curieux. Péra ne s'est jamais autant amusé

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que pendant le carnaval de igiA, alors que les Jeunes- Turcs complotaient avec leurs amis boches et les Bulgares, encore hier leurs esclaves, le tragique guetapens que l'on sait et les atrocités dont nous ne connaissons encore qu'une partie. Cette année-là la Grand'Rue, du Taxim aux Quatre rues, offrit le même coup d'œil que le boulevard des Italiens un jour de mardi-gras. Ce ne furent que serpentins, confettis, feux de bengale et aimables bousculades.

Cependant chez les Grecs, cette dernière semaine marque la première étape du grand carême. Elle en est comme la préface. Ce n'est pas encore le maigre complet, puisque l'œuf et le fromage sont tolérés sur les tables orthodoxes, mais la viande en est déjà bannie. Un œuf doit clore le carême, un autre — au bout du quarantième jour d'abstinence — doit inaugurer le régime gras. Le premier jour maigre se passe au grand air et la mortification dégénère en folle kermesse. A Athènes, c'est sur les collines du Musée et du Pnyx que la population porte ses provisions de haricots et d'oignons tendres. A Constantinople, elle s'achemine vers les hauteurs qui voisinent le faubourg grec de Tatavla. Des quartiers les plus lointains de la ville, de Psamathia, de Condoscalion, à\\ Phanar, accourent par tribus des chrétiens orthodoxes de toute race, munis de victuailles et de boissons. Les terrasses des cafés et des buvettes qui se trouvent sur leur passage se garnissent de spectateurs pour voir défiler la procession festoyante. A l'abri des tentes dressées, ils se gorgent de légumes

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