‹ ConstantinopleChapitre 11 sur 47 · CAR N A \' A L A P K R A · texte numérisé non relu

CAR N A \' A L A P K R A

cuits à l'eau, d'olives, d'oignons, d ail; mais comme on ne chante jamais sans boire, et qu'il n'y a point de bonne fête sans chanson, tout le monde rentre Baoûl à la maison.

En regardant j)ass«M' tous ces masques crottt'S, il m'est arrivi- d»» songer que l'habit européen qu'ils portaient sous lours oripeaux «'tait le soûl qu«* leurs pères tinssent pour carnavalesque. Jusqu (>n i83o, l'Orient était resté fidèle à ses coutumes et à ses costumes. La mère transmettait à sa fille l'habit d'hyménée conser>'é dans un coflTre en bois de cyprès, en même temps que des traditions de modestie qui ont (lisj)aru avec le voile. Combien étroite était rallinité (|ui s'établissait entre le vêteiiH'iii et le type de la race, à quel point il s'adaptait aux usages, on s'en aperroit «'n étudiant re (|ui subsiste encore du passé. On ne conçoit guère la teinte chaude du henné sans les élofles chatoyantes ; le divan bas et large, les coussins jetés sur les tapis où l'on s'accroupissait à la turque, sans le chalvar et l'entari (') aux plis larges et flottants, qui laissaient toute lil)ert<' aux mouvem«*nts.

Vax adoptant h' costume europ«'en, le Levantin a été amené à modifier les conditions de son existence jusqu'alors cristallisée en d'immuables traditions.

(') Tonique.

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Une première conséquence a été la ruine définitive des industries locales, déjà fort maltraitées par l'inexprimable anarchie où étaient tombées les provinces depuis déjà un siècle; la seconde, a été de forcer l'Orient à devenir tributaire pour les objets manufacturés des fabriques européennes. Mais l'on peut aussi déplorer, au seul point de vue esthétique, la disparition des vieux costumes, à la fois seyants et décents. C'est même cette dernière qualité que les Orientaux appréciaient de préférence, et c'est parce que l'habit européen n'offrait aucun de ces avantages qu'il était l'objet d'intarissables railleries. Pouqueville raconte que l'une des causes qui nuisirent le plus à Démétrius Ipsilanti dans l'esprit de ses pallicares fut l'entêtement à vouloir porter son uniforme d'officier russe. Le costume franc, qui alors ameutait les chiens de rue, au point que les voyageurs se voyaient obligés de se mettre à la mode du pays lorsqu'ils visitaient la ville turque, a été pourtant introduit en Turquie par un sultan. Le fait paraît incroyable, et cependant il est rigoureusement vrai. La cause?... puérile au possible, car ce fut dans le but d'abolir aussi radicalement que possible la mémoire des janissaires, que le sultan Mahmoud obligea ses fonctionnaires à revêtir l'habit européen. Toutes les réformes, qui ont modifié la physionomie du Levant, ont procédé de cette idée.

Un beau jour, il leur envoyait un spécimen du cos-

ume qu'il entendait leur faire porter. Mais avant, il

leur imposa une coiffure de sa façon. Comme cette

partie d<.' l.i toilette est la plus iniportante chez les Oriiîritaux, il donna à l'adoption du l»/ un caractère de religieuse solennité. Les membres du Divan, grand vi/.iren tète, se rendirent en bon ordre à la mosquée (lu sultan Ahmed. Après une courte prière, ils déposèrent le turban pourcoid'er cette calotte rouge qui, a partir de c»'t instant, est devenue un symbole de furf/itisme, comme le croissant étoile, auquel on attribue, à tort, une origine islamique ou arabe. Puis, en rentrant chez eux, ils trouvaient un autre cadeau consistant en un complet qui comprenait une redingote ou Stdmhoulitw qui boutonnait jusci u au col. des bottes à éperons et un pantalon à la housarde. dont l'ampleur constituait un compromis entre le pantalon et le chalvar aboli. Pour encourager les récalcitrants, le sultan se montra vêtu du même costume. Le seul signe distinctif qu'il se pepiiiit l'ut l'aigrette endiamantée dont il surmonta son lé/., ('/est ainsi (ju'il se lit p<'indre par Dussault, dont le portrait est caclw au trésor tlu Serai, à cot»» de celui de Mohamed 11 peint |)ar (lentili-liellini. Car il y eut des récalcitrants. Les graves dignitaires du Divan rechignèrent devant les jiremières culottes. Les r(ii/ti\ eux mêmes y firent grise mine. In vieux (îrec du Phanar m'a conté que son père, alors drogman de l'amirauté, ayant reçu comme tous ses collègues son costume, fut désagréablement surpris d'y trouver cette pièc«' de vèt«Miient. 11 se signa tout d'abord pour manjuer sa stupéfaction. Sa femme essayait de le consoler; mais il ne voulait rien entendre, c Non!

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Il faut être fou, répétait-il, pour obliger un homme de mon âge à entrer dans cet accoutrement de jongleur. » L'idée d'avoir à se montrer en public habillé à la franca faisait frémir de honte le pauvre phanariote. Il finit par s'y habituer pourtant, et vécut même assez longtemps pour voir ses fils s'habiller chez le bon faiseur de Péra et ses filles porter la crinoline et le cabriolet à la mode sous le troisième Empire. Je ne parlerai point de l'opposition qu'y firent les Turcs, car cela me mènerait trop loin. Pour la réduire, il ne fallut rien moins que la terreur que ce souverain inspirait et sa qualité de khalife. A mon sens, les historiens ont parlé trop légèrement de ces réformes, qu'ils ont jugées puériles, ignorant combien les petites choses sont de grande importance en Orient. Ils n'ont pas songé que l'adoption du costume nizani a eu pour effet, en imposant aux musulmans et aux non-musulmans un vêtement commun, d'abolir la traditionnelle distinction établie par la conquête. Pour qui connaît la mentalité de l'époque, cette réforme était la plus dangereuse des entreprises. Elle n'eût jamais abouti sans la destruction des janissaires. Il faut avouer pourtant qu'elle a été la brèche par où se sont glissées les innovations qui ont altéré l'aspect extérieur de ce pays. L'unité de la vie orientale s'en est trouvée brisée.

Une soirée à Péra.

Par les soins d'un ami, je fus invité à passer une

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soirée chez un ri<he particulier qui habitait une des plus spacieuses maisons de Péra. C'était uno soirée do mi-can^mo. Au moment où je pénétrais dans le ^rand salon la réunion était complète. Tout un côté était occupé par une ranj^ée de femmes assises en des poses de vierges sages et modestes qui paraissaient s'être distribuées au hasard des sièges restés libres. I)«'s sarafs silencieux, et comme intimidés par l'air d'importance qu'ils se donnaient à euxmêmes, occupaient des chaises du côté opposé. Des familles entières étaient là. les mères parées comme des chAsses, avec des tilles altilV'e» en adiche» tapageuses où éclatait la fanfare des rouges, des verts, des bleus et des jaunes. Il y avait là un secrétaire de légation, très entouré et qui, par sa tenue, semblait résumer toute la dignité du corps diplomatique. Sa présence contribuait a donner à la lète ce cachet de prétentions mondaines et de laisser-aller familial (pii caractérisait encore, il y a quelque trente ans, les réunions de ce faubourg. Vive fut ma surprise de voir, trônant dans un fauteuil en velours cerise, un beau militaire turc portant les aiguillettes d Or d'aide de cnnij» du palais. Pourquoi était-il là? Depuis longtemps les Turcs n'étaient plus autorisés à fréquent«*r les familles chrétiennes, ni à s'attarder la nuit à Péra. J'ai su par la suite qu il n était venu à la soirée que pour y sur>'eiller les invités et que sans lui elle n'aurait pu avoir lieu. La présence de ce jeune colonel, copieusement décoré, témoignait de la bienveillance du souverain pour notre hôte.

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L'esprit levantin est ainsi fait que l'assistance se trouvait heureuse de cette surveillance, par l'idée de sé('urité qu'elle y ajoutait.

Suivant l'usage, la société s'était partagée en deux camps. Les maris s'étaient installés à des tables où traînaient des medjidiés, enjeu d'une interminable partie qu'aucun incident de la soirée ne devait troubler. J'allai serrer la main à notre hôte qui, en compagnie d'autres efl'endis, était occupé, dans un coin, à égrener un lourd comboloï à grains d'ambre. 11 était d'un certain âge, les yeux d'un bleu laiteux, le nez fort, sous un fez qui lui couvrait la nuque et les oreilles, la moustache blanche, que l'abus du tabac avait teinte en acajou. Son visage s'éclaira d'un sourire de bienvenue que j'eus l'occasion d'apprécier comme il convenait, car il ne me parut point qu'il mît beaucoup d'empressement à recevoir ses invités. La plupart de ces derniers le dispensaient même de cette politesse, et ne le saluaient que lorsqu'ils se trouvaient sur son passage. A part trois ou quatre étrangers, il n'y avait là que des coreligionnaires, ou plutôt des clients. 11 ne montrait de l'empressement qu'à l'égard de l'homme du palais à qui il passait des cigarettes qu'il allumait de ses propres mains quand son fils n'était pas là pour s'acquitter de ce devoir.

X... effendi était un homme d'aflaires. Parti de rien, il avait amassé une fortune qu'on disait considérable pour Fera. Il avait débuté à Galata comme changeur, à la porte d'une boutique. Une opéra-

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lion, dont pprsonno no connaissait la vraie naturr. et sur laqin'IN' il no s'rtait jamais expliqua, lavait proniplrnM'nt enrichi. L'ne fourniture d armes pour le compte de l'armée ottomane, qu'il devait à l'amitié intéressée d'un grand-vi/ir. avait accru sa fortune. Kntre temps, il se livrait au trafic du havalé, toujourn actif à (ialata et autour de la douane de Stunil)oul. Le havalé est une delrgation sur les .lisses provincialesque le Malié délivre aux employés (!«' riOtat, en acquit des appointements restés impavfs dans l'année. Ces derniers s'empressent (I aller vendre ce papier au saraf qui leur verse ao a /|o pour loo de la somme due, les Itnculés étant sujets à la hausse et à la baisse comme les fonds |)ul)lics. L'opération serait fructueuse si le receveur qui paye, et le ministre qui donne l'ordre de payer, n'encaissaient la part du lion. Tout compte fait, le saraf ne prélève sur l'opération qu'un bénéfice de la pour loo. qui est l'intérêt légal du pays. Ce (|ui lui revient surtout, c'est l'odieux (]ui s'y alla» he. Notons que s il ny a pas de saraf turc, c'est pan r <|ue l'intérêt des sommes d'argent est explicitement condamné par la loi religieuse, mais on voit <!«' «juelle façon le fon< tionnairt» sait tourner la difliiuil»' à son profit. Il encaisse la grosse somme, tandis que le chrétien prend le péché à son compte. Cet abus est aussi vieux que l'État ottoman. L'employé, pourtant, ne s'est jamais plaint, sachant que l'administration lui reconnaît tacitement le droit de faire des allaires à ses d«'pens. Il n v en a peut être

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pas un seul qui n'abuse de la permission. Ajoutons que plus d'un gros financier, qui a fait partie du « Tout-Paris » durant la période ploutocratique qui a sévi sur la France, depuis le mot fameux de Guizot « enrichissez-vous », a commencé sa fortune à Galata — en spéculant sur le havalé.

Il arrivait aussi à notre hôte de prêter au gouvernement, la veille de ramaznn, des sommes avec intérêt de 7 à y pour 100, mais c'était uniquement pour lui être agréable et dans l'espoir de décrocher éventuellement quelque bonne fourniture ; car il savait bien qu'en lui confiant son argent il faisait une spéculation hasardeuse. L'affaire Lorando-Tubini ne l'a que trop bien montré.

Quoi qu'il en soit, la seule chose qui fût claire dans le cas de notre hôte, c'est la considération profonde que ses aptitudes financières lui avaient value dans la société, ainsi que le sentiment d'orgueil qu'il y puisait lui-même. Il était le notable le plus marquant de sa communauté, et cela se voyait au regard protecteur qu'il posait sur sa clientèle d'amis. En raison de son âge, il appartenait à la période des gens illettrés. Il baragouinait l'italien du Levant qu'il entremêlait de mots français. Il aimait à se tenir au courant des nouvelles, par désœuvrement, mais surtout à cause de leur répercussion sur la bourse. Par prudence, il n'ouvrait jamais la bouche sur les affaires turques ; comme tout vrai Levantin, il était fort réservé sur ce point. Sa verve ne s'exerçait qu'au dépens de la politique

curopcrnno. Il profossait la plus grande admiration pour liisniarck. Il voulait bien nuoiinaitro quelque mérite à (iladstone; mais les hommes d'État italiens, il les jugeait rusés, les hommes d'État français bavards, et nos fr«'(|uents rhan><ements iiiinist«'ri('ls ne lui inspiraient aucune conliance. Son d«'l>it s entrecoupait de longues pauses, pour aspirer à son aise la funïée qu'il tirait d un bouquin d'ambre marqué à son chiffre. Le raya au service ottomaîi. a quelque titre que ce soit, all'ecte d'imiter la dignit*- verbale du Turc et même ses gestes.

Son intérieur pn'sentait un curieux mélange de mœurs locales et d'usages occidentaux. Le canapé en avait depuis longloiiipa chassé le divan, ainsi que ces carreaux bourr«'s de coton sur lescjuels on s'accroupit encore à Stamboul pour faire la partie de cartes. Ces objets avaient été relégués dans les ap[)artenients privés où la famille reprenait, en même temps (jue la pelisse, ses bonnes et vieilles habitudes. Chez le vieux Levantin, l'appartement privé a conservé quelque peu et maigre tout son caractère de gynécée. Le financier y passait les heures de la sieste, coiff»* de sa calotte rouge qu'il ne quittait jamais. .\ demi couche sur un divan, il se faisait massi'r j)ar sa femnu* et s'endormait une heure sous la pression douce et rythmée. Au rt'veil, elle lui présentait une cuiller«e de confitures, le café et un verre d'eau de la source de (î/iioc Tépé. C'est là qu'on recevait le médecin emjiirique et la tireuse de cartes. A la tombée de la nuit, la dame promenait

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une cassolette fumante devant les icônes plaquées d'argent pendues en nombre au chevet du lit. Une odeur d'encens emplissait les appartements.

Cette dernière, à qui je fus présenté par son fils, était en train de causer avec une dame superbe par l'expression de ses yeux noirs qu'embrumait une in<léfinissable langueur. Elle formait contraste avec l'autre qui me parut invraisemblablement énorme dans sa toilette de brocard, miroitante de gros jais, avec des plumes par-ci, des rubans par-là, de nombreuses bagues aux doigts, des bracelets qui lui écrasaient la graisse des poignets. Son large visage, façonné en bourrelets, descendait jusqu'à la naissance du corsage par une succession de collines adipeuses. Comme elle s'étaitgénéreusementpoudrée, les rides étaient soulignées de traits blancs, rappelant les neiges que conservent les plis des hautes montagnes et que le soleil ne peut atteindre.

Je lui fis un salut demi-oriental auquel elle répondit par un épais sourire de bienvenue. Cela fait, le jeune homme me présenta à sa sœur qui était une des plus jolies personnes de la société. Sa toilette, en faille bleue, faisait ressortir l'opaline blancheur de son teint. Elle avait de grands yeux noirs et sa lourde chevelure lui faisait comme une ombre bleue à ses tempes. Elle me parut plus éveillée que son frère.

Celui-ci réalisait le type du jeune Pérote, mièvre et vaniteux, le cou pris dans l'étreinte d'un grand col où se détachait l'écarlate d'une cravate piquée

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d'un brillant. 11 avait la voix fluette, chantante, ce qui l'ormait contraste avec sa grosse moustache noire. II avait le parler incorrect de F*éra. Ainsi, comme la pluie crépitait aux vitres, il s'écria : w Hélas! l'hiver nous sévit maintenant «. Puis : « Mademoiselle, voulez-vous chantrr. l)it«'S un grand oui. Je vous en félicite d'avance? » Son enfance s'était passée en compagnie de professeurs de langues. Le désir des parents avait été^qu'il en sût plusieurs. Le fait est qu'il parlait toutes celles qui avaient cours à I*era.

Les présentations faites, je m'étais assis dans un coin. Des domestiques en, veston circulaient, distribuant de petites tasses de Jcafé, des cigarettes parfumées, des verres d'eau. Tandis que je m'emparai d'une tasse emboitée dans un coquetier d'argent, quelqu'un se mit au piano et attaqua une valse. Des couples se formèrent, une brochette déjeunes filles, qui s'étaient lovées avec ensemble, durent se rasseoir après s'être bien assurées que le nombre des dames dépassait celui des cavaliers. Comme j'admirais pour la dixième fois les a(>titudes chorégraphiques des gens de Péra, je vis s'approcher Mademoiselle X..., souriante et familière : n Je viens, me dit-elle, de faire un tour de valse pour ne pas refuser, mais je préfère causer. Vous, (|ui êtes Français, et qui connaissez les mots, expliquez-moi, je vous prie, ces expressions que j'ai notées ici. Et elle me tendit une feuille de papier. Elles étaient si hardies. ces expressions, que je ne pus m'empècher de lui demander avant tout quelles étaient ses lectures.

« Je lis des romans, me dit-elle.

— Et quel est votre auteur préféré ?

— J'aime Bourget, parce qu'il comprend bien la femme, et qu'il choisit ses personnages dans le monde comme il faut. Oh, je le préfère à Zola.

— Vous lisez Zola ?

— Je lis tous les romans. Je viens de lire La faute de l'abbé Mouret et j'ai commencé la Terre. Un autre écrivain que j'aime bien aussi parce qu'il fait rire, c'est Armand Silvestre. N'est-ce pas qu'il a beaucoup d'esprit? Mon frère achète tout ce qu'il écrit. »

Et elle continua à me nommer tous ses auteurs, parmi lesquels revenait le nom d'un chroniqueur qui eut son heure de réputation dans la presse pornographique parisienne.

La jeune fille me parlait de tout cela avec une aisance parfaite, où ne perçait que la vanité de la jeune fille qui fait étalage de science. Elle ne paraissait point soupçonner qu'il pût y avoir des livres avouables et d'autres inavouables. Elle avait appris le français dans un pensionnat de Péra, mais à présent qu'elle était savante, personne n'était là pour contrôler ses lectures. Les parents ne se doutaient de rien. Ces ignorants s'imaginaient qu'un livre français ne pouvait contenir que des choses graves et instructives. N'avaient-ils pas donné une instruction à leurs enfants pour qu'ils fussent semblables aux Européens, instruits et civilisés? Cependant, à voir cette jeune fille si simple et si naturelle, j'avais peine à me figurer qu'elle eût sali ses pensées de vierge de

dix-huit ans de toutes les déjections qui polluent la faintnise série des Rouf^on-Ma* (juart. J «'tais surtout mvré de constater que la preniiùre littérature, qui [lénétrât dans ces milieux illettrés, fut précisément «elle que nous. Français, aurions eu intérêt à leur cacher.

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IjQ Tour de marhrt.

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