GALATA ET SON PASSÉ
Les raisonn de «on rarartèrc international. — Son hittoire. — L«s G^noi^ obtiennent riiutori««lion de le forliHrr. — II» arrapnrent tout le commerce. — I^ tour tlu (>hrist. — Souvenir* qu'il» y «>nt lai»»^« — Indiffi^rvnre des Kmncai» à IVgarddr leur lii»loire en Orient (le que
fut la «Nouvelle France» — l<e» Krnnrais rn Acbaie
In <ii
de (îeoffrov de N illcluirdouin aux (îrrc» — (lause de notre eipan»ion en Amérique — Les Krançai» »e %ub»titiirnt «ui (ï^noi» — Le port d'Kleutlièrr au tiii* »iècle. I*rivilrj;c» qui leur sont accorda». • Hiurrerie de leur l^|{i»lation o li'outn* mer » — Le» premier» «miosuls — Le» premier» dnif^man» — Le premier journal k Cunstanlinople. — La vie franque ti l't-rn au xTiii* siècle — La famille
L'lloroir><<"n !•! \ nilrr ( .li^iil«<r
0> voit, par l.i tlt'siription cjui précède, que (i.nlata «'lait, «m» Turcjnit'. uiio villf aussi ocritlt'ntaU'qut' possible. Lorôt»' original tU* sa destinée, depuis sa fondation par les Génois du xiv* siè-
cle, a été de former avec Stamboul, la ville d'en face, un éternel contraste. Depuis ses origines, il n'a cessé de conserver ce caractère individuel à côté de cette capitale dont il est séparé par la Gorne-d'Or et qui de chrétienne est devenue musulmane par la vertu du sabre. Depuis plus de cinq siècles, des marchands exotiques, génois d'abord, puis français, enfin de toute nation, s'y sont renouvelés et enrichis. Tour à tour, ils ont joui des privilèges qui ont eu pour cause l'absence de marine et même d'aptitudes commerciales du pays dont il recevaient l'hospitalité. On sait qu'en y succédant aux Byzantins, les Turcs ont hérité par la même occasion de leur apathie. Ainsi s'explique l'invariable caractère international de Galata, dont l'échelle, toujours active, n'a jamais cessé d'être peuplée de marchands occidentaux qui y ont prospéré en s'adaptant aux exigences de deux civilisations opposées de principes et de tendances. Cette histoire peut se résumer en quelques mots. On raconte que Michel Paléologue, menacé par les préparatifs du roi de Sicile qui, par son mariage avec la fille du dernier empereur latin de Constantinople, se croyait des droits à l'Empire fondé par les croisés français et vénitiens, en i2o4, autorisait les Génois, ennemis déclarés de ces derniers, à s'établir à Galata. Il pensait qu'en se les attachant par les liens de l'intérêt, à l'exclusion de leurs concurrents, il parviendrait à conjurer le danger d'une nouvelle ligue franque. Exploitant habilement ces craintes, les Génois obtinrent ce qu'ils voulurent. Outre le privilège.
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qui d'aillours ««lait de tradition, de se soustraire à la juridiction localo. ils fun-rit disponsés do payeraurune taxe douanier*'. Ils ol)tinr«'nt. «-ti outn». l'autorisation de fortifier K-ur comptoir [lour le mettre à 1 abri des incursions des pirates qui, à cette époque trouhlcc, infestaient les mers du Levant. Le rempart escaladait d'un côté la colline, depuis l'actuel A/.ap-Capou, où atterrit le vieux pont, et montait jusqu'à la tour dite alors du Christ (|ui. d<'|)ui8, a pris le nom du faubourg. De ce point, qui constituait le noMul vital de la défense, il descendait le n'vers opposé jus(ju'au quartier de Top-llané où il rejoignait la muraille qui longeaitles eaux tranquilles du golfe. Dans l'espace compris dans ce triangle, ils bâtirent <les entrepôts et de solides niaisons de pierre, à la fois habitations, magasins et forteresses, suivant l'usage de l'Orient. Ils monopolisèrent le commerce de la mer Noire qu'ils parrourai<'nt en toute saison sur leurs grands vaisseaux noirs, ce que n'osaient faire les légères galères grecques. Ils transportaient en Occident les produits de 1 industrie grecque et syrienne, et approvisionnaient Constantinople des denrées de première nécessité. Mais bientôt, abusant de la faiblesse de leurs alliés, ils leur interdisaient le droit de pèche dans le Bosphore, qui est très poissonneux, enlevant ainsi k une foule de particuliers leurs moyens d'existence, et àl'ttat. déjà fort aj)pauvri. une importante source de revenus. Vn*' forteresse, qu'ils construisaient à l'entrée du Bosphore et qui subsiste encore, les rend:iit n>;iitresdes ilelroits.
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Pour se débarrasser de ces hôtes importuns, les Grecsimplorèrent l'appui des Vénitiens et des Catalans qui s'empressèrent de se porter à leur secours, mais les flottes combinées subirent un désastre devant l'échelle àe Fundukli. De ce jour, la mainmise génoise sur la rive gauche du golfe et sur le Bosphore devint définitive. Pour la rendre plus complète, ils exhaussèrent la tour du Christ qu'ils entourèrent de bastions et une double enceinte fut érigée à Galata. A l'exemple des Grecs, qui avaient construit des ports sur la Propontide, à l'intérieur des remparts, négligeant la Corne d'Or, que la violence des courants rend inaccessible aux navires légers qui viennent de la Marmara, ils creusèrent un bassin intérieur, lequel occupait l'emplacement actuel de la place de Kara-Keuy. Les quais passaient au bas de la rue des Maltais, et la douane s'élevait à l'endroit même où était celle que la construction des quais a fait dispaparaître. C'est à Balouk-BazarQ) qu'ils vendaient le produit de leurs pèches et que le fisc prélevait ses taxes abusives.
Un magistrat envoyé de Gênes chaque année avec le titre de Potestas Juannuensis in imperio Romaniae gouvernait la colonie. Il était assisté de deux conseils de prud'hommes composés par moitié de patriciens et de plébéiens. Il rendait la justice par Tintermédiaire d'un vicaire et expédiait les affaires par celui d'un chancelier. Un groupe de marchands choisis parmi les notables de Wffizio dimercanzia était chargé des afl'aires commerciales. Un trésorier, Clavario, avait
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la garde du trésor et des archive». Retranché derrière sa dowbh* enc«'int«', \o palais du podestat s'élevait, inassir coiniiH' un donjon, au bas des escalier» de Yuksek-Caldirini. L'ogive de son portail était surmonté d'un écusson aux armes de la République. Ainsi les deux villes restèrent armées l'une en face de 1 autre jusqu'à l'annj-e fatidique de ll^bZ où s'opéra un suprême rapprochement.
l'eu de souvenirs subsistent à (}alata de la puissance génoise. Le principal est la touravec son cercle de mâchicoulis et de hautes fenêtres, et qui sert de vigie pour signaler les in«endies. Des vestigi'S de murailles se conservent dans le fouillis des masures qui forment, à droite et à gauche, les extrémités du f:iul)<)urg. Deux églises remontent à celle é|>o(|ue: Sainl-Hcnoit, qui élève un bellroi de style italien et que les Génois érigèrent après leur victoire sur le» Vénitiens et les Catalans; puis, San Giorgio in monte, d'origine byzantine, antérieure par cons«'quent a leur arrivée ù Galata. L'église conventuelle de Saintl'rançois a disparu avec les tombes des Doria, de» Spinola, des Grimaldi et des Lomelli et autres familles liguriennes qui s'enrichirent dans le faubourg. De cette «'glise. transformée en mo^(|uee, incendiée jiuis reconstruite sommairement, il no reste qu une tour carrée, percée d'un portail de style ogival où apparaissent des trace» de sculptures. A citer également les voûtes de Courrhouinlou, i\\\\ n'est qu'un ancien «'ntrepùt dont les Turcs ont fait une mosqu«'e Quant au quartier de l'erchembé-Ua/ar, qu'on prétend
avoir été construit par les Génois, il est manifestement de construction moderne. Je n'y ai découvert qu'une seule maison dont l'origine soit indiscutablement génoise par le caractère de sa décoration qui s'apparente avec celle du clocher de Saint-Benoit. Elle est située en face d'Arab-Djami. Dans son prolongement, rue Mehkémé, existe encore une salle décorée de colonnes de marbre blanc, etqui probablement dut faire partie du couvent de Saint-François. Dans cet empire d'outre-mer, Galata était le centre d'une domination qui ne tendait qu'à la seule exploitation économique de l'Orient. La sphère d'action génoise comprenait, d'une part, les rivages de la mer Noire, et, de l'autre, les îles Sporades, alors peuplées de Latins et que revendique aujourd'hui la politique italienne. Pas plus que ne font les Anglais, les Génois ne cherchèrent à s'assimiler ou à administrer les peuples qu'ils soumettaient à leur influence. Le vieux dicton ligurien, qui enseignait que « L'Orient est un pays qu'on doit quitter après fortune faite », indique clairement quel était l'esprit qui les guidait dans leurs entreprises. En Orient, ils ne poursuivaient, comme les Vénitiens, d'autre objectif que de contraindre les populations à accepter leurs services. C'est ce que feront plus tard les Français en mettant à profit l'alliance ottomane. A Galata, les Génois ne songèrent qu'à construire des magasins pour mettre leurs marchandises à l'abri des incendies et des boulets de pierre. En Crimée, à Smyrne, à Chio, ils ne possédaient que des
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comptoirs. Le luxe des habitations, les palais, ils les réservaient à Gènes, à la JVo6î/ fJittà, si belle dans sa parure dr marbre, où ils s»* r<*liraieiil pour y vivre ma^iiiti(|U('nient. en grands seigneurs. Mais, à défaut de monuments, les Génois ont laissé en Orient une réputation d'activité quasi fabuleuse et le nom de Djenoves y jouit d'un prestige au moins <!gal h celui de Franc. Tout ce que le pays renlVrme de ruines et de vieux murs leur est attribué, ainsi (|ue les citadelles, asil(>s des Djins et des Efrit('). Ils partagent avec Constantin-le-(irand la gloire d'avoir tout fait: et cette curirMmo mvthf)Iogic sf^mble flotter entre I»' déluge et la chut»' de ('onstnrïtiriopji'
La domination (|ue les l'rançais établirent en Orient dès le xiT siècle différait en tous points de <'elle de Gènes ou de Venise, après que les Croisés se lurent partagés l'Empire by/antin. Le Français s'est tfdirment éloigné de ses origines que ce passé ne dit plus rien à son c<rur deslhèle ralline. Il professe pour cette période de son histoire le sot dédain <|ue les contemporains de Mansart et de Lebrun témoignaient à l'égard des cathédrales aux(|uelles ils donnaient le noni de i/othit/iifs C^'dant à un excès de sentimentalisme ambulant, le Français se fait, (juand il lui arrive de sortir d«' che? lui. une
(') Kapriu qui tiennrui le nili«u entre 1 Bertrand Darkillrr.
âme d'exotique, appropriée au goût du jour. Ce qui l'émeut dans ses voyages c'est le bric-à-brac des bazars ou les tableaux à la manière de Marilhat. Le chant du Muezzin l'attendrit plus qu'on ne saurait dire. Mais il traversera l'Orient sans daigner jeter un regard sur les souvenirs que ses ancêtres y ont laissés. A peine fera-t-il allusion, par crainte de montrer trop d'érudition, à l'épopée surhumaine dont s'inspira la muse du Tasse, et qui mit tant de beauté dans l'art comme dans les chants du moyen âge. 11 passera indifférent devant Rhodes et sa merveilleuse rue des Chevaliers, Famagouste et sa cathédrale, les constructions féodales de la Syrie,, sans rivales au monde, Saint-Jean d'Acre et ses remparts où se voient encore lesécussons de ceux qui les ont construits. Mais cette gloire semble préoccuper davantage l'envieux et barbare Teuton. Est-il besoin de rappeler les curieuses circonstances du voyage de Guillaume II en Syrie et du zèle qu'il y déploya pour éveiller les souvenirs de Frederick Barberousse. Ce passé de la France le tourmente jusque-là même qu'il s'en prend à ses chefs-d'œuvre, à la cathédrale de Reims, comme pour nous atteindre aux sources les plus vénérées de notre histoire. Précisément, à l'époque où ses architectes en dessinaient le plan merveilleux, des chevaliers normands, gascons, champenois, bourguignons fondaient des royaumes et des principautés qui firent, des rivages de la Méditerranée orientale, depuis l'Adriatique jusqu'au désert d'Egypte, en passant par Salonique et Constantino-
pie, un ICmpiro qu'on dt'sigiin sous le nom de « Nouvelle France ».
A la prise rli* ( ,iiiiNl.iiiliii<>|>l«', npiis (ju»» les Croisés se furent |>;irln^t'. ou i2c»'i, les (h^rniers restes de « rEm|)ir<' rDiii.iin ». la Mon-e c'cluil à deux Champenois, (iuiilnuino d«' (^liaiiipiitU> et (îrolIVoy de N'illehardouiii, neveu du graïul sjiu'chal cjui a laissé de la qualrii'nu' Croisade un récit si attachant. La plupart des villes nioréotes se soumirent hénévolement, se contentant de stipuler le maintien de leurs franchises municipales ; carie l'éloponése se gouvernait alors sous la forin»' de nninicipalilcs indépendantes.
l'oiir !•' reste, les populations furent administrées suivant les usages féodaux, alors établis dans nos j>roviiu"es, et dont on avait formé un code connu sous le nom d'Assises de Jérusalem. A l'abri de ces lois, elles jouirent jusqu'à l'apparition des Catalans et des Turcs d'Osman, d'une tranquillité que l'Orient n'avait point connue depuis la paix romaine
De toutes les seigneuries qui s'établirent >ur {«-s ruines de Tlùmpire drmembre. celle tlont l'histoire est la plus instructive est incontestablement la principauté d'Achaie. Lorsqu'ils s'en furent rendus maîtres, les chevaliers se conci'rtèrerjl avec les (^recs du pays et apprirent par eux que la plus belle contrée de la Morée était du côté d'Andravida, sur l'emplacement de l'ancienne (>lléne. Ils se dirigèrent vers cette ville, bannières de|>ioyées. Les habitants, informés de leur marche, allèrent à leur rencontre, tenant
entre leurs mains des croix et des icônes et se soumirent. Le Champenois, en homme sage, les accueillit courtoisement et leur dit qu'ils pouvaient compter sur sa protection et sur l'assurance qu'ils seraient respectés dans leur honneur et dans leurs biens. Gagnés par ces paroles, les habitants lui jurèrent à leur tour de mourir ses serviteurs. Le même serment fut prononcé par les principaux Grecs après la prise de Corinthe en présence de GeolTroy qui prononça ces paroles : « Archontes, mes amis, mes frères, et vous mes bons compagnons, voyez-vous ce chef franc venu dans vos pays pour le soumettre ?Xe croyez point que son intention soit de faire du butin, de vous enlever vos bestiaux et vos biens, et de disparaître ensuite. Je sais que je vois en vous des hommes rusés et je vais vous parler sans détours. Voyez ces troupes ; voyez l'éclat dont leur chef est environné. C'est un prince dont le but est de se fortifier. Vous, mes amis, vous n'avez aucun chef qui vous puisse secourir.... Il convient donc de penser d'avance à ce qui vous serait plus avantageux. Venez donc à moi et faisons un traité par quoi vous vous mettrez à l'abri du pillage, de la captivité et des massacres. Vous qui êtes des hommes sensés, vous ne pouvez manquer d'avoir de l'influence sur les autres ro?fiaifis qui tous sont vos parents, vos amis ; préparez leur esprit et engagez-les à se soumettre de bonne volonté (').» C'est ce qui eut lieu. Les chefs de la
(') Chroniijite de la M orée, livre II.
Morro, HMinis ;i Aiulravida. sign<'renl un Irait** fjiii stipulait que les lils dos iiolilos consenoraienl leur» privih'gos on proportion <lo lours bions, que les hommages et les avantages militaires seraient roparti» dans la ni^nio proportion ot que le surplus appartiendrait do droit aux Francs. (^)uant aux habitants des canipagnos, ils devaionl rester sur !«• nï«'ino pied qu'ils étaient sous la domination romaine
Il n'y a pas qu'en Palestine que les chevaliers ont laissé dos tracos do lour passage. Los maisons de Calamata, do Mistra et dos bourgades de la Mcssénie, rapj)ollont nos vieux quartiers do province. Partout, s'y voit l'ôcusson des Templiers et la croix fleurdelisée. Aux églises orthodoxes s'adosse un clocher ogival, dû h la munilironco du soigneur frnnr, et qui se dresse comme lo témoignage d'un rapprochement où la Grèce puisa plus d'un élément de régénération. 11 n'y a pas jusqu'aux vieilles chansons du pays qui no flouront lo torroir berrichon ot champenois. « La conquête rrnn<|ue eut la plus heureuse influence sur le dévelojipoment de la Grèce, écrit Adamantios. Son commerce en fut atcru et le pays devint prospore par suite de l'organisation de la principauti' où, sous lo régime féodal, les coutumes et les j»ropriété8 «les habitants, furent sauvegardées, tandis que le contact de ces chevaliers, aux instincts braves et généreux, apportait de nouveaux élénjonls à la litt«raturo dos Grecs qui y acquéraient, en mémo temps, des sentiments de solidarité, de courage et de force qui devaient aider au réveil
national. (') » L'historien Paparigopoulos avait déjà l'ait ressortir les avantages de la conquête franque au point de vue de la régénération grecque.
La disparition successive des royaumes de Jérusalem, de Chypre et de la principauté d'Achaïe, à laquelle succéda la chute de Rhodes, fut un désastre pour la civilisation gréco-latine. L'insuffisance des ressources le rendait inévitable. 11 est incontestable que l'affaiblissement de la France au xv* siècle a favorisé l'invasion turque. Sans la défaite d'Azincourt Mahomed II n'entrait pas à Constantinople.
Ce ne fut qu'après l'effondrement de la dernière principauté féodale, suivi de la chute de Rhodes, que la France songea à porter ailleurs son activité. Par ses entreprises d'exploration et de colonisation dans les Indes occidentales, par ses traités avec la Porte, François I" peut être considéré comme l'initiateur de la conquête pacifique. En même temps qu'il confiait à Philippe de Chabot le soin de mener à bien cette vaste tâche, il envoyait au sultan des ambassadeurs pour jeter les bases d'un accord qui s'inspirait d'intérêts économiques et aussi du souci d'établir son influence morale sur la chrétienté asservie.
Les Français, héritiers des Génois, s'installaient à
(') Atlamaiilios Adàmanliou, Chronique de la Morée. Athènes, igoô.
<; A L A TA ET S O N TASSE iZ'^
(îalntn dos la premièro moitié du xvi* siècle. Ils se siibstitiiai<'nt à ces derni<'r8, non s«MiIemenl dans la possession des églises, mais dans la jouissance d'une partie de Nmits privilèges commerciaux. Ces privilèges garantissaient au.x ressortissants le droit de se soustraire à l'action des autorités locales. A ces actes qui, au début, revêtaient un caractère unilatéral, on ijoniia l«' nom de cajiitulations. Ce n'était pas là une innovation due à la soi-disant générosité tur- <|ue, car elle s'inspirait de traditions aussi anciennes (jue la civilisation oriental*'. Hien avant h's Turcs subsistait en Perse, comme en Egypte et dans l'Emjiire by/antin, l'usage que tout groupe d'étrangers rtabli dans le pays dans un but de trafic fût admis à y vivre suivant ses lois propres. Cet usage était évidemment une conséquence du caractère confessioniirl dr la législation des peuples anciens. Les Bassileis de Constantinople s'y étaient conformés, lorsqu'ils autorisaient l«» commerce étranger à s'établir dans le port d Éleuthère, au dcboucht* du Lycus. Outre la grande muraille, qui le protégeait du côté de la Marmara, ce port était entouré d'une enceinte intérieure qui l'isolait de la ville. C'est là, non loin du |>alais sacré, que, dès le viii' siècle, vivaient groupés, en des quartiers séparés et en vertu de capitulations librement consenties, les Vénitiens, les Génois, les IMsans, les Arabes, traliciuant sous l'autorité de chefs délégués par la métropole. Les Juifs, qui vivaient «'n grand nonibr»' à Constantinople, «'taient en possession du quartier où se trouve actuellement le
« Bazar d'Egypte », ce qui est une indication du genre de trafic auquel ils se livraient. Ils n'en ont été chassés que sous la domination des sultans, lorsque l'ut décidée la construction de la mosquée Validé. Le commerce des épices passa à cette occasion aux mains d'une corporation turque.
Le port d'Éleuthère est comblé depuis plusieurs siècles ; cependant, — détail qui surprend dans cette ville si souvent bouleversée, — il a conservé non seulement sa double muraille, ainsi que les deux tours carrées qui en défendaient l'entrée, mais des vestiges de quais, des magasins, des dépôts souterrains, construits en épaisse brique et qu'on utilise encore. Ce cadre médiéval ne protège plus qu'un jardin potager, arrosé par les eaux bourbeuses du Lycus. Ces privilèges, qui, traditionnellement, étaient reconnus à tout homme étranger, les Turcs ne voulurent plus les reconnaître qu'aux seuls Français. Ce faisant, les Turcs n'avaient d'autre but, à la vérité, que d'opposer ces derniers aux Génois, à l'exemple des Grecs qui avaient, jadis, opposé les Génois aux Vénitiens, ennemis avérés de l'Empire. Les avantages concédés étaient fort appréciables. Outre des privilèges, comme l'exemption de tout impôt, et la faculté d'échapper à la juridiction locale, ils assuraient aux Français le monopole du commerce européen dans les mers du Levant, si bien que les Anglais et les Hollandais ne purent pendant longtemps y naviguer que sous la protection de la bannière royale. Au surplus, les Français n'étaient soumis qu'à un droit