LA LANGUE FRANÇAISE EN TURQUIE
Crfalion de l'^role de ni^ilerine lurtjne. — ( n diM-oart du ^u\^au Mahmoud II. Son rrcrutrment — L'enMifpieoient «'v doonaii en frao- ^>aii. — Dam m création le «ulua t'inipire de* procéda* de Meboied Ali d'F'((yple. .\vaatage«^qu'v pui»e la diffusion d« notrr lan^e. — Coup d'iril »ur l'inflrurlioii publique en Turquie. — I.a Kranre t crée la première ^role mille en [vue de la ^tion de« r.ire« — I<et é«-ole« rr.iur«i«e« »'or|;anis4*nt. — Ln peu de •tatiUiquc — lx>* aélIiodiM ircntri|;npnienl. - Création de l'enteignemenl tuprneur en Orient. N^i-evsili* d'adaptpr no\ méthode* aui n<^cr««ilf* locale*. —
Lei résullaU — l nr tlalittique ufKciella inédile de* écoles dant l'Empire ottoman.
1' usql'k?» i83o on ne parlait i\ue l'italitMi dans les colonies franqnos des érh«'ll«'s du Levant. Les |»èrrs jt'suitt's, «laMis à (lalata tli'ptiis Hrnri I\ en enseignaient les tWënn'nts aux enfants catholiques et arméniens de ce fatibourg. Cependant les Lazaristes y fondaient leur premier»' école en iSoa. mais une terrible «pidt'nii»' d«» peste les ayant conlrainli» bientôt à en fermer les portes, ils ne devaient les rouvrir qu'en i83j. A ce mAme moment, à Constanti nople. un événi'nient considérabb' se prodtiisait qui devait tlonn«'r une vive inipidsion à renseignement
du français. Le sultan Mahmoud II, celui qu'on s'est plu à nommer le Réformateur, fondait une école de médecine.
Après qu'il eut détruit les janissaires, il s'empressait d'organiser une armée suivant le système européen et, dans ce but, il créait une école pour y élever des officiers suivant les principes de la science militaire. En 1882, il y annexait une école de médecine qu'il installait à Coumbar-Hané, dans un yali de bois qui subsiste encore au bord de la Corne-d'Or. L'ouverture s'en fit avec solennité, et il y prit la parole en présence de ses hauts dignitaires. « Vous savez, leur dit-il, en quelle haute estime notre foi tient la science médicale. Ses principes sont inscrits à la tète de nos préceptes religieux, ce qui signifie que le reste y est subordonné. On ne saurait donc, je pense, étudier cette science avec trop de soin. Par suite, j'ai reconnu la nécessité de fonder une école où des professeurs l'enseigneront d'après des méthodes nouvelles. A cet effet, j'ai fait venir M. Bernard, expert dans cet art. Soyez docile à ses enseignements. Les cours s'y feront en français jusqu'au jour où la possibilité d'y substituer notre langue aura été reconnue. Pour tous vos besoins adressez-vous à moi. » Dans l'assistance se trouvait le Cheikh-ul-Islam, dont la présence laissait entendre que, pour étrange que parût l'innovation, elle ne s'écartait point des principes de l'orthodoxie musulmane. Cette précaution n'avait rien d'excessif si l'on songe qu'à cette époque les vrais croyants déniaient le titre de musulman à qui par-
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l<iit une langue ciiropjrnno. Ln autre lait digne rl'attontion, c'est qu'il n'hcsita pas à ouvrir toutes grandes les portes de son école à l'élément raya. La raison, c'est que le raya possédait alors le monopole de l'art médical, qu'il avait plus d'instruction. Il cherchait aussi ;i gagner ses sympathies pour 1 éloigner de l'influence russe. Co fut pour int<*resser les (îrecs au sort de la Turquie affaiblie qu'il nommait en i834 Vogoridès chargé d'allaires en Moldavie, et J. Arislarchi chargé d'jifr.iires de Valachie ; que Héchid pacha, qui était rinsj)ir.'iteur de cette politique de conciliation, faisait nommer Musurus ministre de la Porte a Athènes. Les élèves grecs et arméniens aflluèrent à l'école de médecine en tel nombre que. jusqu'à la guerre de Crinu-e. ils repnsentèrent la moitié de l'ellectil" total. On y compta aussi bon nombre d'Israélites par la suite. Si l'on songe en quel mépris tous ces éléments avaient été tenus jus(|u'alors, on peut juger de leur «Mii|)ressement à accepter une situation si flatteuse pour leur amour-propre. Les élèves sortants, qu'ils fussent musulmans ou chrétiens, recevaient le grade de major, et, devant eux, s'ouvrait la perspective d'arriver aux grades les plus élevés de l'armée. L'enseign<'ment s'y donnait en français, vu l'absence pres(|ue complète d ouvrages et m^me de termes scientifiques vu langue turque. Influencé par les défaites de 1870-71, le conseil du Seraskérat décida (ju'à l'avenir les cours y seraient professés en turc. De bons <>sprits regardèrent celte décision comme prématurée.
A chacune de ces écoles militaire et de médecine, on dut annexer une école préparatoire (idadié). C'était le seul moyen d'assurer leur recrutement en l'absence d'enseignement secondaire dans le pays. Ce sultan ne se contenta pas de la gratuité. Par analogie avec les écoles de théologie, et les vieilles institutions scolaires, il accorda aux élèves une gratification mensuelle. On y restait 3 ou 5 ans, selon qu'on eût fréquenté ou non les écoles ruchdiés. Les cours de médecine duraient six ans. A la préparatoire, dont le programme était suffisamment étendu, on enseignait les éléments du français. Cette organisation nous fut favorable par ses conséquences extérieures. De toutes les sciences, c'est la médecine que les Orientaux s'attachent à cultiver avec prédilection. Les chrétiens allaient autrefois l'étudier en Italie ou en Allemagne. Tous, des lors, accoururent à Paris. Ils y étaient attirés non seulement par l'idée avantageuse que l'initiative du réformateur avait fait concevoir de la science française, mais par l'espoir qu'ils arriveraient tôt ou tard à occuper une chaire à Constantinople. C'est ce qui arriva, en effet. Ajoutons que plus d'un professeur s'y est distingué par le zèle et par le savoir. Je ne citerai pas de nom, mais je ferai une exception pour le D' Servicen, un élève de Fauvel, qui contribua puissamment à 1 organisation du service médical en Turquie.
Il n'est pas sans intérêt de rappeler que, dans l'accomplissement de ces réformes, le sultan Mahmoud II avait été guidé par l'exemple de Mehmed
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Ali, pacha d'iL^ypto. L'ainiiitifMix vali avait créé, en i8:t5, un systèine d instruction militaire organise sur \o mo<U'If' du notro. Son conseil <!•• lenseijçneinent avait combine l«* système des écoles préparatoires avec une série d'écoles, celles d'infanterie, (le cavaleri**. d'artillerie, du ^énie. de médecine (• est -a-dire un programme d'onseij^nement militaire qui comprenait le français. Former des oflii<'rs p<Mir encadrer une armée dévouée à ses inli-réts et qui aurait été (strictement une armée de sérail; puis, instruire quelques in<li^ènes dans I art de guérir, telle fut «-paiement la pensée du souverain ottoman. Disons encore une fois qu'il ne songea jamais à faire des réformes civiles, et que s'il introduisit d'in>|)ortantes modifications dans l'organisme iidministratif, ce lut uni(|uement pour le mettre en harmonie avec les nouvelles institutions militaires. C'est bien, en elTet, sur leur modèle que se façonna la bureaucratie turque. L«'s trois classes, «lont elle est divisée, comportent des;^rades. qui correspondent à ceux de l'armée.
AConstantinople. comme au Caire, on ne créa donc, au (b'but, que des écoles spéciales. <^)uant à l'enseignement public, il resta stationnaire. Chique (piartier ou mahalh* était pourvu d une petite e<ole. fondée par des legs où un imam enseignait l'alphabet et la lecture du ("or.in. Fillettes et garçons les fréi(utMiiaienl pétulant ."> ans en payant un«* imxlique rétribution. Eu sortant tie la. les garçons seuls étaient admis dans les ruchdiés, écoles d'un ordre
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plus élevé et gratuites. Ils y apprenaient les premiers rudiments, jusqu'au calcul, et la géographie de la Turquie.
Puis venaient les écoles de théologie où l'on enseigne encore, suivant des méthodes invariables, l'arabe, la logique, la science des livres sacrés. Les softasy entrent à l'âge de i6 à i8 ans, et sont logés dans les médressés, constructions basses et divisées en cellules s'ouvrant sur une cour intérieure. Les cours se font ordinairement dans l'intérieur des mosquées auxquelles le médressé est souvent annexé. Constantinople en a compté, dit-on, jusqu'à 600; ils ont disparu en partie, et ce qui en reste est à peine habitable. Outre la gratuité du logement, les softas reçoivent par jour deux galettes molles (pideh) et une certaine quantité de riz par semaine. L'enseignement y est donné en arabe et ne comprend aucune notion de science pratique. Il a pour base les études juridiques qui découlent: 1° de la révélation, c'est-à-dire du Coran; 2" des paroles et actes du prophète (sounet), recueillis soigneusement par ses compagnons. En quittant les médressés à l'âge de 3o ou 35 ans, un certain nombre de softas deviennent cadisQ'uges), ou muftis (jurisconsultes). Eux seuls portent encore le vieux costume national, le pantalon large (chalvar), le manteau aux manches pendantes (hirca) et le turban de mousseseline autour du fez rouge (sarik).
Entre temps, l'enseignement chez les chrétiens prenait un essor inattendu. Les grands événements du siècle avaient eu leur répercussion sur les rives
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du Bosphore, et les illusoires promesses de la charte du Gul-llaiié avaient nveillé en eux de nouvelles énergies. L'instruction publique, fort n«»gligée jusqu'alors, recevait une vive impulsion. L'élément grec, qui possédait déjà depuis longtemps quelques petites écoles à Constantinoplr, «mj Thessalie et dans les îles Sporades, ouvrait la grande école du l'hanarqui réunissait 4oo élèves En i8M, le même zèle s'affirmait chez les Arméniens de façon remarquable. Ils fondaient la presse périodicju»; où l'iiliome national, d'abord mélangé d'expressions étrangères, sépurait et l'on vit tout à coup s'épanouir dans la capitale un mouvement littéraire arménien. En 1867, cette communauté comptait 32 écoles fréquentées par 4700 élèves, et i4 écoles de filles avec 1 ^72 élèves. Le nombre des maîtres était de i^a, dont 19 étaient des institutrices. La Porte, de qui dépendait la faculté d'ouvrir des écoles, leur laissait à cet égard toute liberté. L'heure des persécutions n'avait pas encore sonné.
Mais les progrès scolaires des rayas s'affirmant invinciblement en face du Turc inerte ne laissaient pas d'inquiéter les diplomates qui rêvaient d'une solution de In question d'Orient par le rapprochement des diverses races. En dépit de ses verbales manifestations libérales, la Turquie officielle s'en tenait obstinément au vieux système des ruchdiés. L'enseignement secondaire, qui l'eût complété, n'exista pas avant 18C8. époque où fut ouvert un premier collège ; et encore la chose n alla pas sans difficultés. Aux causes morales
qui s'opposaient à toute amélioration de l'instruction, s'en ajoutaient de matérielles comme l'absence d'un personnel enseignant. Pour avoir des écoles, il faut avoir des maîtres, et, sur ce point, la pénurie était grande. Mais la conséquence nécessaire d'un pareil état de choses était de maintenir les classes turques dans un état d'infériorité d'autant plus regrettable que l'orgueil de caste ne cessait de constituer le fond de leur caractère, et que, détenant le monopole des emplois, elles fournissaient à l'administration des sujets insuffisamment préparés.
On avait essayé d'y remédier en envo3'ant à Paris, à l'exemple du vali d'Egypte, une mission turque composée de jeunes gens qu'où recruterait à mesure parmi les meilleurs élèves des écoles spéciales. Ce système aurait pu donner d'assez bons résultats si le choix n'en avait été abandonné à la faveur. Parmi les cent jeunes musulmans, arrivés à Paris en i856, on en choisit vingt qu'on envoya à l'école de la Flèche pour s'y préparer à l'étude des sciences militaires ; mais bientôt après le directeur de cet établissement écrivait à l'ambassadeur ottoman : « qu'aucun des élèves turcs n'était capable d'apprendre quelque chose, et qu'ils avaient tous l'intelligence atrophiée ». On se hâta de les rappeler sur ce singulier certificat. Tel ne fut pas cependant le cas pour les premiers qui y furent envoyés. Le vieux maréchal Xusret pacha, mort vali de Bagdad, m'a raconté de quelle brutale façon le sultan leur annonça sa décision. Un matin, il se présentait inopinément dans le préau
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(le leur ccolr. Il lit (Icsccridrc 1rs j^roiijx's d'«*Ièves (lu'oii lui avait désignes coiiiiiu' les plus rapables. 11 leur dit . « J«' voua envoie à Paris non pour vous y ainiiscr. mais pour travailler. Aux bons, j'accordorai des récompenses. Aux autres, voici... « 11 n'acheva point, mais, de sa dextre. il lit le geste d«* cou[>er mie t«^te. Puis, faisant lain- un denii-tour à son cheval, il dis|)arut, suivi de ses pachas. On se le tint pour dit.
dette situation :i|)|)elait un remède d autant plus |)r(»m|)t (ju uiu* sourd»* agitation s annonçait dans la j)res(|u'ile des Balkans. L ile de Crète se soulevait. On s'était lendu compte (pu* !«• traité de Paris n'avait pas mis lin aux ditlicultés qui avaient déchaîné la guerre de Crimée. Les résultats en étaient bien compronus, et l'on s'aperc«'vait avec amertun»- (|iie tout «tait à recommencer. Le gouvernement des Tuileries s'avisa alors que toutes les diflicultés avaient jxMirseide cause l'antagonisme d«'s raci's en prisence et qu'il serait vain de jjoursuivre des relornu's tant que cet obstacle n'aurait pas disparu. Le remède ne pouvait être (jiie dans l;i lusioii ties éb'ments, qu'on obtiendrait par la fondation d'un système d'écoles secondaires, appropriées aux nécessites du pays, où chrétiens et musulmans étudieraient sur les mén>es barus. ou, |iar les linis de la camaraderie et par la discipline don ens(*ignement uniftirme, s'opérerait le rapproihemenl tant souhaité. On neutraliserait, du mènu' coup, rinnuemc des écoles des dillerents cultes qui dirigeaient renseignement dans un sens
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particulariste, de façon à éloigner les unes des autres les races qu'il s'agissait de grouper dans un intérêt commun. C'est donc par le développement de l'instruction générale, et par le contact des divers éléments, que la France de Napoléon III fondait l'espoir d'une régénération sociale et politique de la Turquie. Sans doute, l'idée étaitgénéreuse, mais, comme toutes les idées généreuses, elle ne tenait aucun compte des réalités et témoignait même d'une ignorance déconcertante du problème ottoman. Aussi bien, le programme n'avait rien de nouveau, puisqu'il avait présidé à l'organisation de l'école de Coumbar-IIané /jo ans auparavant. Seulement dans la pensée de Mahmoud II, il avait une portée bien différente.
C'est de cette conception que nacjuit le lycée de Galata-Séraï. Je ne referai point I histoire de cet établissement qu'on peut lire ailleurs('). Il prospéra malgré les tiraillements, les difficultés de toute sorte et le mauvais vouloir d'une politique, dont les hauts et les bas étaient l'indice d'une tolérance provisoire. Enfin le palais de Yildiz y faisait mettre le feu en 1906. Galata-Seraï se releva de ses cendres, mais ce qui en avait fait l'esprit s'était irrémédiablement dissipé avec les fumées de l'incendie.
Cependant, la situation officielle conférée à notre langue par son entrée à l'école de médecine devait avoir d'heureuses conséquences. Bien avant sa création
(') Voir Les Turcs. Ce que fut leur Empire. Edit. Perrin et C'*, pages 1 1 1 et suivantes.
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une promitTe école* d*' lan^iu* française avait été i;istalliM' à (lalata par I»*s I^a/arislos. Mais. form'V à la suite (l'une terrible épidémie de peste, ell»» rouvrait alors ses portos et les frères en rn^me temps faisaient leur ap|)aritii>n dans ce faubourg. Bientôt ils .dhiient s'j'laMir à Snivrrie, en |dein (piarlier franr, et leurs classes s'emplissaient d élevés, d'abord callmli- (|ues. puis de toute confession. Chaque centre de l'Anatolje «Mit bientôt son école. A Brousse, Ismidt. ilale|», .Malatia, Koniali. Van, hiarbékir. Kr/.eroum s'ouvrirent des locaux où des frères. <les Lazaristes, des Assoinptioiiiiistes français, répandaient I instrtiction. A Constantinople, toutes les formes de l'enseignement étaient représentées, de|uiis l'école primaire, en passant |>ar l'i'M'ule secondaire (|ui prépar»' au baccalauréat, jusqu'à I Institut d «'tudes archéologiques. La Syrie, travaillée par le zèle des I*. P. jésuites, offrait un ensemble non moins complet d'établissements où renseignement supérieur était magnifiquement représente par la Faculté de meilecine «le Beyrouth. Chose stupéfiante, ce résultat, immense a la vérité, était dû aux efforts de la seule initiative privée, et le plus étonnant peut-être est que cette initiative • lait française. Il n'en coûta h I Ktat que quelques maigres subsides et une protection que la grande guerre a montrée, hélas, inefficace. Ce n'est pas là le seul exemple du français qui se transforme en émigrant. J'ai eu souvient r<»ccasion de constater qu'il <lovienl autre dés (|u il echa|)pe à la contrainte d'une société vieillie qui vit de phrases parmi les en-
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traves qu'elle s'est créées. On dirait qu'il lui suffit de mettre le pied sur cette terre d'Orient, si féconde en divines inspirations, pour qu'il sente renaître en lui les énergies ancestrales. Le malheur est que les victoires qu'il y remporte sont sans lendemains.
Sans entrer dans le détail d'une statistique déjà j)ubliée plus d'une fois, bornons-nous à indiquer, outre les principaux types d'écoles, ceux qui offrent le plus d'intérêt en raison non seulement du milieu où ils se sont développés, mais de l'idée dont ils ont été l'éclatante manifestation.
Le richissime collège de Saint-Benoît, comprenait deux sections dans deux établissements diflerents. La section inférieure de Sainte-Pulchérie, et la section des classes supérieures de Saint-Benoit. Les élèves, inscrits pour l'année scolaire 1907-1908, étaient au nombre de 548. Ils possédaient, en outre, à Bebek, une autre école qui comptait io5 élèves. Leur collège de Smyrne était, d'autre part, fréquenté par 170 élèves.
Les frères possédaient plusieurs établissements à Constantinople. A côté de leurs écoles primaires, qui distribuaient gratuitement l'instruction à tout venant, ils avaient ouvert, à Cadi-Keuy, un collège qui comprenait un total de 800 élèves. Celui de Péra atteignait le chiffre de 200 ; celui de Smyrne 278. Deux écoles gratuites en recevaient /jSO. Dans la banlieue, à Cordelio, l'école comptait 107 élèves, à Bournabat 80, à Gueuz-Tépé 96, à Boudja 22.
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En oiJtr<*, des r«*li^ieii808 frarirai^rs avaient ouvert (le nombreuse» écoles «le (illes dans la vieille rite phocéenne et sa banlieue, ainsi que dans les lies avoisinantes. Je n'en citerai que les plus importantes, coninje celles de l'hôpital français, de l'orphrlitiat de Saint Joseph de Bournabat. Boudja. (iueu/ Tépé, Aidiii, Bhodes, Chio, Samos. La population scolaire de Smyrne s'élevait en 1906 au chiffre de3(ja7 élèves, soit une augmentation de i aai élèves en huit ans, et, depuis, elle avait progr<'HHé dans les mêmes proportions. Ce total se repartissait en a i3a catholi(pies, i 4oi orthodoxes, a3>S israélites, 109 musulmans. O nombre aurait été dépassé si les locaux avaient et<' suiTisnnts.
I^'dMivre scolaire des Augustins de l'Assomption ( oiii|)renait un ensembb» d'écoles réparties entre Ir (|iiarti«-r Coum-C^apou, à Constantinople, dont rétablissement pecevait auo élèves et les villes de Brousse, Andrinople, ("inllipoli, Ismidt. Eski-Chéhir. Koniah, avec i 700 élevés et Mo professeurs. Aux charbonnages de Zongouldak, ils avaient ouvert une école à l'usage des enfants des porions français. Mentionnons également l'école de Makri-Keuy, dirig«'e par les maristes et qui comptait ime centaine ti'elèves
En Syrie, l'ceuvre ne fut pas moins féconde, et c'est mémo là qu'elle a donné les plus beaux fruits. Outre le fameux collcge d'Antourah, ouvert par les lazaristes, des ecob's de garçons et «le filles étaient aux mains des sœurs marianettes. avec un total de 66a
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élèves. La paroisse latine de Damas en comptait 65. Dans cette même ville, les lazaristes dirigeaient un collège d'enseignement primaire et commercial avec 336 élèves. Ce nombre se serait accru si les lazaristes ne s'étaient vus obligés de fermer leurs portes aux enfants qui réclamaient leurs soins et une surveillance qu'ils n'étaient pas en mesure de leur donner. Les sœurs de charité y entretenaient un pensionnat fréquenté .par 2o5 élèves et une école où 76 petits garçons attendaient leur dixième année pour entrer au collège des lazaristes. Leur programme qui était, à peu de chose près, celui de notre enseignement primaire comprenait l'anglais et les travaux de l'aiguille. Le dessin et le piano y étaient facultatifs. Le personnel enseignant comprenait 20 religieuses, dont II françaises et 9 maîtresses laïques, vaillantes auxiliaires de notre influence.
Placées sous la direction des jésuites, les sœurs marianettes y dirigeaient une autre école fréquentée par 170 jeunes filles de toute confession. Environ 5o parmi elles s'étaient spécialisées dans les travaux de l'aiguille, et l'ouvroir où elles travaillaient rendait de grands services à la population. Une autre école, dirigée par la même congrégation, donnait à Yaboud l'instruction à 180 filles. Dans l'Anti-Liban et dans les districts de Mebek et de Baalbek, les jésuites entretenaient un orphelinat agricole, plusieurs écoles élémentaires de garçons et de filles tenues par les sœurs marianettes et par des prêtres maronites, et Grecs catholiques, avec professeurs laïques. D'autre
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part, le collège laïque de Beyrouth comptait iSa «•lèvos. Les cours |)r» paratoiros à la Facult»* de médecine étaient IriMpu'iil»*» par i5 étudiants. Le total des enfants fréquentant nos écoles de Beyrouth était en 1906 de 1660.
Notons que ces coiièjçes avaient adopt»* drs programmes d études qui se rap|)rochaient de notre enseignement secondaire. .Non se\il«"ment on y apprenait la rhétorique et la philosophie, mais les éléments du droit commercial et la tenue des livres. A Constantinople, on y ajoutait !«' turc, l'arménien et le grec. En Syrie, larabe, le turc et 1 anglais. Dans le principe, ces écoles ne s'ouvraient qu'aux seuls catholiques et l'on n'y enseignait que le fran cais. Mais les congr«'gations n'nf>ncér«'nl à ce système, le jour où, sur les conseils de M. l'aul Cami)on, elles se décidèrent à élargir le cadre de leur clientèle, ce qtii les amena logiquement h donner une importance croissante aux langues du pavs. 11 n'est pas inutile d'observer que les laïcs indigènes étaient app«d«s dans une forte pro|)ortion à faire partie ilu corps enseignant. Ainsi, pour ne donner qu'tui exemple, le personnel des établissements d«*s la/.aristes de Syrie comj)renait q') proft^sseurs, dont I '1 la/aristes français, parmi lesquels 4 indigènes. 5 maronites et 6 laies étaient syriens. 11 en était de même à Constantin(q>le, à Smyrne, à Saloni(|U(*.
11 est intéressant •le noter que les ccoles françaises servirent de modèle à une foule d'œuvrcs indigènes.
Relevons tout d'abord celles des Mékhitaristes arméniens qui ouvraient leurs premières écoles en 1867 avec un chiffre de 5oo élèves, répartis dans les établissements de Constantinople, dOrta-Keuy, d'ismidt, de Bagtchedjik. Puis celles des arméno-catholiques du quartier de Psamatia, qui a compté jusqu'à Co élèves. La pratique de la langue l'ranraise y était de trois heures par jour. Ne recevant aucune subvention ou allocation, cette école vivait sur ses maigres ressources. A signaler également l'établissement des pères géorgiens qui instruisaient un nombre approximatif d'élèves de leur nation, et où le nombre d'heures consacrées à la langue française variait de 8 à 20 par semaine suivant les classes. La conversation française y était obligatoire pendant la récréation. En Syrie, le patriarcat Melkite entretenait à Damas et dans l'Anti-Liban un groupe d'écoles, dont un collège d'enseignement secondaire où notre langue était enseignée.
Comme pour couronner cette œuvre de propagande, les capucins de la province de Paris érigèrent en i883, au couvent de Saint-Louis de Péra, un séminaire oriental pour la formation d'un clergé séculier indigène. Ce séminaire devait, dans la pensée du P. Marcel et de ses collaborateurs, former des élèves destinés à être envoyés dans leurs pays d'origine où ils exerceraient leur ministère, emportant avec eux une connaissance complète de notre langue et l'amour de la nation qui les aurait formés. Ils apporteraient jusque dans les coins les plus isolés de la
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sauvage Asie Mineure, où les bienfaits de l'inslruclion Hont «'iirore i^non-H, des lueurs de civilisation et la pratique plus rclairée de leur culte. En 191 'i. au moment où Saint- Louis ^'•tait fermé ou plutôt confisqué par les autorités turco-allemandes, ce êê min.iirf «omptail environ Ho élèves sortis de ren classrs. Ils exerraient l«Mir ministère à Alep, Diarl)ekir, Mararh, Er/eroum, Mardine. Adana. Nfalatia. Angora, Saratof, Sivas, Césarée, Brousse. C'étaient In autant de postes où les prêtres sortis de Saint- Louis soutenaient les intérêts franrais. Même chose pour les (Jialdi'ens d«' Mossnul. Diarbekir. Hngdad. \ an. S«-erl, Mossrud, ainsi que pour les Syriens (le cette dernière ville, et dr Homs. lion nombre (je ces prêtres ont été env«'l<>ppes dans !•• plan d'extermination cjui a fauché les populations chrétiennes d'Asie Mineure. Le local du séminaire occupé, les élèves ont été dispersés. Que sont-ils devenus?
On a vu plus haut cpie le |)rin('ipal champ d'action des assom|)tionnistes était la Bulgarie En Turquie, sans y négliger l'instruction gratuite et élémentain*. ils entreprirent de travailler pour la science. Dans ce l)ut, ils ouvraient dans leur séminaire de Cadi-Keuy <les cours spéciaux d'études byzantines. Toute modeste (]u'elle fût, cette œuvre constituait un réel effort en vu»* d'instaurer dans l'ancienne Chaliédoine un centre d'études qui aurait continué la tradition des Ducange. Laissant à l'école d'Athènes l'exploration des antiquités, ils dirigeaient leur
activité vers l'histoire religieuse du christianisme oriental, programme des plus vastes si l'on songe que la religion, à Byzance, a déterminé, plus qu'en tout autre milieu, la vie politique et sociale. Quelques œuvres d'une réelle valeur faisaient concevoir les plus belles espérances.
Nous devons également une mention aux trois collèges fondés par la mission laïque de Paris à Beyrouth, à Alexandrie et au Caire et qui étaient dans un état florissant.
L'alliance Israélite universelle a ouvert un grand nombre d'écoles en Orient. Elles vivent des écolages fournis sur place, mais bien plus encore des copieuses subventions de l'alliance. La langue d'enseignement y est le français, concurremment avec l'hébreu. Tous les types d'écoles y sont représentés, le lycée, l'école élémentaire, l'école maternelle, le séminaire rabbinique. Leur nombre en Turquie d'Europe est de 47, ou environ, avec un chiftVe d'élèves s'élevant à i3 887, tant garçons que filles. La moyenne des subventions annuelles est de 154667 francs. En Turquie d'Asie, le nombre d'élèves est de 8984 et les subventions de 53 802 fr. 70. En Syrie, de 8914 élèves avec 1 38951 fr. 65 de subventions. En Mésopotamie, on compte 384 élèves et 65846 francs. Dans le bulletin de l'alliance, où je puise ces données, qui se rapportent à l'année 1912, je lis que le chiffre de la
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subvention no compronil que le cn*dit alloue à lécole et non les d«'"penses pour niohilier, matériel, voyage, gratifications et secours aux professeurs.
J'ai raconté ailleurs de quelle façon Galata-Serai. fondé en 18O8, sous les auspices de M. Victor Duruy. avait réalisé la féconde idée d'un enseignement mixt*». Ce qui avait fait le succès de ce lycée, c'est que tout en faisant une très large part à notre langue et a notre enseignement classique, son programme, heureusement approprié aux nécessités locales, avait réservé une place honorable aux langues indigènes. C'est sur ce même principe que furent créés depuis le lycée gréco-franrais de l'éra et d'autres établissements analogues qui se sont fondés à Constantinople et à Athènes. C'est en s'inspirant des mêmes idées, et parce (jwi* le lycée de («alata-Seraï, devenu suspect à Abdul-Ilamid, échappait à notre influence, qu'un de nos compatriotes. M. J. Faure, avait en i884 conçu le projet de fonder dans la capitale un lycée du même type. A côté d'un programme de français, largement imprégné de notre esprit et de nos méthodes, il avait organia»' d«'s cours aussi complets que possible de langues turque, grecque, arménienne, ainsi que des cours d'instruction religieuse pour «haque confession, l'ondé presque sans ressources, cet établissement connut des débuts dilliciles Cependant chaque année lui apportait un nombre
croissant d'élèves, si bien qu'au moment où il dut fermer ses portes, sur l'ordre de la police, il n'en comptait pas moins de 4oo de toutes nationalités et confessions.
Ces établissements, créés par l'initiative privée, notre ministère de l'Instruction publique aurait bien voulu les transformer à l'image des siens, s'imaginant peut-être bien qu'ils ne pouvaient avoir d'autre utilité que d'éduquer les enfants des fonctionnaires et des membres de notre colonie. Les bureaux ont donné souvent des marques de leur dépit contre cet accroc à l'uniformité des programmes; mais les bureaux oubliaient que la grande masse des élèves qui formaient la clientèle de nos écoles d'Orient étaient indigènes. Normalement, ces élèves auraient dû aller à leurs écoles respectives. S'ils venaient aux nôtres, c'est qu'ils avaient besoin du français, que l'instruction y était meilleure, l'éducation plus soignée. Mais encore fallait-il qu'ils y apprissent leur propre langue. Cette clientèle, on ne pouvait agir sur elle par décret. Se doute-t-on, en France, de l'effort que doit donner un enfant turc, grec, arabe ou arménien, pour arriver à ce résultat, qu'un jeune Français atteint sans peine dans son milieu, de s'assimiler la langue et comprendre nos auteurs? L'expérience avait depuis longtemps enseigné que le moyen le plus efficace d'assurer le rayonnement de notre langue, consistait à appliquer des programmes d'enseignement adaptés aux exigences et à l'esprit des divers milieux. Des sanctions si l'on veut, mais appropriées à ces
mêmes programmes. Ce qu'il fallait surtout, cV'tait fain' <on(ianc<' aux bons IVanrais qui se trouvaient sur j)lace, qui étaient à la peine, religieux et laïcs.
Tels étaient, à la veille de la guerre, les résultats de TuMivre de nos missions, si longtemps m«'Connue, niaisement calomniée à l'orrasion. Le tableau que j'en ai donné est incomplet, car les ehilTres remontent déjà à plusieurs années. C'est grâce à leur activité que la langue française était devenue en Orient un fa<leur de progrès, un lien international, un li-rrain neutre où se rencontraient non seulement les gens bien élevés, mais les races les plus diverses. Nul n'engageait un employé s'il ne savait le français. L'administration du Hagdnd allemand l'avait adopté dans ses bureaux, ne pouvant faire autrement. 11 y avait a Constantinople cinq ou six journaux (pii paraissaient en français et le seul périodique allemand qu'y créa le baron Marshall dut. pour se faire lire, faire une part à notre langue. L'«i livre des missions portait la plus riche et la plus enviée des moissons. L arbre ployait sous le poids. Les Germano-Turcs l'ont coupé à la racine
Je crois devoir annexer à cette élude un<' des rares statisti(|ues qui aientjamais transpire d'un ministère ottoman et que je tiens d'un fonctionnaire de l'Instruction publi({ue. J'ai dit plus haut (|ue le premier lycée turc fut ouvert eu 1868. L'Instruction publique fit, au début du règne d'Abdul liamid. un pas en avant, et. en i8»j<». elle comptait il ans la t a|»ilale et
dans les provinces de l'Empire un assez grand nombre d'écoles plus ou moins fréquentées, plus ou moins sérieuses. Je relève pour Constantinople :
Nombre
des élèves. Classes.
I Mulkié 337 7
I École de droit 48o ^
1 Ecole normale 137 7
I Lycée à Gonslantinople 278 »
I Lycée à Scutari 55 »
i5 Ruclidiés (garçons) I ia6 3
9 Ruclidiés (filles) 1 006 4
I Ecole de commerce 5o 4
I Ecole normale (filles) 324 4
3 Ecoles d'arts et métiers (filles).. . . 434 »
I Aveugles et sourds-muets a5 »
Qu'on ajoute à ce total 288 écoles primaires ou coraniques avec une population de iSySg enfants des deux sexes ; plus, 20 écoles particulières avec àboo élèves.
En outre, la capitale comptait plusieurs écoles militaires, une de médecine militaire, une école navale, une école des Beaux-Arts, une école d'ingénieurs, une école agricole (maintenant fermée), une école vétérinaire, une autre de pharmacie. On y enseignait soi-disant le français, sauf à l'école primaire. En réalité, on n'y enseignait rien bien sérieusement. En ces dernières années, toutes végétaient et, beaucoup avaient disparu à force de végéter.
Les provinces possédaient à la même époque :
L A L A N () l' E I' l{ A \ C AISE
18 Lyc^e» iiilerniil'i .
35 Lyc^e» exiernati.
36o Ruchdi^« (garçons)
aa Ruclidiéi (Hllcf). .
i'J Soit Kcoles coraniques .
a 768 Médress^s.
6 I^ycées mililaires. .
18 Ruchdi^s mililaires
|3 Ecoles normales primaires
3 Ecoles agricole*
7 Orphelinats.
Nonil-r*
Clast
18 7ao
Les écoles non musulmanes figuraionl sur la statistique au nombre de 5 5'iG avec 33M717 élèves.
On saura, d'autre part, que la Turquie possédait 378 bibliothèques anciennes, contenant iio356 ouvrages, en majeure partie manuscrits.
Klissié-Djami. — Eglise de Tyron.