‹ ConstantinopleChapitre 24 sur 47 · LE LE V A N T I N · texte numérisé non relu

LE LE V A N T I N

soir et in.Tlin : « O Bnlcalis itthé. n Par la facilité que chacun a de pouvoir se procurer le nécessaire à la porte, les dames européennes finissent elles-mêmes par se plier à la coutume.

C'est par ce détail do mœurs que s'explique la grande quantité de marchands qui parcourent les rues. Tout s'y vend : le boire et le manger ; le vêtement et les objets de parure, les articles dont se compose un ménage, ceux par quoi se révèlent les usages intimes. On y débite le fard, l.i poudre de ri/., \v mastic de Chio, avec lequel les dames s aruiiiatisenl la bouche et se blanchissent les dents. Dans la musulmane Stamboul, c'est b- keneh pour rougir les ongles et que les Parisiennes ont adopté pour se teindre les cheveux ; on y débile aussi le rastik qui sert à noircir les sourcils, et la pAtc épilatoire dont les dames turques font grand usage dans les hamams. Ces cris de la rue je les ai encore à l'oreille. Le premier cri du jour était celui i\w safepilji, prodnuno de l'hiver. Il tenait à la main un coquemar à double tond ou couvait un feu de braise pour tenir bien chaude la boisson sirupeuse qu'il aromatisait d'une pincée de canelle en tendant la tasse au client. Puis, c'était le petit tsigane, brun comme la mûre des haies, qui vendait les balais do bruyère et le sable avec quoi la Levantine frotte son plancher quelle lave à grande eau. Dans l'air frais du matin, ce cri était comme un chant d'alouette: « An^na, sroupa, nrenadjis. »

Les femmes de la haute société occupaient, comme on peut croire, une place prépondérante dans les

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salons de Péra. La mode des thés et des réceptions, qui s'y était introduite, leur permettait de se montrer ailleurs qu'à la promenade et au théâtre. Les Levantines et les Européennes y faisaient assaut d'élégance, mais le chic consistait, avant tout, à s'y donner l'air de paraître dans une robe neuve et un chapeau dernier cri. Point n'était besoin de lettres de recommandation pour y être admis. L'étranger était reçu à bras ouverts, pourvu qu'il fût bien mis et qu'il occupât une situation en vue. A ces réunions, qui manquaient de variété, il apportait un élément de curiosité, l'air du dehors et, pour certaines, le vague espoir d'une combinaison matrimoniale. On y médisait beaucoup du prochain, et ce doux exercice avait même fini par y devenir un besoin. On doit reconnaître, cependant, que les histoires colportées d'une parlotte à l'autre étaient rarement prises au sérieux. A Péra, on était souvent blessé, mais jamais au point d'en mourir. J'ai vu recevoir blancs comme neige des gens qu'on venait de noircir à l'encre de Chine un instant auparavant.

En dehors d'une élite que compte chaque communauté, élite de lettrés et d'artistes, le Levantin est plutôt positif. Il reste invinciblement fidèle à lui-même, par sa langue, ses préjugés et les rites d'une religion qui forme l'enveloppe de sa nationalité. Remarquons en passant que la réforme de Luther, en introduisant la langue allemande dans l'église, n'a fait que se conformer à la tradition orientale ; mais il est évident que ce facteur de conservation sociale s'est

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