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pire rii880. Après la révolution grecque, el durant la période qui précéda la guerre de Crimée, la Porte usa de ménagements à l'éganl des chrétiens en général et des Arméniens en particulier. A force de vivre au service du Turc. l'Arménien de« villes avait fini par s'identifier avec ses intérêts, et par adopter une existence mi-turque, mi-française, si bien que l'rtrangor arrivait malais<>mcnt à distin guer les deux races. Non seulement le contact journalier leur avait fait prendre des habitudes communes, mais r.Xrnwnien allait jusqu'à n«'gliger sa propre langue pour parler le turc, même dans lintimité close du foyer. Du Turc, il portait le fez, il copiait les gestes, ce qui était surtout le cas du fonctionnaire au serA'ice de l'administration. Gérard de Nerval, qui a su voir bien des choses en Orient, a exprimé ces nuances : « Me sera-t-il permis, «*crit-il «lans son Votjnge, de remercier d'un bon accueil des hôtes si empressés que le sont pour nous les .Arméniens? IMus en rapport que les Turcs avec nos idées, ils servent pour ainsi dire, de transition à la bonne volonté de ces derniers... J'avoue que ce fut pour moi un grand charme de retrouver, aprt's une année d'absence de mon pays, un intérieur de famille tout européen, sauf les costumes des femmes qui. heureusement pour la couleur locale, ne se rapportaient qu'aux dernières modes de Stamboul. .M"* B... nous fit servir une collation par ses petites tilles ; ensuite nous passâmes dans la principale pièce où se trouvaient piusiiMirs dames levantines. 1/une
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d'elles se mit au piano pour exécuter un des morceaux le plus nouvellement venu de Paris : c'était une politesse que nous appréciâmes en admirant des fragments d'un opéra nouveau d'Halévy.
« Il y avait aussi des journaux sur les tables, des livres de poésie et de théâtre, du Victor Hugo, du Lamartine. Cela semble étrange quand on arrive de Syrie, et c'est fort simple quand on songe que Constantinople consomme autant que Pétersbourg les ouvrages littéraires et artistiques venus de Paris. »
Dans cette consommation, le Turc n'était pour rien. Plus instruit, l'Arménien s'était constitué son guide et jusqu'à un certain point son conseiller. A ce moment-là, le Quai d'Orsay fondait de grandes espérances sur la Turquie et pensait que la race arménienne deviendrait entre les mains des diplomates de Stamboul — dont le bon vouloir n'était mis en doute par personne — le point de jonction et comme la transition humaine d'une union intime entre chrétiens et musulmans. L'Arménien devait aider au salut de la race ottomane. Effectivement, il joua ce rôle dans la mesure où les Turcs voulurent bien sV prêter. Son influence ne fut pas étrangère à l'évolution qui aboutit à la constitution de Midhat pacha, mais on sait, aujourd'hui, ce que valaient ces manifestations, et à quoi elles servaient de prétexte. Les Turcs firent, sans doute, la réflexion que les Arméniens leur donnaient de trop bons conseils pour qu'ils ne fussent pas tentés d'en profiter pour leur compte. Us pensaient aussi qu'ils s'occidentalisaient plus que de
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raison, et craignaient qu'un moment ne vint où ils briseraient leurs liens, à rexeni|»l«» du Serbe et du firec. Alors commenra une pf>liti(|uede suspicion et d étroite 8ur\eillan<e. Peu à jmmi, on les éloigna des fonctions publiques. En Asie, on lc9d«'*poss<'*dait de leurs biens, on les chassait de leurs maisons, et les violations prenairnl un caracti-re de frrore extermination. On (*t)'ii<i:iit aux Armcniens le système de massacre que 1«> sultan .Mahmoud avait inaugure contre les Grecs en ibai, et que le gouvernement, hypocritement libéral d'.Abdul-;\/.i/., avait inflige aux Syriens en iSCi. aux iiulgares en 1875. L'impunité que lui assurait l'alliance teutonne permit seulement au gouvernement d'Abdul-llamid de travailler sur une plus vaste échelle.
La France châtia les instruments du m.l■^■^.u n- «i.- Syrie elle tsar Alexandre 11 vengea les massacres de Hulgarie. L'Allemagne voudrait bien assurer l'impunité aux bourreaux de i8g5, de 1909 et do 1916. (Vest pour répondre ^ M. Kerenskv. qui a «léclaréque lArmenie deviendrait autonome sous le protectorat de la Ilussie, à M. Milioukow, ministre des Aifaires étrangères, qui a proclamé que l'un des buts de guerre de la Russie nouvelle était d'assurer l'avenir tlu |)euple arnu'nien. à Lord Robert Cécil, qui a atlirmé (|ue l'annexion la plus impérialiste vaudrait niieux <ju«* la restitution aux Turcs des territoires arméniens occupés par les Russes, c'est pour répondre à ces sanctions que la presse allemande a enfle la voix pour faire eiiteiulre «pie « In Tiinfui^
ri était pas entrée en guerre gratuitement ». L'Allemagne s'est engagée à lui garantir l'intégrité de son territoire et la restitution de l'Egypte.
L'Allemagne voudrait rendre à la Turquie une Arménie sans Arméniens. Rien n'a été négligé pour atteindre ce but. Pour échapper au fer des assassins, un grand nombre a dû se réfugier en territoire russe. D'autres ont été convertis de force à l'islam. Un plus grand nombre, composé de femmes, d'enfants et de vieillards, ont formé l'immense troupeau qui a été chassé à coups de crosses et de bâtons dans les déserts de la Mésopotamie pour y mourir de faim et de soif. La vie arménienne s'est éteinte sur toute une vaste région de l'antique patrie.
Cependant, l'Arménie n'est pas morte. Le peuple arménien veut vivre et entend encore, malgré tout, remplir en Asie son rôle d'avant-garde de la civilisation. On croyait l'avoir saigné à blanc, mais il a encore dans le cœur assez de sang pour revenir à la vie. Au groupe compact qu'il forme dans les provinces du Caucase, sont venus s'ajouter plus de Sooooo réfugiés échappés à l'enfer turc. Les comités de secours ont arrêté les mesures à prendre pour la réédification de la patrie. On aidera au rapatriement des Arméniens dispersés en leur procurant les moyens de vivre et de produire sur les parties des territoires qui furent l'Arménie. On aidera les ouvriers de la terre en leur fournissant des instruments aratoires, des semailles, du bétail. On fournira aux artisans des outils et des prêts d'argent.
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On rn'cra dos atolierH et des maisons de travail pour los femmes. Des fonds spéciaux seront afTectés à I instriiclioii secondaire, snprrieiire et technique, afin de pri|);irer un cadre à la reconstruction de demain ; car tout est à faire dans ce pays, â commencer p.'u- l<'s maisons, les boutiques, les ateliers et les routes. Pour faire face aux dépenses nécessaires, on instituera un fonds national par voie d'emprunts et de souscri|>tions.
Ce n'est qu'après l'organisation des milices locales qu'on avisera au rapatriement des Arméniens de Turcjuieet des survivants d'entre les exilés en Mésop«>tami<*, de ceux (|ui se sont rrfugiés dans le Caucase, eu Amérique, en ICj^ypte, dans les Balkans, etc. Ainsi se reconstituera l'existence physique d'une nation qu'on a voulu assassiner. Les assassins auraient-ils déjà conscience de l'inutilité de leurs crimes? L»* journal Msrhak, de Tiflis, puhliait naguère les jiropos tenus par un officier turc fait prisonnier par les Russes, à Erzeroum : • Si vous autres, Arméniens, dit-il ;\ s»?s gardiens, vous «roye/. qu'au cours de cetlo guerre, ou un grand nombre des vôtres ont et»* exler minés, vous avez été vaincus, vous vous trompe/. Il est vrai que nous avons sans pitié massacré des niasses de vos compatriotes. Nous avons voulu faire disparaître le dernier d'entre vous, mais je m'aper vois aujourd'hui que vous êtes invincibles, parer que la culture arménienne, les facultés intellectuelles et l'esprit d'initiative de l'Arménien sont invincibles et resteront invincibles pendant des siècles. Demain.
CONSTANTIN OPLE
quelle que soit l'administration politique qui sera créée en Arménie, vous reparaîtrez sur la place, vous aurez encore vos foyers d'instruction, vous dominerez économiquement tous les éléments qui vous entourent et vous ferez prospérer l'Orient. Nous vous avons massacrés, pour anéantir votre culture, dont nous avions peur, mais nous voyons notre folie elle-même rire et se moquer de nous. »
Christ bysantin (mosaïque).
CIIAIMThE XV
(Caractère et patrioiiMnejjrr»-^ — La iervante grecque propage m langue. — l'art* ^lève <le« tiatue* à aet minUlre*, Allièiie^ k tes ^vergetés. — Si le (irec idulàtre *e% prinres, c'ett qu'iU soni biiplis^t «uivant le* rilP's. - Il ali^orl>e, mai* ne «elniM<' point absorber. — llôle «lu l'hanar. — (]'esl au noni de In rroii qu'il »• soulcvii en iHji - L'idf'p bvuin tine tint plus de place que l'idi'-e hellénique dnns la rAvoluliou. — La conccpliuD du royaume de Grèce ne donna satisfaction h per-
Vtetllfs mat
sonne. — La conception européenne de la Grèce moderne fau*»/* par l'fduration clasuiquc. — Ce que fut l'rmpire bvmnlin. — I-e christianisme .1 di'-truil tout Ici ciidre^ anciens - Le r^|;inie ottoman a achevé l'truvre de de^triiclion. — I)^ceplion* (grecques. - Le sens de la politique du roi Constantin. — Ilt^le r/terté k la (irèce.
L'ÉLÉMENT grec, à Constanlinoplo. forme l'aggloiiKTation la phis considérahlo do la population < hn'lifnntv II t-tail lime des forées vives de ee qu'on a appelé rhellt^nisnie moderne par l'esprit qui règne dans les milieux ecclésiastiques du IMianar. siège et nombril «le l'orthodoxie grer(|iie, par le nombre et la qualité des écoles qu il entretioul.
Les Grecs comptent une foule de centres épars, soit à l'intérieur de la ville, soit dans la banlieue. Ils peuplent de grands quartiers comme le Phanar, Psamatia, Galata, Cadi-Keuy, difl'érents villages du Bosphore, les îles des Princes, le littoral de la Marmara. Sur quelques points, comme à Tatavla, ils vivent entre eux, s'arrangeant de façon à en écarter l'étranger qui aurait eu l'idée de s'y installer. Les maisons de Constantinople se ressemblent toutes, qu'elles soient en bois ou en pierre; toutes sont taillées sur un même plan; mais celles des Grecs se distinguent par un air de propreté qui en relève la physionomie. Jusqu'à la guerre de Crimée, leurs fenêtres étaient pourvues de treillis, comme les maisons turques, et les Grecques portaient le voile. Aujourd'hui, les fenêtres ne sont pas plus voilées que les femmes. A Tatavla, elles se parent de pots de fleurs, et les vitres sont nettoyées par la ménagère avec un soin méticuleux. Sa tâche achevée, elle s'y installe pour se distraire du mouvement de la rue. Rien n'est plus éloigné de la réserve turque que la maison grecque.
Par plus d'un aspect, Péra est ville grecque, non seulement par le nombre de ses habitants, mais par la langue qui est parlée ou comprise par les divers éléments chrétiens. Fait curieux, c'est à la servante grecque qu'est dû ce phénomène d'expansion. Les îles de Tinos et d'Andros sont en possession de fournir des nourrices et des bonnes aux maisons de Péra. L'Arménienne est trop orgueilleuse, la Juive
trop r.inatii{n«> pour onlror an sen'ice d'étranger» qui ne 8<'raient pas de »a religion. La (jrecque. ignorant ces «rriipiil«*s. «•ntn* partout, mais olle va de prél'érenco clw/ I Kuropren, ou «"Ile «•tablit hardiment ses habitudes, son dialecte, ses gestes. Les petit» Français do IVra parlent tous grec. Il est vrai que <e grer r>«' rossoinhl»* [las plus à la langue <lo I*lalon. (jue le patois pyroriren au Iranrais de la place (^lit hy.
Dans ce milieu où se coudoyaient des trafiquants, venus de tous les coins de l'Europe, pour qui les affaires étaient tout, seuls, les (irers travaillaient en vue d'un avenir national. (> qui leur portait ombrage, ce n'était point \o linan< ier <>xotique, avi<le de rapides bénéfices, mais les écoles congréganistes qui gagnaient dti terrain. Eux seuls ont essayé de leur créer des dilliculti's ense pn-valant «l'argunionls empruntés à la presse française. Ils pensaient que si le gouvernement de In Itépublique leur avait retiré son appui et les quebpies subsides (ju'il leur allouait, l'on se serait d«'barrass«' de leur concurrence.
Si, cin(| fois par jour, le musulman a les yeux tournés vers la Mecque, le (irec ne cessait d'orienter les sien» du côté de la (irèce, où allaient tous »e» espoirs. Rien n'égalait son indilFérence pour les aiïaires de Turquie, si ce n'était l'inlérél qu'il apportait aux choses d'.\lh«'nes. (lelle indillrrenre, loin de le desservir auprès des autorités turques, lui assurait au contraire, au temps d'Abdul-llamid, leur bonne grftce, dans la persuasion où elles étaient qu'il ne pacliserail j.iinaiH am'v |»'s «Miurniis tlii r«'i;inie Le
Grec y était d'autant moins disposé qu'il voyait dans l'anarchie ottomane un symptôme de dissolution prochaine et, par suite, l'échéance imminente de ses patriotiques espérances. Les ennuis personnels que cet état d'anarchie pouvait lui causer étaient compensés par la joie naïve qu'il éprouvait à voir la Turquie se discréditer aux yeux des cabinets européens. Il ne doutait point qu'une diminution de la force turque ne profitât à la Grèce.
Ce qui le passionnait, c'était l'effort national vers la réalisation de la Grande Idée. 11 ne s'enrichissait que pour y aider de tout son pouvoir. Les Grecs de Grèce ont quelque peu oublié la domination turque; mais ceux de Turquie l'ayant sans cesse présente à leurs yeux, leur zèle n'en était que plus ardent. On sait que les monuments qui décorent la Grèce moderne, ainsi que les établissements d'utilité publique, ont été édifiés aux frais des Grecs qui vivent à l'étranger. Toute la flotte hellénique est le produit de souscriptions faites, en bonne partie, à Constantinople, à Alexandrie, à Trieste, à Marseille, etc. Paris élève des statues à ses ministres, Athènes à ses évergètes. Un souvenir me revient à ce propos. A l'avènement du roi d'Angleterre, une revue navale eut lieu à Spithead. Chaque puissance y envoya un navire. La Grèce expédia son Averoff, un cuirassé tout neuf, que l'image avait popularisé et que Ton voyait sur tous les murs de toutes les boutiques grecques de la ville, associée avec l'inévitable portrait de la famille du roi Georges I". Un soir, le bruit
«e ri^pand que co navire venait de donner contre un rocher, et qu'iino voie d'eau s'«*tait d«'clarée. La d***pt^clie n'en <liHait pas davantage, mais cela suffit pour jeter la consternation à iVra II y avait de quoi. La perte d«» ce navire, (|ui avait coûté trente millions, c'était le naufrage de tous les rêves d'agrandissement national. On ne commença h respirer (|ue le lendemain, lorsqu'on eut ac(]iiis la certitude que toullemal se réduisait à une tôle enfoncée au-dessous de la lijçne de flottaison.
Les (Irecsont les défauts de leurs (nialit»--* (.omme les enfants en mal de croissance, ils sont égoïstes et avides. Pour tout dire, je les ai toujours crus incapables de s'enthousiasmer pour une idée autre que celle ({ui groupe leurs aspirations. Bien entendu, je ne parle ici «ju'au seul point de vue politique. Tous les (ir«*cs,de quehpie pays (|u'ils soient et quelles que soient leurs origines, se ressemblent au moral. Même esprit, même mentalité, même ambition exagérée. Ils ne font qu'un, et s'il y a entre eux des divergences, celles-ci ne sont (ju'apparentes. dictées parles nécessités d'un sage opportunisme. A la confiance que donne le nombre — encore que ce facteur soit négligeable an point do vue pratique — ils joignent à C.onstanlinople l'avantage de tenir au sol par des racines profondes. El c'est k ce sentiment qu'ils doivent, sans doute, cette allure quasi indépendante qu'ils affectent vis-à-vis du Turc, et qu'on ne voyait pas au même degré chez les autres ravas. Ainsi tous ceux de la classe aisée qui n'émargeaient ni à la Porte
ni au Plianar n'hésitaient point à porter chapeau, ce que n'auraient osé faire les membres des autres communautés, soucieux avant tout de ménager les susceptibilités turques. Cependant, je suis persuadé que c'est moins par goût pour les choses de l'Occident que le Grec s'est européanisé que pour se dépouiller du stigmate de la conquête turque ; car, au fond, à travers un classicisme de surface — où son amourpropre puise cependant d'appréciables satisfactions — il est orthodoxe avec tout ce que ce vocable renferme d'intransigeance orientale. Les Grecs sont plus loin de nous qu'on ne pense généralement. Ce n'est pas un reproche que je leur adresse, c'est une simple constatation. D'ailleurs, de tout temps, le langage populaire a consacré la distinction qu'ils font entre chrétiens et Francs. Les chrétiens, c'est eux ; une autre distinction, qui ne leur est pas moins familière, c'est la qualité d'européen qu'ils donnent à tout ce qui n'est pas grec. Effectivement, ils sont avant tout chrétiens et orientaux, dans l'acception byzantine du mot.
S'ils ont idolâtré, jusqu'à l'heure du blocus, leurs princes issus de sang étranger, c'est qu'ils chérissaient en eux les diadoques des Bassiléis d'autrefois, parce que baptisés dans la cuve suivant les rites de la pure orthodoxie, car les Grecs n'admettent pas qu'on puisse se faire baptiser autrement. Si, depuis quelques années, ils haïssent le Slave en général et le Bulgare en particulier — que les journaux d'Athènes traitent de schismatique — c'est que ce dernier re-
potiHHo rhrj^omonif relif^ioiiHO «jue l«> l'hanar a cxcrrôo lon^tcmpH «iir lui ot qu'il fail niino. depuis le iraitd' (le San Slofano, de leur barrer le chemin de Oinrttantinople.
Un côté honorable du ^arart^re grec, c'est qu'il absorbe et nese Iairt*»e point absorber L'hellenination iU' la Turquie d Asie, de I Kpire albanaise, el du Valaque du Pinde, a été consommre en ces derniers temps grâce à l'active coopération du patriarcat du l'h.mnr et <le l'universit»'* d'Alli^iu's. Vers ce centre de la pensée nro-liellrni(|ue. c'esl-a-dire helleno-by/antine, affluait, depuis deux générations, la jeunesse orthodoxe de Macédoine et de la Turquie d'Asie. De leur séjour h Athènes, les natifs de Trébizonde, au profil laze, ceux de Césarée, au tvpe gaulois, <i Adalia et de CJiypre, au tyj»e srniitf. rapportaient au foyer In langue et les idées. C'est au médecin, au prêtre, à l'avocat qu'était dû ce mouvement. Le maître «l'école en recueillait pieusement le dépôt et de son mieux le vulgarisait. La facilité avec laquelle les chrétiens d'Orient, outre les Slaves et les Arméniens qui avaient une individualité propre, se sont laissé absorber j>ar le (irec est vraiment surprenante. Si l'on fait abstraction du problème ethnologique soulevé par le chimérique Kallmeraver, l'on peut aflirmer que la (îrece actuelle était, il v a quatre à cinq siècles, presque entièrement |>euplée d'Albanais qui se sont laisse absorbiT par îles minorités indigènes. Ceux tlu Peloponèse, ou ils essaimaient en i383, ceux de l'ile d'Eubée, où ils émigrèrent par les
soins des Vénitiens, n'ont presque point laissé de traces, bien que la j)lupart des localités portent encore des noms albanais, et que les habitants n'aient pas renoncé à la foustanelle qui n'est pas moins albanaise. Tel fut aussi le cas des compagnons de Guillaume de Champlite et de Geoffroy de Villehardouin, auxquels succédèrent les Catalans. Tous se sont iondus dans l'élément local. Ainsi ont disparu les Latins de l'archipel au xviii' siècle, convertis de force à l'orthodoxie sur l'accusation portée contre eux par le clergé qu'ils pactisaient secrètement avec les Vénitiens et les Français. Les sept à huit mille Bavarois, qui firent escorte au roi Othon, ont subi le même sort. Ces quelques exemples prouvent que la faculté d'assimilation ne cesse d'être, comme dans l'antiquité, l'une des grandes forces de l'hellénisme. On sait de quelle manière les Ioniens absorbèrent les autochtones de l'Asie Mineure et comment ils leur imposèrent leurs dialectes. Sans la conquête romaine, il est probable qu'ils seraient arrivés à helléniser leurs congénères du Midi de la Gaule. L'histoire de la Grèce moderne n'est pas encore connue sous son véritable aspect, mais le jour où elle le sera, l'on peut être assuré qu'elle apportera un des plus curieux contrastes avec les notions accréditées par les fantaisies de la mentalité universitaire. En créant le royaume hellénique, la diplomatie s'inspira moins de la pensée qui avait fomenté le mouvement d'émancipation que de la fatalité qui le circonscrivit dans le Péloponèse. Cette solution ne
donnn satisfaction à [hthouim', car le ilcBir de secouer le j«>iiK «lait ^ciu-rul et même d«*jà ancien. De vagues projets d'insurrection s'étaient fait jour parmi les rayas du vivant de Pierre le (îrand. Ud (•«•rlaiii Jean K<oiionu»sde C.vdonie, et le The^salien l'ap.is Ogloii avaient tenl<'' alors de soulever la Tliessalie et l'Albanie avec l'appui des bandes rt^fugiées dans les montagnes de l'Ossa, du Pelion et de l'Olviiipe ; mais les choses en restèrent là par la faute (les irn'Si)lutions moscovites. L'appel du poète Higas l'erraios, exhortant, plus tani, les rayas h secouer le joug ottoman, ne s'adressait pas seulementaux Grecs. mais à tous les sujets de la Forte. Tous comptaient sur l'appui de la Russie, et sur la promesse, souvent renouvelée, <|u elle leur donnerait un prince pour les gouverner après avoir chassé les Turcs en Asie. Alors le li<*ii religieux qui unissait les chrétiens sous l'autorité s|iirituelle et tt'inporelle des patriarches du l'hanar n avait point l'ait encore place aux revendications nationalistes.
A part les Serbes, le sentiment national n avait pas encore pénétré les peuples des lialkans. Avant tout. ils se sentaient chrétiens en face du Turc oppresseur. La nationalité s'y confondait a tel point avec la religion que le phanariote l'it/ipios pouvait encore, en i8ô6, écrire que « les populations chrétiennes en Orient, comme tout If moru/r le suit, se compostMit tie (îrecs et dune grande partie de ceux qui suivent le rite grec et qui sont pour cela désignes sous le nom de (îrecs ». Cette confusion s'explique par le fait que tout le haut
clergf bulgare et valaque était grec et nommé pailes patriarches de Gonstantinople, qui exerçait sur l'ensemble des rayas du même rite la portion du pouvoir que Mahomed II avait reconnue à Ghennadios.
C'est de cet état de choses qu'est née la révolution de 182 1. Il est évident que la tradition byzantine y tint plus de place que l'idée hellénique, et que les aspirations de ses promoteurs s'y confondaient avec l'idée d'une restauration de l'empire byzantin. La preuve que cette révolution avait un caractère d'universalité, c'est qu'elle éclata d'abord en Valachie avant qu'elle put s'étendre en Grèce où elle se localisa grâce à l'appui des flottes de Tombazi et de Miaoulis. Cependant, elle n'en resta pas moins fidèle au programme traditionnel. Tandis que les comités de secours européens se formaient pour venir en aide aux dignes héritiers des héros de l'antiquité, la première assemblée constituante révolutionnaire, qui eut lieu à Trézène en 1822, proclamait que tous les habitants de l'empire turc qui croyaient à Jésus-Christ étaient compris dans la nouvelle nationalité hellène Q). On peut croire que le vocable hellène ne figurait là que pour flatter la manie occidentale, et que Trézène n'avait été choisie qu'à cause de sa théâtrale sonorité. Cependant on se tromperait si l'on croyait qu'il y avait là l'intention secrète d'exploiter les diverses races allogènes au setd profit de l'hellénisme. Alors le Grec qui
I . 'Qz "EXXrjvî? O£(opôuv:ai ::âvT£ç o; £■; XpiffTÔv ;:;tc£Ûovt£ç xarroixoi T^ç ïoupxia; (Gonslit. de Trésèae., Art. a).
LES (; n L (. s 353
nVfint tout «'t.iit orlliodoxc, n'avait qu'une v.ijçiio idée <lc son orijijin*' hcllrnicjiio oi do c«* i\ue pouvait penser l'Europe à cfl é^ard Vn simple examen de» faits ne peut que nous confirmer dans l'opinion que notre con teplion du (irec en particulier et de la rtrèce en ^cn^;ral a vU' faussée par l'tMlucation classique que la Renaissance a in>pl;int»e parmi nous. Notre engouement pour l'antiquité, (jui a modifié tant de choses en nous et, par suite, autour de nous, nous a conduits ii pr/^ter aux choses actuelles de l'Orient le sens et l'esprit d'un passe lointain, qui serait bien mort pour tout le monde si l'érudition des humanistes et de vagues réminiscences ne l'avaient exhumé des vieux textes. Abusés par leur science, poètes et politiciens ont inconsciemment soudé à leur (îréco idéale la Orècc issue des ténèbres do la domination turque, sans tenir compte des perturbations successives enj^endrées par les événements, oubliant que, depuis deux mille ans, ont passé sur l'Orient la conquête romaine, la profonde rt-novation chrétienne, etcpiantité d'invasions qui toutes ont laissé leurs traces sur le sol où fleurit la civilisation hellénique, oubliant la plus crtielle (|ui a «lur»' près de six siècles Non seulement ils n ont pas tenu conipte des ravages causés par ces torrents, mais ils se sont applicpiés in travestir les idées et les mots pour les ajuster au gré de leurs conceptions livresques. C'est ainsi qu'on s'obslinc encore à traduire le nom tie Homnui des textes qy/.antins par celui d'Hellène ou de (irec, sans qu'on paraisse se douter que ce contresens eût scan-
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dalisé les contemporains de Justinien et des Comnène. Ce nom d'Hellène, ils l'eussent répudié comme un outrage à leur foi, car on sait qu'il avait la signification de payen.
L'argument tiré de la langue est-il donc si probant? Comme le latin en Occident, le grec fut la langue de l'Evangile et de la théologie en Orient, celle que la conquête macédonienne avait répandue dans la société cultivée de la Syrie et parmi les Calâtes, les Cappadociens et les Lazes; mais, dans les écoles, on n'enseigna jamais que le grec des pères de l'Église. A vrai dire, l'empire byzantin ne répondait à aucune nationalité, et l'on peut même croire que le titre de romain, qu'on lui donnait, avait la même portée que celui d'ottoman attribué à l'Etat qui l'a remplacé. Mais si l'empire était grec par la langue et romain de tradition, il n'était que chrétien par l'esprit, et la question de race n'y joua aucun rôle. Les empereurs y portaient les noms à'auguste et de romain, quoique tous fussent d'origines diverses : Thraces, Arméniens, Isauriens, Cappadociens, etc.
Si, d'une part, la conquête romaine eut pour effet de briser les vieux cadres des cités grecques, de l'autre, le christianisme n'en bouleversa pas moins la société romaine. C'est à Constantinople que cette religion devint un organisme social. A l'époque où l'empereur Constantin entreprit d'y transférer sa capitale, l'Orient était depuis longtemps christianisé. Persécution religieuse à part — et l'on sait que les chrétiens ne furent persécutés que pour désobéis-
sancc aux loi» de l'Empire — cetto ri'gion clail calm(> et flori»Hanl<». Alh^nos^•l Anlioche n'avaient pas cosst* (l'<Mre des foyers de niltiire, et c'est dan» leurs écolen (|ue se formèrent les [»rres de l'Kj^iise. S'aiitorisant (Ir l'exemple de Diorldien, (|iii avait fait de Niromé- (Jic la seconde capitale de l'empire, Constantin fondait, à l'entrée de son golfe, co qu'il appela «« la .Nouvelle Ironie », et re vocable annourait d<'jà tout un programme de rénovation polili(|iie et sociale. Il allait eireclivemcnl identifier ses intérêts iVimperator, avec ceux d'une association puissante qui avait dans les j)ers<Mulions tlonn»* la nu'sure «le sa force morale; il allait concilier les institutions romaines avec le mvsticisuie de tout un monde de néophvtes entll(tusiaste^ et faire du christianisme une religion d'État. Aux enseignes romaines, il substituait le ialarum. (Vest à (.onstanlinople qu'apparait ce signe des temi>s iiouvtNuix. (/est là qu il institua la l'àques et qu'il sanctifia la journée du dimanche, qu'il créa un corps de clergé régulii'r Ce n'est donc pas sans de justes raisons que l'Kglise a reconnu en lui Visaposlol, l'égal des apôtres, et, en ses successeurs, le représentant de Dieu sur la terre. Aussi la « Nouvelle Rome » gardera-t-elle. inelfaçahle. la trace de son règne. Tout ce qu'il fit de son vivant reçut un caracv tére imprescriptible et saint, jusque-h mt^me que 1 Kglise s'y confondit avec l'Ktat plus etroitemeiil qu'on ne le vit jamais nulle part.
Il christianisa si bien l'empire qu'on n'y fera désormais plus aucune distinction entre les pouvoirs
temporels et spirituels. Le pouvoir législatif des empereurs s'étendit aux matières religieuses. Ils disposèrent non seulement des nominations ecclésiastiques, mais ils convoquèrent les conciles dont ils fixaient la composition et surveillaient les débats. Constantin n'avait-il pas présidé celui de Nicée, qui fut le plus important de tous? Il entrait dans leurs prérogatives d'éuêgues extérieurs d'encenser l'autel et de prêcher du haut de la chaire. Qu'ils fussent à l'église, au spectacle ou dans l'intimité, leur existence était soumise à un rituel compliqué. Tout ce qui servait à leur usage était sacré depuis leurs vêtements de coupe hiératique, raide de gemmes et de broderies, jusqu'à la housse de leur cheval. Les chambellans faisaient fonction de chantres aux cérémonies du culte et la foule entonnait des hymnes à leur passage. Enfin, après leur mort, leurs images, auréolée^^ d'un nimbe, figuraient dans les narthex des catéchumènes, confondues avec les icônes des saints.
On voit, après cela, quels pouvaient être les sentiments des sujets. Toute leur activité se porta aux choses de religion, et c'est dans le titre de chrétien que les différentes races orientales trouvèrent une unité qu'avait préparée la conquête romaine. En fait, les populations de langue grecque ne se sont jamais connu d'autres titres et qualités que ceux de chrétien et de romain. Encore aujourd'hui lorsqu'on interrog» un Grec sur ses origines, il ne manque jamais de répondre : ùnai romios. Les Turcs ne les désignen! que sous le nom de rourns. Le patriarche du Phanai
s'intitule dans ses actes ofTiciels : « Patriarche du peuple romain » et de la « Nouvelle Rome ».
La domination ottomane n'a fait (juo renforcer ce» sentiments. Il n fn pouvait«^treautrement, si l'on songe <|ue la conquête eut pour eflTel de livrer toutes les (>optiIations du rite orthodoxe au clergé du Phanar O) m me on l'a vu pins haut, sa jiiridittion s'étendit aux Hiil/^ari's, aux Roumains et aux Serl)es, qui se virent irracher non seulement leur libert»'* politique, mais, par la môme occasion, leur autonomie religieuse. Les Turcs ayant adopté, pour la commodité des responsabilités, la théorie d'un chef religieux uni({ue, il s'en- ^.iiivil (|ue la juridiction du Phanar se développa de proche en proche, à mesure que s'étendit la puissance ottomane. C'est le seul fruit que le clergé by/antin ait recueilli de sa volontairtî soumission an joug ottoman. .\u début de la conquête, il mit d autant plus d'empressement à se livrer avec ses ouailles qu'il savait que les Turcs lui reconnaîtraient le droit d'exercer sur elles non seulement la puissance spirituelle, mais une part d'autorité civile. C'est ce qui expliijue que l'opposition la plus énergique à la réunion des deux l-^glises soit venue précisément des prélats dont les éparchies se trouvaient déjà au pouvoir des Turcs. D'où naturellement les excitations du clergé contre les l'rancs, et le fameux mot de Kyr Loucas IS'otaras: « Mieux voir, disait-il, le turban du Turc que le chapeau du Franc dans les rues de Constantinople ». Ce fut là le thème favori des prédications du clergé justju'à la seconde moitié du xmii* siècle.
Vers la fin de ce siècle, sans doute un désir d'indépendance s'éveilla, dans l'esprit des rayas notamment parmi les hommes éclairés du Phanar; mais ce désir avait un caractère spécial et s'inspirait strictement do traditions locales. Personne ne songeait à ressusciter un État grec ou hellène. Une telle entreprise eût paru aussi chimérique que la restauration d'un empire chaldéen ou mode. Ce que les Grecs voulaient, c'était leur incorporation à l'empire des Tsars, vers qui allaient leurs sympathies orthodoxes. Ils auraient préféré, toutefois, un régime d'autonomie qui, sous l'égide d'un prince de la famille impériale de Russie, aurait consacré la restauration pure et simple de l'empire des autocrators avec ses mœurs, ses usages, ses icônes et ses cérémonies. Gomme sous la domination turque, le patriarche oecuménique aurait assumé l'administration spirituelle des divers éléments, dont la nationalité fût restée anonyme. On se flattait enfin de l'espoir que l'empire restauré serait resté grec comme il l'avait été dans le passé sous l'étiquette romaine et que le Phanar aurait continué à fournir aux provinces des prélats et des fonctionnaires.
Aussi la création du ro3aume de Grèce causa-t-elle partout dans les milieux chrétiens une grosse déception. Ge n'était pas assurément pour aboutir à ce pitoyable résultat que VHétairie avait travaillé pendant une vingtaine d'années la Macédoine, l'Épire et les provinces danubiennes. Gette solution fut acceptée comme un pis aller, et, dans la pensée de tous, elle ne pouvait avoir qu'un caractère provisoire.
LeA Grecs renonçaient d'autant moins à leur idéal que, jusqu'à l'heure où se dissipèrent les illusions. iirt crurent pouvoir compter. [)oiir \o réaliser, non seulement sur l'appui do la Hussio, mais sur le concours des peuples rayas qu'ils s'imaginaient avoir, par les liens de la relifçion. définitivement enchaînés à leurs (lostinécs.
On n'attendait qu'une occasion. Elle s'olFril propice lorsque la (juestion des lieux saints fut soulevée en i85a par l'empereur Nicolas. Sans hésiter, la rirèce se déclara du premier hond en faveur de la F^ussie. Les choses alh-rent si loin «jue les Alliés se virent fd)ligés. pour protéger leurs communications menacées, d'occuper le port du Pirée, et celte occupation ne prit liiicju'à la prise de Sébastopol. Les Grecs ont mis longtemps à revenir de cette erreur. Ils s'y obstinèrent jusqu au moment où le traité de San Stéfano, qui scellait le désastre turc, vint leur dessiller le» yeux. A leur vive surprise, ce fut la cause des Bulgares que les Orloll et les Gortchakov plaidèrent au congrès do Berlin. Le réveil fut terrible, et la presse <l Athènes se fit alors l'inlerpr»'!»* unanime des déceptions gréco-by/antines. Dès ce jour, la Grèce adopt.i pour son compte la notion du péril slave. L'exaspération redoubla lorsque la Bulgarie eut exécuté en iiSSG son coup de main sur la Roumélie orientale, inaugurant cette politique de surprise qui devait dérouter tout le monde. Les Grecs ne pouvaient plus douter que ces Bulgares, dont ils n'avaient cessé d'escompter l'appui, ne voulussent
ruiner à leur profit l'hellénisme lui-même. Le plu^; grave, c'est que les Bulgares venaient de secouer le joug spirituel du Phanar, de façon qu'ils échappaient sans retour à son action.
C'est de cette crise morale que surgit l'idée d'un rapprochement avec l'Allemagne ; mais, afin de le rendre durable, on crut habile de le cimenter d'un mariage: une sœur de Guillaume II épousa à Athènes le diadoque Constantin. Baptisée princesse orthodoxe, elle reçut le nom de Sophie. Ces noms de Constantin et de Sophie symbolisaient tous les espoirs concentrés dans la « Grande Idée ». Les Grecs voulurent bien oublier, à cette occasion, que la flotte allemande avait bloqué naguère les côtes du Péloponèse. Mais la Grèce ne bénéficia point de l'humiliation qu'elle s'infligeait. En 1897, à propos des affaires Cretoises, les politiciens de la rue du Stade, toujours mal inspirés, eurent la fâcheuse idée de déclarer la guerre à la Turquie. Naïvement, ils spéculaient sur l'impopularité d'Abdul-Hamid. Ils comptaient sur « le beau-frère », qui ne pouvait manquer de se porter à leur secours dans une lutte aussi inégale. Ils n'avaient pas à s'occuper de la France qui, en tout état de cause, resterait fidèle à son amitié et à ses classiques formules. Les illusions grecques pouvaient faire fond sur les illusions françaises, encore que dissemblables. Mais, contre toute attente, il arriva cette chose extraordinaire, que ce furent des ofliciers allemands qui dressèrent les plans de campagne turcs ; des officiers allemands qui
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assistèrent le généralisiiime Ethom Pacha dans ses opérations. Tantlis que les Grecs cédaient du terrain, le kaiser s'ojiposait » la ({«marche collective des puissan<"es (jui vcnilaient arrêter la marche des Turcs vers la capitale grecque. Il estimait que les Grecs n'étaient pas assez humiliés. A quelque temps de là, le même kaiser faisait son ap|>arition à Constanlinople, où il félicitait le sultan de sa double victoire sur les (*recs, qu'il venait de battre, et sur les Arméniens (ju'ii venait de massacrer. L'expérience enseigne que les déceptions n'ont jamais eu raison d'une idée fixr, ni les défaites découragé le peuple grec. Après la guerre balkani(|ue et les victoires remportées sur les Bulgares, plus que jamais se ranimèrent les espoirs un instant découragés. FMus que jamais, le « bulgaroctone »> Constantin apparut comme l'homme prédestiné à renouer la chaîne des traditions. Pour comble de chance, l'attitude de l'Allemagne dans l'alfaire de Cavalla faisait présager des dispositions plus bienveillantes, et cette impression contribuait à légitimer l'amitié qiu* son roi avait vouée à son beau-frère, l'ius (|ue jamais, il eut foi dans la puissance allemande et dans l'imminente réalisation de son rêve. La conviction (]u'il avait de cette réalisation l'incita à fermer les yeux sur tous les actes, qui. sans transition, le firent passer du régime \o plus libéral - (jui fut celui de Georges I", — au régime autocratique absolu. Sans difliculté, le peuple renonça à tous ses droits, dès que le trône fut occupé par un prince de sa religion. Le clergé du
royaume, qui recevait ses inspirations du Phanar, no négligeait aucun moyen pour le maintenir dans ces dispositions. Tous pensaient que le roi Constantin arriverait par l'habile combinaison de ses accords et par de savantes manœuvres à aider l'Allemagne à contenir la Russie dans sa marche vers le Bosphore et l'Italie, dans son expansion vers les rivages de l'Adriatique. Et c'était là le point essentiel, la solution rêvée, car ce danger une fois écarté, la Bulgarie resterait seule, isolée en face de l'indomptable volonté grecque, qui, tôt ou tard, aurait raison d'elle. Ainsi s'explique la faiblesse du peuple grec vis-à-vis de ce roi, dont M. Venizélos stigmatisa la politique en disant « qu'elle s'appliquait à ruinef l'armée nationale pour priver la patrie des moyens indispensables pour réaliser ses destinées ». En effet, il avait livré Serrés, Drama et Cavalla aux Bulgares afin d'en tirer des avantages contre les xMliés. Dans ce même but, il livrait à l'Allemagne la division Hatzopoulos et son royaume à la guerre civile. Sa diplomatie était à l'unisson de ses conceptions politiques. Par une subtile politique, que n'eut point désavouée le plus retors des porphyrogénètes, il combinait les mesures de violence avec des concessions opportunes ; mais, tandis que les coups qu'il portait à ses adversaires n'étaient que trop positifs, les réparations tardives qu'il consentait à donner n'avaient qu'un caractère provisoire. Constantin n'a jamais rien acce{)té qu'avec la restriction mentale que bien des choses pourraient arriver dans le sens de ses désirs et de ses
prévisions. L<* pfuiple supportait tout. Il laissait sans protestation dissoudre la Chambre en 1916 et les minislroH usurpntfMirrt s'arcrochor an pouvoir. Le plus curieux lut prut-t^tre la drnujnHtralion a laquelle ce m/^mc peuple se livra à l'occasion des run<'*railles du chef de parti Théotokis. Cependant l'homme, à qui la ville d'Athcnes dccernait Iph honneurs d«» l'apo théose, avait appartenu à celle école «le politiciens qui, pendant longtemps, ho partageaient le pouvoir, luri culbutant l'autre, sans profit pour le pays. Dans un sursaut de colère, le colonel Lapathiolis mettait fin, en IQ^O- ^ l'anarchie gouvernementale en ba layant les chefs de parti, puis, d'accord avec la ligue militaire, il s'en remettait a .M. Venizéb»s. alors président de la Chambre crétoisc, du soin de remettre de l'ordre dans le pavs. Le Cretois accepta ;i la condition qu'il serait autorisé h rappeler d'exil le prince héritier qui avait dû s'éloigner d'Athènes pour échapp«T aux rancunes de l'élal-major. Cela fait, il s'appliqua à réorganiser l'armée avec le concours d'une mission militaire française, puis il conclut avec la Serbie et la liulgarie une alliance «pii devait aboutir il ce résultat inespéré de jeter les Turcs hors d'Eu rope. Le roi Constantin ne lui a jamais pardonné les services qu'il a rendus à sa personne. Les politiciens de la rue du Stade ne lui oiif i.iiii.iis |»;»r(l.uir). ceux qu'il a rendus au pays.
On ne peut s'empêcher de remarquer que les des tin«'es grecques, depuis tantôt un siècle, ont été influencées par un double anachronisme contradic-
dictoire, le byzantin d'abord, puis l'autre, l'idéal classique des nations protectrices, à la tHe desquelles il convient de placer la France. Mais, somme toute, on doit reconnaître que ce dernier lui a été plus profitable que nuisible, car la Grèce lui doit, non seulement son existence, mais, par surcroit, d'inépuisables salisCaclions d'amour propre, qui ont agi sur sa culture de la manière la plus heureuse. Par contre, l'anachronisme spécial qui s'appelle la « Grande Idée », ne lui a jamais valu que d'amères déceptions. Mais avons-nous le droit de le lui reprocher? Au fond, je crois que les Grecs étaient, en 182 1, plus près de la vérité historique que nous ne le sommes nous-mêmes, lorsque nous leur prêtons nos conceptions scolaires. Ce serait une erreur de croire que leur idéal est de moins bonne qualité que celui que nous leur avons attribué jusqu'à ce jour. Bien au contraire. On l'estimera même d'une essence supérieure, si l'on réfléchit qu'il a sur l'autre l'avantage de n'être point le produit artificiel d'une école, mais de sortir des entrailles d'une histoire deux fois millénaire. Seule, la vérité est féconde ; seule, elle afl'ranchit les esprits.
La Grèce devra entrer dans la voie des réalisations rationnelles fondées sur des droits résultant des possibilités ethnographiques, en tenant compte des restrictions commandées par la nécessité de sauvegarder des intérêts d'ordre général. Appelée par sa situation géographique à jouer un rôle important en Méditerranée orientale, il est de toute nécessité
qu'elle 8e rcsijçnf à entrer sans arrière- pensée dans la ^rantJo famille* des p«Mi[iIfs latinn, aiixr|uelH la rattachonl ses inl«T«^ls vitaux, ot mémo se» propres traditions, quelles qu'elles soient d'ailleurs, car le Latin est aussi (irec par la culture, que le Grec peut être Homnin par son passé r>t ses aspirations. On ne saurait donc toli'ror que ce pays que nous aimons, et qui nous ti«*nt de si près, devirnnc I avant-garde du pangermanisme, aux portes de l'Egée et de l'Adriatique. Renonçant à ses chimères, la Grèce a pour devoir d'identilior ses intérêts avec ceux de TEntonle qui, après avoir dèlini ses droits, ne lui marchan dera point les moyens de les faire valoir. Encore une fois, l'homme clair\oyant qu'est M. Veni/èlos, l'aura aiguillée dans la bonne voie.
{Im eoapok)
CHAI'ITIU: XIX