FÊTES ORTHODOXES
il/rrplion au palais. — I.e |ialriaira( du PIiknar. — Le Irône de «ainl Jeao-C.lirt totloair . — I.e* ^(;liip« grerqur» en 1 urquie. — (Ilievaurlife de pri^Ul» — I.a cérémonte religieute. — AdRionetlalion paMomle. — r!lof;r de Jiiarliim III. — I.a Mlle d« SvnrMle. — IniiiBllalion d'un palnarrhe au irnip* de l'rmpirr byuntio — I^ Mie de l'Iqueirt le gnu<i rar/me. — La f^te de la Rétorrertioa — Pla^liril^ de* eslosNCv indi|;^rir% - l.ttfMrt dr Moel. — Le* ^({li*e» grecque* - Lrur» irones. — Le« ranlilènr* du jour de l'an. — La r^r/*ninuie de rinnnmioo de la rroii.
'ai aHsistô à la céK'monit* d'oxaltation du palriarrhr Joa chim au sii-gc patriarial d<> Constantinoplo. La pn*mirrr parti»* «le la cérémonie »'esl déroulée au
AlrÔMi «TuiM iftiâê hjtaïUiM.
palais de Yildiz. Un maître des cérémonies s'était rendu en vedette jusqu'à Tchiboukli, sur le Bosphore où résidait Sa Sainteté. Des voitures de la cour l'attendaient sur le quai de Dolma-Bagtché. A Yildiz, le grand-maître des cérémonies l'a introduit dans la salle du trône, suivi de ses métropolites et dignitaires. L'audience n'a duré que le temps qui fut nécessaire au patriarche pour prononcer une allocution en grec, à laquelle le sultan répondit par quelques mots de compliments prononcés en turc et la remise d'une plaque en brillants de l'ordre de YOsmanié. D'autres ordres moins riches ont été distribués également aux dignitaires de la suite. Après quoi, le cortège, monté à cheval, pour ne pas déroger à un vieil usage, s'est déroulé à travers les rues de Galata où s'était massée, respectueuse, la population orthodoxe. Avant de se rendre au Phanar, le patriarche a été rendre visite au grand-vizir et au ministre de la Justice, dont il relève, c'est-à-dire à un sous-ordre du Cheikh-ul-Islam.
Bien avant qu'il eût atteint le Phanar, un caïque me déposait à l'échelle de ce quartier. Déjà une foule énorme se pressait aux abords du patriarcat qui est situé à mi-hauteur d'une colline, dont le sommet est couronné par la coupole de la mosquée de Sélim I". De la mer, l'on distingue à peine le palais patriarcal des maisons de bois qui s'étagent sur les pentes abruptes. C'est un vieux conak construit en charpente, avec un étage en encorbellement et peint en jaune cru. Des fenêtres carrées, étagées sur trois
rangs, lui donnent l'apnct d'un vait»»eau de li^ne. Les rouvenlH, pordiiï» dans le quarlior, ont assurément un asport j»lus riche ; Le seul monument qui .s'impose à l'attention, c'est l'école bâtie en l)ri(]ues rouges et qui. par le luxe de ses proportions, témoigne des préoccupations qui assiègent la nation grecque.
L'eritr»'*' (in |>;ilri;«rcnt n a rM'n <l iinpo-<nnl Au haut (le la rampe (jui y mène se voit, debout, um* grande (lorte fermée qui ne tient h rien. Cet étrange monument rappelle un sotivenir fâcheux : c'est là qu'aurait été pendu en 182 1 le patriarche firégoire sur l'ordre du grand vizir Ali IJenderli pacha. Au fond d'une cf)ur, à droite, s'élève une modeste église, en tout semblable aux rustiques édifices qui se voient dans les quartiers grecs et qui se composent de quatre murs bas recouverts d'un toit. Dans un coin, s'isole un petit échafaudage en bois: c'est le clocher. Il y a soixante ans, toutes les églises grecques do Turquie ct.nenl construites sur le même plan. Elles sont entourées d'une haute muraille pour que, de la rue, on n'en puisse voir ni le toit ni le clocher. 11 n'y a pas longtemps que les cloches sont tolérées. Une tôle, la simnndtf, suspendue à un clou, en tenait lieu; mai» comme le son de cet instrument ne portait pas fotl loin, le sacristain était chargé de faire le tour du ((uartier pour inviter les fidèles aux oflices du jour. On a vu plus haut (|ue cet usage subsiste encore dans la partie de la banlieue o\\ les Grecs voisinent avec le Turc
DftRTKAXb UaIIKII.I.ES. S^
Je pénètre dans l'église que précède un vestibule vitré garni d'icônes et fleurant l'encens. Elle est déjà pleine de monde. L'intérieur est d'une simplicité qui contraste avec la profusion de dorures et de verroteries des églises que j'ai déjà vues. Une double colonnade en bois peint, reliée par des grilles en fer, la divise en trois nefs. Au plafond, peint en grisaille, pendent un lustre de cristal et des lampes de verre de couleurs. Comme dans toute église orthodoxe, le chœur est séparé de la nef par une haute cloison, le templo, percée de trois portes. Celle du milieu, la Belle-Porte, s'ouvre sur un tabernacle constitué par une cage de cristal flanquée de deux modestes flambeaux. Ailleurs, le templo est invariablement couvert de dorures; ici, il n'est que peint d'un vernis noir. Il y a là un parti pris évident de deuil qui souligne l'état de captivité où se trouve l'Église d'Orient. Le trône est un meuble en bois orné de fines incrustations d'ivoire et d'une vieille inscription rappelant qu'il a été restauré en 1676. Avec son dôme byzantin reposant sur deux fines colonnettes, et le haut dossier qu'illustre une image peinte sur un fond d'or vieilli, il est du plus charmant effet. Les phanariotes prétendent qu'il aurait appartenu à saint Jean-Chrysostome. Malgré toute ma déférence pour les traditions populaires, je n'ai pu y voir qu'un siège contemporain des derniers Paléologues.
Peu à peu, l'enceinte se remplit. Les bas côtés sont envahis par une foule inquiète et remuante. Je
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vois arriver, les uns après los autres, le» membres (lu corps (iiploiiiatique, des missionnaires occidentaux, dont la présence n'éveille aucune curiosité ; puis do nombreux prêtres jçrecs, majestueux dans leurs vêtements flottants, aux manches pendantes, la chevelure longue et tordue en chifçnon sous leurs hauts bonnets. Tout à l'heure, ils se porterf)nt processionncllcmenl à la rencontre du patriarche.
Je sors un instant pour respirer l'air frais. Soudain, (bins tin coin de la cour, deux coups de feu éclatent, et le» cloches sonnent a toute volée. Au bout de r<'lroit espace laissé libre, dans le désonlre d'une cohue indisciplinée, apparaît la tête du cortège déjà signalé par les clameurs de la foule. Le coup d'a*il est curieux. Rien de plus pittoresque, de plus barbu, mais aussi de plus imposant, (jue cette escorte d'ecclésiastiques chevauchant sur deux rangs, coiffés de hauts bonnets, leurs vêtements noirs traversés des larges cordons écarlates dont le sultan vient de les gratifier. La chevauchée s'arrête devant le vestibule aux ic«'»nes où le patriarche pénètre pour revêtir des ornements pontificaux ; puis, il l'ait son entrée dans l'église. Des enfants de chœur ouvrent la marche, vêtus de tuniques de velours rouge, autour des- (juelles s'enroulent de longues étoles. Ils portent au bout de longues hampes la croix et les saintes images en vernu'il. Suivent les diacres couverts de (lalmati(|ues d'or tenant des flambeaux où s'entrecroisent trois cierges qui (igurent la sainte Trinité. Ils précèdent le jiorteur du Dira/nôo/ou, énorme
flambeau d'argent qu'il est d'usage de porter devant le chef de l'église. Celui-ci apparaît entouré de ses archimandrites, couvert d'un mandion de soie violette brochée d'or où brillent des émaux, et il porte la caliptra recouverte d'un grand voile noir qui lui tombe sur les épaules.
Il s'arrête devant la Belle-Porte, maintenant ouverte à deux battants ; il s'incline devant la cage de cristal, il prend une croix dont il bénit l'assemblée ; puis il monte les degrés du trône. Les chantres de la maîtrise viennent d'entonner l'hymne à la Vierge, à l'unisson avec un chœur d'enfants. Par intervalles, le patriarche mêle sa grosse voix à ce chant, dont l'air et les paroles remontent au v* siècle. Les prêtres se rangent à sa droite, le protosynghelos se met à gauche. Il y a là, autour du trône, les métropolites d'Éphèse, de Chalcédoine, de Dercon, de Cyzique, de Nicomédie et d'Héraclée qui lui font comme une cour sacerdotale.
A cet instant, se produit l'acte le plus solennel de la cérémonie. Un vieillard, l'archevêque d'Héraclée, se détache du groupe des prélats. Il prononce une harangue, puis, gravissant les marches du trône, il remet au nouvel élu une crosse d'or surmontée de de deux têtes de serpent et, du même geste, il lui baise la main. Le patriarche embrasse le vieillard sur la joue droite. C'est à l'archevêque d'Héraclée qu'appartient, depuis la chute de la ville, le privilège de présenter au nouveau patriarche cet insigne de la puissance spirituelle. Il remplace, en cette circons-
tancf, !«• HasHileiiH absent. Ce droit lui est confér»par »in<* tradition locaN» qui fait de co dignitaire le sucroHSf'iir do saint Andrr qui aurait créé le siège «'[)ih(-o|)al df» Hyzanco. A peine l'acte de consécration est-il accompli, (|u'nne inunense acclamation éhranlt* l'édifice. Joachini III. surpris, se tourne vivement du
Ir dos manilostants et impose silence d'un ge:<te mp«'r:«tif: « Souvonez-vous, |rur dit-il, que l'église est un !i<ii de prière, et non un théâtre à manifestations. » Le geste est autoritaire. Le nez et la lèvre, d'un modèl»» ferme, exprirnrnl la volonté. C'est le pasteur (]ui tance son troupeau. A ce moment. le grand prédicateur monte à l'ambon et prononce son panégyrique. Retraçant sa carrière épiscopalc, il rap- |)elle les services qu'il a rendus h l'Église durant son |)rerédent pontilicat : la fondation du grand sémiuair«' d«î Khalki, celle de l'école du l'hanar. qui est devenue, sous son active administration, le premier établissement du monde grec; la discipline rétablie au sein du clergé, l'éj-ononue des deniers publics. Fels sont les bienfaits répandus sur la nati<^n par cet homme éminent. auquel, pour la seconde fois, le Saint- Synode remet le pouvoir. Le patriarche Joachim y répond d'une voix émue. Il se contente de faire l'éloge de la tolérance, et il exhorte le clergé et le peuple à se montrer sujets loyaux, soumis et dévoués au sultan.
Sur ces derniers mots, descendant du trône, il gagne la porte II monte à sa résitlence. suivi du clergé et <1<' la partie du corps diplomatique de religion ortho-
doxe. Je pénètre avec cette suite imposante dans la grande salle du Synode meublée en peluche cerise où s'accomplit une dernière cérémonie. Un siège est placé sous une grande toile représentant l'audience que Mahomed II accorda — en une circonstance semblable — au patriarche Ghenadios. C'est là qu'il reçoit, suivant un ordre établi par le protocole, les membres du Saint-Synode, les chefs de mission et les notabilités grecques.
II serait curieux de retracer le cérémonial qui présidait à l'exaltation de ces mêmes patriarches au temps des empereurs byzantins. Voici ce qu'en dit un texte grec :
« Le Bassileus, debout et tète nue sur un trône. entouré du Sénat, attendait le nouvel Élu dans le triklinion du palais. Après une courte oraison prononcée par le proto-papas de la maison impériale, le grand domestique chantait l'hymne à la Vierge. Les chants terminés, le Bassileus, tenant un'décanicon ou bâton pastoral en or, enrichi de perles aide pierreries, se levait. A ce signal, le patriarche élu s'avançait vers le trône ayant à sa droite l'archevêque de Césarée, à sa gauche le métropolitain d'Héraclée et, par trois fois, s'inclinait devant l'assemblée. F^uis les trois prélats, s'approchant du trône, rendaient hommage au Bassileus en accomplissant les actes d'adoration.
Ce dernier, levant alors Ic^iTemcnl le bàlon d or, prononçait ces paroles : « La Sainte Trinité qui m'a donné l'Empire l'élève à la dignité de patriarche de la Nouvelle Rome. » En même temp», il lui remettait cet insij^ne de sa nouvelle dignité. Celui-ci prononçait (juel(|ues mots de remerciements, tandis (|ii<> les chantres de Sainte-Sophie entonnaient la formule du salut: (t Ki; rs/.Xa ÎTi îeô^sTa ». Après quoi, le patriarche se retirait entouré de flambeaux allumés, traînant à sa suite le magnifique cortège des dignitaires du palais et de l'armce et précède des silentiaires aux vestes écarlates. Un cheval blanc, recouvert d'un riche harnais, l'attendait à la porte. La foule, massée aux abords de l'Augustèon, l'acclamait ati passage. C'est ainsi qu'il se rendait à la Cirande Eglise, où avait lieu la consécration religieuse. »
Fêtes ft Panéffijries.
Les fêles tiennent une large place dans les préoccupations de la vie levantine, surtout la fête de Faillies. Cela se voit à l'animatii^n inusitée des rues o\\ l'allluence se grossit de flots de fidèles, qui vont aux églises, à l'activité des ménagères, qui font la toilette de leur intérieur: plancher, escaliers et car reaux de vitre sont lavés à grande eau. On s'y prépare par les mortifications du Stirakosti, qui durent quarante jours. Sarahosti signifi»' pas de viande, pat> de beurre, pas d'œufs, pas de poisson. Dans les
quartiers grecs, les marchands de denrées remplacent l'aliment gras par l'élément maigre. On n'y voit aux étalages qu'amoncellement d'olives, polypes, boutargue, helva et sardines d'Italie, entassées dans des tonneaux suintant la saumure. Les bouchers se mettent en vacance, tandis que les marchés regorgent de coquillages écroulés sur des lits d'algues. On ajoute à cet ordinaire les légumes et les herbes qui poussent au loin, dans la banlieue. On est autorisé, seulement le dimanche, à les arroser d'un filet d'huile dont l'odeur vous prend à la gorge.
Je n'ai pas à revenir sur la description, faite plus haut, du premier repas maigre et qui s'appelle le Lundi du purgatoire (Kathari Devtéra), consacré aux morts. A cette occasion, toute famille qui a perdu dans l'année l'un des siens, se fait un devoir de célébrer ce qu'on appelle « le samedi des âmes ». On offre au défunt la mâne apaisante du koliva, qui est du blé bouilli, assaisonné de raisin sec, de grenades, le tout piqué de dragées. Un plateau rempli de ce mélange est envoyé à l'église, une assfettée est offerte à chaque voisin, qui reçoit le présent en disant : « Que Dieu lui soit miséricordieux! »
La semaine sainte, qui s'appelle là-bas « la grande semaine », se passe en visites à l'église, en cérémonies pompeuses. L'on n'entend que sons de cloches et bruits de pétards. Des éventaires s'installent aux abords des églises pour la vente des cierges et des fleurs, car en même temps que d'une chandelle, le fidèle se munit d'un brin de lilas. Les processions
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tiennent une grande place. La plus importante est celle qui a lioii dans la nuit du Vendredi saint. On promené autour du (juarlier Vf-pitaphios, c 'cst-a-dir«' un tapis richement brodé où se trouve représentéel'image du (christ au tombeau. En tète viennent les bannières prinle**, des lanl«*rn<'rt en boiî* dor«* (jUi rappellent celles des vieux carrosses, puis la longur théorie des papas barbus tenant des cierges. I.,e> diacres suivent, pareils aux saints des icônes primi tives. Ils portent les flambeaux symboliques dans une main, et, dans l'autre, de courts encensoirs à grelots «l'argent. Ils pn-ci-dent l'évéque (^r/espofùt) en dalmatique d'or, et coifl'é d'une couronne d'em pereur constellée de fausses pierreries. Tous por tent le pa//ium, longue rlolc, très décorative, qui croise sur la poitrine et sur le dos en passant par \c> épaules, et tous chantent... du nez. Sans doute, les usages de cette église sont anciens, et il semble qu»* son clergé n'ait jamais introduit de changements, pas plus dans ses rites que dans ses habits ; mais on m<' per8ua<lera dillicib'monl (jue sa musique remonte a la bonne époque. Je n'en veux pour preuve qur riiynuie Akathistos, qui remonterait au v* siècle, cl dont la mélodie, grave et pure, est digne des plus belles évocations. Comme la musi(|ue d'église ordinaire est loin d'y ressembler, ne pourrait-on pas sup poser qu'elle a dû subir, au cours du moyen âge. quel(|ue fîVcheuse déviation, a l'instar de l'iconogra phie de l*ans«'linos?
C'est dans la nuit du samedi saint que se célèbre
la Résurrection. Une cérémonie matinale l'a préparée. La pavé de l'église et Y atrium sont jonchés de branches de lauriers. Pendant qu'un diacre répand l'odorante feuillée, un prêtre, en chappe de soie violette, prononce ces mots : « Que celui qui juge la terre ressuscite. » A la nuit tombante la foule envahit l'église, après s'être munie d'un paquet de chandelles. La cérémonie est toujours présidée par un dignitaire ecclésiastique. Elle est fort longue et j'ai vu plus d'un fidèle y succomber au sommeil, acccoudé aux rares chaires qui garnissent les bas côtés. Sur le coup de minuit, la Belle-Porte s'ouvre à deux battants et l'archimandrite apparaît vêtu d'un mandion étincelant, couronne en tète. Précédé de son clergé, il monte sur l'estrade placée au milieu du chœur. Il tient un cierge qu'il vient d'allumer à la lampe de l'autel. Tour à tour, chaque prêtre y vient allumer le sien. Les fidèles se rendent mutuellement le même service, et bientôt l'enceinte flamboie de lumières. Une forte odeur de cire emplit l'air surchauffé et se mêle aux senteurs de l'encens et du laurier écrasé sous les pieds. Soudain le despotis prononce le Christos anesti (Christ est ressuscité) et chacun répète la formule en donnant l'accolade à son voisin. La clameur des cloches la jette au vent, et des coups de feu éclatent de tous côtés. On brûlera de la poudre pendant trois jours, malgré les efforts de la police et les recommandations du clergé.
Une autre procession a lieu le lendemain, jour de Pâques, à laquelle prend part la racaille du port
Cjui se presse dans les mes en troupeau désordonné. Ce jour-là, l'on no sort j^uito et la ville apparaît comme désorte. Soûle, In (irand Itue est envahio, dés le malir», j);ir les gens de métier, chaudronniers, jardiniers, maçons, cpii montent de (]alata pour se diriger sur les rollinos do Chirhii, la main d.ins la main, précédés de la clarinette. Ils em|)orh'nt ilos victuailles et des agneaux embroché» à une longue perche. Mais ce qu'on peut appeler la bourgeoisie consacre l'aprés-midi aux visites, car les Levantins n'attendent jias lo jour do l'an pour se lélicitor Visites et compliinonts se renouvellent à chaque grande féto. L'un «les plus vifs plaisirs de la l'ùques, c'est de boire autour d'un agneau rôti. On tue à domicile ce jour-là et l'on dévore toute la vian<lo dont on a dû s'abstenir durant le carême. J'ai t<»u jours été surpris de l'aptitude de l'indigène au métier «le hoiulu'i il sait tuer, écorcher et dépecer un agneau aussi bi«"n «pie lo forait un prof«îssi«)nr)el. jMiis il lo met à la broche. Le mouton à la br«)« lie. rôti sur un feu do bois, est un mets excellent, «juoi qu'«)n dise. Ajoutons «jiio les habitudes de lempérf^ice de l'indigène font place a cette occasion à des excès inattendus. Haromont il consomme de la viamb", mais lorscpiil »«• m«'l devant un r«">ti, en compagnie des siens, ils n'en laissent que les os. Ils vident avec la mémo intrépidité une dame-jeanne de vin sans «piils s'en trouvent inc«immodés. On p«»iir rail croire qu'ils sont pourvus d'un estoma«' dont la capacité s'accruit ou diminue suivant les cxi-
gences du calendrier. Le malheur est qu'ils n'ont plus que rarement l'occasion d'exercer ce talent. A Constantinople, la viande était hors de prix bien avant la guerre. Du mouton, le bas peuple ne connaissait que les tripes et les têtes de mouton rôties exposées aux sordides étalages des marchands de bouillon des bas quartiers.
Noël byzantin.
Un carême de quarante jours, non moins sévère que celui qui précède la Pâques, prélude aux fêtes de Noël. Celles-ci s'annoncent d'une façon particulière. La veille au soir, des couples d'enfants vont de porte en porte annoncer la venue du Christ. L'un d'eux s'éclaire d'une lanterne enguirlandée do papier de couleur. Ils chantent : « Bonsoir Archontes, si votre seigneurie nous y autorise, nous allons lui raconter la naissance du Christ. » La mélopée, au rythme rapide et saccadé, s'accompagne d'un tambourin, en terre cuite, tendu d'une peau sur laquelle l'un des chanteurs frappe du revers de la main. Sans attendre l'autorisation de la seigneurie, ils continuent : « Le Christ nait aujourd'hui à Bethléem. Les Cieux frémissent d'extase et la nature est en fête. Il naît dans une étable, le roi du ciel, le créateur du monde ; mais des milliers d'anges chantent sa gloire et la foi des bergers s'émeut à leurs chants. » La version évangélique raconte que des mages vinrent de l'Orient,^
sans tlt^si^nor l'endroit ; mai» le chant précise en disant qu'il» viennent « do Pcpîmî ».
Sans doute, c'est là un Noël hy/antin et je pense <(ue »on rythme miidical ne doit pas ^tre moins ancien.
A part ce pittoresque d/'tail, qui ^gaie un instant la rue, rien chez les orthodoxes ne distingue la Noël des autres solennités. La nativité n'y est point la pieuse idylle qu'est chez nous cette fôte. A l'église, on ne voit point d'Knfant Jésus couché sur une crèche avec les accessoires rusticpies qui l'accompagnent. L'autel ne s'y pare d'aucune fleur, les piliers d'aucune tenture et la musique instrumentale y denuMir»' inconnue Le culte y garde sa coutumiére rigidité. L'autel est d'ailleurs caché derrière une haute cloison, entièrement dorée et p»einle d'images. .Sauf les festons de lauriiT, qu'il est d'usage de suspendre aux portes extérieures les jours de grande pancgj'rie, l'église ne change rien à son aspect ordirjaire (V«'st toujours le même <lécor de Lunpes et de lustres en cristal, d'icônes et d'iconostases peints sur bois et émaillés d'ex-volos, en argent repoussé. Les saints s'y présentent de face ou de trois-quarts, le visage grave et amaigri, et tous auréolés du même (lis<|ue d'or. Ce sont moins des figures visant au portrait qtie <les symboles, où le sentiment est tout d expiation. Cela donne l'idée d'une croyance, dont l'esprit se serait évaporé pour ne laisser que l'env-eloppc où s'est conservée une race. On peut remarquer qu'il y a loin de ces mornes images aux claires mosaïques
de la byzantine Kahrié où se retrouvent les touchantes inspirations des primitifs Italiens. Celles de la basilique de Sainte-Df 'mètre de Salonique, que la conquête grecque avait rendues au culte et à la lumière en les dégageant du badigeon séculaire qui les recouvrait, n'étaient pas moins remarquables par le réalisme intense et la vérité de l'expression ('). 11 y avait là notamment un ange qui ravissait par son incomi)aral)le charme de souriante jeunesse. Tout est naturel et vivant dans ces tableaux de l'église primitive, et le dessin en est précis et énergique. On y remarque aussi le procédé par lequel les cubes des mosaïques ponctuent la gamme des tons. C'est de l'impressionisme pur.
L'intérieur d'une église orientale diffère par d'autres points des temples catholiques. Les Grecs se confessent chez eux ou dans la maison du prêtre. Il n'y a là ni bancs, ni chaises pour s'asseoir, et c'est debout qu'ils font leurs signes de croix accompagnés de révérences et parfois de prosternations. Les femmes gagnent les galeries qui, en Turquie, sont encore garnies d'un treillis de bois, pareil à celui qui garnit les fenêtres des maisons proprement turques.
L'octave du jour de l'an ou protochronia, selon l'almanach Julien, ramène dans les rues le même
(') Celte église a élf détruite par le {jrand incendie de 1917 qui vient de consumer cette ville.
tapage. On c<^lrl>rc la venue de naint [{anile qui arrive transi de la froid»* C«'8arri'. A l.i tonilifo de la deniii're nuit de di'iembn*, «l»'s enfants, s éclairant deti moines lanternes, vont clianlant les kaiandas du saint. C'est une naïve complainte où se retrouve comme un lointain souvenir den premières evan^lisations parmi les païens dos campagnes. Les laboureurs céli'lircMl la venue du saint parmi eux. c II tient, disent-ils, un li\rc et de l'encens; une écritoire et du parchemin » l'uis, le saint est prié de leur en!*eigner l'a I» v (/>''.« mas lo alpha ôrta). Kt le chant continue évoquant le geste des moissonneurs qui viennent de faucher le blé, de compter leurs gerbes, tandis que le Christ « les bénit de sa main droite, de sa main d'or ».
Peu après la fête de l'Epiphanie, a lieu une cérémonie peu banale. C'est la bénédiction des eaux, tt» m^tja nyhidsma (|ui s'accomplit dans les ports de mer et sur les bords des fleuves. Elle commémore le baptême du Jourdain et prélude à la bénéiliction des foiils. lue procession se forme à l'église et se dirige vers le bord de l'eau. A cette occasion, tous les navires grecs se trouvant dans le port hissent leurs grands pavois. Des centaines tle calques et de barques se pressent à l'endroit du rivage ou la cérémonie a lieu. Les prières une fois dites, l'évèque lance une croix à la mer. En même temps qu'elle disparait, un groupe de nageurs se précipite il l'eau pour la repécher C.elui (|ui a réussi ii la ramener à la surface est complimente et réchaulTe d'un verre
d'alcool. Son premier soin, une fois r'habillé, est d'aller de maison en maison offrir sa croix aux baisers des habitants. Cette tournée est toujours fructueuse, et c'est ce qui explique l'empressement que mettent les bateliers à se jeter à l'eau par les températures les plus glaciales.
ciiArirHL: xx
LES AGHIASMAS
Le ciillr lira «ourret Mcr^ei à (lonitanlinoplc. — Baloukii cl m krratcMe. — Son histoire el m légende. — Le» ablution* Mcrées — Récit d'après (Constantin l'orplix ro|;>^nèle du ct^rémonial à la source de la Zoodochos piglii — La source des lilarbemes.
L\ fi^lo <!«• i*A(nios (Itiro irtMn jours pleins, mais la semaine no s'acliéve point sans un supplément de réjouissances. Sous le nom de panéf/yries les Grecs de Constantinople célèbrent bon nombre de sources naturelles (|ui se trouvent soit h l'intérieur de la ville, soit dans la banlieue Celles-ci donnent lieu à des fêtes champêtres pendant la saison d'été.
Les plus célèbres sont celles de Baloukli et de Notre-Dame des niathernes. Ellesjaillissentsous des
UtRTRAMD DaRKIII rx. tb
voûtes de construction byzantine, derniers vestiges d'édifices qui s'élevaient sur leurs emplacements. Celles du Bosphore forment, à une certaine profondeur du sol, d'immobiles nappes souterraines. Elles continuent à être l'objet d'une vénération que le temps n'a point altérée. Chaque aghiasma a sa fête qui correspond à celle du saint sous le patronage duquel il est placé. A en croire les légendes, tous doivent leur origine à un événement surnaturel, tous, par suite, jouissent de propriétés miraculeuses. Mais aucun n'égale en prestige la Zoodochos pighi, autrement dit Baloukli, dont la fête tombe le premier vendredi qui suit la Pâques. Cette source se trouve au delà de la grande muraille, dont les ruines imposantes enserrent encore la cité constantinienne, en face de la porte de Silivrie. Elle donne lieu à un grand concours de pèlerins, accourus de tous les points de la Marmara et des îles Cyclades. De grands caïques déposent aux échelles de Stamboul des gens de tout âge, des malades et des impotents en grand nombre. Ils y viennent dans l'espoir que la Panaghia Dalikliotissa leur rendra la santé. Beaucoup font vœu de se rendre à pied jusqu'au sanctuaire, sans essuyer la poussière de leur sandale. Tous s'arrangent de façon à se trouver sur les lieux la veille de la fête. En attendant, ils campent en plein air. De grands feux s'allument et les plus riches mettent des agneaux à la broche. A minuit, la foule envahit l'église, trop petite pour la contenir, et assiste à une première cérémonie. Alors s'opère un premier miracle dans la crypte où s'épan-