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che la source sacrée. Sur une dernière invocation, on verrait l'eau bouillonner dans la vasque comme sou» l'action d'un f«'u ardent. Ce n'est qu'après ce signe que s'accomidissent les cure» mervcillouses. L'eau est versée par troi» ibis sur le malade; puis, après lui en avoir lait boire une coupe pleine, on l'envelopp»' d'un lin^e mouillé qu'on laisse sécher sur le corp».
En iyo4, j'assistai à cette panégyrie. Ce jour-là trois grande» fêtes se célébraient en même temps : llydrelleez, Saint-Georges et Baloukii. Les (irecs, suivant leur dévotion, s'étaient partagés entre lo monastère de Saint-(ieorges. situé au sommet de lib» de l'rinkipo et la source de Baloukii ; mais le gros des panégyristes avait porté ses dévolions, de préférence, vers ce dernier point où. depuis quatorze siècles, coule l'eau miraoïleuse. E\\o porte également celui de l'antujliùi linh klmtissd, à cause de la légende qui s'y rapporte. On racont»' (pie |)endant que Mahomed M forçait les portes de la ville, un moine faisait frire du poisson. Tout A coup un h«)mme lui aurait a|)paru. « (^)ue fais-tu là. denianda-t-il ? .Ne sais-tu donc pas que la ville est prise et que les Turcs profanent Sainte- Sophie? — Bah! interrompit le moine, je ne le croirai que si je vois les poissons sauter hors de la poêle. » Or, le prodige s'accomplit. Les |)oissons, quoique frits d'un côté, sautèrent dans le bassin où on les voit encore. Mais l'histoire enseigne que l'apparition de la source se rattacherait à un épisode de la vie de Léon Macellus, dit If Thrare, un empereur du \* siècle.
Voici le résumé que nous en a laissé Constantin Porphyrogénète. A la veille de rejoindre l'armée, Léon, qui n'était encore que simple stradiote, se promenait, un jour d'été, dans ces lieux retirés. Comme il faisait chaud, il se dirigeait vers un bouquet d'arbres pour s'y reposer, lorsqu'il s'entendit appeler par son nom. C'était un aveugle qui le pria de lui donner à boire. Il se mourait de soif. Léon s'avança, lui tendit la main et se mit en quête d'une fontaine ; mais il n'en trouva point. Il allait renoncer à satisfaire l'infirme, lorsqu'une voix, qui semblait tomber du haut du ciel bleu, lui dit d'aller vers un bosquet d'arbres qui se trouvait à proximité. « Va, lui dit la voix, tu trouveras l'eau qui désaltère et qui guérit. Tu peux lui en laver les yeux. Cet endroit est un lieu de dilection. Je t'aiderai à y bâtir ime église, et tous ceux qui viendront s'y désaltérer avec foi et simplicité de cœur obtiendront la guérison de leurs maux. »
Léon obéit à l'ordre divin, et l'aveugle s'en trouva subitement guéri. II n'eut rien de plus pressé que d'aller, par la ville, raconter le miracle dont il venait d'être l'objet. En l'an /J57, à la mort de Marcien, Léon, alors général de l'armée de Thrace, revêlait la pourpre impériale à la faveur d'une sédition militaire. Son premier soin fut d'ériger sur la source une magnifique église qu'il dédia à la mère du Christ, sous le vocable de Zoodochos pighi. Plus tard, l'empereur Justinien en construisit une autre plus belle, et l'impératrice Irène y ajouta un palais.
Au fond d'une cour, s'aligne une double rangée de
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tombeaux, lourdement sculptés, où reposent des patriarches du Phanar. Là, s'ouvre l'escalier souterrain qui conduit à la crypte. Sur un de ses côtés, se creuse un bassin de marbre où s'épand, à gros flots, une source qui emplit la voûte d'une harmonieuse rumeur. Dans la demi-clarté des lam[)es suspendues, apparaît l'image miraculeuse recouverte d'une enveloppe d or, reproduisant, au repoussé, les plis d'un himation, où le visage de la mère de Dieu se détache en noir sur le métal étincelant qui l'auréole.
L'église actuelle, petite et sans caractère, ne date que de l'année 18:^7. Rien ne reste plus des monuments d'autrefois : les portiques de marbre et les mosaïques des coupoles « qui brillaient comme le feu » ont disparu. Mais la source, victorieuse des événements et des vicissitudes de la fortune, ne cesse de couler limpide et abondante, dans la crypte du monastère.
A la porte de Silivrie, je prends une de ces talikas sans ressorts, dont la mode tend à disparaître. Attelée de deux petits chevaux de Brousse, elle me mène bon train sur l'horrible pavé de ce qui fut la voie justinienne. Au bout de quelque vingt minutes d'une danse eflrénée, j'arrive, h peu j)rès sauf, au milieu d'une foule où, parmi charrettes, ânes, chevaux, grouillaient hommes, femmes, enfants, criant, jurant, hurlant dans un péle-méle indescriptible. C'était Baloukli. J'attendis patiemment qu'une éclaircie se fût produite dans cette poussée orageuse de gens et de bètes pour descendre du terrible véhicule. Je pénétrai dans un bois où la panégyrie battait son
plein. I3ès les premiers pas, je m'aperçus que la fête s'épanouissait dans un cimetière arménien. Juste devant l'entrée, couchée sur un brancard, une femme, vieille comme le temps, morte dans la matinée, était exposée, face découverte, aux regards et sa présence ne semblait guère gêner les sirtos qui, au son des orgues de barbarie, serpentaient à travers les pierres tombales. La morte elle-même semblait sourire à la fête, qui montait bruyante sous les grands hêtres. J'allai me placer à la queue d'un groupe de dévots qui attendaient l'ouverture de la porte de fer qui ferme l'escalier descendant à la crypte. On n'y entrait que par fournée de cent personnes à la fois. Soudain, les deux battants grincent sur leurs gonds et la colonne s'engouffre dans le passage étroit. Un jour de cave régnait dans ce souterrain où l'odeur de la cire se mêlait à la moisissure des parois suintantes. Le pavé ruisselait sous les ablutions de la foule qui se ruait contre la vasque en agitant des gobelets et des bouteilles de toutes dimensions. Les fidèles s'aspergeaient le visage après s'être désaltérés, puis, leurs récipients une fois vides, ils se les faisaient remplir, encore une fois, avant de gagner l'escalier. Chacun, à la sortie, déposait une offrande sur une table devant laquelle se tenait un prêtre, l'étole passée autour du cou.
Voici, d'après Constantin Porphyrogénète, le cérémonial qui présidait à la visite que les empereurs de
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cette éj>oqin' Taisaient à la source de la Zoodochos piglii :
« l)«'s 1 aube, les grands olliciii^ tli- hi i«iui «-l le inaitre di's «jllices sf prcseiilaient au palais sacrr et IV^n procédait aussitôt aux préparatifs du dé|>art. (,)iian(l la tn<M- était calme, le Hassileus s'y rendait en hatcau, et se faisait accompagner par ceux <les archontes (ju'il avait désignas la veille. La j^almimpériale lonj<<'ait la muraille maritime et accostait au pied <!«' la t<>ur du Christ, sur un (juai abrité. Les cid)icidaires l'y att««ndaient pour le couronner du slcmntu avant de l'aider à monter à cheval. Le cortège s engageait ensuite sous la poterne du Christ, que l'on voit encore à moitié ensevelie dans le sol. (!«' (juil y a de curieux, c'est (jue ce cadre subsiste encore «mi entier. C'est l'un des c«>ins les mieux conserves de la vieille ville. Il passait d»'vant la P«)rte- Dorée, que les Turcs ont entourée à l'intérieur d'un cercle de grosses tours, appelées YeJi-(^outê{^), puis il s'arrêtait à la porte de la « source u où l'attendait le domesti(|ue des noumerns, dont il recevait les encensements. Le cortège reprenait ensuite sa marche à travers la voi(> justinienne (jui aboutissait au.\ édilices, groupes autour de Vayhùisma. Là. tout le monde mettait |)ied à terre, sauf l'empereur (|ui traversait les cours à cheval et ne descendait qu aux escaliers de marbre qui montaient au narthex. Précédé de ses cubiculaires, il gagnait les appartements
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qui lui étaient réservés, où le chambellan lui ôtait le sternma et le vêtait provisoirement d'une chlamyde. Après un instant de repos, le Sénat était admis à lui présenter ses adorations. Puis, en se rendant à l'église les chefs des factions du cirque, les domestiques du chryssotriklinion, le capitaine des portes intérieures allaient se mettre sur son passage pour lui présenter, d'un geste étudié, des croix faites de roses entrelacées. Un magnifique cortège, grossi du Sénat et d'un nombreux clergé, le suivait jusqu'au narthex où il s'arrêtait un instant pour baiser les Saints Évangiles et allumer des cierges devant les iconostases, tandis que le patriarche l'attendait à la « Porte-Royale » pour lui offrir, à son tour, des roses arrangées en croix. Puis, tous deux, la main dans la main, s'avançaient jusqu'à la porte du tabernacle. Encore une fois le Bassileus s'inclinait devant chaque icône où il allumait des cierges qu'un chambellan lui passait à mesure. 11 pénétrait ensuite dans le sanctuaire où l'avait précédé le patriarche pour y déposer une offrande. Après quoi, il gagnait les catéchumènes pour entendre la messe. Un déjeuner lui était servi. Au sortir de table, le patriarche, vêtu de Vomophorion, attendait qu'il l'admît en sa présence. Aidé par les silentiaires, qui le tenaient sous le bras, il allait s'incliner devant la majesté impériale.
J'ajouterai que l'église de la Zoodochos, bâtie par Macellus, fut agrandie par Justinien qui employa à cette œuvre les matériaux que ses architectes n'avaient pu utiliser dans la construction de Sainte-Sophie.
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C'est ainsi qu'il témoignait sa reconnaissance à la Vierge pour l'avoir guéri d'uno affection de la vessie. Faisant allusion à l'or des mosaïques. 1 historien Callistos dit que sa voûte « brillait comme le feu ». Les parois intérieures de l'édifice étaient plaquées de marbre de couleurs; l'autel et les saintes images brillaient d'émaux précieux. Des palais v furent bi\tis. entourés de jardins où les Hassiléis avaient coutume de passer les premiers jours de l'été. L'endroit est toujours agréable, abrité qu'il est des vents du Nord, non seulement par les bosquets qui ne cessent de l'ombrager, mais par les hautes murailles de la ville qui se profilent, avec leurs tours carrées à queUpies centaines de mètres. »
Après Baloukii, l'aghiasma qui jouit de plus de faveur est celui des Blachernes, dont la première église fut bAtie au v'siècle par l'impératrice Pulchérie sur l'emplacement d'un temple païen. Il est probable que la source (ju'elle consacrait devait primitivement appartenir à quelque Nymphée. dont le culte fut aboli au profit de la Vierge chrétienne. Ces adaptations, (jui lurent très fre(|uentes au cours de ce siècle de conversions et d'épanouissement religieux, ont sans doute favorisé ce mélange d idées chètiennes et deprati(|ues païennes qui caractérise le christianisme oriental. La mère de Dieu, devenue la protectrice de la ville n gardée de Dieu o y manifesta j)lus d'une
fois son pouvoir contre les Russes et les Arabes. Le souvenir des victoires remportées, grâce à sa divine intervention, s'est perpétué dans l'hymne akathistos, dont les premiers vers sont gravés sur l'arcade de la voûte sous laquelle jaillit l'eau sacrée. « Telle était la ferveur des habitants pour la Vierge, dit un écrivain du temps, que l'église des Blachernes surpassait en richesses tous les autres sanctuaires de la ville, « comme le soleil dépasse en éclat les étoiles ». Dans une chapelle, où seul l'empereur avait droit de pénétrer, était déposé le manteau de la Vierge. Tous ces sanctuaires, que la piété grecque ressuscite à mesure que se développe le sens national, étaient en grande vénération parmi les chrétiens du vi* et du X* siècle. »
LA
TABLE DKS ILLUSTRATIONS
ConslHOtinopIfl (plnn (^^Of^raphiqnc).
Saiiitp-lrène.
La ville byMnliiif. .
Kli<isi<^-njaiiii. — l'^irliv.- de lyron. .
Cimclièrc turi- ilc IVra
Vue (!<■ lii Cornc-<l'(Jr, prise d'Eyoub. . Une vue de la Cornc-d'Or.
Ln tour de (ialata. .
Lu Paotepoptoti.
La Tuur de marbre.
Entrée du Bosphore
Cnupulp do la pclite Saiote-Sophie .
Kli«sié-njnini. — Église de lyron .
Vue du port
Porte de Siiinle-Sopbic
Rouinélic-llis^ar.
Les IvBut-l^ouces d'Asie
Mosquj'e do la Viilidi* .
1^1 Pointe du Sérail et Sainte-Sophie
Sculpture byzantine.
Quartier de In S«)uletmanieb
Galeries de Sninte-Sopliie.
La Porte Dorée.
Tour de la Porte Dor»*»
Virloire de la Colonne de Marcien .
Eglise du manteau de In Vierge..
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