‹ ConstantinopleChapitre 4 sur 47 · LA \ I L L E. - LE C L 1 M A T · texte numérisé non relu

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évicloniriimt infliiô sur les destinées de cette ville, iaqiicllt; [jar dfux fois a établi sa domination sur trois mers, n'ex[)li(|ue-t-il pas également la nature de sa mentalité aussi asiatique que romaine?

Cependant, c'est à cette région de la Thrace, que Constarilinoph' doit le site in(onjj)araljle où s'é[)aiiouit sa royale beauté. On peut observer du haut du « Mont des Géants » que les collines d'Europe sont en tout semblables au système de ramifications de sa banlieue immédiate, et qu'il suffirait d'un aflTaissement du sol dans la vallée de Buyuk-Déré pour <jue les eaux de la mer Noire, en s'y précipitant, créent d'autres bras de mer semblables au Bosphore et à la Corne-d'Or.

Climat.

Tel un mirage, ce mot d'Orient abuse généralemont sur la nature des pays qu'on désigne sous cette vague dénomination. En vérité, le ciel de Constantinoj»!»' n'est oriental qu'en été, attendu que son climat est soumis à la dojible influence de la neigeuse chaîne des Balkans et des vents glacés du steppe russe, qui passent sans obstacle |)ar-dessus la nier Noire. Aussi y est-il plus froid que ne le laisserait supposer sa latitude, (|ui correspond exactement à celle de Naples. 11 est donc prudent de ne pas trop se fier aux lyriques descriptions des touristes qui ne visitent cette ville qu'en été ou en automne. C'est en

mai que le ciel commence à faire sa toilette d'été. A la grise mine d'un printemps humide, succède la limpide clarté d'un horizon calme et frais. D'une manière générale, la température y est déterminée autant par la direction des vents que par la saison. Il lait chaud ou frais en été, tiède ou froid en hiver, suivant qu'ils soufflent de la Marmara ou de la mer Noire. Aussi l'indigène ne manque jamais d'emporter un paletot sur le bras, même par les températures les plus chaudes. Gomme le vent du Nord domine de décembre à fin avril, il arrive que l'hiver entre assez avant dans le printemps, ce qui fait dire que riiiver et l'été se donnent la main. C'est à l'action persistante du Katm-Yel à\\ Nord-Ouest que doivent être attribués les trois hivers rigoureux que j'ai eu l'occasion de voir à Constantinople. Je me rappelle que celui de 1896 commença en décembre par une série d'épouvantables bourrasques qui mirent à mal le peu de maisons valides de mon quartier. Jusqu'en avril, les nuages gris succédèrent aux nuages noirs. Quand la neige cessait de tomber, la pluie reprenait, tenace et glaciale. Le Nord soufflait la pluie et le vent du Sud changeait la pluie en neige. Une nuit, le thermomètre descendit à 12 degrés sous zéro. Au lieu d'adoucir la température, le vent du Sud soufflait tout glacé par les neiges que ce froid persistant avait entassées sur les montagnes de Nicée. 11 ne devait retrouver la tiédeur de son haleine habituelle qu'après que le soleil de juin les eût entièrement fondues.

LA VILLE — LE CLIMAT 3

Par contre, loté y serait insupportable si \c me/fem n'intervenait à propos pour rafralrhir la température ; car si le climat tend à se rapprocher du ciel slave, le soleil n en est pas moins mériclional 11 sudit. en efl'et, d'une éclaircie en hiver pour qu'aussitôt le paysajçe prenne un aspect printanier.

Le mp/tcm, c'est la brise qui, de juin a (in septembre, souille de la mer .Noire à travers le canal. Il se lève entre lo et ii heures du matin et ne tombe qu ;iu ( i»u( lu r du soleil. Lu iiiAme temps qu'il ralrnichit l'air, son soufTle salin contribue à la salubrité de la ville ; mais, dés qu'il cède la place au nodos, qui est le vent du Sud, tout change d aspect. On voit aussitôt l'horizon de la Marmara se charger de nuées fuligineuses qui traînent sur la mer, tandis (ju'une légère houle envahissant le j)ort fait s'entrechoquer les gréements des voiliers amarrés sur la rive. Les objets prennent un aspect terne, lair devient irrespirable. Toute énergie est brisée par ce souille empoisonné que les Italiens connaissent sous le nom de sirocco. Le meltem n'a que l'inconvénient (le souiller un peu troj) vivement sur la côte euro-

] rni«', au point (|ue les riverains s en trouvent

incommodés ; mais la côte d Asie n est à I abri de ses violences (|u"à son détriment, car son action aurait pour effet de neutraliser celle du soleil qui ne la quitte point de la journée. A l'heure où il dis- |)aralt derrière les coteaux boisés de Bebek et de llissar, la brise tombe à plat. La mer s'apaise et dans 1 eau agitée de renions se réfléchit 1 image des mai

sons et des arbres qui bordent la rive. Les soirées seraient ici délicieuses si les bateaux du Chirhet ne choisissaient précisément cet instant pour obscurcir l'air d'opaques fumées. Mais les matinées y sont d'une douceur dont rien n'approche. Nulle part, un air plus léger ne baigne des sites plus délicatement évaporés de teintes bleues ou lilas. C'est dans cette atmosphère tiède et colorée que s'oublie le Kief de l'indigène qui passe des heures entières à sa fenêtre.

Le meltem ne souffle que dans le Bosphore, et c'est à peine s'il se fait sentir sur la colline de Péra ; il est nul à Galata, qui est d'ailleurs réputé pour être l'un des endroits les moins aérés de la ville. Les îles des Princes, distantes d'une dizaine de lieues, jouissent d'une brise locale, mais qui ne commence à souffler qu'à partir de l'après-midi. A cause de ses matinées chaudes, les bains de mer y sont plus agréables que dans le Bosphore, où les eaux se trouvent constamment refroidies par les courants qui les entraînent vers la pointe du sérail.

Il ressort de ces quelques observations que Constantinople jouit d'un climat des plus tempérés. 11 y pleut sans exagération trois fois moins qu'à Paris, et l'on n'y voit que rarement les brouillards qui affligent la Ville-Lumière. Par sa situation montueuse sur la mer qui la baigne de tous côtés, la ville est naturellement assainie par les courants qui entraînent tout. Jadis les épidémies, qui lui venaient d'Egypte en même temps que les épices, la ravageaient périodi-

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quemcnt. Lv choléra venait d'ordinaire achever l'œuvre de mort comnienrée par la peste. Sa dernière apparition date, sauf erreur, de 1893, mais Ahdul-llamid, se sentant menacé, sur la loi d'une prédiction, lit adopter des mesures si énergiquement prophyla<tiques que le mal eut à peine le temps de raiicher quelques victimes à Cassim-pacha et à Hasskeuy. Pour une fois, la peur du m()nar(|ue fut utile au bien public.

Tout le monde est d'accord pour déclarer que l'automne, à ('.onstanlinople. est une saison cxciuise. Les journées y sont dout emcnt ensoleillées et aucun nuage ne vient ternir la pureté d'un ciel de pervenche. Les coteaux du Hosphore conservent leurs frondaisons que rehaussent des tons métalliques, alors que sur les clôtures saigne la pourpre tles vignes vierges. Les pluies de novembre phupu-iit la terre d'un gazon court, en même temps qu'elles débarrassent l'air des poussières dont il est saturé. La poussière, à quoi succède la fange de l'hiver, est un des plus notables fléaux qui allligent la ville. Un proverbe turc dit qu'à Constaiitinople une heure de pluie donne huit jours de bouc ; mais une foisséchée, celle-ci se change en poussière, et, soir et matin, les i hovaux et les fiacres la soulèvent en épais broiullards d«»nt les toih'ttes comme le feuillage des arbres sont flétris. Tout y prend en été la couleur des chemins pulvérulents. La poussière, on la respire en marchant ; on la sent craquer sous la denf en mangeant une bouchée de pain ou une côtelette.

Ao C 0 N s T A N T I X O P L E

Quand le vent se met de la partie, la ville disparaît dans un tourbillon jaunâtre. Alors chacun s'enferme chez soi, portes et fenêtres closes. Mais en automne, elle disparaît en même temps que la plaie des moustiques qui régnent principalement dans la banlieue. Je doute qu'il y ait une contrée au monde où la lumière soit plus richement nuancée, plus délicate dans ses dégradations, plus apaisante avec ses tons d'améthyste. Lavé par les pluies, le ciel y est pur et profond; la nuit, il s'assombrit à peine au feu des étoiles. Alors s'éteignent les pochades de couleurs vives de l'été dans le poudroiement de l'air embrasé du soir et qui allument des reflets d'incendie sur toutes les vitres de Scutari.

Cette saison donne lieu parfois à un curieux phénomène comme je n'en ai vu que là. C'est le Zumbul Hava ou Temps de Narcisse (bleue). Le Zumbul Hava c'est la couleur azurée que le ciel couvert jette sur le paysage après une averse. Bleues sont alors les vallées, lilas la masse des maisons. Unie comme un miroir, la mer a l'éclat de l'étain en fusion. Peint sur une toile, cela paraîtrait invraisemblable, mais c'est à peine si les gens s'aperçoivent du curieux phénomène. Cependant Constantinople gagne à être vue au soleil. Quand la Marmara est noyée de brume, le panorama se décolore et la pauvreté des choses y apparaît plus choquante. Pour les vêtir d'illusion, il faut la lumière des espaces, avec le cadre des montagnes derrière lequel se montre la neigeuse croupe de l'Olympe.

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