GALATA MODERNE
A trnvcr^ la Cnhitn de Yuk^ck-Cnldirini — I^« m«i»<»n« du vieut GaUU frnnçnM — lu «oin de Kureklchilrr. — !-• plare de kan» Keny et In riffulalion. — Le» gargoile» et le» odeur* de dalali». — Kcnicï^ Aili el ses hiUilrrt co»ino|>olilet. — L'affaire du ra*ino de San Stefan.» et \cs d*l»oirc* de* liomniei daffiiire* — Lact»»il* grecque « Mon mari ivi à (ialata. » — Magasin» fcrm*» fc 8 bcurea. — Le* (uiadjU. — A (]i>n«tantin<»pleehariin ilnit «e garder v»i-m^me — la (...!..•• inr.jiie et tes proiVdf».
oin n'irouvor l«* raiino tlo la vie |>rrott\ il sullit lio juvutlro liine des rues qui, à droite el à gauche, s'amorcent assez décemment sur l'arlèrc cenlralo. mais qui dcgénùrent hientôlen escalier».
Les unes mènent à Top-Hané, les autres au nauséabond ravin de Cassim-pacha. Elles sont bordées de maisons en briques rouges, mais badigeonnées en rose ou en bleu tendre. Bâties sur un même plan, étroites et hautes, ces maisons sont toutes ornées d'un balcon fermé (chahnichine') où la casanière levantine vient, la besogne finie, se délasser sur des coussins. De là, son regard plonge dans les chahnichines d'en face et jusqu'au bout de la rue. Au rez-de-chaussée se trouve la salle à manger, le salon est au premier, car à Péra, où fleurit l'oisive vanité, les plus pauvres ont un salon. La maison se termine par un bout de terrasse où sèche le linge de la famille. Il faiî nuit lorsque la rue s'éclaire d'une lanterne jamais nettoyée, qui rend encore plus noirs les coins où naguère s'entassaient les chiens. En été, c'est la poussière ; en hiver, la boue. Ces maisons se perdent dans le chaos des maisons turques qui se pressent sur les versants de Top-Hané et de Cassim-pacha, dont le cloaque à ciel ouvert charrie jusqu'à la Corned'Or les immondices de cette partie de la ville. On remonte vite à Péra. La Grand'Rue aboutit, du côté Sud, aux escaliers de Yuksek-Caldirim qui passent sous la tour. Cette descente, qui rappelle la calata de Santa Lucia, est bordée d'hôtels borgnes et d'aguichants étalages d'imageries. Louches sont les ruelles qui descendent à gauche vers un ghetto fangeux dont il va être question. Saleté et activité commer-
(') Min.dor.
cial(!. tcll«î8 sont les <arastori8tique8 de co faiihotirg. Au l)as de la dosriMilc, avant d'arriver à la place de K.ira-Keiiy. s'ouvre, à droite, une rue assez large où ae trouvent les bureaux de poste des roloiiies élraniçères et les principaux ftablissrmenls financiers. La parti»' du (|uarli<M' <jui, de ce point, se <h'v«'loppe jus(|u'à la mer recèle ties vestiges d'industries locales «'t un iniporliiiit commerce de porcelaines austro- .illriiKind. Les plus importantes maisons de (lalata. en tant que luxe de raçiul»' et activité d'alFaires, sont judéo-autrichiennes. Depuis longtemps, les Tiringet lesGoIdenberg en ont chassé les produits de la lielle- Jartlinière. Il n'y a |>lus là fju'un seul établissement qui repn'senle nos inler«^ls. c est la Manque Ottomane.
Le vieux «piartier français, qui se groupait au bas de In tour, n'a pas encore entièrement disparu. Des haris en encorbellement, où le commerce de ('olbert fleurit peiulant deux ou trois siècles, y sont encore debout, bas et trapus. A l'époque d'insécurité où ils furent construits, les habitations franques étaient du même style (pie les fortifications. Toutes n'ont pas encore été démolies, et (|uelques-unes sont encore habitées. Aux rares fenêtres s'entre-croisent des barreaux de fer mangés de rouille et quelques échoppes, avec l'auvent qui les surmonte, rappellent l'époque Louis XIII. On y voit encore le han de Saint-l*ierre. jadis entrepôt commercial et tiemeure consulaire, où vécut la famille Chénier, où naquit le poète. L'no plaque commémoralive, scellée sur une façade, consa-
cre ce souvenir. Ces constructions disparaissent à mesure pour faire place à des maisons modernes. Cette partie du faubourg qui était, il y a à peine trente ans, peuplée de familles de descendance génoise, maltaise et grecque, n'entend plus que les dialectes de Pologne et de Galicie. L'Église Saint- Georges est entièrement pavée de souvenirs français, mais elle est devenue la propriété des Lazaristes autrichiens, et leur collège n'y enseigne plus que l'allemand.
Les rues qui s'ouvrent à droite se perdent dans un pauvre quartier où se pressent des maisons de bois. Au farouche silence des ruelles étroites, aux treillis qui aveuglent les fenêtres poudreuses, aux rares passants qui glissent sous les chahnichines, on devine que là s'arrête la vie franque. On n'y voit ni boutiques, ni marchands, mais un haman barbouillé de rose et quelques mosquées dont Arab-Djami, au clocher génois.
Galata est flanqué à ses deux extrémités de quartiers turcs, dont la population vit des arsenaux de l'État et aussi d'un commerce de Circassiennes. Constantinople se trouve sectionnée de centres qui forment entre eux le plus curieux contraste, suivant qu'ils sont peuplés de musulmans et de chrétiens. Nulle part, la division des éléments n'est plus sensible qu'en cette ville où ils constituent autant de groupes qu'il y a de confessions. En passant d'une échelle à l'autre, on fait connaissance avec une nation nouvelle ; à chaque pas s'affermit l'impression
que les races s'y juxtaposent sans se confondre. C'était autrefois lo tas de P«';ra lorsqu'il n'était habité que par des Européens ou d'éléments d'origine latine, car Péra ne s'est internationalisé que ver» la première moitié du siérle dernier. L'Asie seule, représentée par le Ture, inassimilable, continue a gard«'r farouchement les distances. Mais comme il serait difficile de loger à Fera tout le monde, il y a encore des quartiers grecs, des (juarliers arméniens et des quartiers juifs à Stamboul.
A cet endroit de (îalata, bordant la rue qui débouche à A/ap-Cap, se trouve une adorable fontaine, pareille à celle qu'on admire à Top-Ilané. La poissonn«*rie est à la même place (|ue sous la domination génoise, et l'on contiiuie à fal)ri(|uer des rames dans les |)itloresque8 bicoques de Kurektchiler. A Kalafal- Yeri la rive |)résente un fouillis curieux de ruelles étroites, de hans trapus, d'i-choppes délabrées, adossés à des débris de tours et de murailles. Des voiliers s'y pressent dans l'eau trouble, amarrés à des canons rouilles enfoncés dans la vase. Des mahones et des calques aux bouts recourbés y sont couchés et la poix à calfater bout dans de grands chaudrons qui remplissent I air île funuo.
La bourse s'élève dans un coin île la place de Kara-Keuy sur laijuelle aboutit le pont, qui relie Galata à Stamboul. C'est assurcment l'endroit le plus vivant de la ville. La foule qui l'encombre, soir et malin, se grossit à chaque instant de celle que les bateaux, qui desservent la ville et la ban-
lieue, déversent sur les apponlemcnts. Si Péra est le centre au commerce de luxe, Galata est celui des affaires, de la circulation. Les piétons, comme les animaux de bât, jouissent au même titre que les harnais d'une liberté de mouvements illimitée. Des ânes chargés de longues poutres traînant sur le pavé, se frayent un passage au milieu de la cohue qui se bouscule pour ne pas se l'aire écraser. Mais voilà qu'ils se heurtent tout à coup à des équipes de portefaix attachés à d'énormes colis. Impatients, les àniers rugissent en poussant leurs bétes à coups de bâton. Les portefaix ripostent par des cris féroces et vont de l'avant, culbutant les bourricots. A tout cela s'ajoute le sans-gêne du piéton qui marche droit, bousculant tout ce qui le gêne. C'est le cas du soldat turc qui agit souvent par malveillance, mais aussi par paresse de mouvements et lenteur des réflexes ; il est moins dangereux cependant que le cavalier qui va galopant devant lui sans crier gare, ou le boulanger qui pousse un cheval charg«' de deux énormes corbeilles. Cependant, les plus cyniques sont les Persans qui transportent les matériaux de construction. Ils forment des caravanes do chevaux bâtés et attachés l'un à l'autre par une corde. Le conducteur, après avoir déchargé, enfourche le cheval de tête, et, pour ne point perdre de temps, galope à travers la foule épaisse sans aucun souci des accidents qu'il peut causer. La caravane est toujours suivie d'un cheval traînard. On peut observer qu'il n'abuse point de sa liberté.
rar rien no !»• distrait ««n < li«*nii(i. et il no pord jamais (le viio 8CS ronjpa^noiis dont l'alluro rèj^lo la bionno. La police n'a jamais sonj^ô ii nioliro colto oanaillc
I la raison.
Il ost dillicile d ovilor cos oniharras, mt^nio lor»- ({u'on arrivo à so maintonir sur liin dos trr)ttoirs f'troits qui mônont à Top-lianf. Au |>romior aliord.
<ttr nio ra|)|tfll<' los marines commerranles du l'yréc et do Smyrnc. Ce sont les mêmes restaurants, los m«'^mos od«Mirs, los mômos oafos. los niAmos gar- ;^otlos ou los r«'lonts tiu vin rosino so môlonl au raki que l'on sort sur dos comptoirs peints de scènes niytholo^i(|uc8. Les Turcs, (|ui iio boivent pas ou loij^iu'nt <lo no pas boire, gagnent r<'laf^o au-dessus' ou sont les calos-concorls indigènes, dont la façade -0 pavoise <lo loques i\c dra|»oau\. l)os odeurs
exhalent dos boutiques crasseuses des bakuis. avec la runj(''e des cuisines en plein air. Nombreux y sont les saraf (') assis devant leurs boites vitrées où sont ranimées dos piles de modjidics et dos pièces 'I or «!«• toute provenance. Les agences de navigation et II douane s'élèvent sur un bout i\o quai construit par ur>e société IVançaiso. ('.«>lto partie do (ialata est • utioromont grecque, et tout le tralic est détenu par los insulaires de l'Archipel et des Iles Ioniennes qui
o tiennent a»i seuil tlos bouti(|uos, égrenant non- ( halamment leurs co/;i/i»oA//.v. i'Iusque jamais, le cabotage «les ports i\r la mer Noire est monopolise par
(') (Ihangeur* de monnaie.
les armateurs grecs, la plupart enrichis, à Odessa et à Galatz, dans le commerce des grains. Après une période d'éclipsé de leur marine, ils s'avisèrent un beau jour de remplacer leurs voiliers par une flotte de cargo-hoats y construits dans les chantiers anglais. Ils se débarrassèrent si bien de la concurrence étrangère que les deux tiers des navires qui traversaient le Bosphore arboraient le pavillon hellénique. Les églises de la communauté de Galata ne sont que de pauvres édifices blanchis au lait de chaux, mais elles rachètent leur modeste extérieur par une abondante profusion de lustres en cristal et d'icônes ornées d'ex-voto découpés en forme de vaisseaux. Chaque matelot qui traverse Galata croirait manquer à son devoir s'il n'y allumait une chandelle de deux sous.
A gauche, la vue plonge dans des ruelles souillées de boue et de détritus, mais plus souillées encore par les exhibitions qui y sont tolérées. C'est le fameux Kemer-Alti où, depuis quelques années, s'est établie une population bizarrement allublée de lévites et de chapeaux crasseux, répugnants spécimens des ghettos transleithan. Ils y vivent d'expédients et surtout de prostitution. Dans la ville franque, les maisons de plaisir n'ont rien de clandestin, et chacun sait qu'elles constituent une source de revenus pour la police. Elle leur a cédé ce quartier, qui était jadis peuplé d'Arméniens catholiques, où se trouve encore leur église patriarcale. On y voit aussi le beau collège français de Saint-Benoît et
l'i'gliso dt' ce Tioin ('). Los hi-lairos do h'emer A//i »e lionnf'fit devant \ours portes, en étalage de chair. airiil)I«'eH de jupons Mancs qui leur arrivent aux genoux, de» sourcilB peints et des fleurs artificielleft aux cheveux. Elles logent dans des boutiques en bordure sur la rue. La laçade vitrée laisse entrevoir un poêle i'uinant dans un coin, des ustensiles de cuisine, et, les manches retroussées, une vieille vaquant aux soins du ménage. L'n rideau de cotonnade rouge cache rarri«Te-hoiiti<|ue et ses mystères. Malgré le fard qui leur empAle uniformément les traits, la race se trahit à des détails de physionomie. On distingue la t/iganr aux yeux taillés en amande, le front piqué d'un tatouage bleu ; la Grecque vive et bavarde, la massive .Arménienne, au regard placide. Mais le qui abonde, cesl la grasseyante liije originaire des pays qu'arrose le bleu Danube. Ces pauvres victimes d'un trafic qu'encouragent les autorités étaient la propriété de <leux ou trois particuliers que tojit (talata connaît. L'un d'eux s'était menu» acquis des litres à la gratitu<le de ses coreligionnaires en construisant un temple ii la gloire <lu Très-Haut. Cette tolérance, aussi publiquement ailichée. était d'autant plus faite pour surprendre (jue les Turcs ne tolèrent rien de pareil dans le voisinage de leurs quartiers. (îrAce à ses encouragenn'nts. la plaie s'étendait jusqu'au cœur de Péra, s'inliltrant dans les quartiers les plus
(') Aujourd'hui con(t«qu^ par let Jeune«-Turr«. Ont él^ ^yaUsiMii roaH^qu^t l'ntile de Trliikoiir-lUxlan, to pensionnat de 6IIm d« Nolr«« Dame de Sion tt leur chapelle traa»(t>raife tn Bioftqaë«.
sains. J'ai connu des familles qui se* sont vu forcées (le quitter leur domicile pour ne point se trouver porte à porte avec des femmes publiquement protégées par le commissariat de Galata-Séraï.
Si les autorités turques se donnaient le plaisir d'encourager les vices d'autrui, ceux qui raj)porte«t gros, elles se montraient, par contre, moins coulantes lorsqu'il s'agissait d'autoriser des travaux qui au-* raient enrichi le pays sans j)orter atteinte à la moralité publique. Il a fallu plus de vingt ans de démarches et de négociations pour arriver à décrocher la permission de construire le tronçon de quai qui fait l'ornement de Galata. Deux générations de financiers, patronnées par le Quai d'Orsay, se sont usées à poursuivre la concession des charbonnages d'Héraclée. dont l'ennemi a su tirer si bon parti au cours de cette guerre, et celle de deux ou trois petites lignes de chemins de Icr cpii, chétifs aflluents, allaient se perdre dans le majestueux fleuve allemand du liaydod. Au lendemain du retentissant coup d'Etat jeune-turc, les gens d'affaires, alléchés par ce qu'il promettait, s'abattaient dru à Péra. Abdul-Hamid n'ayant guère favorisé les entreprises, ils pensaient • qu'ils seraient plus heureux avec le nouveau régime. En cil'et, il n'était question dans les banques et dans les banquets oillciels que d'ouvrir de nouveaux débouchés à l'activité européenne, aux capitaux européens. Faut-il rappeler que les déceptions y furent nombreuses, que beaucoup s'y ruinèrent en pots de vin et en frais de représentation? Les uns pensaient s'en-
G A I. A r A MOI) i: W N i: 8i
richir par de» créations industrielle», les autres par ra^riculliire. Los inoins srrii[)iiloux pens«*?renl au jeu. L idée de construire un casino sur la pla^e ensoleillée de San Stcfano date de cette époque. San Stcfano est un viilajço de la banlieue de Constantinople, entouré d'une plaine aride, sans herbe, sans eau. où il y a de la poussière en été, de la houe en hiver, et des moustiques en toute saison, ou peu s «'Il f.iiit ; mais, à défaut d'agréments naturels, il possède, outre sa plage, où déferle le flot de la Marmara, le privilège de se trouver sur la ligne du clnMuin de fer (]ui relie l'Orient à I Occident. L'idée du casino germa dans l'esprit boche du banquier Marx de Mannheiin. mais elle ne fut pas plutôt connue, que les capitaux s'empressèrent d accourir à l'envi. Ceux des Français y étaient représentés par l'administrateur du lionnpt-lioufje. Copieusement arrosée, l'afTairc était appelée à rapporter les plus beaux fruits. On y devait multiplier les attractions, surtout celles qui, par leur nature, sont susceptibles de ne laisser aucun aléa. Ce fut l'une des rares concessions accordées par les Jeunos-Turcs.
Le syndicat s'atnrma d'abord par de grands achats de terrain, puis, sur les terrains achetés, l'on lit d'importantes plantations d arbres. Le plan comprenait la création d'un hôtel, d'un théâtre, d'un casino et autres lieux de plaisir, d'une plage de bains où les dames auraient eu tout loisir de se montrer dans le plus simple appareil. Le casino, on l'aurait construit à l'instar du célèbre établissement de la
BUTIIA?I0 BaKBILLCS.
côte d'Azur. Les Jeunes-Turcs, ne songeant qu'à tirer le meilleur j)arti de leur passage aux affaires, étaient disposés à tolérer tous les raflinements de la civilisation. On devait doubler la voie pour faciliter les communications avec la capitale, construire force maisons de rapport, et le village serait devenu une ville. On sait comment tout cela a fini. Cependant les arbres n'en continuent pas moins à pousser, à la satisfaction des San Stéfaniotes, qui leur devront ces ombrages.
Comme il n'y a pas à Constantinople d'endroit spécialement désigné pour la vente des objets de consommation, les marchands, après avoir couru la ville, la corbeille au dos et les balances à la main, se rangent le soir sur les trottoirs des rues commerçantes. x\ l'intérieur de chaque corbeille une bougie est piquée, et chacun fait ses emplettes de fruits et de légumes avant de rentrer à la maison. La moitié de Péra descend à Galata dès le matin pour ses affaires. Quand on demande à une Levantine ce que fait son mari, elle répond neuf fois sur dix : « Il va à Galata. » Aller à Galata confère une situation sociale et signifie qu'il joue à la hausse et à la baisse, qu'il vit de courtage et d'opérations diverses. Le Levantin sait tirer parti de tout, et il ne rentre jamais les mains vides d'une journée passée à fouiner autour de la bourse. A cette heure, les cabarets, éclairés de grosses lanternes, mêlent leur tapage à celui de la rue sur laquelle ils envoient par les portes ouvertes des traînées de lumière et de chaudes bouffées d'alcool aromatisé. A neuf heures, la patrouille passe.
G A L A T A MOI) !• lî N E 83
précédée d'un .i/^nut .irim* (i'iiti nerf de bœuf et les cabarets s'cinprossi'iit de leriiior portes et volets; mais cela n'eniix^che pas les libations de conlitinuer à buis < los par \n vertu du bakcbiebe. La population. (|ui habite b* faubourg se répand sur les quais ou s'entasse aux terrasses des calés, surtout par les belles soirées, alors que la lune brille sur la rad»"; eiidorinie. Les eoinnierrants ne logeant pas dans les bonti(|ues, c'est à un hamal qu'ils en conlienl la partie. Les bans et les ba/ars sont gardes la nuit par \itihi<fjî r|ui est Turc ou Kurde depuis qu On a supprime I Arménien. Le bamal, après avoir lait le long du Jour la béte de somme dans le quartier. j)asse la nuit sur une table de comptoir, roulé dans une couverture. C'est un axiome à ('onstantinople que chacun doit se garder soiménu* et par ses propres moyens. Tout homme considérable possède un rnmtr galonné d'or (jui garde sa porte et l'accompagne dans ses sorties. L'ambassadeur, lui-nu^me, était protégé par son j)ropre cavas. Personne ne comptait d'ailleurs sur la |)olice ((ui n'avait été instituée qu»» pour ennuyer les gens de Péra. I>n rui(pn(\ tout policier se double d'un mouchard, et tout mouchard finit dans la peau d'un policier. (Cependant C.onstantinople «tait la ville du monde (|ui possinlait autant de (orps de garde (pie d'agents de police, liien volontiers, la population se serait passée des uns et des autres. Dès le lendemain de la guerre russo-turque la ville francpie s'était vue. sans raison aucune, enserrée dans un
réseau de postes militaires, à la porte desquels se tenaient deux soldats bottés, l'arme au bras. Des patrouilles s'en détachaient la nuit tombante pour parcourir les rues. Elles se multipliaient en temps de crise politique. Les autorités excitaient, suivant les cas, la police tantôt contre une catégorie de sujets, tantôt contre leurs adversaires. C'est la police qui était chargée d'organiser les massacres et d'armer les assassins politiques. C'est elle qui distribua les gourdins à l'aide desquels le bas peuple assomma les Arméniens en août 1895. La Turquie aura beau se réformer, sa mentalité est trop spéciale pour que pénètrent jamais en elle des notions d'ordre et de justice impartiale.
Une vue de la Corne-d'Or.
CHAIMTIU: IV
BEKOJI
TOULOUMBADJI