‹ ConstantinopleChapitre 8 sur 47 · HAMALS · texte numérisé non relu

HAMALS

l.e bekdji ci son bAton. — Cliaqiir qunrlirr .1 t<j siou. — Orijjiii»- roiiinine de» int(t(ulion« miMiiripalf« lie la ville — Rf'ilr de rimain — Il eti le g.irdien ilii lunimeil |>ul>li)et de% bonnet mmir*. — I/nventure de Mirx.i on le mnriu^e im prévu. — Rôle du bekdji au ino ment dei incendies — Yaaiujhin Var. Ce qu'en pentaieat le« cbien».

— Lc«Tuul<>unib;idJitet TrAquence dei incendicN — Leurrerruienient.

— La touloumba et le» b<^u«^firc* du TouloumbiiilJ I . — Le llnmul indi»penvablr. — In dignilnirc du palai* pr«^»idait i la rorpur<i(i)»n. — l n d^in^na|;enient vaut k IVr* den« incendie». — Son rotiume es! d'<iri|fini* {(.uiloi^e — Sa vibrii^l^. ^,t ni:(ni<Tr lio lanici .

LA nuit veiino. les fenêtres s'éclairent les unes après les autres, «t sur lY'tTan des stores l)aiss<>s passent des

La Tour Ae Gclûtû.

ombres qui rappellent Caragueuz ('). Dans la rue noire, un bruit de bâton ferré bat le pavé à intervalles réguliers. C'est le bekc/Ji qui passe, le veilleur de nuit. Ce bruit de bâton a pour but de rassurer l'habitant et pour qu'il lui soit un signe qu'il peut dormir en paix. 11 indique également les heures, d'après le nombre des coups. On sait que les Turcs comme les Arabes comptent les heures à partir du coucher du soleil. Le bekdji laisse tomber un coup plus faible pour marquer la demie. Tel était son rôle. 11 en avait un autre, non moins important. Jadis les quartiers de la ville jouissaient de privilèges municipaux, héritage du passé byzantin. Eu tête figurait l'imam, élu par le quartier. Il remplit encore les diverses attributions qui, avant la Révolution, étaient dévolues aux curés de France. Il est chargé de la mission de conférer l'identité aux indigènes comme aux étrangers devant la loi turque. C'est ainsi que l'imam de la mosquée de Cassim pacha avait juridiction sur Péra. Pour l'assister dans ses fonctions, les habitants désignaient deux notables, les moukhtars, qui choisissaient le bekdji. Il est à peine besoin d'ajouter que depuis fort longtemps la population n'est pour rien dans cette organisation, et que la police s'occupe de tout. Une autre fonction du bekdji, d'un genre particulièrement délicat, est de veiller sur l'honneur des harems, ce qui l'oblige à

(') Caia,irueuz est la marionnette tuiqiie qui se jirodiiit sous la forme d'ombre chinoise.

inicrvonir toutes les lois qu'un inconnu se présente pour louer un ininjeuble. Il lui demande s'il est marié, s'il a des enfants, et ce n'est qu'après s'être copieusement renseigné sur toutes ces circonstances (juc l'inconiui est autorisé à passer contrat. Los célibataires sont soigneusement écartés, a moins (ju'ils ne s'engagent à prendre femme dans le mois. En Tur- 'juie. Xi^shftns cl les auberges sont faits non seulement j)Our les voyageurs, mais pour tous ceux qui ne vivent jias en ménage. Le bekdji a également pour consigne d empêcher les non-musulmans de louer dans les qtiartiers turcs.

Au temps jadis, lorsqu'il arrivait qu'un célibataire • lait inculpe du |)échc de galanterie, le veilleur de nuitlcdénonçaitaux autoritésduquartier(|ui, aussitôt, procédaient au châtiment suivant les formes de la justice expéditive. Pendant que les moukhtars tenaient les deux bouts d'un b:\lon où les pieds du coupable se trouvaient entravés, le bekdji. armé d'un rotin, lui administrait un certain nombre de coups sur la plante. Son rang d'oflicier municipal lui reconnaissait la faculté de re((uérir. en pareil cas, l'aide des *arco* et des hnmnfs.

In jour un hekffji, accompagné de rimnin et <les moukhtars frappent à la porte d'une maison où vivait une veuve avec sa servante.

« Vous ave/, chez vous (pichpi un cpii n'est pas de la maison, demanda sévèrement limam.

— Parfaitement, répond la dame, sans s'émouvoir.

— Où est-il?

— Vous allez le voir; un moment de patience, s'il vous plaît. »

Et, se penchant sur la rampe de l'escalier, elle cria : « Mirza où es-tu? Descends. Les effendis du quartier demandent à te voir. »

Mirza obéit, sans trop se presser, sachant ce qui l'attendait au bas de la dernière marche. Mais voilà que la dame lui pose la question : « Voyons, Mirza, veux-tu de moi en mariage?

— Oui, répondit l'homme sans hésiter, ayant déjà compris.

— Avez-vous entendu, reprit la dame. 11 consent à m'épouser. Vous n'avez donc plus qu'à dire les prières qui marient. »

Mis en demeure d'opter entre le bâton et le mariage, Mirza avait pris le bon parti. L'imam ne fit aucune difficulté pour souscrire à ce désir légitime. Les deux moukhtars servirent de témoins. Les prières dites, tout le monde se retira en leur souhaitant du bonheur.

Mais, c'est à l'occasion de ces nombreux incendies qui éclatent à Constantinople que le bekdji est appelé à jouer un rôle qu'on peut qualifier de retentissant. Sitôt que les keuchlus à la veste rouge ont hissé sur les tours de Galata et de Stamboul leurs flammes de même couleur, s'il fait jour, et de gros ballons lumineux, après le coucher du soleil, une batterie établie sur les hauteurs de Candilie avise la population en tirant sept coups pour la région de Péra et du Bosphore, et cinq pour la ville

de Stamboul. A ce signal, le i)ekdji, campé au milieu de la rue, attend le passaj^e de la vcsttî rouge qui, javelot au point, s'en va au pa» de course dans toutes les directions dire le nom du quartier en péril. Alors df ti)ule la puissance de ses poumons, il crie : Yanifhin rnrÇ). en trainant sur la dernière syllabe. Il s'arrête pour mieux donner de la voix, la joue pfMuhée sur la main. .Non, rien de connu ne rap- [)elle ce cri où semblent rés«»nner les tristesses des fléaux irréparables. Puis, il prononce sourdement le nom du (juarlier éprouvé. Non moins im|>r(>ssionés les chiens de rue interprétaient vo cri à leur façon, mais en lui donnant le nu'^me accent de lamentation. Le curieux est que, bien avant le passage du keuchlu <'l avant même que 1«* canon eut jeté l'alarme, les < biens s'étaient déjà acquittés de ce devoir. La subtilité (\o IfMir flair avait deviné qu'au loin se passait quebpie chose d'anormal. La nuit, notamment, on les entendait aboyer avec ensemble et le maître chien, assis sur son derrière, pousser des hurlements caract«'risli(pies. Cela uc tr<)m|»ait jamais: « C'est le feu ». s'écriaient aussitôt les gens avertis. A ma porte vivait un chien qui se signalait dans cegonr»' «l'exercice. Toutefois le j)auvrc animal se voyait bien mal récompensé de sa peine. Agacé probablement par ses hurlements, un voisin no manquait jamais de sortir pour lui allonger un coup de b^ton sur sa maigre échine Mais au lieu de le corriger, le coup

(•) Il y a le fea

ne faisait que clianger la nature de sa plainte qui alors j)renait un accent aussi aigu que personnel.

Pendantle premierquart d'heure la villeentière s'intéresse à l'événement. Ce sont des allées et venues, des appels forcenés, des gens qui courent, des fenêtres qui s'ou'vrent ; mais ce tapage ne dure jamais bien longtemps. Le reflet incandescent qui rougissait un coin du ciel s'éteint doucement. Ombre errante, le bekdji continue à bàtonner le pavé des ruelles redevenues silencieuses. A Constantinople, les légères maisons de bois ont vite l'ait de flamber avec leurs treillis, leurs stores de toile blanche, leur sommaire mobilier de nattes et de divans rembourrés de paille.

Le bekji joue un autre rôle dans les quartiers turcs. Au mois de ranwzan, qui est entièrement consacré au jeune, il tambourine à une heure avancée pour réveiller la ménagère afin qu'elle apprête le soourt, qui est le dernier repas qui précède l'aube. Dans la banlieue, il vient jusqu'à la limite des quartiers chrétiens. Le bruit rythmé de son ihwul a plus d'une fois bercé mon sommeil. D'abord vague et doux, il grossissait en se rapprochant et éclatait tout èi coup comme une menace sous mes fenêtres ; puis, s'éloignait dans une douceur de sons que mon oreille s'obstinait à poursuivre. Le bekdji a délîni lui-même son rôle d'éveilleur dans un air qu'il chante le jour du bairam quand, de porte en porte, il va réclamer son bakchiche. Je traduis : « Les ala'îks, s'assoupissent sur la pierre du foyer, mais au bruit de mon tambourin, elles se secouent jîour jtréparor le pilaf du ttoourt. Elessa, èlcssa,

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èiessa. » V.\\ < liorcliaiil lo sous de ce refrain, j'ai fru y découvrir !•' mol /'leUon ; mai» n'esl-il pas curieux de n'ifouver ce vocable hy/antin. qui correspondait au joyeux Noél de nos pères, dans la bouche du bekdji turc ?

On ne saurait parler d'incendie sans mettre en scène le fameux corps des touloumba'djis. On a prétendu, à tort. qufMctt»' institution aurait été l'onivre du «'ornto de honneval. Il n'est |>as impossible que l'ami W N'ollaire. (|ui essaya de réformer bien des choses en Turquie, ait introduit des améliorations dans ce service. Il ressort pourtant d'une statistique fort ancienn«\ où sont cnn'^^'istrés. quarti«'r |>ar quartier, les monuments. U*s maisons et l«*s emplois rdilitaires de la ville, que les toultiumhndjU «'t même les bektljis de nos jours existaient dès le \* siècle. Ces institutions remontt>rai<>nt donc à réporpie roniaine, et p«'utétre sont-ellt>s aussi anciennes que la civilisation orientale. On b*s retrouve encore en Kspagne. Les veilleurs do nuit n Ont disparu du midi de la France (|ue depuis la Hévolution.

Au temps du comti' «le lioiiinval. les i]ii.)r(ii'i> de Stamboul et de Cialata n'étaient qu un amas de boutiques et de maisons de bois entassées les unes sur les autres dans tles rues étroites et tortueuses. < hiand le feu éclatait sur un itoint. aurun effort ne '|iarvenait à limiter le désasti*e. C'était tantôt une portion de la ville qui disparaissait aussitôt, tantôt une autre, si bien «pielle en a été, dit-on, entièrement ren<»uvelée cinq ou six fois depuis la conquête. Le

seul inrondio do 1780 consuma la moitié de Stamboul et fit plusieurs milliers de victimes. Le pire est que la politique s'en mêlait, car le feu a dé tout temps été considéré en Orient comme un moyen de peser sur les décisions du gouvernement. Peu après le massacre des janissaires, les bazars et les quartiers riches lurent livrés aux flammes par leurs partisans. On a vu le même fait se reproduire en igo8 contre les Jeunes-Turcs ; mais on devine combien ces désastres, qui se renouvellent à chaque instant, ont dû être préjudiciables à la fortune publique comme à l'intégrité de la ville. 11 y a encore à Constantinople quelques vieilles familles historiques, mais aucune ne pourrait se flatter d'avoir conservé, des aïeux, soit une maison, soit un souvenir authentique. Néfastes, les incendies ne l'ont pas moins été aux trésors artistiques et à plus d'un monument de la ville de Justinien. En dehors des mosquées, qu'a protégées leur isolement, et de quelques églises byzantines, que la massivité de leur construction a préservées, tout ce qui était à la surface a péri. Sans les trésors pieusement conservés en Russie, en Italie et en France, ainsi que dans les laures du Mont Athos et des îles, on ne saurait plus à cette heure ce que fut l'art byzantin. L'énorme butin provenant des villes conquises par les Turcs s'est également évanoui dans la fumée des incendies. Il n'en reste plus que des épaves dans les salles du Serai de Top-Capou.

Les incendies ne cessent de ravager la ville. Une croyance répandue veut que la saison des aubergines

soit (('lie où ils se iiiiilti|iii<'nt 1*- |)liis. 11 est pormis de rroire que cela tient plutôt à des uccidents de euirtine qu'il une influence d'ordre métaphysique. L'habitude <l<' faire frire ce légume dan» l'huile grésillante serait la principale cause de ces accidents. Le malheur est qu'avec les masures disparaissent les vieux conaks où se conservaient les traditions d'un art local. La pioche aidant, il est probable (ju'll n'en restera plus un seul d'ici une trentaine d'années et qu'un temps viendra où il sera difficile de reconstituer la vieille maison turco-by/antine. Elle est remplacée, au fur et à mesure, par des constructions modernes où se donnent libre cours les niaises fantaisies de l'architecture cosmopolite. .\u surplus, la tendance a remplacer le bois par la brique se fait de plus en plus remarquer même au ccrur de Stamboul. O que la maison conserve, en dépit de la modernisation à outrance, c'est le ihiihnivliine, et certaines dispositions d'aménagement intérieur, parce qu'elles répond. 'ni 1 dis usages consacrés par le temps.

C'est dans le corps des janissaires que se recrutaient autrefois les touloumbadjis. Ils étaient répartis en o<ias ou chambrées, au nombre de quatre, de deux cents hommes chacune. Au premier signal, les plus hauts dignitaires devaient se rendre sur les lieux du sinistre. On y voyait le Grand-V'izir, le capitan-pacha, le muchir de Top-llané. Ceux des fonctionnaires qui. par négligence, s'étaient laisse devancer par leurs chefs leur devaient une amende. Le

sultan était averti par la brusque apparition, au seuil de la pièce où il se trouvait, d'un ennuque vêtu d'une robe rouge. Et toutes les fois que le feu menaçait de prendre une dangereuse extension, il ne manquait pas d'aller se mêler à la fotile des travailleurs j)our exciter leur zèle.

Après la destruction des janissaires, l'on crut devoir revenir à la coutume, jadis abolie, en confiant la direction de ce service aux notables de chaque quartier. Ils désignaient un n'is qui assumait l'obligation de recruter et de commander l'équipe (taifeh). En faisaient partie les hamals, les artisans et, en somme, tous ceux qui en témoignaient le désir. L'usage voulait qu'à ces fonctions le réis joignit celle de chef de la corporation des hamals, ce qui lui permettait de prélever sur les recettes quotidiennes de ses administrés de quoi s'acheter et entretenir un cheval.

Les choses se passent aujourd'hui de la même façon, à cela près que le raccolage se pratique sans choix ni contrôle. Devient touhuînhadji (\\x\\e\\i. Le réis monte toujours un cheval lorsqu'il se met à la tête de ses hommes pour courir au feu. Ces derniers y vont à pied et on les voit même pousser leur fidélité à la tradition jusqu'à y aller pieds nus. La pompe et ses accessoires sont déposés au cooiich ('), ou bien, ce qui est plus fréquent, dans un café appartenant au rm. Le café est l'endroit où se réunit l'équipe avant d'aller au feu.

(') Chambrée.

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Au sij^iial des sept (-ou|)s do ranon, l'artisan quitte 8011 r(lu)j»|»«», le |)«''t|jeur ses lilels, le hnmnl son semer, lo seribe son kalein et, comme le hekdji, vont se mettre sur le passage du keueiilu. l'uis, ils se r«Ti(l(*iit au cuourhoxx ils se niett<>nt en tenue de touioiiniljadjis. (^)u'il lasse chaud ou froid, elle est toujours fort sommaire. Caleron étroit de toile blanche qui s'arrête au genou et flanelle de coton. Et c'est tout, heaucoupse contententdu caleçon.

< hialre hommes enlèvent la petite i>ompe munie ilr ses deux brancards et ils la chargent sur I «paulc (hins un riilacenwnt de bras. Les accessoires sont di>tribués à l'équipe suivant un classement hiérarchi(|ne En tête, vient le /v'i'.v mont»' et arm«* d'une cravache, l'uis, le lanternier avec sa lanterne de toile en accordéon. Ensuite, l'homme qtii tient la lance, sui\i d'un autre ({ui porte le tuyau de cuir roule et bouclé sur le dos. Enfin la précieuse toulnutnhn que surmonte un soleil de cuivre proprement astiqué. .\utourdc ce monument se groupe la cohue débraillée des loidoumbadjis.

Leurs jambes nues pialTent un instant sur place, puis les voilà |tartis. D'abord au trot. Nous croyoz |«Mit rire (jue c'est par /.éle. Il n'en est rien. Les toulombadjis ne courent (|ue pour le plaisir de courir et pour l'honneur dt> la corporation. La course dtnient iuribonde aux endroits où le public s'amasse pour les voir passer. .Mors le vaillant de la trou|>e, II' lnifmit, crie de toute la force de ses poumons le nom du (|uartier auquel il a l'honneur d'appartenir.

Quand ils vont de co train, le mieux est de leur laisser le passage libre et de s'écarter vivement. C'est ce que ne manquaient jamais de faire les chiens eux-mêmes avec une précipitation comique. Les touloumbadjis mettent leur amour-propre à ne point se laisser dépasser par une équipe rivale, car la honte en rejaillirait sur le quartier. Cet accident se produit néanmoins assez fréquemment, mais l'affront se règle sur-le-champ par un formidable échange de coups de poing.

Cette ardeur qui n'est que dans les jambes s'épuise en chemin, pour peu qu'il soit long. Aussi, sur les lieux sont-ils plus disposés au repos qu'à l'action. Ils ne disposent, au surplus, d'aucun moyen sérieux pour se rendre utiles. La touloumba ne contient que quelques litres d'eau et les fontaines de Constantinople sont presque toujours à sec en été. Le bois des maisons ne l'est pas moins. Comme d'autre part, ils courent au feu presque nus, il leur est aussi difficile d'en approcher que d'opérer un sauvetage ; mais ce point les laisse indifférents. Dans le feu, les touloumbadjis ne voient qu'une occasion de pillage et ils ne manquent jamais d'emporter ce qu'il a épargné. Ils ne reviennent jamais les mains vides. Avec cela ils ne négligent pas les petits bénéfices. Deux touloumbadjis, le matin de chaque dimanche, parcourent les cafés, l'un muni d'un plat d'argent et l'autre d'une burette emplie d'eau de rose qu'il secoue sur les gens pour les engager à la générosité. La coutume où sont les propriétaires des maisons que le feu a épar-

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j^fs i\o sa< rilicr un nionton dont la chair loiir oui attrilnifc. leur prociirr ou outre de substantielles satiHCactions.

L'institution «les touloumbadjis repr«î8onte le dernier vestij<e de la vieille rur(juie des janissaires. <'elle où l'on discerne le mieux les dcf'oriualiftns subies par la tradition by/antine.

/.(' fmmnl.

C'est lort jtcu de iliose à l'cra qu un paysan dAnalolie. Cependant il y Priait craint et respecté dès qu'il s'intitulait hnmnf, c'est-à-dire portefaix. Comme la ville est toute en montées et en descentes, et qu'on n'y utilis(> les charrettes que pour les dénM'na^<*ments à grande distance, force était de recourir à leurs services. D'ailleurs, ils ne permettaient à personne de s'en passer et de gré ou de force, il fallait s'adresser à eux à mainte occasion. La corporation veillait même si jalousement sur leurs intérêts qu on n aurait osé confier une valise à son domestique sans l'exposer aux |»Ius brutales vexations. Au surplus, elle ne reconnaissait à personne le droit tle se j>arer du litre de hamal, ni surtout d Cn amoindrir les bénéfices.

C'est d ailleurs pour mieux exploiter le public que les hamals avaient jiartagé la ville en sections auxquelles correspondait une organisation qui répartissait le personnel en groupes d"«'quipes. GrAce à ce système rien n y p<tuvait entrer, rien on sortir sans leur permission. A ce point de vue, l'institution ne laissait

BuiTRAND BaHBILLU. ^

rien à désirer. Chaque groupe était administré par un chef, le hamal bachi, investi par ordre supérieur de la charge de veiller à l'exécution des règlements. Cependant, on ne le voyait jamais intervenir dans les conflits que soulevaient journellement les prétentions de ses subordonnés. Des tarifs établis, ils n'en faisaient aucun cas. 11 paraît que cela ne le regardait point. 11 se bornait à diriger la corporation vers un but dont il partageait le secret et sans doute les bénéfices avec l'autorité supérieure. La police, qui le nommait à cette fonction, observait la même réserve. On a été longtemps, à Péra, à s'expliquer cette attitude. On ignorait que le Kéhaya de la corporation n'était autre chose qu'un dignitaire du palais, F... bey qui touchait, de ce chef, un traitement de cent cinquante livres turques par mois, somme qu'on prélevait sur une caisse spéciale alimentée par les versements des hamals. Ce cas n'était pas isolé, car chaque corps de métier avait pour chef un chambellan. Ainsi X... bey était Kéhaya des bouchers; Y... pacha, présidait aux destinées des Caïkdjis. On n'avait recouru à ce système que pour avoir en main les divers groupements corporatifs musulmans afin de les pouvoir diriger, au moment opportun, dans le sens que les circonstances indiqueraient. On n'a pas encore oublié à Péra le rôle actif joué par les hamals au cours des événements de igoS.

Cette réglementation avait naturellement donné à croire à ces primitifs que la cité franque leur avait été cédée pour l'exploiter à leur gré. Aussi ne s'en

privaient-ils pas. En vous rançonnant, ilscroyaient répondre au (Icsir de ceux qui les couvraient de leur protection. J ai connu des particuliers qui préréraient continuer à habiter une maison où ils se trouvaient mal à l'aise plutôt que d'aflronter les soucis d'un déménagement. Le hamal n'était pas que grossier et exigeant, il était terriblement maladroit. Tout objet, sur lequel s'abattait sa lourde main, courait danger de n'en point sortir intact. Aux observations qu'on lui adressait, une fois le dommage causé, il répondait par la formule qui lui est familière : « Cela ne fait rien » ('). Le dicton (jui assure que deux déménagements valent un incendie était surtout vrai à Péra.

Au demeurant, le hamal est le type le plus pittoresque qu'on pouvait voir à Constantinople. Au physique, il est court, robuste, trapu, la poitrine et le cou hàlés, le dos large et fait |)Our porter les gros fardeaux, le Iront fuyant avec un crAne pointu qu'il rase de frais. Sur un énorme coussin de cuir, rembourré de |)aille, qu il ap|>elle l);U(semer), il porte les fardeaux les plus invraisemblables. Plié en deux et fléchissant sous le poids, son front se couvre d ime abondante transpiration, l'ne fois délivré, son premier soin est d'y promener l'ongle du pouce. Les gros colis, les hamals les susjiendent à des perches. (^)uand ils se mettent en mouvement, ceux du devant partent du |iied droit, les autres du pied gauche, et de celte aUure contradictoire résulte

(') Zarar-y„k.

loo CONSTANTINOPLE

pour le fardeau une économie d'oscillation qui favorise la marche. Alors, pour s'ouvrir un passage au milieu de la foule, ils poussent un grognement énergique et le vide s'opère aussitôt sous leurs pas cadencés. Avec l'Odadji, le Caïkdji, et les Kurdes qui travaillent dans le bâtiment, le hamal forme la partie la plus colorée du peuple turc. Ils viennent des parties les plus arriérées de l'Anatolie où cependant tout se retrouve de ce qui fut son passé, semblable à ces jardins abandonnés où, parmi les herbes parasites, poussent encore les fleurs semées jadis et redevenues sauvages.

Le hamal garde dans la capitale le costume et les usages du pays natal. Dans sa ceinture, il a toujours un peigne et un miroir de poche où il se regarde à ses moments perdus pour se peigner la moustache. A sa montre d'argent, de forme bombée, qu'il loge précieusement dans une bourse ou dans un massif écrin de cuir, pend une chaîne du même métal qu'il passe autour de son cou. En été, il porte la braie de toile bleue et la petite veste de bure couleur tabac, galonnée de noir avec une arabesque dans le dos. En hiver, il se taille dans le même drap une copieuse culotte non moins galonnée. Une ceinture rouge, un mouchoir bleu autour du fez, aux pieds des babouches en forme de pelle, confèrent à sa rustique personne un supplément de couleur locale. Sous l'influence du progrès, la culotte boufl'ante tend à se muer en vulgaire pantalon, ce qui est dommage, car la ressemblance de son costume avec celui de nos Bas-

B E K I) J I — Il A M A L S loi

BretonH ost [jarfaitf^ot attosto son origine' j^auloise. Il n'y a pas que le costume du haiiial, qui rappelle le souvenir de la fameuse colonie galate dont Ancyre était la capitale. Autant que j'en ai pu juger, par l'examen comparatif des ty|)es de Césarée, chrétiens et musulmans, avec ceux de nos populations du centre de la Irance, leurs traits ont des rapports de ressemblance si frappants, que je ne puis douter que les Caraninnfis ne soient les descendants des Arvernes, des Tektosages et dos Tolstohoïens.

Les hamals quittent leurs champs pour gagner quelque argent à Constantinople, car leur pays en est totalement dépourvu. Tout l'argent liquide s'est réfugié dans la capitale. La preuve qu'ils ne sont «Apres que par ortire, c est qu ils sont personnellement très sobres. Ils prennent ordinairement leurs repas au coin d'une rue. In plat d'oignons, du fromage et un pain de douze cents grammes, forment le fond de leur déjeuner habituel. Le |)avé qui leur sert de siège, leur sert également d'oreiller à l'heure de la sieste. Le soir, ils s'entassent dans les échoppes enfumées du port. On ne les voit jamais boire autre chose que du café et du thé; ils ne jouent à aucun jeu. l'n narguileh et quelques verres d eau dans I intervalle sullisent à défrayer une soirée.

Leur séjour à Constantinople ne dure pas plus de trois ans. Ils retourn«*nt au pavs où ils portent leurs économies, dont la nuMlleure partie sert à acquitter les impôts, ils font un enfant à leurs femmes, puis re-

viennent prendre leur travail. La femme reste à la maison pour faire valoir le bien.

Ils ne sont pas absolument dénués de talent de société, car ils jouent du tambour arabe et d'une sorte de clarinette. Deux fois l'an, ils se livrent au son de ces instruments dans les ravins qui entourent Péra, à des danses qui consistent à piétiner sur place.

La Pantppoptoa.

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