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CHAPITRE III

Les voyageurs du Levant pendant la Renaissance ( Suite ) (deuxième moitié du xvi e siècle)

L’ambassadeur Augîer Ghislain de Husbecq et- l’artiste Melchior Lorch : les Colonnes de Constantin et d’Arcadius ; la capitale de Suleïman le Magnifique. Philippe Du Fresne-Canaye et l’ambassadeur M. de Noailles : l’Hippodrome « dépouillé de tous ses ornements ». Andrea Badoaro et Costantino Garzoni, . ambassadeurs vénitiens. Belleforest et sa Cosmographie universelle î la notoriété de Pierre Gylli au xvi e siècle. Steplian Gerlach, chapelain de l’ambassadeur David Ungnad : les visages des mosaïques de Sainte- Sophie effacés ; les portes de Constantinople ; la maison de Jean Zygomalas. Johann Lôwenklau : liste des portes de la ville. Salomon Schweigger, chapelain de l’ambassadeur Joachim de Sitzendorff : liste des portes de'la capitale, un ancien monastère. Hans Jacob Breünig von und zu Buochenbach et son compagnon Jean Carlier de Pinon : les croix des mosaïques de Sainte-Sophie grattées ; les colonnes de l’ancienne place de l’Augustéon. Jean Palerne: état des mosaïques de Sainte-Sophie ; un sarcophage de l’ancienne nécropole des Saints-Apôtres. Michael Heberer : Tekfour Séraï et sa toiture ; le Baptistère de Sainte-Sophie et ses mosaïques. L’ambassadeur vénitien Lorenzo Bernardo. Gioseppe Rosaccio. L’humaniste Georges Dousa. Wilhelm Dilich èt ses dessins : l’Hippodrome à là fin du xvi c siècle. L’annaliste turc Saad-uddin. — Les relations de voyage au xvi ft siècle.

Dans la seconde moitié du xvi c siècle l’investigation de la ville continue. L’impulsion avait été donnée par les explorateurs de la première moitié du siècle, dont plusieurs étaient des novateurs, animés de l’esprit de recherche désintéressée.

Un savant flamand Augier Ghislain de Busbecq (ou Busbeclt) fut envoyé par l’empereur Ferdinand I er en mission diplomatique auprès de Suleïman II, de l555 à 1562. Il profita des loisirs que lui laissaient les affaires politiques pour s’occuper d’études. Il logeait près de la Colonne de Constantin, et a pu l’observer à loisir. Elle était déjà fort endommagée par les trem-

blements de terre et par un incendie; les tambours en porphyre, qui constituaient son fût, avaient été entourés de cercles de fer (fig. ’ 12 ). 11 a vu aussi la. Colonne d’Arcadius, et les sculptures, qui la recouvraient du haut en bas (fig. 17 ). Et il ajoute à ce propos : « elle a été dessinée chez moi » i . Qui pouvait avoir dessiné cette colonne chez l’ambassadeur?

Il n’est pas douteux que l’artiste dont Busbecq ne donne point le nom, était Melchior Lorch de Flensboùrg. Celui-ci, après avoir voyagé en Hollande et en

Italie, désirant copier des œuvres d’art antique, arriva

en 1557 à Constantinople et fut protégé par Busbecq. Une partie de ce dessin a été retrouvée récemment ; il figure la partie supérieure de la Colonne, avec deux spirales sur lesquelles sont représentés une charge de

1 Cf, Itinera Consi an tinopoli ta n um et Amasianum ab Augerio Gislenio Jfushequio, Anvei* i 582 , p. 38 , 41, L’ouvrage eut de nombreuses éditions. Une traduction française de Simon Gaudon parut en 1646 à Paris* Busbecq 11e dit rien de saillant sur Sainte- Sophie, ni sur l’Ilippodrome, où il 11e signale qu’un Obélisque et la Colonne serpentine.

Tournon et d’Armagnac avaient chargés de missions scientifiques et littéraires.

M. d’Aramon avait suivi, on Ta vu, l’expédition du sultan en Perse, en 1548, et avait emmené avec lui Pierre Gylli aux Saints-lieux et en Kgypte. Il était revenu à Constantinople en i 55 o, toujours accompagné du savant naturaliste et archéologue 1 . Dans la suite de l’ambassadeur se trouvait aussi l’un de ses secrétaires. Jehan Chesnau, qui écrivit, après son

Fig. i(i. L’Hippodrome d'après le dessin de Dilich

retour en France, la relation du voyage de M. d’Aramon. L’ambassade était partie à la vigile des Rois de l’année 1547. De Venise, où elle s’était embarquée, elle était parvenue à Raguse, d’où elle avait suivi la route de terre par Nich, Philippopoli, Andrinople pour arriver à Stamboul le 14 mai 1547. Chesnau devait laire un long séjour en Turquie; il ne rentra en France qu’en janvier Sa description de Constantinople est très sommaire et manque de pittoresque.

1 Cf. Comte de Saint-Priest, Mémoires sur VAmbassade de rance en Turquie et sur le commerce des Français dans le Levant, a ris, 1877, n, i 85 s. : v. plus haut, n, 74-75.

S’il s’intéresse surtout aux monuments turcs, il ne néglige pas cependant les antiquités que l’on voit « par toute la ville » : aqueducs, arès, colonnes de porphyre, fontaines, vestiges d’églises anciennes, bains ». Les maisons, dit-il, sont faites « à la turquesque, c’est-à-dire de bois et de brique mal cuite. Il y en a peu de pierre ». On y voit aussi des lieux vagues et inhabités où croissent des cyprès et autres arbres 1 .

Au mois dé décembre 1Ô47, le roi Henri II envoyait à Constantinople Jaques Gàssot avec des dépêches pour l’ambassadeur. Parti de Venise, il prend à Raguse la route terrestre et remet, aussitôt arrivé dans la capitale, les dépêches du roi à M. d’Aramon. Il accompagne aussi l’ambassadeur pendant l’expédition du sultan en Perse, en 1548 . A Alep, au mois de décembre, il écrit le récit succinct de son voyage et l’adresse à « maistre Jaques Tiboust », écuyer, seigneur de Quantilly, notaire et secrétaire du roi. Il est bref sur Constantinople, où il fait un court séjour, de janvier à mai 1548 . A propos de l’Hippodrome il dit qu’il n’y a pas longtemps on y voyait un Hercule de bronze rapporté de Hongrie. Quant aux autres rnonu-

-fl

ments il les mentionne sans autres détails intéressants 2 .

1 Cf. J, Chesnau, Le Voyage de M . d’Aramon, ambassadeur pour le Roy en Levant, édit, par Ch. Schefer, Paris, 1887,p. 2 s., 25 , 27-30, 166* A l’Hippodrome l’auteur ne signale que les deux Obélisques et la Colonne serpentine. II a vu aussi Tekfour Séraï (le palais de Constantin), Sainte-Sophie, et la Colonne d’Arcadius (la colonne historiée).

2 Cf. Maistre Jaques Gassot, Le discours du voyage de Venise à Constantinople , Paris, i 55 o, p. 5 s., 9 s., 16. Il énumère les monuments suivants : palais de Constantin, en partie ruiné ; Sainte- Sophie ; Hippodrome et ses trois monuments.

1ÏT LES VOYAGEURS DU LEVANT

Un autre personnage fut attaché à rambassadeur pendant la dernière mission de Gabriel d’Aramon auprès du grand Turc, de l55l à t553. Nicolas de Nicolay, seigneur d’Arfeuille, valet de chambre et géographe ordinaire du roi,partit pour le Levant avec l'ambassadeur à la fin de mai 1.55t. Après son retour, il publia les Navigation s et Pérégrinations orientales , qui eurent le plus grand succès; et les charmantes figures, qui ornent son ouvrage, ont été souvent reproduites pour illustrer les publications relatives au peuple turc. Comme ses prédécesseurs, il insère dans son livre un chapitre sur les antiquités. Il signale parmi celles-ci « la sépulture du grand Constantin, qui est toute de porphyre en un coing de rue des plus immondes de la cité », des aqueducs, plusieurs citernes et d’autres fragments sur lesquels il n’insiste pas L

Jérôme Maurand et Nicolas de Nicolay ne furent pas les seuls qui rapportèrent des dessins de Constantinople. Si Pierre Gylli n’a pu illustrer son savant ouvrage, un artiste, qui travaillait à Constantinople sous le règne de Suleïman le Magnifique, a comblé en

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