V. plus haut, p
/j V. plus haut, p, 70, 78, 83 , 86.
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où il avait son palais. Les voyageurs n’ont fait mention que de la statue d’Hercule, qui fut renversée par les Turcs après la mort du grand vizir.
Le dessin de Pieter Koeck représentant l’Hippodrome, a donc été fait après 1526, année où les statues
furent rapportées de Hongrie et avant l533, date de l’impression de sa planche sur bois. Au moment où Gylli arrive à Constantinople, en 1544 , le portique de l’Hippodrome existait encore 4 . Quant à la statue de bronze elle avait disparu, mais, comme le dit Gassot, on en conservait encore le souvenir en 1548 . Ainsi, fait remarquable, les renseignements des voyageurs français sont confirmés, en ce qui concerne l’Hippodrome, par le dessin de l’artiste hollandais. L’on peut constater aussi la justesse de la remarqué du savant d'Albi lorsqu’il disait que chaquejour disparaissaient des monuments anciens 1 2 , avec le regret d’un homme qui sent la beauté des œuvres d’art et ne peut en empêcher la destruction systématique.
1 Cf. Th. Wiegand, op. cit. t p. 6 s. L’auteur' a commis plusieurs erreurs au sujet de Pierre Gylli, qui aurait été à Constantinople déjà en l 5 l 6 (p. i), et qui serait mort à Rome en 1536 (p. 7)* Le savant d’Àlbi ne pouvait être à Stamboul à cette date. Il publie en 1533 à Lyon son ouvrage Ex Aelîani historia de ï)i et natura animalium , avec une préface adressée à François I er , où il engage le roi à envoyer des savants en Orient. La date de sa mort, 4555 , est bien connue (v. plus haut, p. 75 ). — Au fond du dessin de Pieter Koeck se détache le profil de Stamboul avec des mosquées, des minarets et deux colonnes se détachant sur le ciel. Wiegand prétend identifier tous les monuments figurés sur le dessin. Il voit dans un édifice circulaire l’église de Saint-Etienne au palais de Daphné. Il reconnaît cependant que le dessin de Sainte-Sophie est très inexact. On peut ajouter que les dessins du soubassement de l’Obélisque de Fhéodose sont fantaisistes. Comme dans la plupart de ces dessins anciens, l’on doit faire la part de la A'érité et de l’imagination.
2 Y. plus haut, p. 74.
Ainsi, du milieu du xv° siècle auMnilieu du xvi° siècle, Constantinople subit une cruelle transformation. Des*monuments importants, comme les Colonnes de
Théodose et de Justinien, disparaissent. De l’église des Blachernes il ne subsiste que quelques traces. Sur remplacement des Saints-Apôtres s’élève la Mosquée du Conquérant. Les églises, qui échappent à la destruction, sont transformées en mosquées; la fureur iconoclaste s’attaque aux images peintes ou sculptées. Les dernières statues, épargnées par les Croisées en 1204 , sont détruites. Avec les déesses de marbre on fait de la chaux ; avec les statues de broiize on fond des canons; avec les plaques de bronze des obélisques on frappe de la monnaie. Les colonnes antiques sont débitées en pierres de taille pour, servir à l’érection des nouvelles mosquées, ou sciées pour servir de dalles aux bains turcs.
D’autres monuments anciens disparaissent ou tombent en ruine. Tekfour-Séraï que les voyageurs continuent à identifier faussement avec le' palais de Constantin, commence à subir l’action destructrice du temps, sans qu’on songe à le réparer. Les ports byzantins de la Marmara, qui commençaient à s’ensabler au début du xv ü siècle et auraient pu rendre. encore des services, ne furent pas mieux entretenus. Les sultans croient avoir mieux à faire. Ils veulent donner à leur nouvelle capitale l’aspect d’une ville musulmane. Elle prend cet aspect assez vite. Jérôme Maurand l’a noté en 1544 , et Jehan Chesnau, quelques années plus tard, a remarqué les maisons turques construites en bois et en brique. Cependant la ville
HT LES VOYAGEURS DU LEVANT
ne pouvait se transformer complètement en Fespaee d'un siècle. Comme au moyen âge on voyait à Fin té- , rieur des murs de grands espaces, inhabités, plantés d'arbres. Et il restait encore, en fait d'antiquités, dés œuvres importantes.
Avant la date de l55o le voyageur pouvait encore admirer à la Porte Dorée les douze reliefs antiques, près des lieux où s'élevait l'église des Saints-Apôtres un sarcophage en porphyre, des colonnes de l'ancienne place de l'Augustéon, et sur les collines un obélisque en pierre thébaïque ainsi que deux grandes colonnes surmontées d'un chapiteau corinthien. A l’Hippodrome il pouvait contempler les derniers res L ' tes de ce puissant portique circulaire, qui ménageait aux spéctatèurs une vue reposante sur l'étendue assurée de la Marmara ; sur la spina six colonnes, qùi allaient bientôt disparaître. Pendant des siècles les voyageurs continueront à. pleurer sur ces œuvres d'art, qui sombraient les unes après les autres, sur l’humiliation infligée à l’hellénisme dans son passé païen comme dans son passé chrétien.
dié attentivement cet ensemble si important de monuments i .
Pendant ses pérégrinations en Orient, il fut souvent accompagné par André Thevet, d’Angoulême. Ce « Gosmographe du roi » 2 parcourait alors les provinces de l'empire ottoman et recueillait les matériaux qu’il devait réunir plus tard dans sa Cosmographie universelle. A Constantinople, il admire « Sainte- Sophie, temple très excellent », l’Hippodrome et ses « belles colonnes », la Colonne serpentine et « l’Hercule de cuivre, qui fut apporté de Hongrie » 3 .
A Jérusalem, Pierre Gylli avait rencontré, en 1549, un ami d’André Thevet, Guillaume Postel, « cosmopolite », qui faisait alors son second voyage dans le Levant. Connaissant plusieurs langues orientales, il recueillait les renseignements réunis dans son ouvrage, les Histoires orientales
1 Cf. P. Gyîlii, op. cit., p. li6, 120, i 3 i s., 196, 216, 217; v. plus haut, p; 23 .
2 Tel est le titre qu’il prend en tête d’un de ses ouvrages ; cf. A. Thevet, Le grand Insulaire et Pilotage, publié par Ch. Schefer à la suite du Voyage de Denis Possot en Terre Sainte, Paris, 1890, p. 245 s.
3 Cf. A. Thevet, Cosmographie de Levant, Lyon, i 554 , p. 61, 63 , 64. Une gravure (p. 63 ) représente l’Hippodrome; Si, comme on l’a prétendu, Thevet 11’a pas toujours fait preuve de conscience, scrupuleuse dans ses ouvrages, si les détails historiques et archéologiques qu’il donne, proviennent parfois d’imprimés anciens et de manuscrits, il semble bien improbable qu’il n’ait pas vu de ses yeux les rares monuments de Constantinople .dont il parle ; cf. F. W. Hasluck (The Atmual of the british school at Athens, t. XX, 1913-1914, p. 69-69). La Cosmographie universelle de Thevet parut à Paris en 1676.
■ /l Cf. G. Postel, Des Histoires orientales. Pans, 1675. La première édition parut à Poitiers, en 156 o, sous le titre De la République des Turcs / .elle comprend trois parties ; cf. Desbillons, Nouveaux éclaircissements sur la vie et les ouvrages de Guillaume Postel, Liège, 1773, p. 24, 26, 148 s.
CONSTAN TI NOP LE BYZA N TIN K
Un naturaliste parcourait aussi le Levant en même temps que Gylli. Pierre Belon, du Mans, avait entrepris, grâce à la libéralité de François, cardinal de
Tournon, un « utile et délectable, mais difficile et
laborieux voyage », qui dura de 1546 à 1549 . S’il s’attache surtout à l’étude des plantes et des animaux, il regarde aussi les monuments qu’il rencontre sur sa route. Certes ses Observations ne sont en rien comparables à l’étude savante de son confrère d’Albi, qui était doublé d’un véritable archéologue. Cependant il a observé à Constantinople les « antiquités et singularitez », surtout Sainte-Sophie qui lui suggère une remarque très juste. « Elle est bien supérieure, dit-il, au Panthéon de Rome », qui est massif, avec ses murailles épaisses, tandis que Sainte-Sophie est large . et spacieuse, avec sa voûte « à claire-voie », ses « piliers de fin marbre de diverses couleurs » et ses portes presque aussi nombreuses que les jours de l’an 1 .
Tous f ces voyageurs, Pierre Gylli, André Thevet, Guillaume Postel, Pierre Belon, rendent hommage à la sollicitude dont ils ont été l’objet de la part de M. d’Aramon, dont la maison était ouverte à tous. Cet ambassadeur déploya durant son séjour en Turquie une activité infatigable. Il ne se bornait pas à faire triompher les intérêts de son pays, mais il protégeait les hommes que le roi et les cardinaux de
1 Cf.P. Belon, Les observations 'de plusieurs singularitez et choses mémorables trouvées en Grèce, Asie, Judée, Egypte, Arabie et autres pays estranges, Paris, i 553 , p. a II, e II, 73 - 74. A l’Hippo¬
drome le voyageur 11e signale que les deux Obélisques et le « serpent d’airain ». Il a vu aussi la Colonne de porphyre et Tekfour Séraï, « ruines d 5 un palais moult antique, que le vulgaire nomme le palais de Constantin ».
r.T LES VOYAGE U H S 1)1' LEVANT
cavalerie et îles captifs emmenés par des soldats 1 . Lorch (ou Lorichs) dessina en outre, en 1559 , «ne vue
Fig, 17, Hase de la Colonne d’Arcadius,
monumentale de Stamboul, qui fut acquise par la
1 Cl. Michaelis (Jatirbuch des Kaîserlîch deutsclien archaeologisi‘lien instituts, t. VII, 1892, p. 91-92, bg. il); J. Stnsygowski, Pic Situ h des Arkadius in Konstantinopei (Jahilnteh des Knis. dents. Instit., t, VIII, 1893, p. 240, iig. 7),
Bibliothèque de l’Université de Leyde au xvi tJ sièclei Bien qu’elle ait un peu souffert, elle reste un document important de la capitale au temps de Suleïman le Magnifique 1 .
La gloire du grand sultan rejaillissait sur la ville. Elle attire sous ce règne un grand nombre de voyageurs, qui comptent parmi les mieux informés du xvi e siècle siir l’Orient, et aussi des artistes de talent. L’Occident continuait à s’occuper des choses du Levant. L’étude des langues et des religions orientales, les recherches archéologiques tournaient de plus en plus vers la Grèce et Constantinople l’attention des humanistes. Pierre Gylli> André Thevet, Guillaume Postel, Pierre Belon avaient ouvert la voie, qui sera suivie par leurs confrères de la Renaissance.
En 15*72, un jeune homme de bonne famille parisienne, Philippe Du Fresne-Canaye, séjournaitàVenise lorsqu’il apprit l’affreuse tragédie du 24 août, la Saint- Barthélemy. Son père, Jacques Canaye, lui conseille de rester à Venise, un huguenot ne pouvant rentrer en France à cette époque sans exposer sa vie. Sur ces entrefaites arrive à Venise M. Massiot, secrétaire de l’ambassadeur à Constantinople, M. de Noailles. Canaye, qui malgré sa jeunesse avait l’expérience des voyages et était instruit (il savait du grec et avait lubies ouvrages des voyageurs français du Levant),
i .Cf. E. Oberhummer, Konstanthiopelunter Suleiman dertt Gros sert \aufgenommen im Jahre 155 $ dur ch Melchior Lorichs ans Flensburg, Munich, 4902. Parmi les planches de grand format on remarque une vue de Sainte-Sophie avec le sommet d'un Obélisque et de la Colonne Serpentine (pl. VI), la Colonne de Constantin (pl. VIII), l'aqueduc de Valens (pl. XI), la Colonne d'Arcadius (pl. XII), Tekfour Serai avec un toit à double pente (pl. XVI). L'orientation de ce monument n'est pas exacte.
ET LES VOYAGEURS !>U LEVANT
saisit l'occasion, qui lui était offerte, de voyager et de s’instruire. Il part pour Raguse, se fait admettre dans la suite de M. de Noailles et l’accompagne durant tout le voyage. L’ambassadeur partit de Raguse le 14 janvier l!>73,.en suivant la route, qui de l’Adriatique conduisait à Stamboul par Novibazar, Uslcub, Philippo-
Fig. 18. Mur de Manuel Comnène.
poli, Andrinople, et arrive « aux vignes de Péra » le
28 février. Le jeune Canaye demeure à Constantinople jusqu’au 9 juin 1573 . Il cesse à ce moment dé faire partie de la suite de l’ambassadeur et regagne Venise
par l’Archipel, la côte de Morée et les îles Ioniennes.
Pendant ces troip mois de séjour il visite la ville avec soin, ayant en main-b’ouyrage de Pierre Gylli,
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Mais il s’intéresse aussi aux spectacles contemporains, aux réalités vivantes autant qu’aux monuments du passé. Sa relation, écrite à un moment où il était encore sous l’impression des choses qu’il avait eu le privilège de contempler, est par endroits pleine de fraîcheur et de jeunesse. « Nous étions, à la vue de toutes ces choses, à la fois si émerveillés et si étonnés, qu’il nous semblait être arrivés en quelque nouveau paradis, tant nous plaisait la beauté des vertes et fécondes collines sur les flancs desquelles Constantinople doucement s’étend. » « Il y a tant de jardins et tant de cyprès dans Constantinople, qu’à la voir de loin elle ressemble plus à des huttes de pâtres au milieu d’un bois feuillu qu’à une ville. »
Canaye visite les bazars, les grandes mosquées, mais l’archéologie est aussi pour lui chose familière. Sainte-Sophie lui arrache un cri d’admiration, et il comprend pourquoi les Turcs 11 e l’ont point fait disparaître comme tant d’autres monuments byzantins. « Sans m’étendre autrement à la décrire, on peut juger de ce qu’elle est par cela seul que sa majesté et sa perfection ont suffi à la défendre contre la cruauté du Turc victorieux. » Quant à l’Hippodrome, il « est dépouillé de tous ses ornements et presque complètement rempli de maisons turques ». Pîus rien dans la fameuse arène que les trois monuments qui ont été épargnés jusqu’à nos jours, « car les Turcs haïssent tellement les statues que, pour belles qu’elles soient, ils ne les veulent voir en aucun lieu public » 1 .
1 Cf. H. Hauser, Le Voyage du Levant de Philippe Du Presne — Canaye, Paris, 1897, p. VIII s., 2 s., 53 , 9 * 3 , 98-102, 106, 109, -i 5 o s*
En cette même année de 1573, deux ambassadeurs de la République de Venise, Andrea Badoaro et Costantino Garzoni mettaient à profit leur séjour à Constantinople pour visiter les mêmes monuments
énumérés par Philippe Du Fresne-Canaye 4 . Contrai-' renient à l'affirmation de ce dernier, il existait cependant bien d’autres choses « dignes de mémoire » 2 . Mais, en général, ces voyageurs ne cherchaient pas assez par eux-mêmes; ils n’avaient pas la patience, la ténacité, le désir de connaître et de faire connaître d’un Pierre Gylli, dont la Topographie faisait seule autorité au xvi c siècle. On se rend compte de la notoriété du savant d’Albi à cette époque, en lisant la Cosmographie universelle de Belleforest, qui puise ses renseignements sur Constantinople, parfois aüx Observations de Pierre Belon, niais surtout à la Topographie . Pierre Gylli est « un homme remarquable pour son grand et exquis sçavoir,à la mémoire
duquel tous les amateurs des bonnes lettres doivent une 1 grande révérence ». Belleforest ne peut assez louer « la rare érudition de ce très curieux et diligent rechercheur de l’antiquité, lequel a fait quatre livres descrivants bien amplement celle cité que les Turcs ont presque toute dissipée » 3 .
Deux mois à peine après le départ de Du Fresne- Canaye, arrivait, le 6 août 1573, Stephan Gerlach.
Canaye a vu aussi la Colonne de Constantin, « un peu brisée et pour cette raison entourée de nombreux cercles de fer », et la Colonne. d’Arcadius.
Cf.,, jRclazioni degh ambasciatori Veneti al Senato, édit. * b. Albèri, série III a, vol. I, Florence, 1840, p. 35 i s., 389, 3gi.
2 Cf. H, Hauser, op, cit ., p. 110.
■' Cf. F. de Belleforest, La Cosmographie' universelle de tout le Monde , t. II, Paris, 1575, p. 385 , 388 , 390, 3 g 2 , 396.