‹ Constantinople byzantine et les voyageurs du LevantChapitre 13 sur 34 · CONST A NTIN O BLE BYZANTINE · texte numérisé non relu

CONST A NTIN O BLE BYZANTINE

Parti de Tubingue le 9 avril pour Vienne, il y rencontre l’ambassadeur David Ungnad, qui allait rejoindre le poste que lui avait confié l’empereur Maximilien Iï. Gerlach devait remplir les fonctions de chapelain de l’ambassadeur pendant cinq années. Il revint à Tubingue en 1578 pour occuper bientôt une chaire à F Académie de cette ville où il avait été

étudiant 1 . Gerlach est un théologien qui s’intéresse ‘surtout en Orient aux questions religieuses. Il admire en silence cette capitale si grande, si agréable à regarder avec ses jardins et ses îles, ses monuments anciens, ses sanctuaires si solidement construits, Il jouit de ce spectacle et « s’en abreuve », dit-il, à te) point que personne n’en goûtera jamais les charmes plus que lui 2 3 . Les maisons turques sont pour la plupart d’aspect humble, à part celles des riches; elles sont construites soit en boue et en pierre, soit en brique crue ou cuite. À Sainte-Sophie, il admire les mosaïques représentant des images de saints; mais les Turcs avaient cru bon d’en eiiacér tous les

visages

1 ÇF. M, Hafenrefïer, Orafio [unebrisin obiium reverendi et clarissimi viri D, Siephani Gerlachii y Tubingue, 1614, p. 18 s. Outre P Epistola ‘OSoiTTOpr/.Yi Gerlachii, contenue dans cet opuscule (p. 57 s.), Gerlach avait rédigé une relation, qui fut éditée par son petit-fils Samuel ; cf, Stephan Gerlachs dess aelteren Tage-Such , Francfort s* Al., 1674, p. 20, 5 o 5 ; cf. R. Foerster, De Antiquîtatihus et lihris manuscrîptis Consi antino pot itanis commenfafio, Rostock?

2 *Cf. Hafenreffer, op . cit n p. 70.

3 Cf. De Gradihus episcoporum in Graecia ex hteris Stephcuu Gerlachii ad Martinum Crusium anno î 5 y 5 scriptis dans pavxdts Chytraei O ratio de statu ecclesiarum , Francfort, i 5 S 3 , p. 1645 1 ^ 5 , 168. Gerlach vit aussi la Colonne de Constantin, près de laquelle il habitait, la Colonne d’Arcadius (Colonne historiée), les deux Obélisques et la Colonne serpentine sur la place de PAt-Meïdan.

,VH

su

(ïerlach a surtout des conversations théologiques

; vec le clergé grec et turc; il étudie la constitution

l : îg. i<). Mur des Paleologues.

e l’église grecque, les mœurs et la religion des Ottomans, Il entre en relation épistolaire avec le proies-

iOÜ

CO NS'i' AN t INOPL E B Vz A N TI NE

seür de Tubingue, Martin Crusius' 1 . C’est par son intermédiaire que Crusius est mis en rapport avec Jean Zygomalas et avec son fils Théodose, protonotaîre du patriarche de Constantinople*. Le professeur de Tubingue, dans sa Turcograecia , s’est plu à rendre hommage à son savant compatriote, qui lui envoyait des renseignements sur les personnes qu’il fréquentait et les faits qui venaient à sa connaissance 2 . Gerlach insérait dans son Journal une liste des portes de la ville 3 et en envoyait une autre à Martin Crusius 11 lui écrivait le 7 mars 1578 une lettre où il le renseignait sur l’église de la Vierge Pammacàristos et le patriarcat, qui y était alors installé, sur la maison de Jean Zygomalas, située non loin/de là. Elle avait trois étages et une terrasse, d’où l’on avait vue sur la Corne d’Or 5 . Ainsi il existait à Stamboul, au x\T ! siècle, des maisons à terrasse et à étages.

En même temps que Gerlach séjournait à Cons-

! Cf. les Lettres de Gerlach à Crusius dans Davidis Ch y trac i O ratio de statu ecclesiarum,\>. 112 s.

2 Cf. M. .Crusius, Turcograeciae libri octo, Bâle, 1594,. préface ; cf. E. Legrand, Notice biographique sur Jean et Théodose Zygom a las dans /Recueil de textes et de traductions publiés par les Professeurs de VEcole des Langues orientales vivantes ci l'occasion du VU h' Congrès international des Orientalistes tenu à. Stockholm en 188g, t. Il, Paris, 1889, p. 69 s.; H. O mont, Martin Crusius, Georges Don sa et Théodose Zygomalas (Extrait de la Revue des Etudes grecques, s. d., p. 67).

Cf. S. Gerlach, Tage-Buch, p. 4 ^ 4 *

1 Cf. M. Crusius, Turcograecia, p.

s Cf. M. Crusius, op cit., p. 189, 190 ; Crusius a inséré dans son livre un dessin dont il n’indique pas la provenance (Ibid,, p. 19°) avec cette suscription : Patriarche! delineatio quantum intelligere potui fere haec est. Ce dessin est de S. Schweigger ; v. plus loin p. 104. Sur l’église de la Vierge Pammàcaristos v. J. Ebersolt .et A. Thiers, Les Eglises de Constantinople, Paris, 19 ^ 3 , p. 227 s.. Album, pl. LIII s.

ET LES VOYAGEURS I)U LEVANT

tantinople un autre savant allemand, Johann Loewenklau, qui réunissait les matériaux de son Histoire des Turcs. Il s’intéressait aux portes de la ville‘dont il donne aussi une liste et aux reliefs de la Porte Dorée, où il a vu sculptés dans le marbre les « travaux d’Hercule » *, 11 quitta Stamboul la même année que Gerlach, en 1578.

Stephan Gerlach eut pour successeur comme chapelain de l’ambassade, Salomon Schweigger. Etudiant à Tubingue et désirant voyager, il s’en va à Vienne et se fait agréer comme aumônier du nouvel ambassadeur impérial, Joachim de Sintzendorff. Il part avec lui le 10 novembre 1677, et arrive à Constantinople le 18 janvier 1578. Il y demeure jusqu’au 3 mars l 58 i ; et, après un voyage en Égypte, au Sinaï, en Palestine et en Syrie, il revient à Tubingue 2 . Comme Gerlach, il rédige un Journal de voyage 8 .

Comme lui, il est en rapport épistolairè avec Martin Crusius *, et entretient des relations amicales avec les Grecs, Jean et Théodose Zygomalas r '. Il dresse aussi une liste des portes de Constantinople G , dessine une vue à vol d’oiseau de Stamboul 7 , et surtout le patriar-

' Cf. J. Leunclavius, Annales sultanorum Othmanidarum, Francfort, i 5 g 6 , p. 206 s., 209.

2 Cf. M. Crusius, Hodoefioricon sive itinerarium D. Solomonis Seveickeri, s. 1 . n. cl., p. (i s. ; cf. R. Foerster, ofi. cii., p. 4.

• l Cf. S. Schweigger, Jîine neue Reyssbeschreibitng ans Teutschland nach Const antino fiel und Jérusalem, Nuremberg, i 6 i 3 .

Cf. M. Crusius, Turcotjraecia , préface.

■' Cf. E. Legrand, ofi. cii., p, 124.

’’ Cf. S. Schweigger, ofi, cit., p. 104.

1 Cette vue perspective, où l’on distingue Sainte-Sophie, les monuments de l’Hippodrome, la Colonne de Constantin et celle d’Arcadius, le palais de Constantin (Tekfour Séraï), est reproduite par C. Gurlitt, Zur TofiografihicKonstantinofiels int XVI Jahrhundcrt (Orientalisches Archiv, Octobre, 1911, p. 5 , fig. 2).

CO N STAPï TI NO PCE Ii YZ A N TI NE

cat grec, qui était alors installé au monastère de la

Vierge Pammacaristos. Il avait la forme d’une grande

cour, entourée de murs et plantée de cyprès et de figuiers, avec un puits et des tombes anciennes. Autour de cette cour étaient disposés les logements des prêtres et des fonctionnaires du patriarcat, la demeure du patriarche et l’église; précédée d’un clocher. On pénétrait dans l’enceinte par une grande porte flanquée de colonnes i .

Pendant le séjour de Schweigger arrive Hans Jacob Breünig von und zu Buochenbach, qui était parti de Venise le 3 o avril 1579 en compagnie d’un Français Jean Carlier de Pirion. Après avoir visité Constantinople, il voyage en Egypte, en Palestine et en Syrie d’où il se rend à Marseille, où il débarque en janvier l 58 o 2 . Il avoue qu’il 11’a pas eu le temps de visiter toutes les églises de Constantinople ; mais il est allé au patriarcat grec dont il donne une description semblable à celle de Schweigger, et à Sainte-Sophie où il admire les mosaïques avec « des histoires bibliques » ; partout où étaient représentées des croix, elles avaient été grattées par les Turcs. Près de la Grande Eglise, sur l’ancienne place de l’Augustéon étaient encore debout, comme au temps de Pierre Gyili, de belles colonnes dont l’iine portait le nom de Constantin le

1 Cf. C. Gurlitt (Orientalisclies Archiv, Janvier 1912* p. 5 l, fig. 5 p. 52 ). En ce qui concerne l’église on ne peut être d’accord avec cet auteur, qui prétend que ce dessin est confirmé par les plans actuels. L’église, qui occupe un des coins de la cour, est surmontée de trois

coupoles, ce qui 11e correspond pas à la structure de l’actuelle Fétijé- Djami ; on peut tout au plus y reconnaître la chapelle funéraire.

2 Cf. H* J. Breünig von und zu Buochenbach, Orientalische Reyss, Strasbourg, 1612, p. 9, 46, 77, 7S, 99, 173, 200, 211, 267, 298.

1**1* LliS VOYAGEURS l>U LEVANT

Grand avec l’inscription : èv to'jto» vfxa 1 . Dans une rue gisait encore un sarcophage en porphyre, vide et sans couvercle, que l’on attribuait au même empereur 2 .

L’année suivante Jean Paterne, secrétaire de François de Valois, duc d’Anjou et d’Alençon, faisait en

FiR. 2<>. Porte du mur terrestre : Silivri Kapou.

compagnie d’un gentilhomme, Melunoys, le même voyage, mais en sens inverse. Le « partement » de

1 V, plus haut* [i* 7;),

- Cf, Breünig» ûp* cit p. 5 g s.* 6 G s*, 75-81 I, Parmi les autres antiquités le voyageur signale la Colonne d'Àrcadius (Col uni 11 a historiata), la Colonne de Constantin (Columna porphyriana), l'Obélisque de Théodose et celui de pierre (Colossus), la Colonne serpentine. Il donne un plan de la <ï Ci stem a basilîca ».

Paris a lieu le 3 o mars l 58 l. De Venise où ils s’embarquent, ils vont en Égypte, puis au Sinaï,en Arabie, en Terre sainte et en Syrie, d’où par Chypre, Rhodes et Chio ils gagnent Constantinople. D’ici ils suivent la route de terre jusqu’à Raguse où ils s’embarquent

pour Venise, et arrivent à Lyon le 2 février l 583 « ayant demeuré, dit Jean Palerne, vingt-trois mois

ou environ en ce voyagé, rendant grâce et louanges immortelles à Dieu le souverain Pillote de m’avoir garenty de tant de fortunes, naufrages, dangers et maladies 1 ».

Au cours de ses Pérégrinations, le secrétaire du duc d’Anjou et d’Alençon va faire son pèlerinage au « superbe et incomparable temple de Sainte-Sophie » où il remarque « de très belles peintures et figures à la mosaïque que les Turcs ont en partie effacées » . Il voit aussi la « sépulture » de Constantin en une

méchante rué, près de la mosquée de Mohammed II et

pl r 1

du bazar de : la sellerie. Pierre Gylli l’avait vue à la même place 2 3 . Cè sarcophage en porphyre rouge provenait de l’ancienne nécropole des Saints-Apôtres.

Quelques années plus tard un Allemand, après un séjour en Égypte, arrivait à Constantinople, qu’il quittait en i 588 . Michael Heberer de Bretten dessinait une vue à vol d’oiseau du Bosphore et une partie de Stamboul où l’on voit les murs et Tekfour-Séraï, qui a la forme d’un bâtiment cubique couvert d’un

1 Cf, Pérégrinations du S ♦ Jean Palerne > Foresien, Lyon, 1606,

3 V* plus haut, p, 81 ; cf, J* Palerne, of >* cit., p. 38i s,, 392. Palerne mentionne également les trois monuments de T Hippodrome, la Colonne d’Arcadius (Colonne historiée), le palais de Constantin (Tekfour Séraï) à demi-ruiné, près du mur de la ville, a. du côté de la terre ferme »,

toit à quatre pentes. La ville lui apparaît sale avec ses maisons construites en bois, à l’exception des mosquées, des bains et des palais des pachas. Les rues sont étroites et tortueuses. 11 note, cependant une rue rectiligne, celle qui conduit de la place où s’élève la Colonne en porphyre de Constantin jusqu’à Sainte- Sophie. Ici il voit une chose remarquable. Aujourd’hui, dit-il, des mosaïques d’or et d’autres couleurs

représentent le baptême du Christ, avec la colombe et l’inscription : « Outoç icrziv 0 uioç [/.ou 0 h <[>

sùôîxYi'ra »i Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé en qui j’ai mis toute mon affection (Matthieu, 3 , 17).

‘Comment les Turcs n’ont-ils pas vu cette mosaïque et Font-ils laissée intacte ! se demande le voyageur non sans malice. Cette mosaïque est la même que signalait, en 1200, le pèlerin Antoine de Novgorod dans le Baptistère de Sainte-Sophie L

En constatant les résultats auxquels sont arrivés plusieurs de ces voyageurs, on regrette que. d’autres hommes instruits et possédant par leur situation des facilités de recherche, n’aient pas pu ou voulu faire connaître ce qu’ils voyaient, simplement comme le faisaient les pèlerins du savoir au xv.i c siècle. Leur voix faible ou puissante aurait été certainement entendue au delà des siècles.

1 V. plus haut,' p. 35 . Cf. M. Heberer von Bretten, Aegyptiaca servîtus. Das ist zvarhafte Beschreibung einerdreyja hrigen Dienstbarkeit so zu Alexandrien in Egyptcn ihren An fan g und zu Constantinopel ihr Ende genommen, Heidelberg, s. d., p. 373 s., 377,379- 382 , 385 . Le voyageur signale aussi la Colonne d-Arcadius à Avret- Bazar (Columnam historîalem), et les trois monuments de l’Hippodrome. Son ouvrage ne porte pas de date, mais il contient des lettres datées de 1587 et de i 5 S 8 . L’auteur quitte Constantinople avec un passeport daté du 8 avril i 588 (cf. Ibid., p. 33 g, 340, 345, 346,402).

to8

Un ambassadeur de la république de Venise, Lorenzo Bernardo, qui séjournait à Stamboul en 1591, sous le règne d’Amurat III, se borne à faire les réflexions suivantes : La cité est merveilleuse par sa situation incomparable ; elle jouit des bienfaits de l’Asie et de l’Europe, de la mer Noire et de la Méditerranée. Le privilège de sa situation, la magnificence de toutes

les œuvres d’art qu’elle renferme, en font le siège de l’empire du monde. Mais sa description demanderait une plume meilleure que la mienne et des loisirs, qui me font défaut 1 .

Gioseppe Rosaccio, qui n’était pas ambassadeur/fit vers la même époque le voyage de Venise à Constantinople par mer et par terre. II décrit tous les ports, villes, châteaux et autres lieux qu’il rencontre, indique

soigneusement les distances d’un porta un autre, ét donne une description sommaire de chaque localité. \ Si sa description de Constantinople. .n’offre rien dè particulièrement intéressant, il a dessiné une vue à vol d’oiseau de la ville, où l’on aperçoit deux ports sur la mer de Marmara, les restes de l’Hippodrome et de grands espaces vides 2 .

Dans les dernières années du siècle Georges Dousa (van der Does) se trouvait à Stamboul, où il suivait les traces de Pierre Gylli. Il eut aussi recours aux bons offices de Théodose Zygomalas, qui lui communique des inscriptions provenant de sa propre collection.

■* Cf. Viaggio di un ambasciatore Vcncziano da Venezià a Costaniinopoli nel l 5 gi> Venise, 1S8G, p. -17, 71.

- Cf. G. Rosaccio, Viaggio da Venetia a Costantinopoli per mare e per terra et insieme quello di Terra santa, Venise, 1606, p. 76. 1 1 existe une édition plus ancienne de cet ouvrage; elle porte la date de 1598.

KT LES VOYAGEURS IM T LEVAN'l

Ce sont les inscriptions qui intéressent surtout l’hu maniste hollandais. 11 copie les inscriptions de l’O

rij*. 21. Porte du mur terrestre» i éni-MévIévi-

Hané-Kapoii,

bélisque de Théodose, de l'Obélisque de pierre et de In Colon ne en porphyre de Constantin. Les autres anti-

GONSTA NTIN OPL G BYZ A N TIN E

quités ne lui échappent pas non plus K Et il déplore à ce propos la disparition «des palais, des églises et dés colonnes dont resplendissait autrefois la cité impériale et •qui ont été détruits de fond en comble, à tel point que leur nom même est maintenant complètement oublié 2 .» *

Wilhelm Dilich séjourna à Constantinople dans les dernières années du xvP siècle et dans les premières années du xvii 0 siècle. Malheureusement sa description, comme ses dessins, est loin d’être d’une exacti-

ri

tude scrupuleuse 3 . Il paraît avoir dessiné le plus souvent de mémoire et avoir ajouté foi aux bavardages des habitants. La ville ne lui fait pas bonne, impression avec ses maisons insignifiantes, ses rues étroites

et saies. Mais il en sent tout le charme lorsqu’il la voit de loin, des hauteurs de Péra. C’est de là qu’il en prend une vue panoramique, qu’il dessine le profil dé Stamboul avec les coupoles et les minarets de ses mosquées se détachant sur le ciel. Il en dresse aussi une vue à vol d’oiseau, pour l’établissement de laquelle

il utilise des plans anciens 4 .

En ce qui concerne les antiquités il dit qu’on en

1 Georges Dousa est l’auteur de l’édition princeps des Patrîa. Il publia cet ouvrage, faussement attribué à Georges Codinos, en 1596; cf. Th. Preger, Scriptores oricjinum Constantinopolitanarum, t. II, p. XIX.

2 Cf. G. Dousae De itinere suo Constantinopoliiano epistola, Leyde, l 599 , p. 36 - 41 , 91 s. Le voyageur signale, outre les monuments de l’Hippodrome, Sainte-Sophie, la Colonne d’Arcadius à Avret-Bazar. l’aqueduc de Yalens et la « Cisterna basilica » ; cf. E. Legrand, ops cit „ p. i 34 -i 35 ; H. Ômont, loc, cit., p. 67.

3 Cf. W. Dilich, Eigendiliche kurtze Heschreibung und Abris, der weittberümhten Keyserlichen Siadt Consfantinopel, Cassel,i6o6.

■ /l Cf. Dilich, op. cif., p. 1,9. Le croquis de Sainte-Sophie (p. 11)

voit encore beaucoup, mais elles sont délabrées et on ne peut avoir sur elles aucun renseignement, car ni les Grecs ni les Turcs n’y font attention *. Ses renseignements sur l’Hippodrome sont parfois erronés 2 . Le dessin qu’il en a donné est plus intéressant. Il représente les substructions du Cirque avec ses voûtes; le long de l’arène trois gradins existaient encore; les autres avaient été détruits par le grand vizir Ibrahim Pacha lorsqu’il fit construire son palais (fîg. 16).

Dans l’arène apparaissent la Colonne serpentine sur un piédestal, l’Obélisque de Théodose et trois colonnes surmontées de chapiteaux ioniques et doriques ; le fût de deux d’entre elles est en spirale. 3 . A cette époque l’Hippodrome conservait un aspect qu’il a perdu. Quelques gradins subsistaient du côté nord de la piste ; le sol n’avait pas encore été exhaussé. Trois colonnes anciennes se dressaient encore à côté des

monuments actuels. Mais ces colonnes de marbre, qui, d’après Dilich, marquaient le « terme de la cour-

est fantaisiste. Le dessin de la Colonne d’Arcadius (p. 27, fig, 5 ) est inexact ; celui de la Colonne en porphyre est sans caractère. Ils sont reproduits cependant par Gurlitt (Orientalisches Archiv, Janvier •1912, p. 60, fig. 18, lg). La vue panoramique et le plan à vol d'oiseau sont aussi donnés par Gurlitt (Orientalisches Archiv, Octobre 1911, pl. I, fig. -1) ; Die Baukunst Konstantinopels, Berlin, 1907, p. 44, fig. 97, p. 74, fig. 140. Sur la vue à vol d’oiseau on remarque deux ports entourés de murs èt de tours.

1 Cf. Dilich, op. cit., p. 27.

2 Cf. Dilich, op. cit,, p. 24-25. C’est ainsi qu’il prétend que la statue d’HercuIe rapportée de Hongrie, était encore en place, alors qu’elle avait disparu depuis un demi-siècle (v. plus haut, p. 88). Du reste il ne l’a pas fait figurer sur son dessin de l’Hippodrome.

3 Cf. Dilich, op. cit., p. 27. Ce dessin est reproduit par C. Gurlitt

(Orientalisches Archiv, Janvier 1912, pl. X, fig. 9) et dans Die Baukunst Konstantinopels^ p. 11, fig. 29. L’Obélisque de pierre 11’est pas représenté. '

se » } , n’étaient pas disposées au hasard, comme le dessinateur les a fait figurer ; elles étaient placées sur la sfiina , qui eLnt rectiligne.

Sans ces relations, sans ces dessins des voyageurs occidentaux on ignorerait tout de l’état des monu-

ments byzantins au xvi° siècle 2 . Parmi les annalistes turcs bien peu ont su parler avec quelque sagesse de ces œuvres d’art qu’ils voyaient disparaître jour après jour. Saad-uddin est un des seuls, qui n’ait pas répété

les fables et les contes de ses compatriotes et qui, en ■homme sensé et instruit, ait parle avec-quelque exactitude « du plus remarquable des monuments grecs, du temple de 'Sainte-Sophie 3 .»

Pendant la seconde moitié du xvi e siècle, Constan-

tinople conserve avec ses jardins et ses arbres un aspect riant et frais, auquel certains voyageurs n’ont

1 Çf. Dilich, ofi. cit., p. 24. Le voyageur signale aussi le sarcophage dé Constantin dans le coin le plus sale de la ville, la Colonne d’Arcadius, l’aqueduc de Valens et des citernes, enfin, recouvert d’une toiture, l.e palais de Constantin (Tekfour Serai) (lbicl., p. 26), Près delà il a dessiné ce qu’il appelle le Jardin aux cyprès. C’est une construction bâtie sur des voûtes et se terminant par une terrasse plantée d’arbres. Les murs de la ville rejoignent les deux faces latérales. Il s’agit peut-être de la partie de l’enceinte connue sous le nom de prison d’Anémas.. [Ibid., p. 26, fig. 6) ; cf. Gurlitt, Die Baukunst Konstantino fiels, p. 10, fig. 25 .

2 On doit encore signaler les dessins d’un- artiste du xvi e siècle, Bretschneider. Gurlitt reproduit de ce dessinateur les trois monuments de l’Hippodrome et la Colonne de Constantin (ofi. cit., p. i 5 , fig. 36 , 37, 3 g, p. 17, fig. 42).

3 Cf- M. Garcin de Tassy, Descrifition de la ville de Constantino file traduite du turc de Saad-uddin (Journal Asiatique, série, t. 'V, 1824, p. 139-146). L’annaliste turc dit à propos de la Colonne de Justinien, qui s’élevait près de Sainte-Sophie, qu’elle subsistait

HT u:s VOYAGIÎURS DH L K VA NT

pas été insensibles. Kilo continue à prendre son aspect de ville musulmane, avec ses maisons en bois, ses rues étroites et tortueuses. Cependant certaines mai-

Fig, 22 . Porte tin mur terrestre : Top Kapou.

sons à terrasse et à étages, entre autres celle de Jean Zygomalas, étaient très probablement construites en

encore il n’v a pas longtemps. Ou sait que Pierre GylH n’en vit plus que la base. (V. plus haut, p. 78). Saacl-ucldiu a dû écrire au xvi» siècle.

matériaux plus résistants, en pierre et en brique, comme celles que Gerlach a signalées. Il existait encore quelques rues droites, qui conservaient sans doute le caractère des anciennes voies byzantines. L’une a été signalée par Heberer.

Les monuments continuent à se détériorer. Gn entoure de cercles de fer la Colonne de Constantin ébranlée. Toutefois les ports delà Marmara n’ont pas encoré disparu ' 1 . Tekfour-Séraï garde sa toiture 2 . Sainte- Sophie conserve encore intactes les mosaïques de son

Baptistère; et si les Turcs ont gratté les figures etlës croix des mosaïques à l’intérieur de la Grande-Eglise, de grands ensembles apparaissaient encore sur les murs et sur les voûtes. On pouvait également voir à

cette époque des monastères entourés de cellules, comme ceux qu’avait signalés Ibn Batoutah et des clo^ chers, car cet Arabe fit, au xrv® siècle, son entrée dans la ville au son des cloches 3 . Le monastère de la Vierge Pammacàristos; qui fut occupé par le patriarcat grec de 1456 à l 586 , était encore intact et présentait le type du monastère de la fin du xm c siècle avec sa grande cour plantée d’arbres, autour de laquelle s’ouvraient les habitations des moines et les dépendances 4 . Le clocher, qui précédait l’église et qui n’existe plus aujourd’hui, n’était pas unique à Constantinople. Cet élément étranger à l’ancienne [architecture de

1 Y. plus haut, p. 110 11. 4.

'■i Sur les anciens plans le « palais de Constantin » apparaît recouvert d’un toit tantôt à quatre pentes, tantôt à deux pentes ; v. 'plus haut, p. 96 n. 1,106, 112, n. 1.

:î V. plus haut, p. 43, 46.

■’i Cf. J. Ebersoltet A, Thiers, Les Eglises de Constantinople, Paris, I 9 l 3 , p. 229, 232 .

ET LES VOYAGEURS DU LEVANT ll 5

la capitale avait été importé par les Croisés au xm e siècle 4 .

Les voyageurs du xvi c siècle ont la curiosité des hommes de la Renaissance. Avec une extrême bonhomie, sans aucune prétention ils promènent le lecteur dans les lieux qu’ils ont visités et lui communiquent leurs impressions. Ce sont des esprits positifs, qui tranchent sur ceux des voyageurs du moyen âge, encore tout enivrés de mysticisme. S’ils n’ont plus la

fraîcheur et la candeur d’âme de ces derniers, ils ont,

en revanche, plus de sérénité, plus d ? objectivité. Ils savent mieux voir et mieux décrire. Mais ils voient le

monument en bloc, pour ainsi dire, et nepeuventdon-

ner une description complète de chacune des parties, qui le constituent. Les monuments figurés leur échappent. Aucun n’a su donner une description des mosaïques de Sainte-Sophie ni mentionner sommairement l’ordonnancé, de cette décoration. Pierre Gylli luimême, pourtant si exact, ne dit des sculptures de la Colonne d’Arcadius qu’une chose: c’est qu’elles représentaient des combats variés. Aussi leur érudition est peu captivante parce qu’ils ne savent pas en dégager la vie. S’ils ne manquent pas tout à fait d’aptitude esthétique, ils n’ont pas su exprimer la poésie des formes et des couleurs. Il en sera, du reste, ainsi jusqu’aux temps modernes. Cependant la capitale recélait des trésors d’art que d’autres, après eux, devaient découvrir. Mais les humanistes du xvi e siècle, avaient définitivement ouvert la voie aux chercheurs de l’âge suivant.

1 V. plus loin ; cf. G. Millet, Vécole grecque dans l'architecture byzantine, Paris, 1916, p. i 35 -i 36 .

Page 1