T Ï.I3S YOYACKITRK OU 1.13 VA NT
leurs fartitications. » Sur les murs ils reconnaissent « plusieurs marques des anciens chrétiens, comme des croix, des images et des inscriptions grecques ». Ces voyageurs ont l’esprit curieux et savent observer non seulement les ensembles, mais les détails. A
l'ijî* 25 . Mur terrestre* Vue d'ensemble.
l’église de la « Sapience divine », ils ont vu « écrite en grosses lettres grecques à la mosaïque » l’inscription, qui commémorait la dédicace par Justinien, « sur une bordure en haut, qui règne autour de
Féglise ». « E 11 haut contre la voûte du dôme on voit encore le portrait d’un Dieu le Père, n’ayant rien d’effacé que le visage. »
Ils ont encore le mérite d’avoir signalé deux églises aujourd’hui disparues. « Les Arméniens, écrit de Stochove dans son Journal, ont un grand enclos dans la
ville, où est la demeure de leur patriarche ; l’église
est pauvre et petite; l’on y voit encore une grande salle où il s’est tenu un concile du temps des empereurs chrétiens. Tous les pères qui y assistèrent, y sont peints au naturel; il y en a de fort étrangement vêtus. Au haut de la porte il y a le portrait d’un enirpereur, d’une impératrice et deux dames peintes à la mosaïque; ils semblent encore aussi nouveaux comme s’ils venaient d’être faits. Les Arméniens nous dirent que sultan Soliman en était si curieux, qu’il les venait voir souvent et les aurait enlevés pour mettre dans son Sérail, n’eût été que sa religion défend expressément d’avoir le portrait d’aucune créature. » — « Au-dessus de ce lieu nous allâmes
dans un vieil bâtiment, lequel nous reconnûmes aussitôt pour avoir servi d’église aux chrétiens, y voyant encore en peinture le long des murailles Notre Seigneur et les douze Apôtres. » Cette dernière église était située, d’après de Stochove, près delà « Colonne appelée la Brûlée », qui était entourée de plusieurs cercles de fer, donc près de la Colonne en. porphyre de Constantin. La première église se trouvait plus bas, sur l’emplacement du patriarcat des Arméniens, dans le quartier actuel de Koum-Kapou L
1 Gf. de Stochove, Voyage d*Italie et. du Levant, Rouen, 1670 , préface, p. 25 s., 42 - 46 , 5o-52, 54-56. A l’Hippodrome le voyageur a vu les deux Obélisques et les trois serpents de bronze avec leur
Si ces voyageurs ont observé dans le Stamboul dû xvii 0 siècle des monuments si intéressants, c’est qu’ils visitaient la ville méthodiquement et à loisir. Ce n'est pas le cas de Henry Blount, un gentleman, qui d’Angleterre va s’embarquer à Venise, en mai 1634, visite la Dalmatie et la Bosnie, traverse toute la péninsule balkanique et jette un regard rapide sur les monuments.de Constantinople avant de repartir pour l’Égypte. Sa relation est, comme son voyage, rapide et brève. Il ne fait que contempler un instant cette ville qui, par sa situation, « est la plus apte à commander au monde entier i ».
En ce moment Constantinople était l’objet d’une étude générale, entreprise par un Turc, qui avait passé sa vie à voyager. Né en 1611, Evliya efendi, fils du derviche Mohammed, mourut en 1679, après avoir écrit le récit de ses pérégrinations vers le soir de sa vie. En 1634 , il mesure patiemment la circonférence de Stamboul, en calculant le nombre de pas entre chacune des portes de l’enceinte. Il se complaît à recueillir, durant ce travail, les nombreuses.légendes qui circulaient dans la population musulmane sur les monuments byzantins, qu’il prend trop souvents pour des « talismans ». Il s’appuie, en somme, uniquement sur la tradition orale. Cependant il
tête ; à l’extrémité de la ville, vers le septentrion, les ruines de l'ancien palais de Constantin (Tekfour Séraï) et la Colonne d’Arcadius (Colonne historiale).
1 Cf. H. Blount, A Voyage into ihe Levant, Londres, i636,p. 5 s., 25 s. Le voj'ageur ne fait que mentionner Sainte-Sophie, la Colonne serpentine, l’Obélisque égyptien, et l’aqueduc (de Valens). Sa relation a été traduite en hollandais et insérée dans la collection De Wijd-beroemde Voyagien na Oost en West Indien , Leyde, s. d., P* 14 . ' .
CONSTANT!NOPUï BYZANTIN!:
signale, outré les monuments déjà connus, l’existence dé la Colonne de Marcien, qui avait échappé à l’attention des voyageurs (fig. 27, 28). Au sujet de Sainte- Sophie, il raconte une légende relative à une image de la Vierge et donne des détails sur la construction des minarets et sur le clergé attaché à la mosquée i .
Cependant les investigations des voyageurs occidentaux se poursuivent et les recherches gagnent en précision et en étendue. Un voyageur français, Du Loir, qui séjourne à Constantinople de novembre 1 63 g à février 1641, réussit à prendre des mesures à Sainte-Sophie et donne une description sommaire, il est Vrai, mais exacte de l’ancienne église. « Un jour, dit-il* le signor Antonio Boldu, gentilhomme vénitien, homme très savant et très curieux, et moi, nous en prîmes toutes les mesures avec une corde divisée par nœuds en plusieurs pieds, moyennant quelque argent que nous donnâmes à un des officiers, qui en ont les clefs et qui nous enferma dans les galeries pour cet effet. » Les deux voyageurs peuvent ainsi mesurer l’épaisseur des piliers, qui soutiennent le dôme, le diamètre de la coupole, la largeur des galeries et compter les colonnes. Du Loir mentionne aussi les mosaïques à fond d’or que « les Turcs ont toutes barbouillées de blanc pour en effacer les figures ».
1 Cf. Evliya efendi, Narrative of Traveis in Europe, A sia and Africa in the seventeenth ceniury, translated from the turkish bv the Ritter Joseph von Hanuner, t. I, i, Londres, 1834,p. fils., 12 s., 16-19, 56 s. L’auteur a vu à l’Hippodrome l’Obélisque de Théodose et la Colonne serpentine « aux trois têtes », la Colonne d’Arcadius à Avret-Bazar, la Colonne en porphyre de Constantin, et non pas celle de Théodose comme le dit par erreur l’auteur de la traduction. Cette dernière n’existait plus depuis longtemps ; v. plus haut, p. 81.
A propos de Tekf our-Séi avec la même obstinatio notre voyageur émet un
aï qu’on attribuait tou jour n à Constantin le Crâne doute fort justifié. « Cetl
attribution est pei la petitesse du li
rassembla ble selon mon opinion n’étant pas capable de loger ui
empereur et ses officiers 1 . » Du Loir est le dernier voyageur du règne de Louis XIII. Avec de Montconys commence la liste des voyageurs du règne de Louis XIV pendant lequel les recherches en Orient devaient aboutir à des résultats particulièrement brillants.
De Montconys occupait une haute situation; il était conseiller du roi et lieutenant criminel au siège présidial de Lyon. Esprit curieux, il est hanté de bonne heure par l’idée d’un voyage aux Indes et entretient de nombreuses relations dans le monde savant. En 1645, il voyage en Portugal, en 1646, en Provence, en Italie, en Egypte. En 1647, il-est en Syrie et, en mai 1648, à Constantinople où chaque jour il note avec soin ce qu’il a vu. Il demeure dans la capitale jusqu’en septembre 1648, date à laquelle il part pour son « voyage de Natolie ». Au cours de ce voyage, il écrit
1 Cf. Les Voyages du sieur Du Loir contenus en plusieurs lettres écrites du Levant , Paris, 1654, P* 46, 47* 53 , 6o, 63 , 225 , * 283 . Parmi les antiquités byzantines le voyageur signale la Colonne en porphyre de Constantin (Colonne brûlée), la Colonne d’Arcadius (Colonne historîale). A l’Hippodrome il remarque qu’il ne reste plus de trace de l’ancien Cirque, sauf l’Obélisque de Théodose, l’Obélisque de pierre et la Colonne serpentine. A propos de celle-ci, il ajoute que Tune des.têtes fut enlevée d’un coup de masse d’armes par umgrand seigneur. Ce serait donc sous le sultan Mourad IV (1623-1640) que la première tête des trois fameux serpents aurait disparu. En effet, Stochove, en i 63 o, Blount, en 1634, et Evliya éfendi, vers la même époque, ont vu encore la colonne intacte (v. plus haut, p. 126, 11. 1, 127, 11, 1, 128, n.i). Cependant, comme on le constatera plus loin, les . trois t'êtes sont encore signalées par plusieurs voyageurs postérieurs a Du Loir. D’après une autre tradition, Mohammed II, lors de son entrée dans la ville, en 1453, aurait abattu d’un coup de masse d’armes la mâchoire inférieure d’une des trois têtes ; cf. Pétri d’Outreinanni Constantinopolis Delgica^ Tornaci, 1643, p. 556 . Les voyageurs du xvi c siècle cependant ne disent lien de cette mutilation. On est en présence d’une tradition, qui réapparaît à intervalles plus ou niions éloignés, mais qui ne repose sur aucun fondement certain.
des lettres à un ami sur la ville dont le souvenir était toujours présent à sa mémoire.
Comme Du Loir il prend des mesures, non pas à Sainte-Sophie, mais à l’Hippodrome, dont il note la longueur et la largeur. A Sainte-Sophie, il voit les mosaïques « rompues partout où il y avait des figures; ainsi elles sonttoutesdéfigurées etlaides ». La Colonne en porphyre de Constantin (Colonne brûlée) avait alors sa base et son piédestal cachés par les maisons quil'entouraient. Il ne peut étudier la Colonne d’Arcadius et est obligé de s’en rapporter aux renseignements de Pierre Gylli ; car il n’eut pas la facilité de pénétrer à l’intérieur, soit à cause du danger, dit-il, car « elle est cassée en divers endroits, soit que les Turcs ne le veuillent permettre ».
De Montconys s’intéresse à tout, aux événements politiques, aux mœurs, aux habitants. Il va au Sérail et au divan aussi bien qu’au marché des esclaves où il ne vit « rien que d’affreux ». Il parcourt Stamboul dans tous les sens allant du « palais de Constantin » (Tekfour Séraï), où il monte « sur le balcon de pierre d’où l’on découvre tout le port et presque toute la ville », jusqu’à la Porte Dorée, où il voit les « basreliefs des travaux d’Hercule ». Il ne dit pas si ces beaux reliefs étaient encore au complet. Mais on sait que sir Thomas Roe, qui fut ambassadeur d’Angleterre à la Porte de 1621 à 1628, avait essayé d’acquérir les douze reliefs, qui étaient encore en place à cette époque, comme au temps de Pierre Gylli L Sur une porte du Château des Sept Tours (Yédi-Koulé) le
1 Cf. The Netjotia fions of sir Thomas Roc in his cmhassy to fhe Ottoman Porte > Londres, 1740, p. 386 s.
ET LES VOYAGEURS DU LEVANT l33
voyageur français a vu encore une « grande Victoire tenant une palme ».
Il signale enfin deux églises fort belles ; Tune existe encore, l’autre a disparu. La première est située non loin de la mosquée de sultan Mohammed et se compose de trois églises, « qui se tiennent l’une à
l’autre par les côtés, et l’on passe des unes aux autres
par l’ouverture entière des arcades, qui en sont la séparation ». Ces églises étaient ornées de « beaux marbres tant au pavé qu’aux murailles » ; les chambranles des portes étaient aussi en marbre. Toutes les voûtes étaient ornées de mosaïques, dont on n’avait « effacé que les visages ». On reconnaît facilement dans cette description l’église du Christ Pantocrator (Zeïrek-djami ) i . DeMontconys eut la bonne fortune de la voir encore presque intacte. L’autre église n’existe plus ; mais elle n’est pas moins célèbre.
Le 20 juillet 1648, notre voyageur prenait un caïque et longeait les murailles maritimes dans la direction du Château des Sept Tours. Pendant cette promenade sur la Marmara, il voyait d’un côté les îles des Princes se profilant dans le lointain sur les rives d’Asie,
de l’autre le panorama de Stamboul, baigné dans la lumière d’Orient d’un éclat si pur. Mais il avait un but précis. Il voulait visiter « la salle où a été tenu un concile, laquelle est assez proche des Sept Tours ».
« Cette salle est dans une maison d’Arméniens, où est une petite église de laquelle les Turcs ont ôté les six colonnes qu’il y avait dedans. » « Cette salle où a été
* Cf. J. Ebersolt et A. Thiers, JLes- églises de Constantinople, Paris, 1913 , p. l 85 s. ; Album, pl. XLII s.
CO N ST A N T1N O P US lî Y Z A N TIN K
tenu le concile a servi de réfectoire comme on peut voir par les tables, qui y sont encore tout le long de chaque côté ; elle a quarante pas de long et huit de large ; elle est toute peinte à fresque de divers portraits de saints anachorètes », « et au-dessus une frise de patriarches de demi-corps et par-dessus eux une seconde frise de la vie de la Vierge. » La salle se terminait par une demi-coupole, oùune mosaïque représentait la Cène. Surlecôté opposé à cette abside demicirculaire, près de la porte d’entrée étaient « peints d’un côté un empereur grec et sa femme de l’autre ». Près d’eux figuraient leurs enfants : deux 'jeunes filles et une fillette de dix à douze aiis. L’empereur et l’impératrice portaient des couronnes et des souliers rouges; ils étaient debout sur des coussins de même couleur et brodés. L’empereur était revêtu d’une longue robeà larges manches, terminées par une broderie; d’autres bandes brodées décoraient les coudes, les épaules et la poitrine; une ceinture retombait sur le bras gauche. L’impératrice était habillée de même façon ; seules les manches de sa robe étaient
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plus étroites. Les deiix jeunes filles étaient vêtues comme l’empereur, à l’exception des couronnes qui étaient différentes, et des manches qui pendaient jusqu’à terre. La fillette portaitaussi une petite couronne et un manteau, qui s’attachait sur l’épaule droite. De Montconys signale aussi « dans ce couvent » un ayasma, une fontaine dont la pierre était « taillée en feuillage » et dont l’eau était considérée comme souveraine contre les maladies 1 .
f Cf. Journal des Voyages dé AL de Montconys, publié par le sieur de Liergues, son fils, 1. 1 , Lyon, 1665 , avertissement, p. 2 s., 383 7 38 ç), 3ç)2, 404-406, 421, 436, 439, 454-455, 466, 46S-469.
UT LES VOYAGEURS IM' LEVANT
Cette salle où île Montconys prétend qu’il se tint un concile était le réfectoire du monastère de la Vierge Périhlcptos. Ce monastère avait été construit par
Fig. 2S. Hase de la Colonne de Martien.
l’empereur Romain 111 Argyre ( 1028-1034) 1 . Il s'élevait à l’endroit occupé par l’actuelle église arménienne de
Cf. Cedrenus, éd. Bonn, t. II, p. 97.
CONSTA NTI NO PLK liY-ZA N’TINIÎ
Soulou-Monastir, au quartier de Psamatia. C’est là qu’on a retrouvé récemment un fragment de sarcophage représentant le Christ debout entre deux Apôtres 1 . L’ambassadeur espagnol Clavijo avait déjà visité le monastère dans les premières années du xv e siècle 2 . 11 vit une église précédée d’une grande cour, plantée.d’arbres. « Il y avait cinq autels dans le corps de cette église, qui avait la forme d’une salle ronde, très grande et très haute, contenant des piliers en jaspe de diverses couleurs; les murs et le pavé étaient aussi en jaspe. Cette salle est entourée de trois nefs comprises dans la même enceinte ; le plafond des nefs est tout uni et celui de la salle est en mosaïque d’ün ouvrage très riche. » On y conservait plusieurs reliques et deux tombeaux. L’un était celui du fonda-
teur du monastère Romain Argyre 3 * ; l’autre dont Clavijo ne donne pas le nom, devait être celui du « deuxième fondateur », de Nicéphore 111 Botaniates (1078- 1081), qui s’était retiré au monastère et y avait été enterré A .
Ce monastère était un des plus importants de Constantinople. Deux empereurs y avaient leur sépulture. Jean VI Cantacuzène s’y était retiré aussi en l 355 5 * . Manuel II Paléologue l’habita aussi quelque temps pendant mie épidémie de peste fi . C’était un lieu de procession de la cour au xiv' ! siècle 7 . Clavijo a vu
1 Cf. J. Strzygowski, Orient oder Rom , Leipzig, 1901, p. 40 s.
- V. plus haut, p. 47 s. ; cf. Pli. Bru un, op . cif., p. fi-8, Clavijo appelle le monastère « Sainte-Marie Peribelico ».
$ Cf* Cedrenus, éd* Bonn, t. Il, p. 5 o 5 - 5 o 6 .
h Cf. Zonaras, XVIII, 20 , éd. Dindorf, t. IV, p- 234.
Cf. Ducas, XI, éd* Bonn, p. 42.
Cf. Plirantzès, I, 38 , éd. Bonn, p. n 3 .
7 Cf, Codions, de Offîciis, XV, éd. Bonn, p. So,
HT LUS VOYACïlïlJRS DU LEVANT
dans l’église qu’il vient de décrire, à gauche de l’entrée, « une image de Sainte Marie ayant auprès d’elle des deux côtés les portraits d’un empereur et d’une impératrice ». L’ambassadeur castillan parle sans doute des portraits de Michel VIII Paléologue (1261- 1282) et de l’impératrice Théodora avec leur fils Constantin au milieu. Dans ce dernier portrait il a cru reconnaître une image de la Vierge. Un voyageur du xvi e siècle, J. Loewenldau, signale, en effet, ces portraits dans la partie occidentale de l’église 1 .
En dehors de l’église s’étendaient les bâtiments du monastère. Clavijo a vu « un réfectoire très large et très haut, au milieu duquel il y avait une table en marbre blanc très bien polie et bien faite ». « Le pavé était aussi en dalles, et au bout de ce réfectoire il y avait encore deux petites tables en marbre blanc. Le plafond était tout en mosaïque et sur les parois on voyait des dessins en mosaïque représentant la salutation de la sainte Vierge Marie par l’ange saint Gabriel jusqu’à la naissance de Jésus-Christ notre Dieu, ainsi que ses pérégrinations avec ses disciples et tout le cours de sa vie jusqu’à ce qu’il fut crucifié. »
Ainsi Clavijo et de Montconys ont vu tous deux le réfectoire du monastère. D’après Clavijo il était décoré de mosaïques ; sur les murs était représentée l’histoire évangélique depuis l’Annonciation jusqu’à la Crucifixion. De Montconys a vu, en outre, dans l’abside la Cène « figurée en mosaïque » et sur les murs
1 Cf. Leunclavius, Panel . Turc., cap. LI, d’après Du Cange, Constantinopolis christiana , Paris, 1680, lib. IV, p. 94. Ces portraits sont reproduits par Du Cange, Familiac augustàe byzantinae, Paris, 1680, p. 233 , et dans le Glossarium mediae et infimae latinitatis, t. X, . Niort, 1887, pl. VI.
des fresques, des frises de saints et de patriarches ; au.
dessus se développait le cycle de la vie de la Vierge. A l’entrée, de chaque côté de la porte, étaient les portraits d’un empereur, d’une impératrice et de leurs trois filles en costume d’apparat.
Ces costumes que notre voyageur a pris soin de décrire sont ceux de la dernière époque de l’empire byzantin. A cette époque les empereurs ne portaient plus la chlamyde, mais le saklcos, une espèce de « soutane », suivant l’expression de de Montconys i . Celuici a pris un croquis sommaire de l’empereur, qui correspond assez bien à sa description 2 . Le basileus porte le loros, la longue écharpe, qui retombe sur son bras 3 . Quelle était cette famille impériale?
Ces portraits pourraient être ceux de Manuel II Paléologue (1391-1425) et de sa famille. Oh sait que
cet empereur habita un certain temps le monastère de
la Péribleptos 4 . Manuel II, l’impératrice Hélène et leurs trois fils Jean, Théodore et Andronic, apparaissent debout sur un dessin reproduit par Du Cange d’après la miniature d’un manuscrit contenant les œuvres de Denys l’Aréopagite 3 . Les trois enfants portent de longs cheveux ; et de Montconys a pu les prendre
pour des filles. La taille des enfants est bien celle
1 Cf. J. Ebersolt, Mélanges d'histoire et d’archéologie byzantines , Paris, 1917, p. .62.
2 Cf. Journal des Voyages de M. de Montconys, t. I, p, 405, fig. 45. s Cf. J. Ebersolt, op. cit ., p. 64.
4 V. plus haut, p. i 36 . Manuel II Paléologue et ses deux fils- Andronic et Théodore ne furent pas enterrés au monastère de la Péribleptos, mais au monastère du Christ Pantocrator ; cf. J. Ebersolt et A. Thiers, Les églises de Constantinople, Paris, 191 3 , p. 494.
5 Cf. Du Cange, Familiae augustae byzantinae, Paris, 4680, p. 244-243 ; Glossarium mediae et iitfiniae latinitatis, t. X, Niort, 1887, pl. VII.
HT L1ÎS VOYAGEURS DU LEVANT 13f)
décrite par notre voyageur. Jean et Théodore ont à peu près la même stature. Andronic est plus petit. L’empereur porte une longue barbe, et est revêtu d’une
longue robe ornée de bandes, avec l’écharpe retom-
bant sur le bras. Il est coiffé d’une couronne. L’ensemble correspond à la description et au croquis de de Moritconys. D’autre part Clavijo signale des portraits impériaux dans l’église mais non dans le réfectoire. En 14 ^ 3 » au moment où le voyageur espagnol visita le monastère, les portraits de Manuel Paléôlogue et de-
sa famille n’avaient pas encore été peints sur lés mu rs du réfectoire.
Mais la grande église décrite par Clavijo existaitelle encore en 1648, au moment où le voyageur français visita le monastère ? D’après Clavijo c’était un édifice imposant contenant cinq autels, deux sarcophages impériaux ; il était décoré de mosaïques, ’ de marbres et de portraits. Au début du xv e siècle Buondelmonti a fait figurer cette église sur son plan, sous la forme d’une grande coupole à tambour émergea it d’une enceinte quadrangulaire f . De Montconys ne mentionne en dehors du réfectoire qu’une petite église où se trouvaient autrefois six colonnes. Il n’est guère possible d’identifier cette dernière avec la grande et riche église décrite par l’ambassadeur castillan. Celleci n’existait sans doute plus au xvn e siècle.
Elle existait encore dans la seconde moitié du xvi B siècle. J. Loewenklau a signalé les portraits qui décoraient les murs occidentaux 2 . A cette époque elle n’appartenait déjà plus aux Grecs mais aux Armé-
1 Cf. Mordtmann, Esquisse topographique de Cons faufinapte, Lille, 1892, p. 44, 73 .
- V. plus haut, p. 137.
niens, qui, d’après Paspatis, en prirent possession en 1543 1
Ainsi pendant la première moitié du xvii e siècle le champ des découvertes s’agrandit ; les voyageurs trouvent des monuments nouveaux. De Stochove découvre deux églises nouvelles ; de Montconys signale au Château des Sept Tours une grande Victoire tenant une palme, les mosaïques de l’église du Christ
Pantocrator, et les peintures du réfectoire du monastère de la Vierge Péribleptos. Dans certaines églises les Turcs oiit respecté les mosaïques à figures; dans d’autres, comme au Pantocrator et à Sainte-Sophie, ils les ont effacées en les recouvrant de badigeon. Quelques-unes, celles qui n’étaient pas facilement accessibles, sont encore intactes. A Sainte-Sophie 011 voyait encore des images du Christ, de la Vierge et des Saints, et l’on pouvait saisir l’ordonnance générale de la décoration figurée. L’inscription commémorant la dédicace de la Grande Eglise par Justinien
était encore intacte. Tekfour Séraï avait conservé, outre sa toiture,son balcon, qui d’après un plan ancien, était couvert et avait trois arcades 2 ,d’oîi l’on découvrait le magnifique panorama delà ville et de laCorned’Or.
La Colonne en porphyre de Constantin est consoli-
1 Cf. A. G. Paspatis, BviwavTtvai p,sAs-a:, Constantinople, 1877, p. 400. D’après Ph. Bruuri, op. cit., p. 29 et A. van Millingen, Byzantine Constantinople , Londres, 1S99, P* 20, monastère aurait été donné à la communauté arménienne en 1643. Ce qui n’est pas exact. Loewenklau le vit aux mains des Arméniens (cf. Leunclavius, Panel. Turc. y cap. LI d’après Du Cange, Constantinopolis christiana , Paris, I680, lib. IV, p. 94).
2 Cf. le plan turc conservé dans un manuscrit de la Bibliothèque royale de Berlin et publié par E. Oberhummer, Konstantinopcl un ter Suleiman dent Grossen, Munich, 1902, pl, XXII.
dée par des cercles en fer ; de même celle d’Arcadius, qui était brisée en plusieurs endroits. Si certains monuments sont un peu entretenus, d’autres sont toujours laissés à l’abandon. Les vieux remparts s’écroulent ici et là. Les citernes à ciel ouvert se transforment en jardins, potagers. Les habitants continuent à bâtir des maisons de modeste apparence et dont la plupart n’ont qu’un étage. Les rues deviennent de plus en plus étroites et tortueuses. Cependant une grande artère traverse la capitale : c’est la rue large et droite, qui relie le vieux Sérail à la porte d’Andrinople. C’était une grande voie byzantine, dont on peut suivre encore aujourd’hui le tracé approximatif dans la ville turque L Elle était parallèle à la Corne d’Or et conduisait le voyageur, arrivant dans la capitale par le Nord, jusqu’à Sainte-Sophie et au Palais impérial. Sur ce trajet il pouvait voir l’église des Saints-Apôtres et plusieurs des plus belles places de la ville, avant d’être admis à contempler les richesses artistiques de la Grande Eglise et du Palais sacré.
Les précieuses relations des voyageurs du xvn e siècle prouvent qu’à cette époque la ville conservait des monuments figurés, d’une valeur inestimable pour l’histoire de l’art. Aussi les pèlerins russes, qui se rendaient en Terre sainte, s’arrêtaient-ils toujours à Constantinople, tel ce Joua Malenki, qui y passe quelques jours avant de gagner Jérusalem Le prestige de l’ancienne Byzance était toujours grand sur ces voyageurs épris d’images pieuses.
1 Cf. Mordtmann, Esquisse topographique de Constantinople, Lille, 1892, plan.
2 Cf. Jona Malenki, Chojdenie v Jérusalem i Tsargrad (1648j 652 ) édit, par Leonicl (Pamjatniki drcvuej pismennosti, Peters bourg, 1882 , p. 3, 27 ).