CHAPITRE VI
Les Voyageurs du Levant au xvm c sièc!e
J. Pitton de Tournefort. Paul Lucas* Le comte de Caylus. Milady Montague : chute d ? une partie de la Colonne d’Arcadius. De Saumery : aspect de la ville. Sevin. Toi lot. Otter : la Colonne serpentine découronnée. Les artistes van Mour et de Favray : vue de la place de rAt-Meïdan. Charles Perry. Le comte de Sandwich : une Colonne à l’extrémité de l’Hippodrome; restes du fut de la Colonne d’Arcadius. Le baron de Tott : la couverture en plomb de Sainte- Sophie. Carstens Niebuhr : l’Obélisque égyptien. Lord Baltimore. Le pèlerin russe Ignace. Richard Pococke : les églises, les Colonnes, Tekfour Séraï. Dominique Sestini : nouvelles sculptures; l’ornement zoomorphique et céramoplastique de Tekfour-Séraï ; le - monastère de la Péribleptos, Joseph Moreno; une mission espagnole : études à Sainte-Sophie. Jean* Potocki. Le comte de Ferrières-S a uvebceuf. L’ambassade du comte de Choiseul-Gouffier; ses collaborateurs : F. Kauffer, J.-B. Lechevalier : découvertes et observations nouvelles; la question de la date de Tekfour Séraï. Milady Craven. Les- artistes Willey Reveley et Luigi Mayer. Salabery : un sarcophage en .porphyre. Olivier, Cosimo Comidas de Carbognano; James Dallaway : disparition des reliefs de la Porte Dorée. Les peintres Castellan et Melling, — Les relations de voyage au xvm c siècle.
Jusqu’à la fin de son règne Louis XIV continue à . renvoyer dans le Levant des personnes capables d’y « rechercher des médailles, des pierres gravées et
d’autres monuments dont il voulait enrichir sa bibliothèque et son cabinet ou d’y faire des observations non seulement sur l’histoiré naturelle et sur la géographie ancienne et moderne, mais encore sur ce qui regarde le commerce, la religion et les moeurs des différents peuples ».
C’est ainsi que le savant botaniste Joseph Pitton de Tournefort est choisi par le roi sur la proposition du comte de Pontchartrain, secrétaire d’État, chargé du soin des Académies* « Je fus ravi, dit-il, de trouver J j cette nouvelle occasion de satisfaire la forte pas-
| . sion que j’ai toujours, eue pour aller dans les pays
■ ! étrangers étudier la nature et les hommes avec plus
| .. de certitude qu’on ne fait dans les livres. » Il s’embar-
I ; que à Marseille le 23 avril 1700 avec un peintre,
Aubriet. De Constantinople il va jusqu’à la frontière de Perse et revient en France en 1702, rapportant une quantité de nouvelles espèces de plantes, des cartes, des plans de villes, des inscriptions et des médailles.
A Constantinople, il est reçu par l’ambassadeur, le marquis de Ferriol', et commence aussitôt à visiter la ville. Il en décrit sommairement les murs et fait à propos de Tekfour-Séraï, « ce vieil édifice ruiné », cette remarque : « C’est peut-être le reste de quelque maison que Constantin Porphyrogénète a fait bâtir, car le palais du grand Constantin était dans la première région de la ville où est présentement le Sérail. » Tournefort connaissait Buondehnonti, Gylli, Spon, Wheler et Du Gange. Guidé par eux, il visite les autres monuments et ajoute modestement : « Nous n’avons pas fait de découvertes à Constantinople par rapport aux antiquités. » Par contre il trouve « à la
lîT LES VOYAGEURS DU LEVANT 173
campagne des plantes rares pour embellir le jardin royal » i .
Quelques années plus tard Louis XIY envoie en Orient le voyageur et antiquaire Paul Lucas, qui avait déjà envoyé du Levant, en 1708, à Monseigneur de Pontchartrain des médailles antiques, des manuscrits orientaux, des pierres gravées et des inscriptions 2 . Il séjourne à Constantinople en 171 4 en 17 * 5 . N’ayant pas le « dessein de donner une relation de Constantinople », il regarde autour de lui, observe les événements, les coutumes et les pratiques religieuses des Turcs, les fêtes du Rainazan et du Baïram, et assiste à un de ces incendies, qui périodiquement ravageaient la ville turque 3 .
* Cf- Pitton de Tournefort, Relation d’un voyage du Levant fait par ordre du roy, t. I, Paris, 1717, p. 1 s., 464 s-, 476 s* Le voyageur a vu la Colonne de Constantin, la Colonne de Marcien, la Colonne « historique » dont les reliefs, « maltraités par le feu, représentent les victoires de l'empereur Ârcadîus ». A l'Hippodrome il signale lés deux Obélisques et la Colonne serpentine. Il a eu grandé envie, dit-il, d’aller voir les bas-reliefs de la Porte Dorée, mais il a préféré visiter les bazars. Il faut signaler aussi la Relation d’un voyage du chevalier de Bellerive, d’Espagne à Bender , et de son séjour au camp du roy de Suède , Paris, 1713.'De Bellerive, qui se rend en Russie, auprès de Charles XII, visite Constantinople, entre au Sérail, va à THippodrome, où il est surpris « de voir une colonne de marbre d’une hauteur incroyable ». Il s’agit sans doute de l’Obélisque de Théodose. Ancien officier de dragons, il s’intéresse surtout aux armées d’Ahmed III, et fait quelques remarques sur les moeurs et la religion des Turcs. ( Ibid ., p. 11 s., 22, 102, 174.)
Cf. H. O mont, Missions archéologiques françaises en Orient aux XVII* et XVI 11 * siècles, Paris, 1902, p. 317, 863 , io 5 i, io 55 , 10G6.
3 Cf. Troisième voyage du sieur Paul Lucas fait en 1714 par ordre de Louis XIV dans la Turquie, l’Asie , la Sourie, la Palestine, la Haute et la Basse Egypte, t. I, Rouen, 1719, p. 2 s., 21 s.. 67? Si s., 104. Le t. III, p. 3 n s., contient le Catalogue des principales curiosités que l’auteur a rapportées de son troisième voyage.
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En 1716 arrive le marquis de Bonnac, l’ambassadeur de Louis XY i . Il avait fait le voyage en compagnie du comte de Caylus, qui rédigea quelques Observations sur Constantinople-. L’année suivante, en juin 1717, arrivait l’ambassadrice d’Angleterre, milady Môntague, qui écrivit durant son séjour dés lettres pleines d’esprit et d’observations les plus fines. Sa situation lui permit de pénétrer dans certains milieux; elle vit ce qu’une femme seule pouvait voir. Au Sérail elle eut accès auprès de la sultane Hafiten. Mais sa curiosité la porte aussi vers les monuments.
Elle éprouve cependant de grandes difficultés pour obtenir l’autorisation d’entrer à Sainte-Sophie, où elle remarque que « le toit est tout en mosaïque dont une grande partie se détache et tombe de temps en temps ». Elle n’est point pédante. « Voilà une description bien imparfaite, dit-elle, d’un édifice aussi célèbre ; mais je me connais si peu en architecture que je crains de dire quelque balourdise en entrant dans de plus grands détails. » Elle ajoute un fait important « C’est que la Colonne historique n’existe plus ; elle est tombée environ deux ans avant notre arrivée ici 3 . w
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1 Cf, Cil, Scliefer, Mémoire historique sur VAmbassade de France à Constantinople par le marquis de Bonnac, Paris, 1S94, p. V, XXI. Une gravure (p. 1) représente la réception de l’ambassadeur par le sultan Ahmed III.
s Ces Observations furent publiées en 1802 dans les Lettres sur Constantinople de M . U abbé Sevin y Paris, 1802, p. 403, 410, De ces remarques du comte de Caylus, une seule est à retenir. Il prétend que les trois têtes de la Colonne de l’Hippodrome n’existent plus.
:J Cf. Lettres de Milady Montagne, trad. de l’anglais par P. H. Anson, t, I, Paris, i 8 o 5 , p. 1 s., 3 i 3 ; t. II, p. 10, 37 s., 43 s., 46 s., 5 o. A l’Hippodrome l’ambassadrice a vu l’Obélisque de Tliéodose et la Colonne de bronze « formée de trois serpents ayant la gueule béante ».
ET LES VOYAGEURS l>U LEVANT
Ainsi c’est sous le règne d’Ahmed III, vers 1 “ 13 ^ que la Colonne d’Arcadius» ou du moins, on le verra plus loin, une partie de son lut a disparu 1 .
Le fait est confirmé par de Saumery, un bourgeois de Liège, qui débarque à Constantinople le 1 01 mars
Fig, 35 , a Maison de Justinien ». Façade sur la mer.
1720 et y demeure jusqu’en 1724, Lui aussi déclare que la Colonne d’Arcadius a été détruite un peu avant
été abattue par le gouvernement turc en 1719 à la suite d'un tremblement de terre qui ramait ébranlée; cl. Unger* Quellen der hyzantinischen K uns tges c fi uh te f Vienne* 1878, p. 180 ; Uebcr die vier Kolossal-Situlen in Constat* tinopel (Repertorium fiir Kunstwissenschaft, t. II* 1879, p. 122); J, Strzygowski* Die Saule des Arkadius in Konstantinofyçl (Jalirbuch des Kaiser]ich deutschen archaeologischen Instituts* t, VIII* 1893, p, 231 ); Th, Reinach
son arrivée. Au xviii 0 siècle la ville avait le même aspect qu’au xvn ü . C’est toujours un «amas confus de maisons basses sans architecture, sans ornement, sans goût, séparées les unes des autres par un nombre presque infini de rues petites, étroites et très malpropres ». « Cependant cette espècedè cahot forme un des plus charmants spectacles de l’univers quand on l’envisage de loin ; sa situation admirable est si audessus du commun qu’il est difficile d’arracher la vue de cet objet qui paraît enchanté » L
Louis XV, continuant les traditions de Louis XIV, chargeait, en 1728, l’abbé Sevin d’une mission scientifique, Il devait travailler « dans la bibliothèque du Grand Seigneur ou plutôt dans celle des anciens
empereurs de Constantinople, qui lors de la prise de la ville fut soigneusement conservée par le cqmman-
(Revue des Etudes grecques, t. IX, 1896, p. 79-80). Selon A. Geffroy, La Colonne d’Arcadius à Constantinople (Monuments et Mémoires publiés par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. Il, 4895, p, 101), elle aurait subsisté jusqu’en 4720 environ. C’est en réalité avant 4749 que la partie supérieure de la Colonne est tombée. Milady Montague arrive à Constantinople en 4 74 7 ; de Saumery, qui y est en 4 720, confirme le fait. Sur la partie du fût qui fut épargnée, v. plus loin.
1 Cf. M. de Saumery, Mémoires et aventures secrètes et curieuses d’un voyage du Levant , t. I, Liège, 1732, p. 1 s., 27s., 76, 78, 93, 403 - 406 ; t. III, p. 4, 222. A l’Hippodrome le voyageur a vu, outre les deux Obélisques, la Colonne serpentine, au sujet de laquelle il s’exprime ainsi : « Depuis quelques années cette Colonne a été mutilée par un sultan, qui abattit d’un coup de cimeterre la tête d’un des serpents. » Si l’époque à laquelle l’une des têtes ou l’une des mâchoires a été enlevée ne peut être fixée avec exactitude par suite des témoignages contradictoires, il paraît certain que la Colonne fut tout à fait privée de son couronnement au cours du xvin* siècle. Les témoignages des voyageurs concordent à partir de cette époque. (V. plus haut, p. 43 o, n. 4 , 462, n, 2; v. plus loin,
dement exprès de Mahomet II ». Mais ses tentatives n’aboutissent pas et il doit se borner aux recherches et aux acquisitions pour la bibliothèque du roi. Il 1 écrivait au comte de Caylus des lettres, où il le tenait au courant de ses recherches, qui devaient aboutir à l'acquisition d’environ six cents manuscrits J .
Tollot, qui n’avait pas de mission officielle, fait, en 1731 et 1732 , le tour de la Méditerranée, assiste à une. audience du Grand Seigneur 'et visite rapidement les curiosités de la capitale 2 . Un peu plus tard Otter est envoyé par le roi pour se perfectionner dans l’étude des langues orientales. Arrivé le 10 mars 1734, il séjourne jusqu’au 24 novembre 1736 , date à laquelle il entreprend son voyage en Perse. Il énumère les mutilations dont les monuments anciens
sont l’objet. A Sainte-Sophie les mosaïques sont
« détruites et cassées ». A l’Hippodrome les trois serpents de bronze ont « leur tête coupée 3 4 »•. C’est, en effet, au cours dh xvm e siècle que la Colonne serpentine, qui porta le trépied de Delphes, fut privée de son couronnement
Des artistes viennent'aussi sur les rives du Bos-
1 Cf. Lettres sur Constantinople de M. l’abbé- Sevin, édit, par l’abbé Bourlet de Vauxcelles, Paris, 1802, p. 1, 20 s., 24 s. ; H. Omont, op. cit., p. 433 , 1078 s., 1095 s.
2 Cf. Tollot, Nouveau voyage fait au Levant es années 1 j 3 l et
Paris, 1742, p. 2 s., 280, 322 , 337 . A Sainte-Sophie le voyageur note que les Turcs ont enduit de plâtre une partie des murs; il n’y a que la voûte fort élevée, qui conserve des mosaïques. A l’Hippodrome il mentionne les deux Obélisques et la Colonne serpentine.
3 Cf. Otter, Voyage en Turquie et en Perse, t. I, Paris, 1748, p. 1, 7, 25 , 27, 35 ; H. Omont, op. cit., p. 761 s..
4 V. plus haut, p. 176, n. 1.
Aï
phore au xvm e siècle. Jean-Baptiste van Mour, peintre ordinaire du roi en Levant, puis Antoine de Favrày, chevalier de Malte et peintre du Bosphore, y dessinent, entre autres, cette place de l’At-Meïdan, qui était le rendez-vous de tous les voyageurs L D’autres voyageurs ne font guère que passer à Stamboul* Tel l’Anglais Charles Perry au cours de son voyage en Syrie, en Égypte et en Grèce 1 2 . Le comte de Sandwich ne prétend pas non plus « donner une description exacte dè la grande cité, comme plusieurs auteurs parmi lesquels PetrUs GylliuS est celui qui a la réputation d’avoir écrit avec le plus de véracité ». A l’extrémité de l’Hippodrome, il voit un peu au-delà
de l’Obélisque de pierre une colonne « sans chapiteau ni inscription, mais avec son piédestal, cachée par plusieurs maisons turques ». Cette colonne, qui n’a été signalée par aucun autre voyageur du xvn e et du xyui e siècle pouvait être le dernier reste de l’ancien portique circulaire de l’Hippodrome 3 .
A Sainte-Sophie le voyageur anglais relate un fait curieux. «La cavité du dôme est ornée, de même que tous les murs de la mosquée, de mosaïques représentant des saints, des croix et autres symboles de la religion chrétienne. » Les Turcs, qui les ont détruites, se sont efforcés de les réparer, en peignant les parties disparues d’après le modèle des parties qui avaient été épargnées. Cet affreux badigeon ne semble pas avoir beaucoup troublé le comte de Sand-
JH
1 Cf. A..Boppe, Les peintres du Bosphore au dix-huitième siècle, Paris, 1911, p. 1 s., 49-5o, 57 s., 98.
2 Cf. Ch. PetTy, A viezo of the Levant pdrticularly of Constantinople, Syria, Egypt and Greece, Londres, 1743, p. 27.
3 Sur ce portique, v. plus haut, p. 88 s.
wich. D’après lui, la Colonne d’Arcadiiis n’aurait pas été aussi complètement détruite que l’avaient prétendu
mi lady Montague et de Saunier y L « Toute la Colonne, dit-il, est à l’état de ruine ; les Turcs l’ont entourée de plusieurs cercles de fer, pour empêcher sa chute, qui entraînerait la ruine de toutes les maisons voisines . 2 » En 1738-1739 une partie du fût existait encore : la partie supérieure seule était tombée vers 1715 3 .
Dans la seconde moitié du siècle l’activité de certains voyageurs est aussi féconde qu’aux xvi° et xvn e siècles. Le baron de Tott, attaché à l’ambassade de France sous M. de Vergennes, arrive le 21 mai 1755 .
Il est charmé « par la beauté du coup d’œil que présente .Constantinople » ; il l’est beaucoup moins par l’aspect intérieur de la ville, dont les rues sont toujours mal pavées, étroites et sales. Sainte-Sophie ne le transporte pas d’enthousiasme; il trouve qu’on l’a
trop « vantée ». Il y admire cependant les mosaïques,
et a vu aux pendentifs de la coupole « le bout des ailes des quatre Chérubins. » Il ajoute : « L’obstination des Turcs à barbouiller cette coupole avec une ' eau de chaux ne laisse plus rien apercevoir " aujourd’hui de ces mosaïques et Ton achève d’ailleurs de les
. 1 V. plus haut, p. 174 .
- Cf. A voyage j>erformed by the laie earl of Sandwich round the Mediterranean in the years ij 38 and ij 3 <), written by himself, Londres, 1799, p. ■ 124-128, i’ 3 o, i 32 . Le voyageur signale aussi la Colonne en porphyre de Constantin, à l’Hippodrome les deux Obélisques et la Colonne serpentine,
3 On sait qu’actuellement il ne. reste de la Colonne que l’énorme piédestal avec le tore de la base du fût. Ce soubassement puissant 11’est pas cerclé de fer. Les cercles de fer, signalés par le voyageur anglais, devaient maintenir le fût de la Colonne.
i:t u:s voyagiîuks du uîvant
détruire en continuant d’en arracher des lambeaux. »
La Grande Lglise avait aussi subi a cette époque les
atteintes du feu. Le baron de Tott décrit l’incendie qui « consuma les deux tiers de cette immense ville » peu de temps après son arrivée. « On pouvait cependant espérer qu’en s’approchant de Sainte-Sophie, la niasse de cet édifice lui donnerait des bornes. Tous
Kiq. 37 . « Maison lie Justinien ». Chapiteau d'une arcade.
les secours s’étaient portés de ce côté et l’on se flattait d’y arrêter le progrès des flammes quand le plomb de la coupole, fondu par la chaleur de l’atmosphère, ruisselant par les gouttières de pierre sur la foule des gardes et des travailleurs, laissa un champ libre à l’activité du feu L »
Ainsi la couverture en plomb de Sainte-Sophie fut
1 Cf. Mémoires ilu baron Je Tott sur tes Turcs et les Tortures , t. I, Amsterdam, 17H5, p. 1, j, 7, i 5 , 2 . 11 - 233 .
CONST ANTI NO P LE B YZ A NTl NE
transformée en torrents de métal liquide vers 1755 . Là couverture actuelle est donc de date relativement récente. Mais lé plomb, qui fondit vers le milieu du xvm e siècle, était-il l’ancienne couverture de l’époque byzantine ? Dans les dernières années du xiv e siècle ou dans les premières années du xv 1 ' siècle, Schiltberger a vu l’église recouverte de lames de plomb *. A la fin du xv u siècle, Arnold von Harff a remarqué aussi la couverture en plomb des toitures Avant la prise de la ville par les Ottomans et après la date de 1453 , la superstructure n’avait pas changé. Les Turcs ont continué en ceci l’ancienne tradition byzantine.
Le voyageur danois Carstens Niebuhr, qui s’embarquait à Copenhague en janvier 1.761 pour se rendre
en Egypte et en Arabie, s’arrête à Constantinople. Il lève un plan de la ville, en se servant uniquement d’une petite boussole et de ses pas. Il travaille à l’Hippodrome où il voit « le triple serpent mutilé » et étudie l’Obélisque égyptien, dont il copie tous les hiéroglyhes 3 .
Lord Baltimore, qui fait un séjour à Stamboul en 1763 et en 1764, n’est pas plus enthousiasmé que le baron de Tott par Sainte-Sophie « qui n’est pas à comparer, dit-il, à deux ou trois autres des principales mosquées ». Ce lord s’intéressait davantage aux mœurs turques et aux janissaires A
1 Y. plus haut, p. 47.
2 Y. plus haut, p, 69.
3 Cf. C. Niebuhr, Voyage eu Arabie et en. d’autres pays circon- ■ooisins, t. I, Amsterdam et Utrecht, 1776, p. 1, 18-26, pi. III, IV. E11 ce qui concerne le plan, le voyageur reconnaît que « les rues ne sont marquées qu’arbitrairement et pour remplir le vide. »
/l Cf. Lord Baltimore, A four to thc East in the y cars JJ 63 and
Cependant le mouvement des pèlerins russes vers Constantinople, le Mont Athos et la Terre sainte continue. L’un d’eux, le père Ignace, a laissé une des-
Kiiji 38 . Tour d'angle presde la « Maison de Justinien
cription très sommaire de Tsargrad, « la grande et
*7 $4 with 'remarks on thc city 0/ Constantinople and t/ie Turks, Londres, 1767, p, 1 s,, 57, 69.
CO N STA N T I NO P Uï BYZANTINE
belle ville ». Il célèbre la magnificence de Sainte- Sophie, « qui, dit-il, n’êst pas connue chez nous en
Russie. » Comme ses confrères du moyen âge, il se rend dans les églises, mais n’y trouve « aucune relique de saints », si ce n’est dans l’église du patriarcat grec. Navré sans doute, il fait un dernier pèle-
rinage à l’église des Saints-Apôtres, où se trouvaient les restes de Constantin et de sa mère Hélène. Là, devant la mosquée de Mohammed, il maudit le Turc conquérant h
Avec Richard Pococke l’exploration de la ville gagne en étendue. Il visite l’église de Saint-Jean-Baptiste de Stoudios, qui avait ses deux ordres de colonnes intactes et n’avait pas encore été atteinte par l’incendie de 1782 2 . A l’église du Christ Pantocrator, les mosaïques représentaient « les figures des Apôtres et l’histoire de notre Sauveur dans differents compartiments au bas desquels était une explication en grec ; mais les Turcs avaient effacé les visages de toutes les figures. » Cette observation avait été déjà faite par de Montconys un siècle plus tôt 3 . Mais la remarque du voyageur anglais prouve que le cycle de l’histoire évangélique était très étendu. Outre Sainte-Sophie et l’église des Blachernes, dont il ne restait que quelques vestiges, il signale quatre autres églises transformées en mosquées, mais il ne les décrit point parce que, selon lui, « elles n’ont rien de remarquable ».
* Cf. V. N. Chitrovo, O pi sanie putecesttna o/sa Ignatija ~v Tsar-, grad, Afonskuju goru, svjatïiju Zemlju i Egipet 1766-1776 gg. (Pravoslawriyj Palestinskij Sbornik, t. 36 , 1891, p. 2-4.)
2 Cf. J. Ebersolt et A. Thiers, Les Eglises de Constantinople , Paris, 1913 , p, 5 .
3 V. plus haut, p. i 33 .
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